ACTE I
A toQ rôle ! Simu'e un chagrin de théâtre ! Sois brave ! Sois plaintif !
ANTOINE
Tu m'échauffes le sang" !
CLÉOPATRE Assez bien. Tu poarrais être plas menaçant !
ANrOINE Par mon épée...
Et par mon bouclier... Travaille, Elargis-toi le geste, agrandis-toi la taille, Et tu joueras très bien Hercule furieux.
ANTOINE Je pars.
Eh bien, il faut nous faire des adieux. C'est froid, Mondoux seigneur, jadis, nous nous aimâmes . C'est froid, c'est froid. Un souvenir reste en nos âmes. Ah, le héros aimant de qui je me souviens !
ANTOLNE
Reine frivole qui l'amuses à des riens !
Marc-Antoine, crois-tu que je sois si frivole ? Et parfois, quand l'oiseau démon rire s'envole, Ne devines-tu pas qu'il est déjà blessé ? Allons, je ne veux pas revivre le passé.
Ternir mes yeux royaux, et jouer l'incomprise. Marc-Antoine, tu n'es pas de ceux qu'on méprise, C'est à suivre ta volonté que je me plais. Puisque tu le veux, pars ! Laisse dans ce palais Pleurer l'amante qui s'est donnée à toi, toute f La victoire aux cris d'or te fleurisse la route, Et marche par le monde et sa rébellion, Comme Hercule drapé dans la peau du lion !
ANTOINE Ma reine I
Tes exploits éblouiront la terre Et moi, je gémirai dans mon deuil solitaire.
Songe à moi, Gléopâtre, et g-arde cet anneau.
CLÉOPATRE Une perle ! Elle est pure, et j'admire son eau.
ANTOINE
C'est un faible présent, reine. Mais qu'il te prouve
Qu'à l'heure où, pour saisir au col la grande Louve,
Pour afl^ronter la rouge guerre et le péril,
Je quitte sans bonheur les bords sacrés du Nil,
C'est à toi que reste fidèle ma pensée ;
Non, reine au front divin, tu n'es pas délaissée.
Et plus tard quand j'aurai vaincu mes ennemis,
Tu recevras en don les royaumes soumis,
Perles dignes d'orner l'or de ton diadème.
Tous les jours une voix te criera que je t'aime. Comprends-tu bien quelle douleur tu vas causer ? 0 mon fier amant, jusqu'au jour où ton baiser Calmera la fidèle ardeur qui me consume, Ma bouche séchera de fièvre et d'amertume. Ah, puisse, quand ta nef vog"uera loin du port, Mon indomptable amour te défendre du sort.
ANTOINE
Le temps s'enfuit. Je dois partir, ô bien-aimée! Adieu ! Mais sur les mers, au forum, àTarmée, Parles soirs de tristesse et les matins joyeux. Tu m'accompag-neras, je t'aurai dans mes jeux !