‹ Clément XIV et les JésuitesChapitre 15 sur 36 · EE · texte numérisé non relu

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ET LES JESUITES. 387 resta plus aux proscrits qu'à prier pour le proscripteur plus malheureux que ses victimes. Il avait dit en signant le bref : « Questa suppressione mi darà la morte! » Longtemps après lavoir promulgué, on le voyait errer dans ses appartements, et s’écrier à travers les sanglots : « Grâce! grâce! Compulsus feci! compulsus feci! » Déplorable aveu qu'un noble repentir arrachait à la démence. Le Pape était menacé de mourir fou; mais ce n’était pas l'acqua di tofana, ce chimérique poison administré par une main invisible qui corrompait son sang, qui brülait ses entrailles, qui faisait de son sommeil la plus cruelle des agitations. Enfin, le 22 septembre 1774, la raison revint à Clément, mais la raison avec la mort. À ce suprême moment la plénitude de son intelligence lui fut rendue. Le cardinal Malvezzi, le mauvais ange du Pontife, assistait à sa dernière heure; Dieu ne permit pas que le successeur des Apôtres expirât sans réconciliation avec le ciel. Pour arracher cette âme de Pape à l’enfer, qui, selon une de ses paroles, était devenu sa maison, et pour que la tombe ne s’ouvrit pas sans espérance sur celui qui ne cessait de répéter : « O ! Dio, sono dannato! » un miracle était nécessaire. Le miracle se fit, Saint Alphonse de Liguori était alors évêque de Santa Agata dei Goti au royaume de Naples. La Providence, qui veillait encore plus à l'honneur du Pontificat suprême qu'au salut d’un chrétien compromis par une grande faute, désigna Alphonse de Liguori comme son intermédiaire entre le ciel et Ganganelli. Au procès de la canonisation de ce saint (1) on lit de quelle manière le prodige s’opéra.

« Le vénérable serviteur de Dieu, demeurant à Arienzo!, petite ville de son diocèse (c'était le 21 septembre 1774), eut une espèce d’évanouissement. Assis sur son fauteuil, il resta environ deux jours dans un doux et profond sommeil Un des gens de service voulut l'éveiller, Son Vicaire Général,

(1) Informatio, animadversiones et responsio supra virtutibus V. S. D. Alphonsi Mariæ di Ligorio (Rome, 1806).

388 CLÉMENT XIV don Jean-Nicolas de Rubino, ordonna de le laisser reposer, mais de le garder à vue. S’étant enfin éveillé et ayant aussitôt donné quelques coups de sonnette, ses gens accoururent. Les voyant fort étonnés : « Qu'est-ce qu'il y a? leur dit-il. — Ce qu'il y a, répondirent-ils, voilà deux jours que vous ne parlez pas, que vous ne mangez pas, que vous ne donnez aucun signe. — Vous autres, dit le serviteur de Dieu, vous me croyiez endormi, mais il n’en était rien ; vous ne savez pas que Je suis allé assister le Pape, qui est déjà mort. » On ne tarda point d'apprendre que Clément XIV était mort le 22 septembre, à treize heures (entre huit et neuf heures du matin), c'est-à-dire au moment précis où le serviteur de Dieu avait agité sa sonnette. » |

Tel est ce récit dont Rome, si difficile en matière de miracles et qui ne les constate qu'après les avoir mûrement examinés, accepte la responsabilité dans les actes de la canonisation d’Alphonse de Liguori. Rome l’a discuté ; Rome a prononcé ; cette bilocotion est un fait historique.

Liguori assistait le Pape Clément XIV à ses derniers mo-

ments, et cette intervention dont Ganganelli seul eut connaissance , dont seul il ressentit les mystérieux effets, fit régner le calme et sans doute l'espérance dans son cœur si violemment agité. On l'avait forcé à créer in petto onze Cardinaux imposés par les ennemis de la Société de Jésus. Malvezzi veut profiter de cette sérénité dont il n’a pas le secret. Il supplie le Pape: d’achever son œuvre en confirmant les-promotions qui seront nécessaires aux puissances dans le prochain Conclave. La justice était enfin descendue sur la tête du Pontife. Il avait la conscience du prodige que le ciel accomplissait en sa faveur ; il s’en montra digne en refusant d’accéder à la demande du Cardinal. « Je ne le puis ni ne le dois, répondit-il, et le Seigneur jugera mes motifs. » Malvezzi et ses complices insistaient. « Non, non, s’écria le Pape, je vais à l'Eternité, et je sais pourquoi. »

