‹ Clement XIII et Clement XIVChapitre 9 sur 52 · PERSONNAGES QUI OCCUPENT LA SCÈNE POLITIQUE · texte numérisé non relu

PERSONNAGES QUI OCCUPENT LA SCÈNE POLITIQUE

ministre est trop entêté et le pape trop imbécile1; il faut se borner à faire les affaires courantes avec une verge de fer. pour l’opposer à la tête de même métal qui gouverne le saintsiège. Après ce pape nous verrons à en avoir un qui convienne à la circonstance. » (Lettre du 2 novembre.)

L’ambassadeur répond, le 23 du même mois: «... Je pense entièrement comme vous , Monsieur le duc , sur la conduite à tenir vis-à-vis cette cour-ci ; il faut absolument se faire craindre. Soyez sûr que je serai roide vis-à-vis d’elle, le secrétaire d’État l’a éprouvé plus d’une fois depuis que je suis ici. Mais c’est un être indéfinissable... Il refuse tout, et laisse tout faire sans qu’on puisse jamais le déterminer à revenir sur lui-même , ni à prendre aucun expédient pour sauver du moins en apparence le saint-siège , dont il fait consister tout l’honneur à ne se prêter à rien. »

Choiseul.

Voici le jugement que Louis XVI portait de Choiseul * dans un mémoire écrit de sa propre main en 1777 : « Le gouvernement français avait toujours accordé une protection particulière à cette célèbre société qui élevait la jeunesse dans l’obéissance aux lois, dans la connaissance des arts, des sciences et des belles-lettres. Choiseul setd 5 livre cette société

1 Qu’on nous pardonne de reproduire ces paroles , non moins inconvenantes qu'impies; elles ont un sens dans la bouche du ministre philosophe qui doit être signalé. Clément XIII n’est point assez sage aux yeux de Choiseul , parce qu’il ne se conduit point par les vues de la prudence et de la politique mondaine , mais par esprit de foi et par des motifs de conscience. Que cela soit folie aux yeux du monde , saint Paul l’avait dit avant M. de Choiseul.

s L’ex-ministre de Louis XV avait tenté auprès de Louis XVI l’apologie de sa conduite passée , afin de parvenir au ministère II aspirait à devenir le serviteur de celui dont il avait outragé et persécuté le vertueux père.

* Un complice de Choiseul et son collègue dans le ministère , le duc de Praslin , vient corroborer cette assertion de Louis XVI, tout en paraissant la contredire; il déclare que lui et son cousin Choiseul ont pris une part active et efficace à la destruction des jésuites en France. Praslin, on le sait , n’était

célèbre aux persécutions des parlements, ses ennemis, et la jeunesse aux systèmes de la philosophie ou à l’influence des opinions les plus dangereuses des parlements. La destruction des jésuites a causé un vide , qu’au grand détriment pt de l’éducation de la jeunesse et des sciences , aucune autre corporation n’a pu oombler. » (Soulavie, Mémoires du règne de Louis XVI , 1. 1 , p. 88 et 91 . ) Ce témoignage du roi martyr, si décisif dans la question présente , a été reproduit en entier par le R. P. Theiner dans son Histoire des institutions d’éducation ecclésiastique (t. I, p. 402).

Déjà sous le règne de Clément XIII, Choiseul avait entamé secrètement l’affaire de l’extinotion des jésuites, de concert avec Pombal et Charles III, roi d’Espagne. Dans une lettre particulière adressée à d’Aubeterre le 16 juin 1767, il lui fait part du plan et des projets des trois cours conjurées contre les enfants de saint Ignace; il l’engage à acheter à prix d’argent un des familiers du pape Clément XIII. Cent mille écus donnés par le roi de France, et cent mille écus donnés par le roi d’Espagne , devaient être la récompense du traître, si leur dessein homicide contre la compagnie de Jésus venait à réussir. Soit défaut d’occasion , soit crainte de se compromettre sans autre fruit que la honte , d'Aubeterre n’osa employer les moyens de corruption proposés par le ministre du roi très-chrétien.

Cependant Choiseul ne cessa d’entretenir l’ambassadeur de son projet et de ses espérances; à la date du 16 mai 1768 , après les affaires de Parme , il écrivait : a Je me flatte qu’après

guère, quoi qu'il en dise, que l'instrument de la politique du duc de Choiseul. Voici comment il s'exprime dans une lettre adressée, en janvier 17G3, au duc de Nivernais, ambassadeur à Londres : « Il arrive rarement que le duc de Choiseul et moi ne soyons pas du même avis , parce qu’en général nous avons les mêmes principes sur la politique et le gouvernement; cependant aucun de nous n'a fait vœu d’être jamais d'avis contraire à l'autre; nous n'avons ni l'un ni l'autre des prétentions ù l'infaillibilité., et nous n'avons pas voulu absolument des jésuites parce que leur institut leur interdit d'avoir d'autres sentimeuts que ceux du général. » (Cette lettre a été publiée par le chevalier d'Eon. Lettres closes, 2* partie , p. 858. )

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