‹ ClémentinaChapitre 17 sur 21 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

V r DS les deux époux approchaient d'e Home , pins leur physionomie devenait p'ii>ivo. I /idéedu bien qu'ils avaient t'ait, et qu'ils s*e proposaient de faire encore aux deux solitairesne les arrachait pas toujours à leurs méditations. A la lin ; lorsqu'api es avoir rcpn--.se le Ponte-Molle , ils se virent tout prêts de revenir chez eux , Saiito s'écria : « rdttr'q'l.tôi rentres nous déjà daris les4 cliâmes"'Sôcialcs? IN'ons pouvons nous procurer i e un ou plusieurs jours d'iiidependaûce. Allons à notre ViÏÏa",

( *72 ) sans passer par l'intérieur de Rome.

Allons installer nos deux ermites dans leur nouvelle demeure. »

Clémcntina récompensa son heureuse idée par un tendre baiser. Les ordresfurent donnés en conséquence. Agostino et Laura sentirent redoubler leur joie.

Au lieu d'entrer par la porte du Peuple , on tourna rapidement à gauche , pour faire le tour des murailles du côté du Nord , et en laissant à droite la Villa Borghèse. Ils étaient ainsi obligés à un circuit considérable , avant d'arriver dans le voisinage du Colysée : c'était une véritable route d'écoliers j mais les amans qui cherchent à se dérober

( '73 ) aux importuns ne se plaignent jamais de la longueur du chemin qu'ils font ensemble.

On arriva vers le soir à la Villa , où toujours tout se trouvait préparé pour la réception des maîtres et même d'une société assez nombreuse.

Clémentina ne revit pas sans une émc»

lion que son époux partagea , le lieu où elle avait commencé une nouvelle existence , où elle avait été liée par d'indissolubles nœuds. Ils rentrèrent, lecceur palpitant, dans leur chambre.

Qu'auraient-ils donc éprouvé , s'ils avaient su que , dans ce même jardin où ils se promenèrent le soir , leur désunion , leur déshonneur , leur ruine avaient été jurés !

Le concierge Benedetto reçut avec joie l'assurance qu'il pourrait rejoindre ses parens , et que le sort -de ses vieux jours était assuré. Il promit de rester encore une semaine , pour mettre Agostino et Laura au fait de leur nouvel emploi.

. Ces deux époux se montrèrent de plus en plus dignes de ce que Sant- E;mo et .Clémentina faisaient pour eux.. Sans sortir des bornes du respect, ils savaient leur témoigner l'attachement le plus vrai. Ils sentaient déjà combien leur situation nctuelle l'emportait sur -celle qu'ils venaient de -quitter.

Beuedetto , quoique malgré lui , troubla un peu la satisfaction de Clé-

( »?5) mentina et de §op époux. 11 leur annonça que leur disparition subite avait été racontée dans toits les cercles et présentée sous Iqs rapports les .plus originaux. Il ajouta qu'au reste , ils auraient là-dessus le lendemain tous les détails possibles. Le signor <Andreïiio et son ami, Sisto Negtett1 devaient revenir savoir si lui , Benedetto, n'aurait pas reçn.des nouvelles de ses maîtres.

« Puisque Andreïno est de la partie , dit en souriant Sant-Elmo , tout se passera gaiment ; et l'insigne délit que nous avons commis, en v<>\ .1geant ensemble , mon épouse et moi , ne sera du moins puni que par quelques plaisanteries.»

Soit fatigue du voyage, soit joie de se retrouver dans la chambre nuptiale , il est certain qu'ils se levèrent le lendemain assez tard. Lorsqu'ils descendirent dans le salon, ils y trouvèrent la signora Baldini avec Sisto Negretti et Andreïno.

