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retranchements de ses malices inquisitoriales. Ce sera pour l’auteur de Clément XIV et les Jésuites une occasion toute naturelle de défendre son livre et la pensée qui l’inspira.
On peut être un aristarque hargneux, un écrivain jaloux du bonheur des autres, un esprit cachant sous les dehors d’une hypocrite piété les aspirations de ses colères envieuses; mais ces concessions que je ne crains pas de faire à des attaques peu loyales, doivent, comme toutes choses, avoir un terme. Avec cette élégance de style et cette variété d'expressions qui caractérise le talent du critique de Sorbonne, M. Lenormant épuisé a le droit d’avouer : « Beaucoup de lecteurs trouveront (sic) sans doute ces remarques bien multipliées et bien ininutieuses; mais. ayant trouvé (sic, sic) l'opinion catholique déjà préoccupée de l'ouvrage de M. Crétineau-Joly, nous ne pouvions en porter un jugement sévère sans donner la preuve que nous l’avions sérieusement étudié. On a déjà dit et on répétera encore que M. Crétineau-Joly à rendu un vrai service à l’histoire et à la religion. » | s
C'est là le coup le plus sensible à M. Lenormant. Cette Rachel du Correspondant ne peut se consoler d’un ouvrage qu'elle n'a pas mis au jour. - |
Que dans les cénacles où le zèle ne néophytes élan se dévoue à une immortalité anonyme et à un martyre d'orgueil froissé, on cnrégin pute à peut bruit les plus mauvaises passions littéraires, qu'on les couvre d’un vernis d’ enthousiasme à peu près orthodoxe, pour faire accepter comme géants d’invisibles pygmées ; dans notre siècle de charlatanisme, cela ne surprendra personne. Mais ce qui est grave pour tout le monde, ce qui contriste le cœur des gens de bien, à quelque parti politique, à quelque culte qu’ils appartiennent, c’est d’ abdiquer la pourpre du critique pour se revêtir de Ja casaque du dénonciateur. M. Lenormant est un homme de théorie; il a des systèmes qu'il rêve d’appliquer et que le monde refuse de connaitre. {l veut, à aide de ses deux ou trois catéchumènes en boutique d’ émancipation religieuse, renouveler la face de la
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terre, et toujours, dans ce même article magistral , il nous initie au triste succès qui couronna ses efforts. « Nous avons, dit-il, paru nous souvenir des devoirs qu’impose la conscience chrétienne; et, si imparfaite qu’ait été notre manifestation, quelque mauvais accueil qu’elle ait reçu, nous devons au moins au privilége attaché à tout ce qui se fait en France d’avoir contribué à développer le mouvement dans d’autres contrées. »
Grâce aux déceptions de sa propagande à huis clos, nous comprenons très-bien que M. Lenormant s'accorde cette dernière fiche de consolation, et qu'il s'improvise l'O’Connell exotique, le prophète du mouvement qu’il n’opère pas dans son pays. Quelque mauvais accueil que vous ayez reçu, ce n’est peut-être pas un motif, M. Lenormant, pour me ranger de gré ou de force dans la catégorie des ‘ suspects d’être suspects. Vous assurez que vous n'êtes pas heureux dans vos conceptions; je soutiens que vous ne l’êtes pas davantage dans vos critiques. Ce n’est pas une raison pour se poser en agent de police occulte, et pour me jeter sur les bras une méchante affaire avec les patriotes italiens après m'avoir suscité une mauvaise querelle historique.
