SCÈNE 1 V LES MÊMES, OCTAVIE
OCTAVIE
Tu m'as dit que souvent j'étais de bon conseil,
Mon frère. Si tes yeux ont l'éclat du soleil.
Laisse-les se voiler d'un paisible nuag-e.
Le soleil, quelquefois, en son ardeur sauvage,
Dessèche sans raison un fertile terroir.
Pour que la noble Rome étende son pouvoir
Sur les peuples qui vont par les chemins du monde,
Pour que sa force donne à tous la paix féconde.
Faut-il qu'Octave méconnaisse d'anciens droits,
Ceux d'un soldat vaillant, qui vainquit tant de rois ?
Faut-il que le prudent Octave l'humilie,
Ce héros que jadis admira l'Italie ?
Laisse aux hommes qu'égare un esprit emporté
L'impitoyable orgueil et la brutalité.
Songe que, dépouillant la ruse et l'artifice.
Un Romain doit toujours rechercher la justice,
Et qu'il faut, pour avoir un glorieux destin, Posséder sur soi-même un empire certain.
ANTOINE Ta parles fièrement et je te remercie.
OCTAVE Non, ma sœur, je n'ai pas la raison obscurcie. J'ai tout pesé, j'ai la force et je serai prompt A réduire les fous qui me résisteront.
OCTAVIE
Ainsi, toujours la haine et toujours la querelle, Quand l'amitié devrait vous être naturelle ! Vous êtes tous les deux Romains et tous les deux Vous suiviez César dans les combats hasardeux. Ecoutez-le. C'est lui qui par ma voix vous crie De guérir la cité que vous avez meurtrie, Et, dans votre fureur, de ne point égorg-er Le courag-eux troupeau dont il fut le berg-er !
ANTOINE Pour défendre mes droits je lutterai sans trêve.
OCTAVE
Tes droits ? Que valent-ils ?
OCTAVIE
J'avais fait un beau rêve.
Deux héros, que liait un amical serment, Par des chemins pareils s'en allaient noblement, La tête haute, fiers de leur illustre rôle.