M A R O T , RABELAIS
RABELAIS
JjjNFTN le voilà parti C'est le moment de t'avertiï du nouveau danger qui te menace.
Que veux tu dire?
RABELAIS
Que ce méchant homme, qui sort d'ici , trame contre ^ toi-de nouvelles perfidies; j'en ai la certitude.
D'où peux-tu l'avoir acquise ?
RABELAIS
De la bouche même de monseigneur , qui n'a point voulu me donner de plus amples éclaircisseinens , mais
qui cependant m'a permis de l'avenir de prendre les précautions que la prudence te dictera. Maintenant, je t offre tout ce qui dépendra de moi pour éviter cette nouvelle disgrâce.
Ami généreux , je reconnais bien là ton excellent ccfcur. Mais je t'avoue que je suis loin de ni'eiirayer : revenu d'hier à Paris , avec promesse d'oubli pour le passé , je ne crois avoir rien fait , depuis mon retour , qui m'attire de nouveau les censures scrboniques. Ainsi, bannissons l'inquiétude, et ne songeons qu'à la joie de nous voir réunis.
RABELAIS
Il serait pourtant assez fâcheux qu'un nouvel exil
Qu'importe ? en voyageant , on n'a pas toujours les mêmes objets sous les yeux; on voit du nouveau : cela désennuie.
RABELAIS
Air: Pour bien emplq/er ses loisirs. \
Mais tu peux sans quît-ter Pa-ris, Jouir des mê-ines a van - ta - ges , Mœurs ncuve!~les , nouveaux habits , Nouvelles
liiiiil^iliiiiiiiiEliiii
lois, noii-veaux ' u - -sa ges Or, tu vois , mon a ~ mi ,
Que tu p^xxx bien aus - si Sur les mê - mc) il - va - - ges , Ai-
sc-ment chas-ser ton en - cui, Saus faire de voy-a--ges,
Sans fai-re de voy - a — ges.
D'ailleurs, il te faudrait quitter encore la belle Marguerite^ et tu n'aimes pas à en être séparé. . . .Tu ris.
Le moyen de te cacher mon secret ^ quand tu le devines. Eh bien , mon cher, félicite-moi donc. . . .
RABELAIS
Je n'ose.
Comment , la femme la plus aimable ^ la plus spirituelle de la France !
RABELAIS
C'est précisément pour cela. Ton bonheur te suscitera des jaloux , et si cela parvient aux oreilles du maître.... M A R O T.
Dussé-je me perdre, je veux profiter d'une aussi
glorieuse conquête.
Air: Qiioi^ vous avez , sous cet ombrage.
Pep-dant ma bril-Lnn-te jeu-nesse, L'a- mour fir ma
iEHiiïiîliïSii
fé-Ii-'-'ci — té. Aux ap-pro-ches de la vieil -lesse, Je
])rtile en - cor pour la beau -té. Tendre A-mour, toi qui fus
VAUDEVILLE. 3i
:ncn"ll^Iître, Tendre A-mour. toi qui fus mon maî-tre, Que j'ai ser-visur t^s iTs Dieux. Ohl si je pou-vois deux fois
iiaî-tre.Com-bienje te ser-vi-rais mieux, Combien je
te ser-vi-rais mieux. H
RABELAIS
Ouoîqu'il arrive, au surplus , je ne te laisserai point dans l'embarras, et sois assuré que Rabelais aura toujours le cœur aussi bon qu'il a l'esprit jovial et libertin. M A R 0 T.
J'en suis persuadé . mon ami. Mais à propos , M. le curé, que je vous fasse compliment sur votre nouvelle
^ RABELAIS
Viens à Meudon ; je te fais mon vicaire. M A R 0 T.
Le vicaire vaudrait le curé.
RABELAIS
Ch '• que non,
Mais à quoi diable songeait Dubellay , quand il t'a fait cadeau d'une cure?
RABELAIS
Il ne pouvait mieux choisir , et je veux que tu en conviennes toi-même.
Al R : Lorsque vous yerrei un amant.
Je suis le médecin des coips, Je suis le médecin des ames^ Souvent j'arrache aux sombres bords De bons \ivans^ d^aimabies femmes. - A mes paroissiens , mes amis ^ Je sers jusqu'à l'heure dernière :
Ou médecin, je les guéris, Ou bien curé , je les enterre,
De façon qu'ils ne peuvent t'échapper; morts ou malades, îu en tirea toujours parti.
A I R : 0 FiUL
Mais y sans rire^ comment peut-on Entendre chanter à Meudon ^ Par l'auteur de Gargantua^ Alléluia ?
RABELAIS
VaS; mon ami , je remplis mes fonctions aussi bien
qu'un autre.
AIR : D'Arlequin afficheur.
Moi j je ne suis point un Bouchard ^ Censeur hypocrite et farouche^ Qui prêchant les mœurs avec art, IN^a de vertus que dans la bouche.
Quelquefois mon esprit^ fallot , Compose une gaillarde histoire ; Mais tous mes vices ^ cher Marot , Sont dans mon écritoire.
MAROT
Parbleu 5 maitre François^ tu es un heureux fou.
RABELAIS
Et toi 5 messire Clément , penses-tu donc être bien
sa"^e ?
Sans doute. Hier encore; j*ai fait un acte de la plus
haute