L'ESCLAVE, VENTIDIUS
l'esclave.
Maître, je te cherchais.
Traître, que me veux-tu ?
l'esclave.
Je veux rendre la joie à ton front abattu.
Quel perfide dessein t'inspire cette envie? Ingrat, tu m'as trompé, je t'ai sauvé la vie.
l'esclave. Te demandais-je à vivre encor quelques instants ? C'est un si grand bonheur que de mourir à temps ! Va, je ne te dois rien; quand par une infamie, Tu voulus te venger d'une reine ennemie, Je me suis révolté contre ta dure loi ; Mais aujourd'hui tout change et je reviens à toi. La reine veut partir, sa défaite est certaine ; Elle a fait transporter sur une mer lointaine Tous ses vaisseaux. Veux-tu protéger son départ ? Tu triomphas !... Tu sais qu'un vainqueur à son char Peut traîner les vaincus... Ah ! par ta renommée Epargne cette honte au sang de Ptolémée.
Antoine?
l'esclave.
Il est ici, dévorant son affront; \u seul mol d'Actium, il se cache le front.
\< ÏT. l\ , SU'.M. Il (il
■>itôt qu'il aperçoit sou bouclier, ses armes, Il pâlit, dans ses peui roulent de grosses larmes.
\ ini mu s.
^.u(-il que ses soldats l'ont rejoint malgré lui, El consentira-t-il à les voir aujourd'hui? Ces nobles en iirs, toujours tidèles h sa cause. De lui, de son courage, obtiendront quelque chose.
Sait-il qu'ils sont ici ?
l'es( i \\i-.
Non, il ne le sait pas.
On compte sur l'aspect subit do ses soldats Pour ranimer Antoine et réveiller son Ame... Devant eux pourra-t-il pleurer comme une femme ? 11 sera vivement ému de leur retour, Il comprendra sa force en voyant leur amour. Faustus vous aidera, son influence est grande. Souvent, dans sa douleur, Antoine le demande, \ntoine aimait Faustus.
Faustus?
l'esclave.
C'est ce vieux chef Au front audacieux, à l'œil vif, au ton bref, Qui l'assista souvent d'un conseil salutaire; C'est lui qui l'engageait h combattre sur terre La veille d'Actium ; Antoine rejeta Un conseil si prudent, la reine l'emporta ; Mais aujourd'hui vaincu, ce souvenir le trouble ; Quand il pense à Faustus, son désespoir redouble. Peut-être qu'à sa vue il sera soulagé, Qu'il l'écoutera, lui, lui que rien n'a changé Et qui vient le rejoindre a travers tant d'obstacles.
Ah ! s'il avait toujours écouté ses oracles, 11 serait aujourd'hui le premier des Romains. II Mirait l'avenir du monde entre ses mains.
fi:> CLEOPATKE
l'esclave.
l'austus avait raison, ses avis étaient sages; Mais il n'écouta rien. De sinistres présages Lui disaient cependant que jaloux, irrités, Les dieux ne viendraient point combattre à ses côtés. Mais rien, rien n'annonçait sa fuite déplorable; Plus de cinq cents vaisseaux, une flotte admirable ! Lui-même il engagea la lutte hardiment!
On entendait sa voix tonner à tout moment; On le voyait toujours au fort de la mêlée Balançant sous les dards sa tête échevelée... Tantôt à l'ennemi résistant comme un roc, Tantôt lui répondant par un terrible choc; Sublime!... et tout à coup, dérision amère ! Comme un timide enfant qu'abandonne sa mère, Il fuit... cherche la reine... il rejoint ses vaisseaux, Et César étonné reste maître des eaux... La bataille gagnée est tout à coup perdue... 0 destin !
VENllDIUS.
A César la reine est donc vendue?...
l'esclave.
Elle?... non.
El toujours il subit son pouvoir?
d'esclave.
Mais, depuis Actium, il ne veut plus la voir, Il la hait, il maudit sa passion funeste.
Antoine fuit la reine !... Antoine la déteste ! Ah ! s'il en est ainsi, j'aime son déshonneur. Et ce jour misérable est un jour de bonheur! Vite, servons sa haine et soufflons sa colère ! Marc-Antoine est sauvé si la honte l'éclairé... J'entrevois l'avenir, pour nous l'espoir renaît .. Enfin il la déteste, enfin il la connaît. Ce seul mot va changer les destins de l'empire.
UTK IV, SCÈNE 11. §8
Contre la liberté Ces»! en \;im conspire,
Dans son élan superbe il sera retenu; Rome va lui crier: Antoine est revenu!
Mais la reine s'afflige et regrette sa proie, oh ! ne permettons pas qu'Antoine la revoie.
l'esclave.
Iras est prévenue, elle veille sur eux.
VENTiniUS.
Empêchons h tout prix un retour dangereux. \gis de ton côté, nous agirons du nôtre.
l'esclave.
Oui, sauvons-les tous deux.
VENTID1US.
Sauvons les l'un de l'autre.
Octavie est ici; ses intérêts jaloux, En dépit de César, sont d'accord avec nous. Toi, cours et va presser le départ de la reine... /i/.r soldats.
A rais, Antoine est libre, il a brisé sa chaîne ; Faisons qu'il se grandisse en effaçant ses torts. Et préparons pour lui de glorieux remords. La liberté prendra parti dans sa querelle, La liberté grandit ceux qui luttent pour elle. Dieux de Rome, aidez-la dans ses efforts mourants... Et retardez d'un jour le règne des tyrans!
l'esclave.
Pieux des Grecs, parmi nous daignez encor descendre; Chassez ce faux César du trône d'Alexandre !
J'assemble mes soldats, et reviens sans retard... apercevant Antoine.
Antoine !. . est-ce bien lui?...
A Faustus et aux Soldats.
Vous, restez à l'écart.
L'Esclave sort d'un côté, Fentidius de l'autre. Antoine s'avance morne et abattu, dans tin grand désordre.