Abandonne de tout secours humain
psaumes de sa révision le mouvement lyrique T ™ , n .
1 J « Le lout-lhussant , en qui mon ame espère,
et la simplicité naïve de l'œuvre originale de Pour me sanm% m prendro{t par la Mœt-n< . .
Marot; on admire dans d'autres la solennité, si je n'eusse eu cette douce espérance,
la noblesse, l'ampleur de la langue classique Qu'un jour en paix, après tant de travaux,
du xvne siècle. Quoi de plus beau dans ce genre Des biens de Dieu j' aurois la jouissance,
que le psaume cm, par exemple : Je succombois sous le poids de mes maux, etc.»
( Ps. XXVII.)
^ Il n'a commis , sauf erreur de notre part , «N'y a-t-il pas aussi une grâce et une dou- que deux anaclironismes de ce genre : il a graceur extrêmes dans des vers tels que ceux-ci: luilemeiit prèlé aux Hébreux la connaissance
Bénissons Dieu, mon âme, en toute chose, etc.?
conviction religieuse n'était pas chez lui contenue par le sens historique et critique, qui ne se développa que beaucoup plus tard, elle était du moins contre-balancée par le sentiment esthétique de la Renaissance qui, plus désintéressée du contenu dogmatique, s'attachait de préférence à la beauté de la forme. L'ami de Vatable, de Rabelais, de tous les grands humanistes du xvie siècle, plaçait le Psautier hébraïque au niveau d'Homère, et bien au-dessus d'Horace (2): il en estimait les perles plus précieuses que celles de la couronne royale, et aurait cru commettre un sacrilège à la fois littéraire et religieux en ajoutant ou en retranchant quelque chose au texte. S'il partage l'erreur de son siècle relative aux prophéties messianiques, il ne la laisse entrevoir que dans quatre vers de son épître dédicatoire, et dans des arguments ou sommaires, qui sont bien plutôt l'œuvre de Vatable et de Calvin que la sienne ® ; nous n'avons découvert dans ses psaumes ni la trace, ni même le fugitif reflet des doctrines protestantes qu'il a longuement développées ailleurs.
On a déjà vu J. R. Rousseau introduire dans son imitation du psaume xv, qui n'en dit pas un mot, la vie future, l'éternel bonheur, le ciel, séjour des élus, et les frémissements de l'enfer irrité ; nous ferions aisément un volume des additions ou falsifications de ce genre qui foisonnent dans toutes les traductions en vers du Psautier. Il suffit d'en
des pôles (ps. xxxm) et la notion de la rotondité de la terre (ps. ix et xxiv). — Voir aussi le Jugement de Minos,où il fait parler Aimibal au brait du canon.
W « Ce qu'on appelle la Renaissance se compose, selon M. Schérer, de deux efforts : d'un côté , le besoin de rompre avec le passé le plus procbain, avec le moyen Age, de faire du nouveau; de l'autre, l'admiration de l'antiquité païenne, qui vient d'être remise en lumière, et le désir de l'imiter. La Renaissance n'est pas l'indépendance absolue, l'originalité native et entière, mais plutôt le retour à l'antiquité par delà la période chrétienne et gothique, une originalité qui n'ose s'affranchir entièrement des modèles, mais se contente de les prendre ailleurs, et se manifeste surtout par la combinaison piquante du motif antique avec une interprétation et une accom-
modation modernes.?' (Le Temps, 12 juillet 1870.)
(2) Voir ci-dessus l'épître dédicatoire des Trente psaumes , p. 292.
(3J L'argument du psaume ex, traduit à Genève, est un des plus remarquables, et nous n'hésitons pas à l'attribuer à Calvin : «Il chante le règne de Christ, lequel commença en Sion, et de là peruint iusques aux fins de la terre, et continuera iusques à ce que Christ soit adoré vniuersellement, et que de ses ennemis il ait fait son marchepied. t>
Etrange Christ que celui dont le psaume dit :
Sur les Gentilz exercera iustice, Remplira tout de corps mortz enuàhis, Et frappera, pour le dernier supplice, Le chef régnant sur beaucoup de pais.
Puis en passant au milieu de la plaine, Des grans ruisseaux de sang s'abruuera!
UAROT TRADUCTEUR. 519
citer quelques exemples, pour rendre évidente, sous ce rapport, l'éclatante supériorité de Marot.
Peindre Caton galant et Brutus damer et serait une faute moins grave que de transformer les psalmistes en chrétiens de nos jours; cependant, pas un traducteur n'y a manqué. «Personne, dit M. Guerrier de Dumast, n'a eu l'idée (trop naturelle, à ce qu'il paraît, pour les beaux esprits) de faire du roi-prophète tout bonnement ce qu'il était, à savoir: un Israélite; » et l'auteur de cette remarque, pas plus que les autres. La seconde personne du singulier ne lui semble pas assez noble ou respectueuse pour parler à Dieu, il lui dit : Vous, et l'on trouve dans sa traduction des croyants (au lieu de craignant Dieu}, des mécréants, de coupables doutes
(comme si la religion juive avait déjà été un dogmatisme autoritaire, une sorte d'ultramontanisme anticipé), les enfants de colère, le banquet des fidèles, les élus, les Gentils, la vie éternelle (expressions empruntées au Nouveau Testament), puis des vers comme ceux-ci :
N'entendez-vous pas Dieu dans vos âmes émues?
(Ps. XXIX.)
Ainsi, lassé d'un monde aux faveurs incertaines,
J'ai soif du Dieu vivant.
Quand paraîtrai-je aux pieds de sa grandeur sacrée ?