Une lettre de Joseph Gavazzi, créature du cardinal Mal-

ET LES JÉSUITES. 389 vezzi, ne laisse aucune incertitude sur ce fait. Le 29 septembre 4774, Gavazzi mande de Bologne à Nicolas Pagliarini, l'agent de Pombal : « Il m'est revenu en mémoire de vous dire que le pauvre Monsignor Macedonio, qui avait été cru par tout le monde Cardinal in petto, reste, comme on écrit de Rome, sacrifié, et déjà on parle de l'envoyer gouverneur à Urbino. Grande affaire! il n'a pas été possible d’obtenir du Pape la nomination des Cardinaux in petto, bien que par deux fois l'éminentissime Malvezzi et d’autres se soient jetés à ses pieds en le suppliant de les nommer. Mais si Malvezzi est Pape, Macedonio aura tout de suite la pourpre parce qu’il l'aime et qu’il connaît son mérite. En somme, tout est désordre, et Dieu veuille que les choses soient remises à leur place par le nouveau Pontificat. »

Ce refus si providentiellement constaté et si extraordinaire dans un Souverain Pontife qui avait tant accordé, paraissait inexplicable. Il se fit avec un courage que semblait doubler l'approche des jugements de Dieu, et Ganganelli expira saintement comme il aurait toujours vécu s’il n’eût pas mis une heure d’ambition et un désir d’iniquité entre sa pourpre et la tiare. |

À Rome, la mort n’amène jamais le jour des éloges comme dans le reste du monde. Les Egyptiens de la ville éternelle traînent inévitablement au tribunal de leurs sarcasmes le Pape que le trépas vient de soustraire à leur respectueuse familiarité. Ils se vengent de leur adoration en poursuivant sa mémoire. Gelle de Clément XIV fut insultée sans pitié (1), et

(1) Le peuple romain n’avait pas vu sans quelque honte l’omnipotence que les ministres de la maison de Bourbon exercérent pendant le règne de Clément XIV. L'orgueil du citoyen souffrait autant que la foi du catholique de cet abaissement de la tiare. Ils s’en vengérent à leur maniére. Les Conclaves étaient de temps immémorial une époque où la liberté de parler et d'écrire se transformait aisément en licence, l’autorité laissait à l'opinion publique le droit de médisance et même de calomnie. Le Sacré Collége ne se préoceupait guére des outrages dont ses membres étaient

tandis que le cri de la malédiction romaine se confondait avec les louanges intéressées que la secte philosophique faisait entendre sur ce tombeau. entr’ouvert, un Jésuite, le P. de

l'objet, et le nouveau Pape absolvait dans une première bénédiction toutes ces épigrammes, dont la forme incisive et souvent spirituellement comique sert de passeport à la virulence et l'injustice.

Au Conclave qui suivit la mort de Ganganelli, les ambassadeurs de France, d'Espagne et de Naples, représentants officieux de l’émancipation intellectuelle et de là liberté philosophique, ne crurent pas de leur dignité de subir les chansons et les pasquinades des Romains. Les diplomates avaient tué la Société de Jésus; ces apôtres des théories encyclopédiques se révoltérent à l’idée qu’ils allaient être jugés comme ils avaient jugé, et le cardinal de Bernis, chef d'ordre, transmit la note suivante au gouvyerneur dé Rome. Nous la trouvons en minute dans ses papiers.

«1° Lui témoigner la surprise des seigneurs-cardinaux, chefs d'ordre,

de ne les avoir pas avertis sur-le-champ de la comédie intitulée : le Conclave, de n’en avoir pas fait sur-le-champ saisir les exemplaires, punir les distributeurs et les copistes, et qu’il ne se soit pas occupé d’arrêter le cours de tant de satires : 1° contre le Pape Clément XIV, de glorieuse mémoire, principalement le Sermon de saintPierre contre plusieurs cardinaux , et notamment toutes celles qui ont été répandues au sujet des faussetés et des inventions au sujet du présent Conelaye ; 2° contre l’honneur et la réputation des personnes les plus respectables de Rome des deux sexes.