On peut avec plus ou moins de partialité ou de justice rendre compte d’un ouvrage; cependant, et que les écrivains de la rue des Saints-Pères le sachent bien, un honnête homme ne prend jamais sous l'égide de sa plume des imputations dans le genre de celle-ci. « M. Crétineau-Joly s’est présenté en première ligne, dites-vous. La Société l'avait traité avec faveur, avec confiance ; il a pensé qu’il pouvait disposer d’elle et de son histoire comme de sa chose à lui, et dans l'intérêt de je ne sais quelles combinaisons politiques, il à fait un grand effort pour entraîner définitivement les Jésuites du côté des gouvernements absolus et pour consommer le divorce entre cette Société et les patriotes italiens. »
M. Lenormant n’en est sans doute pas à s’avouer que cette phrase contient une mauvaise action caractérisée; et qu'il
a au moins de l’impudence à se faire l'inventeur d’une fable y
ridicule, mais qui habilement exploitée peut devenir une arme entre les mains des ennemis de la Compagnie de Jésus. Comment moi, écrivain isolé, vivant en dehors des coteries politiques, ne hantant jamais les vaticans de bas bleus dévots ou les conventicules des novices du martyre électoral, je me trouve tout à coup transformé en maquignon diplomatique. Je dispose des Jésuites, de leur passé, de leur présent et de leur avenir comme d’une chose à moi. Malgré eux, je trouve assez de force au bout de ma plume pour les entraîner dans des voies contraires à leurs intérêts et à leurs principes. Ces hommes dont l'astuce est si profonde et qui, au dire de leurs adversaires de toutes les sectes et de toutes les confréries universitaires, se servent si admirablement des autres, les voilà dominés par moi et marchant à ma remorque comme des enfants à la lisière. Je prépare des combinaisons politiques; M.sLenormant ne les connait pas; c’est pour cela qu'il proclame leur existence et qu’il les dénonce. Je jette les bons Pères dans les bras des gouvernements absolus. Je consomme le divorce entre les Jésuites et les patriotes italiens, et tous ces maux sont nés, parce que j'ai fait un livre.
Si je n'avais pas plus de modestie que M. Lenormant n’a de charitables intentions, cette hyperbole serait un véritable triomphe pour ma vanité. Par malheur ce n’est qu’un nouvel échec pour celle de M. Lenormant. Il a voulu se mettre à la piste des causes qui m'avaient déterminé à faire imprimer Clément XIV et les Jésuites. Au lieu d’y voir un simple effet de ma volonté d'auteur, il a créé toute une légion de fantômes pour avoir le plaisir d'introduire dans le débat de malveillantes insinuations. [ne faut pas en effet s’abuser ici sur la portée de cette parole. Les gouvernements absolus ne sont en jeu comme moi qu’afin de faire sournoisement ressortir un bon chef d’accusation contre les Jésuites. M. Lenormant, à son coup d’essai, n'incrimine pas encore les Pères; il les plaint d’être mes séides et mes victimes. Heureux séides, plus heureuses victimes que je me garderai bien de prendre pour les complices de mes
ER — combinaisons imaginaires ! Quand sera venu le jour de démasquer ses batteries, M. Lenormant changera de rôle. Alors, à l’exemple de l'abbé Gioberti, il n’aura plus d’hypocrites doléances à offrir aux disciples de saint Ignace, il les maudira sans excepter de la proseription son cher et admirable P. de Ravignan. On commence par la calomnie, on finit par le blasphème. C’est la marche logique de l'injustice préméditée, M. Lenormant y arrivera. Cum in profundum venerit, contemnit. La pensée de M. Lenormant, celle de M. Moeller, son Egérie universitaire de Louvain, se couvre d’un voile que tous les artifices du langage, que toutes les ressources de l'intelligence cherchent à rendre le plus transparent possible. M. Moëller argutie, il épelle l'alphabet de l’histoire, il ne veut pas que Ganganelli soit coupable, parce qu’il faudrait proclamer l'in- Nr | des Jésuites. Afin de s’étourdir lui-même il noye ses raisonnements et ses appréciations dans une mer de subtilités incorrectes. M. Lenormant ne sort pas du cadre qu’il s’est laissé tracer : mais il le remplit avec plus d'éclat. On sent que déjà la haine s’est acclimatée et qu’elle devient une autre nature chez le premier, tandis que chez le second au contraire elle monte comme la marée ; elle est ardente comme la foi d’un catéchumène. Dans l'examen des documents cités par l’écrivain, les deux aristarques se rencontrent, unis à la façon des frères Siamois. Ils sont partis du même principe, et, chose extraordinaire pour de pareils logiciens, ils arrivent à la même conséquence. Cette conséquence, que le professeur de Louvain ne laisse entrevoir qu’à travers un nuage de circonlocutions, et que le professeur de Sorbonne étale sans pitié, se résume en un seul mot. Pour rendre plus nettes toutes les positions, ce mot que la Revue de Louvain et le Contemporaneo sous-entendent, que le Correspondant s'efforce de rêtenir sur ses lèvres, tout en l’insuflant à chaque ligne, nous allons le prononcer, nous. On veut que je sois un faussaire : et afin de me marquer à son carcan historique de la double lettre infamante, M. Lenormant procède de cette sorte. « Si, dit-il d’abord, en parlant
