RE) CLÉMENT XIV
peuvent s'assurer que je ferai tout mon possible pour les aider et les mettre en bon train. Nous avons un évêque portugais, il s'appelle Alexandre de Govea. C’est un religieux de Saint- François dont on dit beaucoup de bien. Il ne tiendra pas à moi certainement qu'il ne pacifie la Mission. »
Cinq ans plus tard, le 7 novembre 1788, Bourgeois écrit au P. Beauregard, l'orateur chrétien de la fin du xvin® siècle. Dans sa lettre, le supérieur des Jésuites en Chine rend hommage aux Lazaristes, qui ont pris leur place par ordre de Pie VI. Cette abnégation personnelle, en présence des vertus d'un rival, a quelque chose de vraiment religieux.
« Très-cher et très-ancien confrère, ainsi s'exprime Bourgeois, Continuez toujours à faire connaître et aimer notre bon Maitre, et à vous montrer toujours digne enfant de saint Ignace. ie,
« Messieurs nos Missionnaires ét successeurs sont des gens de mérite, pleins de vertus et de talents, de zèle et d’une très: bonne société, Nous vivons en frères; le Seigneur à voulu nous consoler de la perte de notre bonne mère; et nous le serions entièrement si un enfant de la Compagnie pouvait oublier sa sainte et aimable mère. C'est un de ces traits qu'on ne peut arracher du cœur, et qui demande à tout moment des actes de résignation, »
Dans une autre lettre, Bourgeois parle du Missionnaire qui le remplace, et, en faisant l'éloge de ses vertus, il ajoute : « On ne sait pas st c’est lui qui vit en Jésuite ou nous qui vivons en Lazaristes. »
Ce n’est pas seulement la correspondance intime des Pères qui garde les traces de cette obéissance jusqu'à la mort; on en recueille partout des preuves, et lorsqu’en 1777 le Saint- Siége envoié d’autres Missionnaires pour prendre possession, chez les Hindoux, dé l’œuvre des Jésuites, le même exemple se renouvelle. Les enfants de Loyola déposent en d’autres mains l'héritage de François-Xavier, multiplié par deux siècles de travaux et de martyres. « Ils avaient, dit un de ces nou-
ET LES JÉSUITES, P23 veaux Missionnaires ({), pour supérieur le P. Mozac, vieillard octogéhaire, qui avait blanchi sous le faix du ministère apostolique, qu’il avait exercé pendant quarante ans. Il je à a sa place avec la simplicité d’un enfant. »
Le 45 novembre 4774, il se passa à Fribourg un its étrange encore. Les Jésuites, proscrits par Clément XIV, lurent prier pour lui, Lls réunirent dans l’église collialerde Saint-Nicolas les habitants de la cité, et le P. Mattzell, en prononçant l’oraison funèbre du Souverain Pontife, s’écria, au milieu de l'émotion générale : « Amis, chers amis de notre ancienne Compagnie, qui que vous soyez, eb où que vous puissiez être, si jamais nous avons été assez heureux pour rendre des services dans les royaumes et dans les villes, si nous avons contribué en quelque chose au bien de la Chrétienté, soit en prêchant la parole de Dieu, soit en catéchisant ou en instruisant la jeunesse, en visitant les malades ou les prisonniers, ou en composant des livres édifiants (quoique dans notre situation actuelle nous ayons beaucoup d’autres grâces à demander), nous vous prions, avec les plus vives instances, d'arrêter toutes plaintes amères et peu respectueuses pour la mémoire de Clément XIV, chef souverain de l'Eglise. »
Ainsi, Sur tous les points du globe et par tous les témoignages, les Jésuites n’ont pas résiste à l'arbitraire qui les bannissait de leurs Missions , qui les dépouillait de leurs biens ; ils ne maudirent pas le Saint-Siége les sacrifiant à une paix impossible. [ls ne luttèrent point contre le pouvoir temporel, ils se soumirent avec une douloureuse résignation au Bref de Clément XIV. On ne les entendit protester ni par un doute, ni par un murmure, ni par un outrage. L'histoire doit constater cette ohéissance qui honore tout à la fois la Chaire apostolique et la Compagnie de Jésus.
Nous avons raconté comment et par qui l'institut de saint
(1) Voyage dans l’Indostan, par M. Perrin, n° partie, chapitre rv, page 174.
424 CLÉMENT XIV Ignace de Loyola fut détruit. Cette grande question si longtemps controversée est enfin éclaircie, et éclaircie par les documents émanés de ceux mêmes qui conspirèrent pour la résoudre. Nous avions pris à tâche d'étudier la destruction des Jésuites et de scruter le règne de Clément XIV. Le voilà tel qu'il apparaît avec ses concessions arrachées par la terreur ou par la flatterie. Les hommes qui, à l’aide d’audacieux sophismes ou de rêves impies, veulent toujours porter la perturbation dans la foi, dans les choses et dans les idées, se sont acharnés à élever le Pape, destructeur des Jésuites, sur un gigantesque piédestal. Ils l'ont créé vénérable, saint, immortel, sans tache, fondateur d’un imaginaire Pontificat civil et moderne. Cette menteuse apothéose subit la révision de l'histoire. Satisfaction était due à la justice et à la vérité, la satisfaction est donnée. Pour achever notre tâche, il nous reste à suivre les Pères de la Compagnie dans leur dispersion.