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de doutes dans mon esprit. C'était alors un document inédit du premier ordre; je la retrouve telle quelle dans votre Clement XIV et les Jésuites, et comme je ne change jamais de manière de voir, je me sens autorisé par mes délicatesses de conscience à vous adresser l'admonition suivante. Vous ne serez donc pas étonné de lire à la page 356 du Correspondant (livraison du 10 août 1847) : « Ces pièces, en effet, renferment plus d'un passage extraordinaire. Que, par exemple, un ambassadeur tel que d’Aubeterre, tout philosophe qu’il était, ait pu oublier les convenances jusqu’à écrire au cardinal de Bernis une phrase comme celle-ci : « Je pense qu'un pape » de cette trempe, c’est-à-dire SANS SCRUPULE, NE TENANT A > AUCUNE OPINION ET NE CONSULTANT QUE SON INTÉRÈT aurait pu » convenir aux couronnes. » C’est là une chose qu’on aimerait à toucher de sa main, et à voir de ses yeux. » -
Ce fragment de la lettre du marquis d’Aubeterre a tant frappé M. Lenormant, qu’à la page 340 de son recueil il y revient encore afin d’enfoncer le déli jusque dans le cœur : « Que ne donnerions-nous pas, par exemple, s’écrie-t-il, pour voir [a lettre où d’Aubeterre demande un pape sans scrupule, ne tenant à aucune opinion et ne consultant que son intérêt ? »
C’est avec une bonne foi toujours aussi parfaite que l’inquisiteur essaye de me faire subir sa question. Il est insidieux, pressant, agressif, et de temps à autre on voit à ses colères concentrées qu’il cherche l'endroit vulnérable. Il a cru le saisir en prenant à partie la véracité de l’historien. Dans un autre passage, il dit: « Sans doute M. Crétineau-Joly est désormais loin de réunir les conditions d'une confiance implicite, et des critiques encore plus soupçonneux que nous seraient en droit de lui démander des preuves de l'authenticité des pièces dont il s’agit. »
Voilà ce qui s'appelle parler enfin. M. Lenormant qui n’est pas, lui, un critique soupçonneux, aimerait à toucher de sa main, à voir de ses yeux quelques pièces seulement.
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Les‘autographes reproduits ne satisfont pas sa curiosité. H les a lus, etil y en à deux ou trois qui lui semblent sans aucun intérêt. C’est encore un de ses griefs. Il n’a pas voulu concevoir que si je donnais en fac-simile tel original plutôt que tel autre, c’est que je devais peut-être bien avoir pour cela quelques motifs, comme par exemple de n’en trouver qu’un très-petit nombre signés de la main de ceux qui les minutèrent, M. Lenormant n’a pas réfléchi à cette légère difficulté qui se présente dans toutes les correspondances, par l'habitude où l’on est de n’apposer presque jamais son nom aux lettres adressées à une personne avec laquelle on entretient des relations journalières. Il voulait tel document que l'absence de signature m’a empêché de faire autographier ; j'ai trompé son attente, et il murmure encore : « Que ne donnerions-nous pas, par exemple, pour voir la lettre où d’Aubeterre demande un pape sans scrupule, ne tenant à aucune opinion et ne consultant que son intérêt ? »
C’est cette lettre, une autre de Florida Blanca datée du 23 juillet 1775, et deux de Roda sur l'opération césarienne faite à la Compagnie de Jésus par le ministère espagnol qui éveillent son attention. M. Lenormant sent le besoin de les toucher de la main; pour réaliser ce désir, il ne sait pas ce qu’il donnerait. Nous ne lui ferons pas de condition, nous ne lui demanderons même pas le sacrifice de son article; mais puisqu'il nous jette un défi, qu'il sache que ce défi est accepté avec bonheur.
À l'instant où nous écrivons ces lignes, les quatre pièces réclamées par M. Lenormant sont par nous déposées dans le cabinet de MM. Mellier frères, éditeurs, place Saint-André des Arts, n° 14, à Paris. M. Lenormant, M. Moeller, et MM. du Rappel ont, comme le premier venu, le droit de les vérifier.