de l’auteur, nous trouvions à la suite de son livre, sous forme d’appendice, les trois recueils qui lui ont fourni ses armes, c’est-à-dire toute la correspondance de Bernis, toute celle de Malvezzi, et enfin la collection complète des lettres espagnoles, il aurait peut-être eu moins de lecteurs; mais il aurait du moins (sic, sic) donné une idée plus avantageuse de la gravité de son caractère et de sa conscience d'écrivain. »
La traduction littérale de ce passage se réduit à ceci, et il ne faut pas l'épée d’Alexandre pour trancher le nœud gordien. Afin de ne pas attirer sur ma tête les foudres du Correspondant, je devais me condamner à faire un livre bien lourd, bien diffus, surchargé de pièces justificatives, un livre doublé d’opium scientifique et renduillisible par l’abus des citations. Alors M. Lenormant aurait consenti à me pardonner mon péché à l’encontre de Ganganelli, il se serait peut-être même résigné à me décerner une discrète ovation dans les comités où ses acolytes se fabriquent leur gloire ignorée. Tout au contraire, j'ai aspiré à l'ambition d’être lu, j'ai réussi à trouver des lecteurs, c’est un crime que M. Lenormant ne me remettra jamais. Pourtant, entre refuser l’absolution littéraire à qui ne la
” demande pas et accuser d’un méfait historique, il y a quelque distance. C'est cette distance que le Correspondant franchit trop vite, selon nous. Que les professeurs de Louvain et de Sorbonne n'amnistient point le succès de Clément XIV, iln'y a pas grand mal à cela. Qu'ils épiloguent sur chaque mot, qu'ils enchâssent entre chaque fait démontré une réflexion fausse; qu'ils prêtent à l'écrivain un système auquel cet écrivain, chargé seulement de raconter, n’a: jamais songé ; qu'ils équivoquent tout à leur aise, ici en blâmant la traduction d’être trop littérale; là en proclamant qu'elle ne l’est pas assez; qu'ils cherchent même à étoufler la vérité divulguée malgré eux, à toutes ces chicanes suscitées par les eunuques de l’histoire, un auteur, fort de sa conscience, se garde bien de répondre. Ce n’est pas à cette limite avancée de la critique la plus hostile que s'arrête M. Moeller, ayant
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pour coadjuteur M. Lenormant. Ils ne cherchent pas un mau-
vais ouvrage; il en trouvent sous leur main autant qu’ils en
composent. Ce qu'ils brülent de faire apparaître c’est un malhonnête homme ; pour atteindre leur but, voilà le sillon qu’ils
|tracent.
M. Moeller de Louvain est un juge d'instruction qui a plus d’une corde à l'arc de M. Lenormant de Paris. L’un, n'ayant pas de ménagements à garder envers l’opinion publique, s’exprime ainsi sur l'Histoire de la Compagnie de Jesus : « M. Crétineau-Joly nous avait déjà donné la mesure de la légèreté avec laquelle il admet toute espèce de preuves, sans les soumettre auparavant à une critique consciencieuse. De là une foule d’inexactitudes, d'erreurs et de faits complétement faux qui se rencontrent dans cet ouvrage, faits qui ne sont appuyés que sur des documents ou apocryphes, ou mal compris et mal interprétés. »
L'autre, qui, par quelques-uns de ses collaborateurs au Correspondant, est tenu à certaine réserve, rend sur le même ouvrage un jugement tout opposé, et il dit : « M. Crétineau-Joly avait honorablement occupé depuis plusieurs années l'attention publique. Au plus fort de la querelle des Jésuites, il lança une histoire de cette illustre compagnie qui répondait trop bien au sentiment catholique pour ne pas être lue avec avidité, L’auteur avait d’ailleurs (sic) obtenu des communications précieuses, et son livre, enrichi de documents inédits du premier , ordre, écrit d’ailleurs (sic, sic) avec un mouvement de narration qui n’est ni sans mérite, ni sans charme, etc. »
Quoique partis de deux points si divers, les deux critiques n’en arrivent pas moins au même résultat. Aux yeux de M. Moeller, l’histoire des Jésuites n’est qu'un tissu d’inexactitudes, d'erreurs et de faits complétement faux. Les documents, même ceux que les archives de la Compagnie me fournirent, ceux-là surtout, sont, au dire du judicieux converti, ou apocryphes, ou mal compris et mal interprétés. Selon M. Lenormant, au contraire, les communications que j'ai obtenues étaient pré-
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cieuses et les documents inédits sont du premier ordre. Mais à part cette différence assez remarquable, les deux universitaires ne craignent pas de se confondre dans le même vœu sur Cle. ment XIV et les Jésuites. Le Contemporaneo, le journal: qui échappe à la.censure par la grâce d’une révolution sans cause, avait dit en parlant des correspondances inédites, documenti, che amessi anche per veri. La Revue de Louvain se contente de tenir le même langage. Le Correspondant, qui jusqu'alors n’a pas été si violent dans l’expression, exagère ces deux soupçons; il en fait un véritable chef d'accusation contre l’auteur. À Louvain où la contrefaçon semble tout permettre, M. Moeller frappe en aveugle sur un ouvrage qui, à défaut d’autre mérite, aura toujours celui de la justice envers etcontre tous. À Paris et presque à la même heure, M. Lenormant se trouve obligé, pour prendre pied contre Clément XIV, d'applaudir sans restriction à l'Histoire de la Compagnie. Sans avoir besoin d’autres garanties que le fait même de la publicité, M. Lenormant ne révoque en doute aucun des matériaux inédits et du premier ordre qui abondent dans les six volumes de l’histoire. Il les accepte sur ma parole.
