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rué contre elle. Sa nationalité, son indépendance absolue ne sont plus qu'une utopie ; l'Italie n’est pas taillée pour devenir un royaume, une république ou un état fédératif. Quelque forme d'unité qu'il plaise à ses princes ou à ses peuples de substituer à ce qui existe, elle tombera dans l'anarchie des idées pour arriver sans transition à l’anarchie dans les événements. Sa constitution à quelque chose d’exceptionnel; elle peut dans ces conditions durer encore : la modifier ou la changer serait un cas de mort subite. Les Italiens ne sont peut-être pas encore mürs pour une liberté qui ne serait qu'un despotisme illustré par arbitraire légal; ils ne pourront jamais comprendre, jamais appliquer le système constitutionnel. Dans notre pensée, qui se reporte à toutes les corruptions parlementaires, cette Pr ie Rene est une gloire et un bonheur.
. Ce ne sera pas ainsi qu’en jugeront les sisi dont le premier besoin est de se créer une existence sociale, en appelant les idées de désordre au secours de leurs ambitieuses théories. Dans ce pays, comme dans le reste de l'Europe, il y a des esprits turbulents, des cœurs corrompus qui cherchent à abriter leur mauvais instinct sous la | légitime excuse de l’amour dela patrie; on se prend d’une belle passion pour l'indépendance ou la nationalité de l'Italie comme on exploita ce rêve en faveur de la Pologne. La Pologne a subi le sort réservé à tous les peuples ; elle a eu ses heures de sublimité et ses années de révolutions et de décadence. Elle. a péri, parce que les
pations ainsi que les individus n’ont qu’une existence limitée, et qu’il vient un jour, quand le sépulere se ferme sur un peuple et sur un homme, où il est impossible à la créature. de galvaniser le cadavre. Qu'on mette ce cadavre au régime constitutionnel, qu'on lui applique d'innombrables sangsues parlementaires; que, comme en Portugal, en Grèce et en Espagne, l’Anglais se charge de régulariser et d'entretenir le désordre moral au profit de ses intérêts mercantiles, on pourra voir-encore ce cadavre agité par quelques soubresauts. de
honte, mais après s’être débattu dans le sang, il tombera dans la boue et ne se relèvera plus.
Sans doute , il est douloureux pour une nation sas du sceau providentiel de se sentir encoré vivante dans ses membres, et néanmoins rayée de la liste des royaumes; mais ce qui arrive depuis six mille ans aux peuples les plus fortement constitués ne doit pas étonner les hommes qui marchent dans la vie, le flambeau de l’histoire à la main. La mort des uns, la naissance des autres n’a rien que de normal en soi. On peut se révolter contre cette idée de la destruction des races, il faut pourtant la subir parce qu’elle est dans des prévisions plus hautes que celles de l’humanité, parce que surtout une nation vaincue, jugée et divisée comme les vêtements du Christ ne sort pas de son tombeau pour reconquérir une vie nouvelle, Quelques Ltaliens, dont l'enthousiasme ne consulte point la raison, refusent d'accepter ce jugement de Dieu sur les peuples. Au point de vue de l'orgueil national, il serait difficile de leur reprocher cet acte de patriotisme. . |
Ce n’est pas dans ces bornes que se renferme l'abbé Gioberti; il a vu les antiquaires, les poëtes et les touristes se passionner pour les vieilles murailles qui ont abrité des héros, il veut persuader à ses admirateurs qu’ils sont destinés à continuer la gloire de leurs aïeux. Cincinnatus est devenu solliciteur ; Caton ouvre un musico; César fait des perruques; Titus s'ingénie à perdre sa journée; Lucullus demande l’aumône; Fabius Cunctator est transformé en jockei diplomatique ; Pompée pratique l'usure; Cornélie abandonne à des valets le soin d’élever ses enfants; Fabricius tresse des couronnes d’or pour orner le front des danseuses; Auguste s’attèle à leur char; Numa tient un bureau de loterie; Horace confectionne des antiques; Curtius sort de son gouffre pour professer l’égoisme ; dans l'intérêt de l’ordre public, Gracchus et Catilina réclament à grands cris l'institution de la garde nationale; Cicéron dirige une presse clandestine; Marc-Aurèle colporte des pamphlets anonymes ; Spartacus achète des lettres de no-
