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me croyez capable d'abandonner mes amis , lorsqu'ils sont malheureux. J'ai toujours regardé , vous le savez , l'espèce d'emploi que l'usage vous fait remplir près de moi comme assez gênant pour deux personnes à la fois.
Cependant, soyez assuré qu'en cette circonstance, moins que jamais, je ne songerai à rejeter l'honneur que vous me faites. "»
En parlant ainsi , elle lui tendit par un mouvement de bienveillance, sa belle main. Sisto Negretti nétait pas préparé contre une tentation si peu espérée ; aussi le fils inconsolable céda-t-il aussitôt à l'amant passionnément épris. Il saisit avec ardeur cette main qui semblait s'offrir à lui?
et, un genou en terre , il la couvrit de baisers que la seule reconnaissance n'aurait pas rendus si ardens. Clémentina, troublée et mécontente, retira sa main ; mais elle n'eut pas la maladresse de lui adresser des reproches ; et comme il n'eut pas celle de lui faire des excuses, elle s'efforça de croire qu'il n'avait pas dépassé les bornes de la bienséance»
Le soir, elle fut mise aune épreuve in, attendue et qui lui causa un cruel embarras. Negretti revint lui annoncer que les obsèques de son père auraient lieu le lendemain , et l'inviter à se trouver avec Sant-Elmo à la t i te cérémonie. Il était bien sûr de son < - •• lentement , rmds il s'aperçut avec
autant de joie que de surprise , qu'elle était seule. La signora Baldini était venue s'emparer de Sant-Elmo , pour faire quelques visites insignifiantes dans des maisons où elle savait que Clémentina ne désirait former aucune liaison.
JNegretti crut devoir profiter d'un incident si favorable à ses vues. Il pria Clémentina de lui accorder quelques instans d'entretien sur une affaire importante. Elle y consentit assez surprise qu'après ce qui avait été réglé entr'eux , il pût avoir encore quelque chose à lui dire.
Il tira aussitôt d'un porte ►feuille un papier ployé qu'il porta respectueusement à sa bouche.
r Ce sont , dit-il, les dernières volontés , les volontés sacrées du père que le ciel m'a enlevé. Vous connaissez son écriture , chère Signora. H les a tracées d'une main défaillante, deux jours avant de quitter ce monde périssable. Voici un passage qui vous regarde.
— Moi ! dit Clémentina, très-surprise.
— Oui vous-même; et ce qu'il y dit de vous augmenterait encore , s'il se pouvait, mon respect pour sa mémoire.
— Ah ! si celui qui m'a servi de père me donne ici sa dernière bénédiction , c'est tout ce que je désire. Il est bien sur d'avoir part âmes prières.
— Il vous bénit sans doute, comme l'ange consolateur qui lui a rendu moins pénible le terrible passage de la vie à l'éternité ; mais il a cru avec raison ne pas devoir se borner à ces stériles marques de reconnaissance* Voulez-vous bien me permettre de lire ? »
Elle y consentit par un signe de tête; et Negretti lut ce qui suit.
« Attendu que la signora ClémenlinadiBelmonte, aujourd'hui épouse du signor Sant-Elmo, et autrefois ma pupile, m'a toujours témoigné un respect filial; attendu que dans toutes les circonstances et jusqu'à cette maladie, qui sans doute sera la dernière, elle ma prodigué les soins les plus
affectueux , je veux et j'ordonne expressément que sur le plus clair de mon Lien il soit prélevé une somme de vingt mille écus * , que je la supplie d'accepter immédiatement après ma mort. Je la conjure aussi de me pardonner si je n'ai pas toujours répondu comme je le devais à Ses attentions filiales. L'Ame de ma cbère Clémentina était d'une trempe trop supérieure à la mienne, pour que je connusse tout son prix ; mais du moins , je meurs en lui rendant justice entière.