Dans l'intervalle d’un ouvrage à l’autre, que s'est-il done passé pour que l'aristarque français juge Clément XIV comme le Belge jugeait l'Histoire de la Compagnie ? Ai-je donné lieu de suspecter ma bonne foi? Ai-je été décrété de mensonge ou d'erreur? La critique, même celle de M. Moeller, m’a-t-elle pris en flagrant délit de faux historique? Mon Dieu! non. Rien de tout ‘cela n’est arrivé; mais il y a des hommes qui n'aiment pas à assister au triomphe trop éclatant de la vérité, surtout quand cette vérité ne vient pas de leur fait et qu’elle glorifie des clients dont on était heureux de garder la défense en tutelle. Toute œuvre conçue ‘et exécutée en dehors de ces hommes et dérangeant des plans de campagne, des habitudes ou des préjugés, ne peut être acceptée par eux qu'avec répugnance. M. Lenormant n'a pas senti qu’il y avait toujours plus que de l'esprit à ne pas mani-
fester ainsi ce triste levain de l'humanité. Il affectionne, il estime les Jésuites; il veut leur être agréable ou utile à son jour et à son heure, selon les convenances du Correspondant et non selon celles de la justice. Il a donc dû, et nous nous expliquons très-bien son indignation, frémir en voyant un profane tel que moi vider d’un seul coup un procès que l’on prenait plaisir à éterniser. À part cette pensée, ensevelie au plus profond du cœur et qu’on ne s’avoue pas à soi-même, comment, sans aucune certitude, disons inmieux, sans aucune probabilité, peuton d’un seul trait de plume transformer en faussaire un écrivain dont on se plaisait à honorer le caractère ? À M. Moeller on n’a rien à demander, la haine explique tout. Dans cette croisade 1l sert de second à l'abbé Gioberti, il se fait l’interprète juré des petites rivalités locales, le vengeur des affronts théologiques que les professeurs de droit canon de Louvain viennent d’éprouver dans leur prise d'armes contre les réguliers de Belgique. Mais M. Lenormant quelle-excuse oserat-il alléguer? À quel subterfuge de langage aura-t-il recours ?
Ilaccepte comme vrais, comme indubitables les documents contenus dans l’Histoire de la Compagnie. I n’a jamais sollicité, jamais exigé qu’on lui en prouvât l’authenticité, et pour Clément XIV le voilà saisi d'un scrupule qu’il s’empresse de communiquer au public. Il me place sur la sellette de l'accusé, il veut me faire subir un interrogatoire sur faits et articles, et il procède ainsi. Dans l’histoire de la compagnie, vous avez par-ci par-là publié quelques fragments de la correspondance du cardinal de Bernis et de celle du marquis d’Aubeterre. Done vous les connaissiez toutes. À la page 530 du cinquième volume de la première édition, à la page 262 du cinquième volume de la seconde, vous avez imprimé en toutes lettres ces lignes extraites de la correspondance de d’Aubeterre avec le cardinal de Bernis : « Je pense qu’un pape de cette trempe, c’est-à-dire sans scrupule, ne tenant à aucune opinion, et ne consultant que son intérêt, aurait pu convenir aux couronnes. » Quelque malsonnante qu’elle soit, cette phrase n’a point provoqué