LES ÉDITIONS DES CINQUANTE USAI MES ET L ES CONTINUATEURS T> V. MAROT
Dix-neuf psaumes traduits à Genève. - Quatre éditions en 1 543. — Cantique de Moïse traduit par Des Périers. — Psaumes xwiv et xlii de CL Le Maistre, lui d'Etienne Pasquier. — Le Psautier de Strasbourg 1 565. — La traduction de Marol complétée par les catholiques dès i55o. — Pierre Gringoire, Gilles d'Aurigny, Claude-Bertrand Berger, Bobert Brincel, Jean Poitevin, Sève, Guill. Guéroull. — Louis des Masures.
Les dix-neuf psaumes traduits à Genève par Marot (xvin, xxiu, xxv.
XXXIII, XXXVI, XLIII, XLV, XLVI , L, LXXII , LXXIX , LXXXVI, XCI , CI, CVI1 , C\
cxviu, cxxvni, cxxxvin, plus le Cantique de Simcon, qui compte pour 1<> vingtième fl)) parurent, sans nom de lieu ni d'imprimeur, réunis aux trente de Paris revus et corrigés, dans une édition grand in-8°, sous ce titre : Cinquante Pseaumes en francois par Clément Marot. Item vue Epistrc par luy nagueres enuoyée aux dames de France. Psal. ix, Chantez en exultation Au Dieu qui habite en Sion. M C XLIII. Au verso du titre, on lit : Les choses ey dedans contenues: Y ne Epistre aux dames de France. M ne Epistrc au Roy. Les trente premiers Pseaumes, reueuz et corrigés par l'autheur, ceste présente année. Vingt autres Pseaumes par luy nouuellement traduitz et enuoyés au Roy,
compris le Cantique de Simeon ; les Commandements de Dieu, les Articles de la foy, ï Oraison dominicale, la Salutation angelique, deux prières, l une auant, l'autre après le repas. Le tout en ryme Jrancoyse par ledit autheur.
De cette édition sans musique et sans liturgie, qui ne renferme que des pièces de Marot et fut évidemment publiée à Genève, nous ne connaissons que quatre exemplaires (2) : celui qui a appartenu à feu M. le pasteur Frédéric Monod, et qui se trouve aujourd'hui dans la collection de M. Alfred
(l) C'est à tort que Henry (Leben Calvins, ne reste malheureusement plus, dit-il , aucun
II , append. p. 70) retranche des psaumes de exemplaire de l'édition publiée par Marot lui-
Marol le lxxii et le cxvin, et y ajoute, pour même en 1 543, ni de l'édition ecclésiastique
arriver au chiffre de cinquante, les xxxv, lui donnée par Calvin la même année. » ( Det Kir
et cxxxiv, (pie Marot n'a pas traduits. chnng(>saii(r in Basel, etc. Bâle, Georg, 1870.
W M. Biggonhach Ta ci-ne disparue ; «Il in-8". p. 'iïî.)
m LES ÉDITIONS DES CINQUANTE PSAUMES
André; un autre, incomplet, appartenant à M. Charles Read; un troisième, coté 620 francs, qui figure sous le n° 2289 du Çatakgue des livres provenant du duc de la Valhère, de M. Plichon , etc., chez Bachelin-Dejlorenne, 186 g, et un quatrième, qui porte le n° 3^0, du Catalogue de la vente G. Ojfor, 186 5. C'est indubitablement l'édition princeps des cinquante psaumes, et elle n'a pu être publiée avant la fin d'août, puisqu'elle contient l'épître du premier de ce mois naguère envoyée aux dames de France.
Il est non moins indubitable que Calvin publia, quelques mois plus tard, une nouvelle édition des cinquante psaumes avec musique, liturgie et catéchisme. Mais ni Baulacre (I, /110), ni les éditeurs de Calvin, ni M. Riggenbacb, ni M. Bovet, n'ont pu en découvrir un seul exemplaire, et nous n'avons pas été plus heureux.
Deux éditions de 1 5 43 , antérieures aux Cinquante pseaumes, ont également disparu cela résulte de la date (10 juin i5/t3) du complément de la préface de Calvin, et de cette résolution prise, le 16 du même mois, par le consistoire de Genève : «Les pseaumes de Dauid sont imprimés avec les prières de l'Eglise, mais, parce qu'il est fait mention en iceux de h Salutation angclique, résolu qu'elle soit ostée. » M. Bovet nous paraît être ici tombé dans l'erreur : il pense que l'édition dont on veut faire disparaître la Salutation, le 1 6 juin, contenait les cinquante psaumes et qu'elle a été publiée par Calvin; cela est impossible. En matière théologique, Calvin avait la prépondérance dans le consistoire, qui n'aurait pas résolu d'ôter du Psautier une pièce que le réformateur y eût mise lui-même, et Calvin n'était pas homme à changer subitement d'avis sur Y Ave Maria; d'où nous i concluons que l'introduction du cantique suspect dans le volume est i'œuvre d'un imprimeur qui n'avait pas consulté le consistoire sur cette innovation. Secondement, cette édition destinée au culte, c'est-à-dire pourvue de mélodies, et jugée en juin, ne pouvait contenir les vingt nouveaux psaumes, qui ne parurent au plus tôt qu'à la fin d'août, d'autant plus que l'arrangement des vingt mélodies nouvelles exigea un temps assez long. En outre, une édition contenant en tête la préface du 10 juin n'a pu être achevée et jugée le 16.