Il y a mieux. Les autographes dont je n’ai cité que des fragments dans Clément XIV et les Jésuites, minutes du cardinal de Bernis, lettres originales de d’Aubeterre, du cardinal
Corsini, de don Manuel de Roda, du cardinal Orsini, du duc
de Choiseul, de Campomanès, de Joachim d’Osma, le confesseur de Charles ILE d’Espagne, celles du cardinal Malvezzi au pape Ganganelli, les manuscrits du maître du sacré palais, les papiers de cet honnête libraire condamné aux galères dont M. Lenormant a très-prudemment passé sous silence l’action si compromettante, tont cela sera soumis à ses investigations. Je l’autorise à les lire depuis la première feuille jusqu’à la dernière, et quoiqu'il se plaigne, peut-être avec trop de candeur, du mauvais accueil que reçoivent ses manifestations, je lui offre très-sincèrement le moyen d’en faire une nouvelle. Il me conseille de publier intégralement toutes ces correspondances ; je regarde la proposition comme inutile pour le moment; mais si le critique tient à réaliser ses vœux, il n’a qu'un mot à prononcer. Îl me trouvera prêt à les exaucer par la communication directe de toutes les pièces. | |
Un recueil ‘qui jouit en Allemagne d'un grande autorité (les feuilles historiques et politiques de Munich) a, dans son vingtième volume, troisième cahier, n° xvr, exprimé le même désir que le Correspondant. Mais, dans la bouche des écrivains bavarois comme dans celle des critiques de Berlin, ce désir ne sert pas d’enveloppe à un soupçon, Les Allemands n'osent pas croire à la découverte de tant de pièces qui, disentils, changeraient beaucoup la face des choses. Pour consacrer ce monument élevé à la justice, ils souhaitent que les plus incrédules eux-mêmes soient, par le dépôt des écrits originaux, mis dans la nécessité d’en confesser l’authenticité et l’importance.
La proposition qui m'est faite et tea de grand cœur va lever tous les doutes. Mais que répondra le Correspondant aux critiques encore plus soupçonneux que lui? Chacun peut toucher de la main et voir des yeux les manuscrits qui nécessitèrent ce nouveau travail sur la destruction des Jésuites. Je ne sais si M. Charles Lenormant et M. Moeller m’accorderont après confrontation un certificat de probité littéraire dont je ne pense pas avoir besoin. Mais, à coup sûr, à
ne finit pas ma torture. « M. Crétineau-Joly, ainsi s'exprime M. Lenormant, n'indique pas la source de ses emprunts; il a pour cela des raisons toutes particulières, » Sur ce thème, à Louvain ainsi qu'à Paris, on brode une foule de charitables inductions qui conduisent toutes à la même conséquence. M. Moeller ne discute pas encore cette accusation que ses sentiments antijésuitiques rendraient trop scabreuse,. fl passe la parole à M. Lenormant; M. Lenormant insinue quelque bonne petite perfidie saupoudrée de vénération sde la mémoire de Ganganelli,
J’ai eu connaissance, prétend-il, de toutes les pbs du cardinal de Bernis et du marquis d'Aubeterre, par la seule raison que j'en ai publié quelques fragments dans l'Histoire de la Compagnie. Ce n’est pas là une assertion qui entraîne preuve coxpiète avec elle, et tant que le rédacteur du Correspondant n’aura que de pareilles raisons à alléguer, je déclarerai qu'il se trompe ou qu'il ment.
Le docte critique daigne bien « avouer n’avoir aucune preuve que la correspondance des ministres espagnols m'aitété connue antérieurement à 14847, et il convient aussi que cette correspondance, si l’on en juge par les extraits que l’auteur en a donnés, doit présenter un grand intérêt. » Quant aux lettres adressées par le cardinal Malvezzi à Clément XIV, c’est une autre affaire. Je les savais par cœur; M. Lenormant l’affirme sur le vu seul de l'Histoire de la Compagnie. Au cinquième . volume, j'ai raconté les persécutions qu’en 1773 les novices et les scolastiques eurent à endurer à Bologne. Le nom du cardinal-archevêque ne se trouve pas mêlé à ces persécutions, faits notoires, qui se lisent partout, excepté dans sa correspon-. dance dont alors j'ignorais même l'existence. Qu'importe? M. Lenormant a des raisons toutes particulières pour conclure ainsi. Ces raisons, il se garde bien de les déduire. Le 10 août, on révoque en doute dans le Correspondant l’authenticité de ces documents, on essaye de me piquer au jeu pour m'amener à divulguer mon secret, on veut que j'aille plus loin
2 VE ce que des réticences embarrassées; et ce que la pudeur empêche encore de proclamer, on le laisse dire par un insensé. Deux jours auparavant, en effet, le 8, M. Madrolle, cette espèce d’Erostrate imaginaire de la littérature et de la politique, devenait dans le Rappel l'interprète des indiscrétions calculées de M. Lenormant. | tHN