« 2° Ordonner à Monseigneur le gouverneur la recherche la plus exacte de tous les exemplaires du Sermon de saint Pierre, de la Comédie du Conclave et autres satires contre le défunt Pape et les Cardinaux, dames et seigneurs de Rome. Pour édifier le public scandalisé de cette licence, ces éerits doivent être brûlés publiquement dans la place la plus fréquentée de Rome et avec le plus grand appareil par la main du bourreau. Ce coup d'éclat est d’autant plus nécessaire que les ministres étrangers sont résolus de demander une satisfaction éclatante des outrages faits dans ces satires à leur honneur et à leur représentation. Il est de la sagesse du gouvernement de prévenir des plaintes qui auraient les suites les plus sérieuses.

« 3° Après ce coup d'éclat, Monseigneur le gouverneur doit ordonner de découvrir les auteurs, les distributeurs et les copistes de ces satires, sous peine de perdre sa place, »

Les ministres étrangers dont le cardinal de Bernis fait valoir les colères avaient établi à Rome contre toute espèce de droit, dans leurs palais même, des presses elandestines d’où sortaient incessamment mille pamphlets

Cordara, traçait cette page encore inédite de ses Commentaires sur la suppression de la Compagnie. « Ainsi Clément XIV finit sa vie, ainsi il termina son court pontificat. Pape, s’il est permis de s’exprimer de cette sorte, plus malheureux que méchant, Pape qui aurait été admirable s'il eût vécu dans des temps meilleurs. Car il était recommandable par plusieurs qualités insignes de l’esprit. 11 avait du savoir et des vertus. On trouvait en lui une sagacité profonde, principal mérite d’un Prince, à mon avis. Quoique au faîte des honneurs, il était doué d’une sagesse vraie, d’une rare modération. Doux, affable, bon, d'un caractère toujours égal, jamais précipité dans ses conseils, ne se laissant jamais aller aux excès de zèle. De la dignité dont il était revêtu, la plus grande sur là terre, il ne paraissait prendre qu’à l'extérieur le luxe qui l’entoure et les soins du gouvernement qui y sont attachés.

« Voyant les Princes imbus des opinions de Fébronius et remplis de préjugés sur l'autorité du Souverain Pontife, il crut arrêter leurs projets en se faisant à lui-même ainsi qu’à l'Eglise deux graves blessures. La première fut la destruction de notre Institut ; la seconde, plus profonde encore, plus difficile à guérir, fut la suppression en quelque sorte de cette Constitution à la fois si ancienne et si vénérahle que l’on appelait la bulle #n cœna Domini. À elle seule, elle faisait la force du Saint-Siége, elle le soutenait debout en face de l’univers catholique. Ces deux mesures perpétueront le souvenir du pontificat

contre l'Eglise ou contre les Jésuites, et ils osaient se plaindre d’un usage ancien, qui n’avait jamais provoqué de réclamations. Leurs menaces n’aboutirent à aucun résultat; mais nous avons voulu lire le Sermon de saint Pierre, la Comédie du Conclave, et les autres satires produites par la circonstance. Aprés les avoir comparées à d’autres œuvres semblables antérieures ou postérieures à cette époque de 1775, nous devons déclarer qu’il y a beaucoup moins d’amertume et plus de vérité dans le Sermon de saint Pierre et la Comédie, que dans plusieurs autres piéces du même genre.

392 CLÉMENT XIV de Ganganelli, mais ce souvenir sera toujours accompagné de larmes et de douleur. Un autre Pape, quel qu'il fût, et vivant comme Ganganelli dans ces temps mauvais, aurait-il agi autrement? Qui le sait? Sans doute le Pape, comme Pasteur suprême, a un pouvoir souverain et légitime sur tout le troupeau et sur les Rois eux-mêmes qui sont les fils de l'Eglise; mais peut-il exercer ce pouvoir alors même que les Princes le combattent et lui déclarent la guerre? En ces temps malheureux , la puissance des Rois l’emportait de beaucoup sur celle du Pape. En un mot, si Ganganelli fit mal, du moins faut-il penser qu’une intention mauvaise ne présida point à son œuvre. » |