blesse ; quelques Lucrèces et pas mal de Virginies en appellent des rigueurs de leurs patrones aux Tarquins et aux Appius modernes; Tibère prêche la liberté; Annibal vend des lunettes; Marius se résigne au rôle de ténor, et Scipion enlève les jeunes filles. Un tel spectacle n’a point frappé l’abbé Gioberti. Ce spectacle ne l’a pas amené à réfléchir sur les louanges dont il faisait métier d’accabler son pays, et, Mathieu Læensberg imperturbable, il prophétise (1) : « Un siècle ne s’écoulera pas peut-être avant que notre patrie-ne redevienne aussi belle qu'elle l'était au temps des Scipion. »
À cette agrégation de petits peuples n'ayant qu'un vague passé de deux mille ans pour tout héritage, il était bien aisé de faire comprendre qu’on les opprimait et qu’ils devaient se relever aussi forts qu'aux beaux jours de la jeunesse de l'Italie. On plaignait ces premiers-nés de la civilisation européenne de languir dans une indolence presque voisine du bonheur; on semblait ignorer qu’au delà des monts la divergence des pensées, les préjugés locaux, les rivalités de ville à ville, d’'Etat à Etat, les souvenirs toujours présents des guerres intestines du moyen âge, ont laissé dans les esprits un sentiment si puissant de jalousie ou d’inimitié, qu’il deviendrait impossible à une volonté de fer de réunir dans une même action tant de vœux disparates ou contradictoires. À diverses reprises cependant, on les a vus offrir l'hommage de leur indépendance future à tous les souverains dont le nom pouvait être un drapeau. Ils ont tenté de séduire Charles-Albert de Sardaigne et Ferdinand de Naples; c’est le pape aujourd’hui qu'ils appellent inutilement au rôle de Judas Machabée. Quand l'Italie était par la conquête annexée à l’Empire français, les révolutionnaires se servaient de Murat comme de l'instrument de leur délivrance. Bignon, dans son Histoire de Napoléon (2), a révélé ces tendances qui perdirent Joachim et qui en perdront beaucoup d’autres.
(1) Gésuita moderno, t. 2, p. 600.
() Bignon, Histoire de France sous Napoléon, t. x, p. 244.
aies OR ie « C’est par cette déclaration de l’empereur, raconte l’homme d’Etat du libéralisme, que se terminait pour le roi Joachim l'année 1811. Dès cette époque, ce prince s'était laissé fasciner l'esprit par les caresses et les avances d'hommes qui rêvaient un certain système italique, dans lequel on lui faisait entrevoir, sinon une souveraineté absolue, du moins une grande prépondérance et un haut protectorat. Dans toutes les parties de la péninsule italienne, il existait un grand nombre de ces patriotes estimables, mais peu prévoyants, qui, toujours ennemis de la domination étrangère, quelle qu'elle soit, sont à toute heure prêts à la combattre; qui, à l'époque de 1841 ; par exemple, lorsque la Lombardie, la Toscane et les Etats romains renaissaient, prospéraient sous les auspices d’une administration éclairée et bienfaisante, ne voulurent pas voir'qu'ils ne pouvaient échapper à la France que pour tomber sous le plomb du despotisme allemand qu’ils ont tant en horreur. Ces patriotes italiens, liés entre eux par des correspondances et des afliliations, avaient jeté les yeux sur le roi Joachim comme propre à devenir pour leurs vues un utile instrument. » L'Italie en est encore au rêve de 