Il y a donc eu, dans les premiers mois de 1 543, une réimpression des
(l) Après la trouvaille inespérée de l'édition car disparu est un mol bien fort et auquel on «le 153g, il vaudrait peut-être mieux dire que ne se résigne que difficilement et le plus lard ces deux éditions nous demeurent inconnues: possible.
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trente psaumes, auxquels l'imprimeur ajouta, à l'insu de Calvin, la Salutation angéliquè; et, vers le 1 5 juillet, c'est-à-dire environ six semaines avant l'apparition des Cinquante pseaumes, une autre réimpression des psaumes déjà en usage, surveillée par Calvin, qui y mit son supplément de préface, daté du i o juin.
En \ùhk parurent, à Lyon, chez Etienne Dolet, les Psalmes du royal prophète Dauid traduictz par Cl. Marot^; quant aux éditions ecclésiastiques de cette même année, nous n'en avons trouvé aucune trace.
On en connaît trois portant la date de i5/i5. Dans l'une, imprimée à Paris par Ambroise Guirault, in-16, on trouve, dit Brunet, le Cantique de Moïse traduit par Bonaventure des Périers et Etienne Pasquier (autre que l'auteur des Recherches de la Franùe). Voici quelques vers énergiques de cette pièce, que nous avons rencontrée dans plusieurs éditions posté- * Heures :
Escoutez, cieulx, et pr 'estez audience A tous les motz lesquelz ie parleray, Et au propos que de bouche diray La terre aussi oye ^ et face silence ....
Or voyez-vous que moi, Dieu, seul fay viure, Et riy.a Dieu que moy qui faict mourir; le puis naurer, ie puis aussi guérir, Et ny a nul qui de ma main deliure.
le leuerai au ciel maugré enuie
Ma forte main , et diray haultcment :
Moymesme vy, voire éternellement,
Et sans mourir tousiours ie suis en vie.
Si le taillant de mon glaiue laguisc, Et quen ma main iciye iugement mis, Vengeance lors à tous mes ennemis Rétribuerai/ et rendrai/ à ma guise.
Venyureray mes traiclz en sang rougeastre, Chair mangera le mien glaiue à planté®
()) Nous ne nous occupons ici que des édi- (2) Le texte de îS.lo porte : Sa terre aussi
lions spéciales du Psautier, et non de celles des ioye, leçon évidemment fautive. Œuvres de Marot qui contiennent les mêmes ^ A planté se disait adverbialement pour
psaumes. beauèoup, plui, davantage.
Pour les occis de la captiuité, Depuis le chef de Tennemy follnslrc.
0 gents, louez le sien peuple amyahl< Car de ses serfz le sang il vengera Des ennemis la vengeance fera El a sa gent il sera fauorable.
Une seconde édition de i5/i5, parue à Paris chez Jacques Bogard, i n- 1 8 , annonce cinquante-deux psaumes traduits par Marot. De fait, il n'y en a que quarante-neuf ; les trois autres sont : le xxxiv et le xlii , traduits par le Lyonnais Cl. Le Maistre, et le lxii, traduit par Etienne Pasquier. Les deux psaumes de Le Maistre ont conservé les numéros de la Vulgatc (xxxm et xli), et ne méritaient guère de voir le jour. Voici un spécimen du xxxiv :
. . . Si aucung donc désire A cslre illuminé, Quil s adresse et retire Au but déterminé, Et iamais par refus Ne se verra confus.
Quiconques en tristesse Se treuue languissant, Qu'il inuoque sans cesse Le Seigneur tout puissant ; Car son cœur affligé En sera soulagé. . . .
Le début du xilu est infiniment préférable :
Comme le cerf longuement pourchassé Quelque ruisseau désire pour retraite, Ainsi pour vray le mien esprit lassé Aller à toij, o Seigneur Dieu, souhaitte.
Aussi mon ame a esté altérée De la viue eau, qui est toy, Dieu puissant. Las quand viendra celle heure bien heurée Que te verray au ciel resplendissant!