Un autre Jésuite, le P. Louis Mozzi, dans un ouvrage qui, vers celte époque, obtint une grande vogue en Ltalie, n’est pas moins respectueux envers la mémoire de Ganganelli. « On sait, dit-il (1), que Clément était disposé à renoncer même au pontilicat plutôt que d’en venir à cette extrémité ; il le déclara bien souvent, et toutelois il y est venu. Mais chacun en connaîtil bien le moment, la manière, la cause ? O mes enfants! chers amis de la Compagnie qui n’est plus, honorez le souvenir d’un Pontile qui est moins indigne de votre estime qu'il ne mérite toute votre compassion. Ayez encore un peu de patience; tout se voit, mais on ne peut tout dire. Le temps propice n’est pas encore arrivé pour vous; il viendra, et il passera pour les autres. Ayons confiance en Dieu, et soyons-lui toujours fidèles. Dieu seul doit nous justifier. Réfléchissez aux conséquences de notre suppression, aux événements qui se succèdent chaque jour, et jugez s’il pouvait commencer à le faire d’une manière plus éclatante. »

Voilà le dernier mot des Jésuites sur Clément XIV. Il résume les actes de sa vie, il les apprécie au point de vue de la charité sacerdotale et peut-être à celui de l'estime personnelle. C'est

(1) I projetti degl increduli a danno della Religione disvellati nelle opere di Frederico il grande, p.103 (Assisi, 1791).

ET LES JÉSUITES. 393 à la postérité à dire s’il lui est permis de ratifier un pareil jugement. Elle commence aujourd’hui seulement pour Ganganelli, car les éloges intéressés dont on a souillé sa mémoire, les soupçons qui s’élevèrent contre lui, tout maintenant est expliqué. Et l'on voit que si son nom a été respecté et protégé jusqu'ici, c’est à des Jésuites qu’il doit ces derniers honneurs de l’histoire. Les adversaires de la Compagnie se gardent bien de rendre le même témoignage. « La personne du Souverain Pontife, ainsi s'exprime Gioberti (1), cesse d’être inviolable pour ces humbles moines aussitôt qu’elle leur devient quelque peu hostile, et Luther parle des Papes de son temps d’une manière moins blâmable que ne le firent certains écrivains de la secte au sujet de l’intemerato Clemente, parce que ce grand Pontife osa préférer le repos des Etats, le bien de la Religion, la tranquillité, la sûreté, la gloire de l'Eglise à l'avantage de la Compagnie. »

Nous avons prouvé que ce quintuple but ne fut jamais atteint. On l'avait proposé à Ganganelli comme un mirage trompeur; il s’y laissa prendre. Ses souffrances morales sur le trône, les anxiétés de sa vie de Pape, les désespoirs de sa mort, tout révèle que l'intemerato Clemente n'est grand aux yeux des ennemis de l'Eglise que parce qu’il fut faible devant le Seigneur.

Il n'avait eu qu’un ami, un conventuel comme lui, ce père Buontempi que les Philosophes et les Cardinaux des Couronnes ainsi que les Ambassadeurs avaient tant flatté pour mieux dominer le Pontife. À peine Clément XIV a-t-il fermé les yeux que Buontempi, au dire de ses complices, se dérobe par la fuite aux reproches que sa conduite a mérités. « Cet indigne Buontempi, c'est encore Gavazzi qui raconte le fait à Pagliarini, cet indigne P. Buontempi qui se nommait le confesseur du Pape, à fui et a emporté tous les papiers qui appartenaient au Saint-Père (2). »

(1) Proleg. del primato, p. 192.

(2) Cette fuite et ce vol, dont le conventuel Buontempi est accusé par

Six jours après ce trépas, le cardinal de Bernis, qui avait à prémunir le jeune roi Louis XVI contre les Jésuites, écrivait au ministre des affaires étrangères : « Le genre de maladie du Pape et surtout les circonstances de la mort font croire communément qu’elle n’a pas été naturelle... Les médecins qui ontassisté à l'ouverture du cadavre s'expriment avec prudence, et les chirurgiens avec moins de circonspection. Il vaut mieux croire à la relation des premiers que de chercher à éclaircir une vérité trop afiligeante, et qu’il serait peut-être fâcheux de découvrir. »

