‹ CléopâtreChapitre 7 sur 58 · SCÈNE VI LES MÊMES, DOMITIUS · texte numérisé non relu

SCÈNE VI LES MÊMES, DOMITIUS

ANTOINE Domitius ! Ma vie est joyeuse et touchante !

DOMITIUS Mon maître..."

ANTOINE On est heureux de mon oisiveté.

DOMITIUS Oh...

ANTOINE

Ce pays d'amour, je l'ai déjà quitté.

Je ne reverrai plus la douce Alexandrie.

^Domitius a un mouvement de joie qu'il contient aussitôt.)

Tu vas faire mourir une femme chérie.

ANTOINE Je vais faire mourir une femme !

DOxMITIUS

J'entends Ses cris. Elle saura les prolonger longtemps. Et ses larmes... Gomme elle aura de chaudes larmes I De ces larmes dont les sorcières font des charmes.

ANTOINE

Gléopâtre... Elle est très rusée.

DOMITIUS

Oh, que non pas î Elle aime. Ton départ causera son trépas. Mais elle revivra. Ses pleurs sont des rafales; Ses yeux versent de ces tempêtes estivales Dont les flots insensés détruisent les chemins. Mais les grands jours d'orage ont de beaux lendemains

ANTOINE Pourquoi Tai-je vue ?

DOMITIUS

Eh, pour l'amour, pour la joie, Pour le bonheur ! Là-haut, si le soleil flamboie, C'est pour chanter partout qu'xVntoine est amoureux. Les combats sont sang-lants. Le forum est poudreux.

ANTOINE Fulvie est morte.

DOMITIUS

Cher seigneur...

ANTOINE

DOMITIUS

Fulvie est morte.

C'était une très noble épouse. Mais qu'importe ? Le fil harmonieux de sa vie est cassé ; Les pleurs ne pourraient pas refaire le passé. Ne va pas pour la morte oublier la vivante.

ANTOINE Oh, ne prononce pas le nom qui m'épouvante. J'ai dit que je voulais partir : je partirai.

DOMITIUS

Tu veux quitter l'Eg'vpte? Allons, fais à ton gré.

Holà, les matelots! On arme la g-alère ;

Nous partons, que les vents soient ou non en colère,

Et celle-là qui nous retenait ce matin,

La souveraine au front gracieux et hautain,

Peut meurtrir désormais sa poitrine dolente. Nous reverrons les prés que la g-uerre ensang-lante. Ou maudit les festins auxquels on s'enivrait, La g-loire nous appelle, et l'on fuit sans regret, Ton port, Alexandrie, et tes vaines murailles !

ANTOINE

J'ai mérité, Domitius, que tu me railles. J'étais lâche. Mais c'est fini : j'ai secoué Le joug", honteux que je portais sans l'avouer. J entends la pure voix qui me rappelle à Rome. Fulvie est là, qui me réclame : elle me somme De me remettre au cou le collier belliqueux : Les Parlhes verront qui se mesure avec eux. Puis Octave ! L'enfant ! Il croit que je déroge ! Je l'envelopperai dans un pli de ma toge, Et l'on ne parlera plus d'Octave, jamais ! Je vais reprendre enfin les travaux que j'aimais ! Je vois déji l'orgueil d Octave qui s'écroule. Te souviens-tu du jour glorieux où la foule Au discours de Brutus préféra mon discours? Au forum, nous verrons luire de pareils jours. Rome seule est ma vie, et, d'une voix sereine, Je ferai les adieux qu'il convient à la reine. Va, qu'on ordonne tout pour quitter ce pays. Va crier que je veux partir.

DO-^niIUS

Je t'obéis.

{Domitius et le Messager sortent.

Rentre Cléopàtre.)

CLÉOPATRE Eh bien, mon bon seigneur, que voulait le messag-e?

ANTOINE Je pars 1

Tu pars?

Je l'ai résolu.

C'est d'un sage.

Tu pars?

ANTOINE

Ne voile pas de larmes tes regards.

Je...

Gomment croire à ton amour, puisque tu pars ? Va-t'en. Non. Laisse-moi. Je suis malade et triste.

ANTOINE Je souffre, mais il faut que mon dessein persiste.

Ah, Gharmion, je veux m'en aller. Aide-moi.

Elle n'est pas là. Me causer un tel émoi !

Mais c'est plus qu'il ne faut pour tuer une femme.

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