1811 , et ses faiseurs de sonnets politiques le prolongent avec une imprévoyance dont les suites seront peut-être affreuses. C'était un reproche que j'adressais à l’auteur du Primato. Je prenais cet homme “au sérieux comme on prendrait Alfiéri, Manzoni, Silvio Pellicoet même Orioli. L’abbé Gioberti n’était qu’un comédien de patriotisme ; il s’assignait ce rôle pour masquer ses plans;son Gésuila moderno les a mis à nu. Malgré la juste répugnance que nous éprouvons à nous commettre avec un pareil homme, suivons-le donc sur le terrain qu'il a choisi :"c’est lui-même qui m'y appelle, car il m’a fait l'honneur de ses injures, et je suis assez heureux pour me trouver l’objet de sés outrages. L'écrivain révolutionnaire se donne deux ennemis à combattre, l'Autriche et la Compagnie de Jésus. Ge sont les Pitt et Cobourg qui doivent assouvir son besoin de divagatiôn ; il les voit ici, il les met là, il les saisit partout en’ flagrant
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délit de conspiration contre le progrès. Il appelle l'Italie et le monde entier à une croisade pour anéantir ces puissances occultes. Pierre l’'Ermite sans courage comme sans haleine, il feint d'ignorer que, pour remuer les masses , il ne suffit point d’agiter au-dessus de leurs têtes des chaînes dont elles ne sentent pas le poids. [’Autriche et les princes se défendront comme ils pourront, c'est leur affaire. La Compagnie de Jésus répondra par ses polémistes, ou elle poursuivra sa mission sans honorer le jésuitophobe d’un regard ou d’un opuseule; cela ne me regarde point. Je n’ai à venger ni le prince de Metternich , ni le comte Solar de la Margarita, ni les Pères de l'Institut, des tendances qui leur sont imputées. L'auteur du Gesuita moderno attaque l'auteur de l'Histoire de la Compagnie de Jésus. C’est une provocation d'écrivain à écrivain; j'accepte le duel dâns toutes ses conditions, à la réserve seulement de ne me servir que d’armes loyales. En n'imitant pas l'abbé Gioberti, on est sûr de le vaincre. der
Mais quel événement, quel dieu sortant de son repos a pu pousser le réfugié piémontais vers le dénoûment d’une pareille œuvre? À quelle occasion, dans quel but le monde religieux et littéraire est-il tout à coup frappé à la tête par ce filandreux abbé dont le nom même n’est connu que des athées du canton de Vaud et des moines apostats tenant boutique de mauvais livres-sur le marché de Lausanne? Cette question si naturelle m'a souvent été adressée, jé vais y répondre en quelques mots. ae
L’abbé Gioberti, à Turin comme en Belgique, libre ou exilé, a été patroné par les Jésuites. Les Jésuites ont protégé ses débuts dansle monde;:ils ont encouragé ses études, et rompu avec lui le pain de l’émulation. Ils se sont toujours placés sur son chemin pour le guider dans les sentiers de sa vie pauvre, pour le soutenir de leurs regards et de leur amitié. Tant que l'abbé Gioberti ne s’est pas vendu corps et âme au Moloch d’une menteuse popularité, il s’est montré plein de gratitude pour les
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enfants de Loyola; mais un jour, d’autres réfugiés italiens, spéculant sur les inconsistances du caractère de leur compatriote, lui donnèrent à entendre que sa reconnaissance pour les Jésuites faisait naître le soupçon dans quelques âmes. A dater de cet instant, l’abbé Gioberti chercha à briser avec ses premiers, avec ses seuls bienfaiteurs. Il se fit ingrat par calcul, par métier, mais ingrat jusqu’au rôle de Judas. Son Primato, œuvre qui devait transformer tous les Italiens en autant de Scipion et qui célébrait leur prééminence morale et civile sur les autres peuples, son Primato avait pour but détourné de gagner les Jésuites à la cause politique de M. Gioberti.