Le chanoine abbé Clavel, docteur médecin de la faculté de Paris, et prêtre qui, par expérience, doit , hélas! se connaître en interdit et en index, publiait dans son numéro du 8 août que mon livre de Clément XIV et les Jésuites « était condamné à Rome sinon officiellement, du moins officieuse ment. » Cette induction tout à fait officieuse sortait de la pharmacopée théologique du digne chanoine abbé, qui, le même jour, était très-officiellement frappé de censure par l'autorité ecclésiastique. Il faisait circuler cette induction avec autant de laissez-aller qu’une de ses mille calomnies à l'adresse de Mgr l'archevêque de Paris, quand il plut au Rappel de se constituer, par l'organe de M. Madrolle, l'auxiliaire de la Revue de Louvain et du Correspondant. Le Rappel ouvrait ses colonnes à M. Madrolle qui assiége en vain la porte de tous les cabinets de rédaction; M. Madrolle trouvait un refuge pour abriter son style effarouché. Il parla ; son premier mot fut une trahison envers ses amis les ennemis. « Et qu'est-ce qu’un Vendéen, s’écrie-t-1l en interrogeant les Jésuites, et surtout un Vendéen.. militaire, pour défendre des religieux pacifiques? celui-ci, mes Pères, je le nomme mon péché. littéraire, car c’est moi qui l'ai fait venir de Bretagne (j'ai conservé sa correspondance volumineuse), et lui procurai la première, la plus grande et la plus gratwite (4) de ses aisances à Paris. Le voyez-vous déjà, infidèle à
(4) M. Madrolle me nomme dans le Rappel son péché littéraire. Pour son amour-propre d'auteur et pour sa fortune il serait à désirer qu’il n’en eût jamais commis d’autres ; cependant, comme il n’est pas juste de se poser en protecteur des gens qui ne vous doivent par bonheur aucune reconnaissance, je crois qu’il ne sera pas déplacé ici d'expliquer comment ce pauvre
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tous les partis, vous sacrifier visiblement , et grosso modo, à sa mesquine ambition littéraire; et tourner contre vous les armes mêmes (par trop jésuitiques, contre Clément XIV), que vous avez eu l’imprudence delui mettre à la main? »
Le mystère que les réticences calculées de MM. Lenormant et Moeller s'efforcent de rendre transparent, M. Madrolle, qui me condamne à être pontificide, le révèle sans préparation aucune: Il n’y met pas plus d’art que n’en développe l'abbé Clavel dans ses purges de droit canonique ou dans ses subtilités médicinales. On à fait mouvoir chez M. Madrolle ceue vanité d'auteur toujours en ébullition, on a souflé à l'oreille de ce possédé d'orgueil l’imposture dont personne n’osait accepter la responsabilité première (1). Bientôt on essayera ti-
homme m'a procuré la premiére, la plus grande et la plus gratuite de mes aisances à Paris. Je ne dois à M. Madrolle que cette espèce de pitié qu’inspirent les malheureux dont l’intelligence est dévoyée. Il y a quelques dix ans il m’écrivit à Nantes, sans me connaître ; il se prétendait chargé par la famille royale exilée, et par le maréchal duc de Bellune, de m'offrir la rédaction en chef d’un nouveau journal. Je répondis à ses lettres ; je vins à Paris, et il ne me fallut pas longtemps pour juger à quel homme j’avais affaire, J’entrai en rapport avec M. le marquis de Bellune ; je lui témoignai mon étonnement. Il sourit comme habitué à de semblables confidences. A dater de ce jour, je n’ai eu aucune relation avec M. Madrolle. Il a; dit-il, conservé ma volumineuse correspondance, qui, si j'ai bonne mémoire, doit se réduire à deux ou trois lettres polies comme on en écrit tous les jours à un homme qui vous propose une affaire. J’autorise le Rappel du chanoine abbé, docteur de la faculté de Paris, à les publier, à la seule condition d’en reproduire une du duc de Bellune, ayant trait à M. Madrolle, Ce sera le meilleur moyen de faire apprécier celui que les Jésuites, afirment-ils, ont surnommé le Bossuet de Charenton. Il ne leur pardonne pas cette sentence, et sa colère me paraît assez légitime, car, s’il y a du Charenton et beaucoup de Charenton dans ses œuvres, il serait trés-difficile d’y découvrir quelques traces de Bossuet.
(41) Lorsqu’aux mois de février, mars et avril 1847, la découverte de ces autographes préoceupait vivement tous les esprits à Rome, et que chacun faisait sa version, un homme élevé aux plus hautes dignités de l'Eglise et trés-attaché à la Compagnie de Jésus; se chargea de me faire renoncer au projet de publier le livre de Clément XIV. La premiére raison qu’il me