. Le 26 octobre, les soupçons qu'il à laissé entrevoir se confirment dans son esprit, il veut les faire passer dans celui du Roi. Il mande au ministre : « Quand on sera instruit autant que je le suis, d’après les documents certains que le feu Pape m'a communiqués, on trouvera la suppression bien juste et bien nécessaire. Les circonstances qui ont précédé, accompagné et suivi la mort du dernier Pape excitent également l’horreur et la compassion... Je rassemble actuellement les vraies circonstances de la maladie et de la mort de Clément XIV, qui, vicaire de Jésus-Christ, a prié, comme le Rédempteur, pour ses plus implacables ennemis, et qui a poussé la délicatesse de conscience au point de ne laisser échapper qu’à peine les cruels soupçons dont il était dévoré depuis la semaine sainte, époque de sa maladie. On ne peut pas dissimuler au Roi des vérités, quelque tristes qu'elles soient, qui seront consacrées dans l’histoire. »

Gavazzi, expliqueraient trés-bien comment les lettres du cardinal Malvezzi au pape Clément XIV ont pu être conservées. Le Journal historique et littéraire de Feller (septembre 1775), p. 375, t. c.x., 1. n, déclare que Pie VI, ayant de quitter le Vatican, brüûla de sa propre main tous les papiers de son prédécesseur. Mais, au dire de Gavyazzi qui, par le cardinal Malvezzi, devait savoir toutes les intrigues les plus secrètes du palais, Buontempi y avait mis bon ordre. Le cardinal Malvezzi se trouvait assez compromis par cette correspondance pour n’en pas perdre la trace. L'épithète d’indigne jetée au P. Buontempi est donc un signe même de la colère que ressentit l’archevéque de Bologne.

ET LES JÉSUITES. 395 Les Philosophes connaissaient la correspondance de Bernis, ils savaient les inquiétudes qu’elle recèle; il était de leur avantage de les propager. D’Alembert essaie de faire peur à Frédéric IL de la terrible milice qui , après avoir enseigné la doctrine du régicide, ose évoquer des Locustes jusque sous les lambris du Vatican. Le 15 novembre 1774, le roi de Prusse rassure en ces termes le sophiste français (1) : « Je vous prie de ne pas ajouter foi légèrement aux calomnies qu’on répand contre nos bons Pères. Rien n’est plus faux que le bruit qui à couru de l’empoisonnement du Pape. Il s’est fort chagriné de ce qu'en annonçant aux Cardinaux la restitution d'Avignon, personne ne l’en à félicité, et de ce qu'une nouvelle aussi avantageuse au Saint-Siége a été reçue avec autant de froideur, Une petite fille a prophétisé qu'on l’empoisonnerait tel jour ; mais Croyez-vous celte petite fille inspirée? Le Pape n’est point mort en conséquence de cette prophétie, mais d’un desséchement total des sues, Il a été ouvert, et on n’a point trouvé le moindre indice de poison. Mais il s’est souvent reproché la faiblesse qu'il a eue de sacrifier un Ordre tel que celui des Jésuites à la fantaisie de ses enfants rebelles. Il a été d’une humeur chagrine et brusque les derniers temps de sa vie, ce qui a contribué à raccourcir ses jours. »

Bernis invoque la conscience future del’histoire ; l’histoire (2) a parlé comme Frédéric Il, Les Protestants eux - mêmes

(1) Œuvres philosophiques de d’ Alembert, Correspondance, t. xvnt.

(2) Un écrivain italien, Beccatini, rapporte, dans son Histoire de Pie VI, les divers bruits qui coururent à Rome et dans le monde lors du trépas de Clément XIV; puis il ajoute : «Maintenant personne ne soutient ceite hypothèse, et le cardinal de Bernis, après avoir pris parti pour l’empoisonnement, a avoué souvent qu'il n’en croyait plus rien. » (Stortia di Pio VI, t.r, p. 54.)

Cancellieri, l’un des savants les plus distingués de l'Italie, et qui mou-— rut en 1826, confirme, aux pages 409 et 515 de sa Storia di solenni possessi dei summi Pontifici, le récit de la mort naturelle de Clément XIV, et il dit ; « Qu’à cause de l’âcreté et de la corruption des humeurs dans

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