En 1829, l’abbé de la Mennais avait concu une pensée à peu près identique. Il voulait faire des Pères de la Compagnie l'arme religieuse qui aurait ouvert la voie à une démocratie dont le grand publiciste français entendait déjà le rugissement lointain. Les Jésuites refusèrent d’accepter une alliance qui les eût rendus populaires devant toutes les révolutions. [ls vivent en dehors des intérêts de parti ; ils n’épousent ni les espérances des uns ni les déceptions des autres. Ils ne sortent point du cercle des devoirs que leur tracent les constitutions de l'Ordre. L’abbé de la Mennais n’osa pas comprendre cette réserve sacerdotale. Il s'élanca dans l'arène et vous savez si sa chute fut profonde. Tombé du haut de son génie, séparé de cette mère la sainte Eglise, que ses écrits et ses vertus avaient glorifiée, le Tertullien moderne, oublié du monde, excite encore à son insu, dans le cœur de quelques Jésuites, cette douce et sainte compassion de prières qui le fera peutêtre un jour triompher des ténèbres extérieures dont il s’est enveloppé. Le génie de la Mennais échoua contre le bon sens pratique des Pères; que pouvaient dans une utopie de prééminence italique, les enthousiasmes profanes de l’abbé Gioberti, substituant au père commun des fidèles un pontificat moderne et civil au seul profit des révolutions? Les Jésuites italiens ne voulurent pas faire du Pape une espèce de patriarche gallican au service de quelques rêveurs enivrés de hatchis
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patriotique. Comme le siége romain, ils restaient dans la réalité des choses, et c’est ce qui leur valut de la part de M. Gioberti, ce terrible racca : « Vousn’êtes qu'une antiquaille pourrie du moyen âge (1).» Il avait tenté de les faire siens. Les Jésuites résistèrent. Ason Primato où il les caresse, il se mit à coudre des Prolégomènes qui ont un mérite incontestable à côté du Gésuila moderno : ils sont moins longs. Ce fut en 1845 qu’eut lieu cette levée de boucliers; elle passa inaperçue même à cette époque où les Jésuites étaient dévolus à tous les acharnements, en butte à toutes les inimitiés parlementaires et à toutes les jalousies des universités. Deux Jésuites, les pères Pellico et Curci, répondirent à cette attaque , l’un avec une angélique douceur, l’autre avec une verve d’ironie et de raison qui dut profondément blesser l’irritable vanité de M. Gioberti. Dans son esprit, les cinq gros volumes qui tombent sur la tête du public comme un aérolithe sont destinés à exhaler ses plaintes contre les écrivains honorables d'Italie qui lui démontrèrent l'injustice de ses Prolégomènes au point de vue religieux, politique et historique. |
Le Gésuita moderno est une débauche d'esprit qu'un mauvais prêtre seul pouvait se permettre. C’est la confusion la plus étrange des faits, des hommes, des principes, des devoirs et des crimes. M. Gioberti ne raisonne pas. Quoique philosophe, il se croit obligé de mépriser la logique ; et il la méprise comme la vérité, Il procède de Voltaire par l’injure, et du père Duchesne par le style. Il entasse un Ossa de déclamations sur un Pélion de mensonges. Il mêle le sacré au profane, il se prétend catholique, mais catholique italien comme l’abbé Châtel se proclamait catholique français. Sans définir ce que peut être un catholique pour ainsi dire partiel et dont la foi se trouve soumise à l'alignement géographique, il marche à travers les siècles et les événements, barbouillant à son gré de la lie antijésuitique, les physionomies et les caractères. Au milieu de ses
(1) Tome 2, p. 517.
