‹ Clémentine et FéliseChapitre 10 sur 13 · IV · texte numérisé non relu

IV

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mais, en l'entendant parler de sa maladie, elle se prit à sourire et dit doucement :

— Gela ne vous a pas empêché d'aller à l'Opéra, monsieur Alfred; mon oncle aurait été en peine de vous , si mademoiselle d'A... ne nous eût dit hier qu'elle vous avait vu fort assidu les lundis et les vendredis.

— Hélas! pensa Alfred, voilà qu'elle s'magine que j'ai été l'homme du monde le plus amusé et le plus heureux pendant ces quinze jours : Dieu la garde de souffrir jamais ce que j'ai souffert !

M. de Chainroger avait salué Alfred avec

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une politesse froide, et un moment après il se retira, en disant tout bas à Valérie qu'il reviendrait quand elle aurait reçu ses visites.

— Mon Dieu! murmura la jeune fille, déjà subjuguée par un inconcevable ascendant , qu'est-ce que cela veut dire, ma bonne amie? je crois que M. deChamroger est jaloux.

— Cest qu'il vous aime, répliqua madame Saget. Selon elle, ce mot répondait à tout.

M. d'Amblay prit le bras d'Alfred , sous prétexte de faire un tour dans le jardin.

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— Ah ! mon cher enfant, lui dit-il, j'ai bien du chagrin ! Valérie aime M. de Chamroger ; il a fait la demande , et elle a consenti...

— Comment! sans prendre le temps de réfléchir, de connaître bien cet homme!

interrompit Alfred avec un douloureux étonnement.

— J'ai fait ce qu'on fait toujours ; je suis allé aux renseignements, j'ai écrit à Toulouse; voici la réponse de mon cousin, M. D...; elle est satisfaisante de tous points, trop satisfaisante.

Alfred lut cette lettra, qui contenait les

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détails les plus favorables sur la famille et la fortune de M. de Chamroger. M. D... disait en finissant: « Il adorait sa première femme, et l'amour qu'il lui portait a paru dans des témoignages extraordinaires qu'il en a donnés après la mort de cette pauvre dame. J'irai signer le contrat de mariage de notre chère Valérie, et je mènerai ma fille danser à ses noces. »

— Ainsi, tout est fini! plus d'espoir! dit Alfred attéré; je ne veux pas voir sou mariage ! Je m'en irai ; je m'en irai pour longtemps , peut-être pour toujours ! Il m'en coûterait trop d'être témoin du bonheur de cet homme! Si du moins il est pour elle bon mari, s'il l'aime comme je l'aurais aimée, moi ' .,. mais qui sait?..-

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— Oui, qui sait! fit M. d'Amblay avec un grand soupir. Mon jeune ami, croiriezvous que ce M. de Chamroger, qui devrait s'estimer le plus fortuné des hommes, ne me paraît pas même content , à moi qui l'observe avec mon bon sens vulgaire.

Madame Saget dit qu il aime Valérie avec une passion profonde ; cela peut être vrai, mais, Dieu me pardonne ! mieux vaudrait qu'il fût moins amoureux et plus aimable! On dirait qu'il y a dans son bonheur présent un reste de ses peines passées, et que le deuil de sa première femme n'est pas encore fini.

— Je ne veux pas partir sans voir encore une fois mademoiselle Valérie, dit Alfred en jetant autour de lui un triste re-

gard. Mon Dieu ! j'ai été si heureux ici ; j'y suis venu pendant longtemps avec tant d'espoir au cœur !.. Ah ! monsieur, si vous saviez quelle peine cruelle j'éprouve là ! Je ne croyais pas qu'il fut possible d'être aussi malheureux!... Je me battrais volontiers avec M. de Chamroger : il m'a ravi tout le bonheur sur lequel j'avais compté. Il me semble maintenant qu'il n'y a plus pour moi aucune femme au monde.

— Ce grand chagrin passera, mon cher enfant.

— Je le sais bien ; mais, en attendant, je souffre !...

Alfred passa son mouchoir sur ses yeux et retourna sous le berceau où Valérie était restée avec madame Saget.

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— Mademoiselle, dit-il d'une voix assez ferme , je n'ai pas-voulu partir sans vous dire adieu...

— Vous partez? interrompit-elle, étonnée; mais ce n'est pas pour un long voyage ?

— Un voyage qui durera des années peut-être; si je reviens, puisse -je vous trouver heureuse comme aujourd'hui !

— Je l'espère, dit-elle avec un sourire plein d'attendrissement. Mais dans quel pays allez-vous, monsieur Alfred?

— Je ne sais encore; et ce n'est pas à

cela que je songe en ce moment; c'est à vous, dont le sort va être bientôt irrévocablement fixé. Hélas ! aurez-vous tout le bonheur que j'aurais voulu vous donner?.. M. de Chamroger...

— C'est un honnête homme; il m'aime !

dit vivement Valérie, Vous savez , monsieur, qu'avec cette garantie , une femme n'est jamais malheureuse.

— Ce n'est pas encore assez pour une femme comme vous , répondit Alfred avec conviction.

— Écoutez , reprit-il après un moment de silence, je ne veux pas dénigrer i' homme que vous m'avez préféré ; mais je veux

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vous dire toute ma pensée , toutes mes craintes. M. de Chauiroger n'est pas mon ami, ceci n'est point une trahison envers lui; tous ceux qui le connaissent disent qu'il est d'un caractère sombre et jaloux...

— 11 a rendu sa première femme fort heureuse , observa sèchement madame Sage t.

— Au dire de ceux qui la connaissaient, ce bonheur n était pas sans orages ; son mari ne lui permettait aucune relation ; ii était comme son ombre...

— C'est qu'il l'aimait, répondit encore madame Saget; tout le monde ne peut pas

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