SCÈNE II
CLÉOPATRE Tu m'aimes à tel point ! AIIoqs, répète encore : Je t'aime... Non. Attends un peu... Dis...
ANTOINE
Je t'adore .
CLEOPATRE Voilà qui n'est pas mal : Je t'adore. Eh bien, nom ! On adore Diane, on adore Junon, L'épouse aux resi-ards froids que le sourire blesse. Je ne veux pas que tu me traites en déesse ; Je ne suis qu'une femme, Antoine. Redis-moi..
ANTOLNE
Je t'aime.
CLEOPATRE Ce mot-là, je lenleods sans effroi.
Dis comment ton amour est i^'-raad ?
0 mon sourire, Que vaudrait un amour que je pourrais décrire ?
CLÉOPATRE Je voudrais... je voudrais connaître tout l'amour.
ANTOINE
Ah, je t'aimerai, même après mon dernier jour !
(Anto ne sort, suivi de Domitias, de Scaurus et d'autres.)
Marc-Antoine ! Héros mag-nanime ! On blasphème Quand on le dit moins grand que César. Ah, je l'aime. Charmion, ai-je aimé César au même point ?
CHARMION
César ! Tu l'as aimé, ce héros !
De ce poing, Charmion, je brise tes dents qui sont jolies, Si tu vas répétant de pareilles folies.
CHARMION Ainsi, tu crois aimer Antoine éperdument ?
Je l'aime.
CHARMION
Et l'on te voit maltraiter cet amant ?
Oui.
CHARMION
Tu cherches souvent un mot qui lui déplaise. CLÉOPATRE
Oui.
CHAPaMION
Pour moi, j'agirais d'autre sorte.
l4 CLKOPA.TRE
Eo niaise.
CHARMION
Uaccord des sons ne fait- il que les plaisirs vrais ?
Je flatterais en tout Thomme que j'aimerais :
Je subirais avec bonheur son cher empire;
Ses pleurs seraient mes pleurs et son rire mon rire.
Et quelque beau malin, tu verrais ton amant Fuir, tant il serait las de cet accord charmant. Marc-Antoine est heureux quand je le contrarie.
CHARMION
Maîtresse, il ne faut pas exciter sa furie. S'il t'abandonnait...
Folle ! As-tu jamais aimé, Iras ?
IRAS
Je ne sais pas. Dans le soir embaumé Je me sens quelquefois émue, et je palpite, Etje voudrais... Tu vas me railler.. .
Ah, petite, Sois amoureuse ! Ne crains pas d'aimer l'amour. Donne-toi, toute, Iras, librement, sans détour ! Antoine m'aime : c'est (oujours à moi qu'il songe. Oh, si ses mots d'amour n'étaient qu'un vil mensong-e ?
Charmion, je suis belle encore, n'est-ce pas ?
Mes yeux brillent, mon front n'est pas ridé, mes bras
Sont fermes, et mes seins sont deux coupes d'ivoire !
Lorsque parut César, j'avais toute ma gloire ;
Je pouvais fièrement, aux matins embrasés,
Parer son large front de mes jeunes baisers
Et lui faire oublier, dans les fleurs et les cbaînes,
Le meurtre de Pompée et les luttes prochaines.
Mais maintenant... Non, je suis plus belle qu'alors,
Et je puis m'enivrer d'Antoine sans remords.
(Antoine rpntre.En même temps accourt Alexas.)