dévergondages de l'intelligence, l'abbé Gioberti quelquefois se sent pris d’un subit accès de modération. Alors des paroles mielleuses tombent de ses lèvres ; il gronde ses complices de leurs emportements, il essaye de mettre un frein à leur zèle, indigne de la sainte cause qu’ils défendent; car pour cet ecclésiastique, haïr et calomnier des religieux c’est soutenir la cause du progrès et de l'humanité. Il recommande aux siens de ne plus se servir contre le Jésuite des arguments sanguinaires du protestantisme; il veut les faire rénoncer au stylet trempé dans les vertus chagrines des jansénistes, et au sarcasme assassin des philosophes du xvm® siècle. Les armes des hétérodoxes, des étrangers et de ses trisaïeux ne sont plus ses armes. L'abbé Gioberti est catholique, mais Italien ; il désire être libre; à ce titre il proscrit tout à la fois, et comme les luthériens, et comme les jansénistes, et comme les philosophes n’ont jamais proscrit. Pie VIE, Léon XIE, Pie VILLE, Grégoire XVI et le Pape actuellement régnant, furent ou sont d’aussi bons Italiens que l'abbé Gioberti ; je les crois même de meilleurs catholiques que lui. Cependant, au lieu d’accumuler volumes sur volumes contre l’Institut de saint Ignace, ils ont couvert ses disciples de la plus active, de la plus efficace des protections. Pourquoi? Mon Dieu! ne posez pas une question aussi simple à cet écrivain, qui trouve Voltaire un peu exagéré dans ses justes fureurs et qui ne demande pas mieux se de les imiter, Fe et dé à part bien entendu. . +
Le prêtre piémontais qui abrita ses épébathe dans les murs de la ville où Dieu est décrété de prise de corps, et où ceux qui ont des domestiques sont menacés d’être lapidés, ce prêtre, par ce seul fait, donne sa mesure. On n’a plus à lui demander que-de se constituer l’aumônier des corps francs, dont M. Thiers s’improvisa le Thersite parlementaire. L'abbé Gioberti pouvait s’en tenir là, maïs il a voulu apporter son contingent à toutes les hontes qui étreignent la société européenne. Le catholique italien a vomi son dernier ouvrage, il s’est trouvé un catholique français pour le patroner. Ge livre, ridi-
MENT cule attentat contre le bon sens, était tombé au coin de la borne. Avec son crochet de chiffonnier littéraire, M. Lenor-
mant à ramassé un à un les. outrages que l'abbé Gioberti m'adressait, et il les a is dans la hotte du Correspondant. Qu'ils y restent, Le public n’a que faire d’une polémique où l’individualité se substitue à la pensée de l'écrivain. Laissons donc Loutes ces misères de la vanité blessée ou de la colère descendant jusqu’à la démence, et. par quelques exemples tirés du Gésuita moderno, mettons à nu la modération, la justice et la charité que l'abbé Gioberti recommande avec tant d’onction à ses adeptes les Italiens catholiques. |
Le premier volume du Gésuita moderno est die paru un petit discorso preliminare de pXVIII pages, el Ces DXVIII pages composent le volume ; rien de plus, rien de moins.
Là M. Gioberti livre cours à ses amitiés qui flétrissent, à ses injures qui honorent. Il devait s'attacher à relever les erreurs qu'un historien, même consciencieux, aurait pu commettre dans un long travail, suivre pas à pas le récit et l'exposé des doctrines, combattre l’un par des faits plus péremptoires, s’il est possible, réfuter l’autre en démontrant que l’ouvrage est entaché de propositions malsonnantes. Un prêtre, même ennemi des Jésuites et qui aurait entrepris cette tâche, pouvait, à son point de vue, rendre service à l’Eglise-et à la justice. Une discussion approfondie aurait jeté plus de lumière dans la circulation, et la vérité historique n'avait qu’à gagner à ce travail exécuté loyalement. Au lieu d'entrer dans cette voie que son caractère sacerdotal lui conseillait , et dont ses torts envers la Compagnie de Jésus lui faisaient une obligation, qu'a voulu l'abbé Gioberti se portant mon censeur ? Dans ce discours préliminaire, qui se réduit modestement aux proportions d’un livre ballonné de mots, le prêtre ne trouve rien de mieux que de disperser son acariâtre polémique contre les pères Pellico et Curci, deux rudes jouteurs qui lui ont déjà rendu la vie un peu dure ; puis à l'i FRE viste il s'accroche à l'historien des Jésuites.
