‹ CléopâtreChapitre 9 sur 58 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

Si tu savais lire en mes yeux !

N'y yois-tu pas de qui l'amour m'est précieux ?

ANTOINE Rome pleure et m'appelle avec un cri sauvage, Mais l'Eg-ypte g-arde mon âme en esclavage. Reine, il faut que je parte, on se rit des absents ; Il faut que j'aille rallier mes partisans, Punir mes ennemis de leurs sottes bravades Et donner fièrement de rudes estocades. Le monde romain saigne et réclame mon bras. Tournant à son prolit nos crue's embarras, Labiénus, un déserteur, nous prend l'Asie; J'aurai, dans quelques jours, réglé sa fantaisie : Un traître ne doit pas railler le nom romain. La victoire suivra mon illustre chemin.

Ma belle reine, adieu ! Les douleurs te soient brèves. Garde-moi dans les tiens, je t'emporte en mes rêves, Et tu ne seras plus jalouse, car, là-bas. Celle que tu craignais, je ne la verrai pas.

Je suis folle, c'est entendu, mais non crédule. Et quelle enfant croirait ce conte ridicule ?

AiNTOKnE

Elle est morte.

Fulvie ? Elle pouvait mourir ?

A.NTOiNE

Gléopâtre.. .

Grands dieux ! Ne va pas t'attendrir.

Je vois de quel chagrin cette mort est sacrée. Je vois comment un jour ma mort sera pleurée.

ANTOINE Ne me querelle point, mais sache mes projets...

Çuand c'étaient mes avis à quoi tu te rangeais...

ANTOINE Ah, parle. Je suis ton soldat, comme naguère. Pour toi je fais la paix, pour toi je fais la guerre. Parle !

Délace-moi, Gharmion. J'oubliais Qu'elle n'est pas là. Toi... si tu me déliais.. . Non, je vais mieux. Au même instant, je suis mourante Et je reoais, ainsi que ton amour.

ANTOINE

Méchante !

Mon amour est de ceux que ne vainc pas le sort. Et de la rude épreuve il sortira plus fort.

CLEOPATRE Répète-moi ce que tu disais àFulvieî Allons, pleure ! Que ta douleur soit assouvie ! Tu pleures pour la pauvre morte et cependant, Si tes jeux, diras-tu, souffrent d'un rouge ardent, G'est qu'ils ne vont plus voir la reine Cléopâtrel

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