ÉLISE. CO
ainsi que doit se manifester la douleur d'une âme chrétienne...
— Ma chère mère , interrompit Félise d'une voix brève , j'ai une grâce à vous demander. Vous ne me la refuserez pas... vous ne pouvez rien me refuser après un si grand malheur.
— Parlez, ma chère fille, je suis disposée à vous accorder tout ce qui pourra contribuer à votre consolation. Que demandez-vous? que voulez-vous?
— Je veux sortir sur l'heure de cette maison, répondit Félise en jetant autour d'elle des regards égarés, je veux m'en aller loin d'ici...
A cette déclaration inattendue , un
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murmure d'étonnement et d'indignation s'éleva de tout côtés. Jamais aucune fille élevée à l'Annonciation n'avait proféré de semblables paroles : c'était comme un blasphème, un arrêt de réprobation prononcé par la bouche même de celle qui voulait abandonner l'asile saint où sa jeunesse avait trouvé les secours temporels et la nourriture spirituelle. La supérieure , un peu émue de cette espèce de scandale, s'écria en levant les mains au ciel : s
— Le malin esprit veut la perte de cette faible créature ! priez pour elle, mes chères sœurs... C'est une âme qu'il faut regagner à Dieu.
A ces mots, elle ordonna du geste aux
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religieuses de se retirer , et , s'approchant de Félise, elle lui dit avec son air habituel de patience et de mansuétude:
— Venez, ma chère fille , votre corps est ausi malade que votre âme ; vous avez peine à vous soutenir. Appuyez-vous sur mon bras.
Où voulez-vous m'emmener? s'écria
Félise avec une expression de désespoir farouche; vous voulez que je retourne dans la cellule de ma tante Geneviève!
que j'aille encore au chœur, à l'ouvroir, au jardin , partout où j'avais coutume de la rencontrer! Non, non... puisqu'elle n'y est plus, je n'y rentrerai jamais !
— Je veux vous emmener dans ma propre cellule, mon enfant, répondit la mère
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Madeleine, pénétrée de commisération ; je veux moi-même vous soigner, vous consoler... Vous vous consolerez, ma chère Félise : Dieu éprouve parfois ses créatures ; il leur envoie de grandes afflictions; mais sa miséricorde soulage bientôt les cœurs désolés. La douleur où vous êtes plongée est un état passager ; il n'y a que les damnés qui soutirent éternellement. Bientôt vous vous apercevrez que le Seigneur ne vous a pas tout ôté. Vous avez, il est vrai , perdu une personne bien chère, mais il vous reste une nombreuse famille à laquelle vous êtes unie par les liens de l'amour et de la charité chrétienne : je suis votre mère, ma chère Félise, et (outes les annonciades sont vos sœurs.