Ici la position change avec la ‘rapidité d’une décoration
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d’opéra. Jusqu'à cette heure on nous à toujours peint les révérends pères comme inspirant, ‘comme dominant tout ce qui les approche. Ils dirigent les Papes ; ; ils tiennent les Rois en tutelle sous leur large sombrero ; ils font et défont : à leur gré les ministres, devenus les très-humbles exécuteurs des volontés de la Compagnie ; ils imposent au vulgaire de leurs adhérents les lois qu'il leur plaît de dicter : tout le monde leur obéit , et eux n’obéissent que pour la plus gronde gloire de Dieu. Mais de par l'abbé Gioberti, avec moi il n’en est plus ainsi. Ce que Philippe EF, Sixte-Quint, Henri IV, le cardinal de Richelieu, Louis XIV, Innocent XI et Sobieski , dans toute l’auréole de leur puissance et de leur volonté absolue, ne purent jamais obtenir, les Jésuites me l’ont accordé. Je suis leur maître envers et contre tous. « C'est à moi, dit cet honnête abbé Gioberti traduit par son M. Lenormant, qu'ils ont recours à tout bout de champ, sans se soucier de chercher d’autres témoins et d’autres preuves. A leurs yeux M. Ciétineau-Joly est un juge, nun-seulement sans appel, mais encore infaillible plus que le pape lui-même ; d’où il suit qu’on doit ajouter foi à sa parole, même quand il affirme que les souverains Lpais ont COMMIS quelque grosse bévue. »
Vous l’entendez, me voilà ce passé docteur de l'Eglise, et mieux peut-être encore. Dans la pensée de ces six miile enfants de saint Ignace , heureux de sacrifier leur vie sur tous les continents et sur toutes les mers, et qui se dévouent au martyre de la charité ou de la science pour conquérir une âme à l'unité catholique ; dans l'esprit de ces profonds théologiens, grenadiers de l’ Eglise romaine, qui luttèrent et luttent encore sur tant de champs de bataille afin d’é itablir le principe de l’autorité pontificale, je deviens une espèce de thaumaturge dont chaque parole écrite est une prophétie ou un axiome. Rassurez-vous cependant : M. Gioberti est trop bon Italien pour ne pas rapprocher encore la roche Tarpéienne du Capitole qu’il m'’élève. Les Jésuites ne jurent que par moi ; dans le corps du discours préliminaire, je suis leur alpha et leur oméga ; mais
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une simple note de l'abbé dérange étrangement mon piédestal. Il vous a énuméré avec des phrases sans fin ce que j'étais pour ces religieux qui ont plus foi en mon infaillibilité qu’en celle du. pape. Voilà ce que je suis pour lui, et c’est la note qui recèle le venin, Elle dit en effet (4) : « Peu d'œuvres modernes sont aussi injurieuses à Rome. et au Saint-Siége que l’histoire de M. Crétineau-Joly, fidèle encore en ceci au génie moderne de l'Ordre. »
Afin de manifester sa pensée, l'abbé Gioberti n’a inventé qu'un moyen. Il fallait démontrer ma rébellion historique contre Rome et le Saint-Siége, ma rébellion que le pape Grégoire XVI daigna encourager par la plus éclatante des faveurs pontificales. Ce moyen, l'auteur du Gésuita moderno l'a puisé dans le jugement porté sur M. Rossi. Les Jésuites existent, combattent, meurent ou triomphent pour la vérité catholique depuis 1540. Ils sont montés sur la brèche de l'Eglise, et ils défendirent le Saint-Siége à tous les coins du monde. Ils furent tout à la fois les Roland du Christianisme et les du Guesclin de la Papauté. Ils ont paru dans toutes les luttes, essuyé tous les coups de feu, bravé tous les périls, affronté tous les ennemis. J'ai raconté cette Odyssée de martyrs, d’apôtres, de théologiens , de polémistes, de prédicateurs et de maîtres dans l’enseignement. L'abbé Gioberti s’est fait expliquer mot pour mot ces longs récits que la multiplicité des sacrifices m’a rendus si difficiles à présenter sous des couleurs moins uniformes. A tout cela le prêtre piémontais n’a rien à objecter. Mais un Italien s’est trouvé sur ma route, à la fin de l'ouvrage. Cet Italien était déguisé, Dieu sait comment et pourquoi ! en ambassadeur de France à Rome. Il y sollicitait la proscription de quelques Français qui, par l'impôt, contribuent à lui payer là plus grasse des sinécures. J’ai raconté les mésaventures diplomatiques de M: Rossi, fait comte par la grâce de la révolution de juillet. C’est l'attentat que vitupère avec tant d’amertume l'irascible abbé. |
(1) Gésuita moderno, t. 1, p. 269.