La Signora courut embrasser son amie, et parut troublée à la vue de Sant - Elmo. Sisto salua de l'air le plus composé qu'il lui fut possible de prendre ; mais Andreïno, se levant brusquement de sa chaise , s'écria :

tt Us ne sont pas perdus , et j'avais bien conjecturé ! ô Dieu d'Hymen , je te rends grâce , tu n'as pas voulu , à l'exemple de ton frère , l'Amour, commettre une de ces fautes qui ne se peuvent réparer. »

« Mon cherAndreino, lui dit gaîmcnt SantElmo , je ne doute pas que TOtre vivacité et votre esprit ne ?OOS aient déjà fourni plus d'un trait fort piquant , mais.. . — Qui, moi! mon ami, interrompit Andreïno, je n'ai, je vous jure , été occupé depuis ce fatal départ, qu'à rabattre les coups de la calomnie, qu'à vous défendre l'an d L'antre contre les accusations les plus terribles. El tenez, ajoutat-il, en tirant un papier de sa poche , parcourez, en déjeunant, ce que l'on n'a pas craint d'imprimer dans le Diario di Rom a. s

u Voyons dit, en souriant, Cléun mina. Si c'est , comme vous le dites , une calomnie , je gagerais

presque qu'au style , il me sera facile de reconnaître l'auteur du délit. »

Andreïno, d'un ton sérieux, lui passa le journal, et elle lut tout haut ce qui suit :

Double rapt.

«Une aventure moins tragique r « mais aussi extraordinaire que celle « de TarquinctdeLucrèce quittant « frémir nos illustres aïeux , vient a d'avoir lieu dans Rome. Un jeune « homme possédant des qualités trèsce estimables , une jeune dame d une u beauté merveilleuse et douée de « toutes les perfections du cœur et de « l'esprit , se sont enfuis un matin , <<■ sans dire un seul mot d'adieu à leurs « amis inconsolables. Qui des deux a

( «jg )

« enlevé l'autre? C'est jusqu'ici une >' question insoluble ; mais l'opinion « la plus probable , est qu'ils se son! i eciproquement enlevés. ( )n ignore « où ils ont été porter leurs pas.

if Quelques-uns croient qu'ils sont « allés se bâtir une cellule au som- « met des Apennins , ou sur le pic «le « Ténérilt'e. D'autres, qui paraissent

«.mieux informés, sont persuadés « qu'ils ne s'arrêteront que. quand ils

< auront trouvé dans la cinquième r partie du monde quelque île abso- « lument déserte. ?»

« 'Nota benè. Ce qui rend le délit . In»»rible , impardonnable . et d'une « espèce absolument unique , c'est « qu'il est trop certain que les deux

( i8o ) * coupables sont.... deux époux ! v

« Honneur à l'imagination de l'auteur , dit Clémentina , en rendant le journal à Andreïno. »

« Mon ami , ajouta Sant<Elmo , estce là tout ? y>

« Quoi! reprit Andreïno , vous me soupçonneriez.... »

<<■ Moi! répliqua Sant-Elmo , je ne soupçonne pas , je suis sûr. Mais j'ai un conseil à vous donner ; n'épuisez pas en une seule fois toutes vos saillies ) faites , comme l'on dit , feu qui dure ; car je vous préviens que nous sommes déterminés , Clémentina et moi , à fournir plus d'une fois matière aux rieurs tels que vous d'exercer leurs merveilleux talens. A moins

( i8i ) toutefois qu'on ne daigne finir par ne plus s'occuper de nous ; ce qui serait peut-être le parti le plus raisonnable. »

<t Impossible ! mon cher, reprit Andreïno , vous êtes des novateurs , vous devez être punis. »

a Soit , dit Sant-EImo ; mais quand la punition est si peu proportionnée au plaisir que cause le délit, il est bien difficile de s'amender. »

Sisto Negretti et Agatha Baldini n'avaient pris part à l'entretien que par leur attention extrême à l'écouter. Ils se regardèrent alors, et semblèrent se dire qu'ils réservaient aux délinquans des punitions d'une espèce un peu plus grave.

( itt )

Agatha, d'une voix très- émue, applaudit aune tendresse mutuelle que tout, disait-elle , rendait louable, et qui devait faire rougir ceux qui oseraient la censurer ; mais elle se plaignit avec douceur de ce que les deux époux paraissaient avoir oublié dans cette circonstance les droits de l'amitié. Elle parla de ses inquiétudes sur le sort des voyageurs , de son chagrin, lorsqu'elle avait su qu'ils étaient partis, sans avoir laissé pour elle un seul mot de consolation.

Une telle manière de présenter les faits . donnait à Sisto trop de moyens de déployer aussi ses grands sentimens et son exquise sensibilité , pour qu'il n'en profitât pas. Tous deux

C i83 ) firent si bien, que Sant-Elmo et son épouse crurent a\ oir réellement quelque ton envers eux!, et qu'ils les prié— M'iit de les excuser.

