ÉLISE
respirer le grand air comme à la campagne.
— Et vous êtes toujours seules? demanda Félise.
— Toujours jusqu'à présent, réponditelle avec un sourire et en regardant sa sœur. Cécile vient de vous le dire: une ■ jeune veuve ne peut recevoir les visites de tout le inonde ; on ne trouverait point mauvais qu'il lui prit un jour fantaisie d'avoir des violons et de donner le bal, mais elle ne saurait sans qu'on en médise, tenir un petit cercle chez elle. En vérité, nous vivrions comme des ermites, si quelques personnes que voyait autrefois M. le baron ne nous eussent fait accueil, et si
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nous ne trouvions chez elles bonne compagnie.
— Que vous êtes heureuses de sortir quand cela vous plaît, d'aller aux assemblées et de faire des visites ! dit Félise en soupirant; moi, je n'ai d'autre récréation que d'aller à la messe, et encore le dimanche seulement.
— Soyez tranquille, ma reine, nous aviserons, et, malgré votre tante, nous vous produirons dans le monde, nous vous amuserons, nous vous marierons.
— Quel bonheur! s'écria Félise. — Puis, entendant l'heure qui sonnait à toutes les pendules de l'hôtel, elle ajouta : —Minuit ! déjà minuit! Ah! si ma tante Philippine,
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qui ne dort jamais, mettait le nez à la fenêtre maintenant ! si elle me voyait rentrer... Mais elle ne m'entendra pas ; je vais redescendre tout doucement , sans faire plus de bruit que son chat Mitouffle, lorsqu'il rôde autour d'elle sur le tapis.
A ces mots, elle embrassa les deux sœurs en leur recommandant de laisser l'échelle contre le mur pour qu'elle pût revenir bientôt. Quelques instants plus tard, elle rentrait sans lumière dans sa chambre et se blottissait , le cœur encore palpitant , dans son grand lit à quenouilles.