‹ Clément XIV et les JésuitesChapitre 32 sur 36 · PRE · texte numérisé non relu

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midement d’abord , puis peu à peu avec une impudence qu’on réglera sur les crédulités plus ou moins robustes, d’accréditer la chose. Dans quelques mois, cette allégation sera passée à l'état de fait pour ceux qui ont besoin d’erreur et soif der mensonge.

Eh bien! poussons les choses au pis. Adifiettonÿ que les

Jésuites se soient faits mes complices dans la recherche des matériaux, Où serait donc le crime? et, la main sur la conscience, qui oserait blâmer des enfants de travailler à la réhabilitation de leur pèré, injustement accusé, injustement condamné”? Ils n'auraient pas eu le droit de prouver à quelles hostilités ils furent en butte, lorsque ces mêmes hostilités surgissent de toutes parts, et deviennent d’autant plus impétueuses qu’elles trouvent sur le trône apostolique , à la place de Gangarelli, un pontife dont la paternelle affection pour eux n’est point un mystère? Mais nier ce droit, mais en blâmer l’usage, ce serait faire douter de la justice humaine ? Si les Pères m'’avaient communiqué ces pièces, je les en féliciterais tout haut et sans crainte. Les positions nettement dessinées ne sont-elles pas toujours les meilleures ? | Malgré les perfides appréhensions de quelques-uns de leurs

donna aprés l'inspection des piéces, fut celle-ci : « Ne craignez-vous pas qu’on accuse les Péres de vous avoir fourni les papiers ? » Je répondis à cette objection d’uné manière qui lui parut convaincante, et il continua : « Mais on.vous fera peut-être un cas de conscience de déclarer à quelle source vous avez puisé tant de matériaux qui importent à l'honneur de l'Eglise ; mais on voudra savoir et moi-même je désire connaître où vous avez trouvé tout cela. » EIES

La demande était pressante ; « vous êles encore assez jeune et moi aussi, répliquai-je à l’éminent personnage, pour que je puisse, dans cette grave circonstance, me permettre une mauvaise plaisanterie, C’est une question de vieille femme que vous m'adressez là. » Mon illustre interlocuteur sourit; je crois que le public ne sera pas plus difficile que lui. Dans tous les cas, je suis trés-décidé à nommer les personnes qui ne m'ont pas fourni ces correspondances et fort peu disposé à compromettre celles qui me donnérent un si grand témoignage de leur confiance.

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amis, il est constant que les disciples de saint Ignace n’ont rien pu me livrer de tous les originaux relatifs à Clément XIV. Le seul témoignage à donner, c’est qu’il était matériellement et moralement impossible qu'ils eussent ces correspondances à leur disposition, dans leurs archives où ailleurs. Ce n’est pas à moi qu'il appartient de discuter ce point. On accuse, qu'on établisse les charges ; qu’on réunisse le faisceau de probabilités qui doit provoquer l'évidence. Alors je pourrai intervenir dans la cause; mais jusque-là je n’ai qu’une négation à signifier , et cette négation vaut preuve. Quoi! vous voulez que les’ Jésuites, après n'avoir rien deviné, rien pressenti, rien paralysé de ce vaste complot sous lequel ils succomhèrent, aient pu, dispersés, proscrits, ruinés ou captifs, entreprendre et accomplir ce qu’ils n'avaient pas même osé concevoir pour échapper à leur destruction. Vous dites les connaître, et vous leur faites la gratuite injure de les croire assez humainement habiles pour s'emparer des papiers secrets de toutes les chancelleries? Rien n’échappe à leurs investigations , n’ayant plus désormais d'intérêt que pour l'histoire. Par des moyens qu’avant toute présomption vous êtes forcés d'indiquer, ils obtiennent les manuscrits du cardinal de Bernis , jusqu'aux plus tristes détails sur sa fortune privée ? Ils s'emparent de la correspondance secrète des ministres espagnols, celle même du cardinal Malvezzi avec Clément XIV leur tombe entre les mains, lorsqu'il est de notoriété publique à Rome que le successeur de Ganganelli, à peine monté sur le trône , a brûlé lui-même les papiers du pontife défunt (4). À quelle époque,

(4) À Rome où rien ne s’oublie, on a évoqué en témoignage de cet auto-da-fé , l’article suivant extrait du Journal historique et littéraire de Feller (septembre 1775), p. 875, t. C. x, |. 11.

« Le souverain pontife, avant que de quitter le Vatican, a brûlé de sa propre main tous les papiers de son prédécesseur, lesquels se trouvaient dans ce mystérieux paquet, dont on a fait tant de bruit, et dont le saintpère n’a pas cru devoir faire autant de cas que le public, qui n’en sera pas plus instruit qu'auparavant. »

J'ignore si, en 1775, Pie VI a effectivement livré aux flammes les por<

ç par quelles mystérieuses ramifications auraient-ils pu tromper ou séduire tous les ambassadeurs, tous les conservateurs des archives? te

Ils possèdent sans doute ces pièces depuis un temps indéterminé. Pourquoi n’en ont-ils jamais fait usage pendant leur suppression? Pourquoi ne les livrèrent-ils pas à la publicité le jour de leur rétablissement en 1814, à l'heure où tout leur était permis afin de se justifier et de donner plus d'éclat à la bulle de Pie VIL? Pourquoi, en 1828, quand leur existence se trouvait menacée par le ministère Feutrier-Portalis, et qu'ils avaient à Rome deux amis fermes et dévoués ‘dans la personne de Léon XIL et du cardinal Bernetti, son secrétaire d'Etat, pourquoi n’auraient-ils pas essayé d'ouvrir les yeux au roi Charles X? En 1844 et 1845, quand de nouvelles attaques sont venues fondre sur la Compagnie, et que M. Rossi, ambassadeur de l'Université près le Saint-Siége, recommençait avec autant de malveillance et moins de succès la tortueuse politique des d’Aubeterre et des Florida Blanca, pourquoi les Jésuites n’auraient-ils pas révélé au pape Grégoire XVI et au cardinal Lambruschini le ténébreux complot qui les emporta en 1773? Si ces documents eussent été à leur disposition, c'était le moment ou jamais de frapper un grand coup et de manifester l’iniquité de leurs adversaires à un pontife et à un ministre dont l'attachement pour la Compagnie était manifeste. |

Dans ces circonstances solennelles, les Jésuites ont gardé le silence. Pourquoi le rompraient-ils aujourd’hui qu’ils voient assis sur la chaire de Pierre un pape qui, durant sa carrière épiscopale, leur a toujours accordé des témoignages de con-

tefeuilles de Clément XIV. Tout ce que je sais, c'est que la correspondance du cardinal Malvezzi est en ma possession. Pie VI a-t-il voulu conserver pour des temps meilleurs cette preuve irréfragable de l'innocence des Jésuites, ou ces lettres ont-elles été préservées du feu par quelque incident providentiel ? on ne peut qu’établir sur ces deux points des conjectures plus ou moins incertaines.

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