« Vous voici enfin où je vous désirais, s'écria Audi ei no. 11 y a toujours de la ressource avec les bons cœurs.

-Allons, puisque vous n'avez, pas résolu d'opérer une réforme dans DOS coutumes, on doit vous pardonner ce qu'il y a de bizarre dans votre manière d'agir; ne lut -ce que pour la rareté du fait. »

Ces mots bannirent le sérieux qui avait commencé à dominer dans la conversation; et Andreino ajouta :

« Je cro.'s si fort à votre amendement, que si je vous supposais assez

bien remis de vos fatigues pour entreprendre une assez longue course , je vous proposerais de prendre part à une solennité très-imposante. C'est aujourd'hui que notre vénérable pontife , Pie VI , que Dieu préserve de tous malheurs, doit donner sa bénédiction au peuple assemblé sur la place de Saint-Pierre , à l'occasion de la fête de ce Saint.

« Ah ! dit Clémentina , on assure que c'est une solennité très -imposante , et une course en voiture n'a rie n de bien fatigan t .

— Vous n'avez donc jamais assisté à cette cérémonie , Signora, reprit Sisto Negretti? — Jamais. Je n'étais même pas entrée dans Saint-Pierre ,

( i85) avant l'époque du deruier Vendredi saint. »

Elle et Sant-Elmo se regardèrent alors d'un air si tendre , quelaSignora Baldini se leva pour cacher le mouvement de jalousie qu'elle éprouvait , et dont Sisto seul s'aperçut.

« Eh bien ! dit Sant - Elmo , vous verrez , vous éprouverez ce que l'on ne peut voir et éprouver que dans Rome. Le ciel me préserve de me constituer juge en matières religieuses , et de peser la croyance des hommes ■> mes semblables , dans les faibles balances de mon opinion ! Mais sans toucher au dogme , et en laissant à Dieu le jugement ; on doit reconnaître que les antres communions i. 16

( 186 ) chrétiennes sont bien froides, bien mesquines dans leurs cérémonies , en comparaison du culte catholique.

Quoiq«; en puissent dire certains sat^es , il ri y a nul inconvénient à frapper les yeux de la multitude , par une pompe imposante. Un Français célèbre qui, certes, n'a jamais élé accusé d'une crédulité aveugle , un -écrivain à qui , au contraire , on put adresser les plus graves reproches dans un sens tout opposé , Diderot , «enfin, avouait qu'il n'avait jamais vu, sans une émotion profonde , la procession du Saint -Sacrement. Quel enthousiasme n'aurait - il donc pas éprouvé , s'il eût assisté à la bénédiction pontificale sur la place de Saint-Pierre ! »

«Que sait-on, dit Andreïno en riant , peut-être cette solennité l'y Lirait-elle rendu chrétien ? Aucune légende n'eût offert un aussi beau miracle. Mais songeons à notre départ.

Puisqu'il est résolu que nous allons a Saint - Pierre , nous n'avons pas de temps à perdre. ,»

On partit dans deux calèches découvertes. Clérnentina se plaça dans l'une avec SistoNegrcttiet Andreïno.

Agatha occupa l'autre avec Sant- Elmo.

Andreïno ne put encore se défendre une remarque sat yrique . « A la manière dont nos deux fugitifs, dit-il , vont traverser Rome en plein j<i!r, on verra bien que ir-tis voulons

leur imposer une pénitence publique , avant que leur faute soit expiée par la bénédiction qu'ils vont recevoir. »

a Ure telle pénitence , répondit Sant-EImo, en regardant la signora Baldini , accroît pour moi le plaisir que ma faute a pu me procurer. >»

Ce n'était là qu'une phrase polie , une galanterie sans conséquence ; cependant Agatha en fut délicieuse men tflattée. Elle lança à Sant-EImo le regard le plus expressif; puis elle baissa les yeux , en s'efforçant de retenir un soupir. Pour la première fois?

il éprouva près d'elle de l'embarras et de l'émotion. Mais l'antidote d'un poison si subtil n'était pas loin* II

( '89) contempla sa charmante épouse , qui , par son maintien à la fois noble et gracieux , semblait plus qu'une simple mortelle ; et l'impression qu'il venait de recevoir , disparut comme une ombre fugitive.

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