« Je chargemon fils unique , Sisto, d'accomplir exactement cette partie
* Plus de 100,000 francs.
de mes dernières volontés. La somme que je prie Clémentina d'accepter , ne l'empêchera pas d'être encore un des plus riches habitans de Rome. Si je n'ai pas légué davantage , c'était pour emporter au tombeau la certitude de n'être pas refusé. »
Quand Clémentina eut entendu énoncer la valeur du legs , elle avait voulu se récrier; mais un geste de Sisto et un respect affectueux pour les paroles de son tuteur, qui déjà n'était plus, lui avaient imposé silence. Lorsque la lecture fut terminée , elle déclara positivement qu'elfe n'accepterait point un don si considérable.
«Croyez, Signor, ajouta-t-elle7
( «7 ) que pour chérir la mémoire d« votre père, je n'ai pas besoin de vous d< -pouillcr d'une partie de votre héritage. Les expressions trop bienveillantes dont il ma honorée me siilli.seiit : je ne veux rien de plus. »
Sisto avait d'abord trouvé luimême la donation un peu forte ; mais 6e mouvement d'avarice s'était dissipé comme l'éclair. 11 n'avait bientôt plus SOUgé qu'à l'espèce d'avantage que la générosité de son père semblait lui donner, pourl'avenir,surClémentina. Il s'attendait bien à quelques difficultés , mais non pas à un relus si positif; de sorte que, comme il arrive toujours , la résistance ne fit qu'accroître en lui le désir d'atteindre
( ai8 ) son but. Il fit de l'acceptation du legs une affaire personnelle. Il pria , pressa , conjura. Tout fut inutile , et Clémentina , s'animant aussi par degrés , lui déclara qu'elle n'accepterait jamais la somme qu'on lui offrait, sans qu'elle eût aucun droit à la posséder.
Pendant ce débat de générosité, Sisto, seul avec elle, puisait graduellementdans ses regards le poison le plus enivrant. Il lui échappa plusieurs fois des expressions qui trahissaient l'amour dont il était enflammé. Clémentina , dans la chaleur de la conversation, n'y prit pas garde ; mais enfin , il lui dit, en se jetant presque à ses pieds , et en tendant ses bras vers elle :
« Acceptez , au nom du ciel , acceptez, femme incomparable. Cette somme , ma fortune entière , tout mon être , toute ma vie , que ne voudrais-je pas vous offrir! »
Ces paroles firent tomber le voile qui jusqu'alors avait couvert les yeux, de la confiante et modeste Clémcntina. Une femme honnête ne doit pas croire facilement aux déclarations d'amour, mais elle serait coupable dans des momens décisifs , si elle affectait de ne pas comprendre ce qui ne peut être interprété de deux manières différentes. Clémcntina, prenant tout-à-coup le ton de la plus froide dignité , se leva , en disant :
ti Je vois, Signor, que la générofc
site de votre âme et votre respect pour les volontés de votre père , vous transportent au point de vous rendre en ce moment incapable de discussion. Nous reprendrons celle - ci quand vous serez plus calme , et en présence de mon mari. Je ne doute pas qu'il ne partage mon sentiment , et que vous-même vous ne reveniez à des idées plus justes. Au reste, tenez-vous assuré que dans toute résolution qui m'est dictée par l'honneur , je ne changerais pas, lorsqu'il s'agirait de ma vie. »
Ces derniers mots n'étaient pas ambigus. Sisto vit qu'il s'était trahi , et fat accablé de confusion , sans pouvoir lui répondre une seule parole.
Clémentiua lui fit un salut avec ht main, selon l'usage des Ilaliens, et se rendit dans sa chambre , d'où elle résolut de ne pas sortir jusqu'au retour de son époux. Sisto Negretû l'ayant entendue se renfermer chez elle , n'eut d'autre parti à prendre que de se retirer. Il sortit doue, en composant du mieux qu'il put son fisage devant les domestiques, et résolut d'aller chez la si^nora Baldini.
II avait dessein de l'attendre , si elle n'était pas rentrée , comme l'absence de Sant-Elmo le lui faisait conjecturer ; car il ne voulait pas tarder à lui raconter son imprudence , les suites qu'elle avait eues, et celles qu'il en redoutait pour l'avenir.
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