‹ Cléopatre; tragédie en cinq actes, en vers (volume 2)Chapitre 30 sur 46 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

ANTOINE, ÉROS, FAUSTUS, Soldats.

ANTOINE

Actium !... Actium ! depuis ce jour je pleure...

Implacable destin !... rends-moi, rends-moi cetta heure..

Ce moment ne peut-il jamais être effacé?...

Ne pouvons-nous jamais rien reprendre au passé?...

Je donnerais ma vie et mes trente ans de gloire

Pour arracher ce jour aux pages de l'histoire!

La gloire, c'était là mon rêve le plus beau,

La gloire qui fait vivre au delà du tombeau.

Être pour l'avenir un immortel exemple,

Avoir dans son pays une colonne, un temple,

C'était là mon orgueil... et j'étais parvenu

A gravir dans la gloire un sommet inconnu.

Tout jeune, je faisais admirer mon courage;

Comme un vaillant aiglon, j'aspirais à l'orage...

Ma mère, il m'en souvient, j'étais encore enfant,

Me contait les exploits d'Hercule triomphant...

Au superbe récit de cette noble vie,

Mes yeux brillaient d'orgueil, d'espérance et d'envie ;

Et ma mère joyeuse, en me tendant les bras,

Disait: « C'est ton aïeul et tu l'égaleras. »

Et moi, j'entrevoyais une sublime tâche!...

Qui t'aurait dit alors que tu couvais un lâche.

Ma mère, et que ce fils, objet de tant d'amour,

Dans un combat fameux devait s'enfuir un jour ?...

Il est heureux pour toi de dormir dans la tombe !...

Mais lui, pour qu'il soit grand, il faut bien que je tombe !

Ma lâcheté d'un jour fait sa valeur h lui,

Et s'il a triomphé, c'est parce que j'ai fui.

Quel guerrier ! il ne sait pas tenir son épée

Ni rallier d'un cri sa phalange échappée !...

A Philippe, il n'avait qu'un courage trompeur.

Il était, disait-il, malade... il avait peur!

Et c'est là le rival que j'avais à combattre !

< l'est h lui que les dieux ont permis do m'abatlro !

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