CHAPITRE PREMIER
Caractères généraux. — Daiis Cette partie nous étudierons les îles de petite étendue, qui se trouvent complètement sous l'influence de l'air de la mer, et les côtes, sur lesquelles la mer a une influence considérable, bien que le voisinage du continent puisse modifier le caractère de leur climat dans une mesure plus ou moins étendue. L'atmosphère qui recouvre la mer, et dans laquelle circulent les navires, devrait aussi être analysée ici ; nous y consacrerons un chapitre spécial, à cause de certaines particularités qui se rattachent aux voyages maritimes. Il existe de grandes différences entre les contrées dont nous allons nous occuper ici; ces différences dépendent de leur éloignement de l'équateur et des courants auxquels elles sont exposées ; mais beaucoup de caractères leur sont communs. Avant tout, les îles elles côtes jouissent d'une température plus égale que les climats continentaux; la difi'érence entre l'été et l'hiver, et le jour et la nuit, est moins grande. Nous avons déjà vu que, durant le jour, la mer absorbe plus de chaleur, puisque les rayons chauds pénètrent dans les profondeurs de l'eau, tandis qu'ils n'échauffent que la surface du sol qui les refléchit aussitôt; la surface de l'eau ne s'échauffe pas autant, la dépense de calorique étant plus grande à cause de l'abondance de l'évaporation; de nuit, le refroidissement de la surface de la mer est moins fort, parce que le rayonnement dans l'espace est limité par une épaisse couche de vapeurs qui est bien
moins forte à la surface du sol. En hiver, l'atmosphère maritime ne peut être aussi froide que celle du continent, parce que l'eau de la mer est échauffée jusqu'à une très grande profondeur, et que les couches refroidies de la surface retomhent au fond et sont remplacées par d'autres plus légères et plus chaudes qui remontent du fond.
L'évaporation constante, qui dépend du degré de chaleur du soleil, de la saturation et du mouvement de l'air, augmente l'humidité atmosphérique. L'humidité relative est aussi plus uniforme, parce que l'air que les vents amènent est toujours préalablement saturé de l'humidité provenant de la mer.
La pression atmosphérique est toujours élevée au niveau de la mer; les variations sont considérables et plus régulières. A l'exception de courtes périodes, l'air est toujours agité, dans les petites îles et sur les côtes, par un vent local qui s'élève jour et nuit par suite de l'inégalité de réchauffement et du refroidissement de la terre et de la mer. L'intensité de ce vent varie suivant le degré de chaleur du soleil. A côté de ce vent local il existe, bien entendu, d'autres vents, qui sont occasionnés par des causes lointaines. L'intensité de la lumière est considérable ; cependant dans certains endroits elle est modifiée de différentes façons par la quantité de vapeur d'eau contenue dans l'atmosphère.
On admet que l'électricité est plutôt négative et qu'il s'établit une compensation insensible et plus.facile que sur le continent. Sous l'influence de la lumière du soleil, de l'évaporation et du mouvement de l'air, la quantité d'ozone est très élevée. La sensation de fraîcheur produite par l'air de la mer dépend sans doute de la plus grande proportion d'ozone qu'il renferme, jointe à une forte évaporation et à une grande agitation de l'air.
A l'exception de quelques localités malsaines, infectées de malaria, l'air renferme moins de poussières organiques ou minérales. Suivant les localités et la puissance du vent, l'air
de la mer contient, dans des proportions différentes, des substances étrangères, surtout du sel et de toutes petites quantités de brome et d'iode.
Bref, le climat maritime se distingue en général par de plus faibles variations de température et d'humidité, — cette dernière est toujours très forte; — par une pression atmosphérique élevée et variant régulièrement; par des courants atmosphériques périodiques; par une compensation électrique [•lus facile ; par une grande quantité d'ozone; par l'absence de poussière et d'impuretés organiques, et par le mélange de quantités A^ariables de sel, de brome et d'iode,
Effets physiologiques. — Les effets physiologiques sont peu connus; cependant les précieuses recherches de Beneke nous donnent quelques poiats de repère. Beneke a prouvé que, dans des conditions égales, un liquide chaud se refroidit plus vite au bord de la mer qu'à l'intérieur des terres, surtout sur un point élevé ; la perte de calorique y est donc plus grande ; cette circonstance se contirme tous les jours, puisqu'il faut être vêtu plus chaudement au bord de la mer que sur le sommet des montagnes, pour pouvoir séjourner en plein air, sans être incommodé par le froid. Beneke observa, en outre, qu'il se produit, sous l'influence des bains de la mer du Nord, une augmentation des échanges nutritifs, une très grande augmentation d'urée et d'acide sulfurique dans l'urine, une diminution des acides phosphorique et urique; la quantité d'urine et le poids du corps sont augmentés. Beneke affirme que l'effet de l'air maritime agit plus puissamment que les bains de mer pour produire tous ces effets. 11 se peut que l'augmentation du mouvement de l'air occasionnée par le vent local ex.crce également une influence. D'après nos propres observations et celles d'autres auteurs, on constate chez la plupart des personnes une diminution des mouvements respiratoires et un léger ralentissement du pouls ; ce phénomène est dû, sans doute, à une pression atmosphérique plus forte jointe à une plus
forte humidilé de l'air. Généralement on dort et on mange plus ; cependant il y a des exceptions, et beaucoup de personnes, surtout pendant les premiers temps de leur séjour, éprouvent une grande irritabilité nerveuse, des insomnies, des troubles biliaires et de la constipation. On voit, dans les conditions propices, le sang se régénérer, le système nerveux se fortifier, la circulation et les fonctions de la peau se rétablir sous l'influence d'un séjour prolongé dans les climats maritimes. 11 est donc certain que les climats maritimes sont calmants et fortifiants, mais il ne faut considérer ce fait qu'à un point de vue général, car il y a bien des degrés dans l'action de ce climat. Emploi thérapeutique. — Le séjour des statious maritimes a été conseillé dans une série d'états pathologiques dont les principaux sont : l'hydrémie, l'anémie et les maladies qui en résultent, telles que l'aménorrhée, la ménostase,la disposition aux refroidissements résultant d'une impressionnabilité delà peau et des muqueuses, les rhumatismes, les affections catarrhales, les troubles de la nutrition, les affections scrofuleuses, l'irritabilité du système nerveux et l'insomnie; la faiblesse résultant de maladies prolongées, d'épuisement, de surmenage ou d'influences dépressives. On a également conseillé le séjour de la mer pour hâter la cicatrisation de certaines plaies. Le séjour dans une station maritime a une influence des plus heureuses sur le développement des enfants chétifs ou enclins à des maladies scrofuleuses. .Dans bien des familles, un séjour annuel de plusieurs mois au bord de la mer suffit pour détruire les germes de scrofule et de phtisie ; mais il existe des cas oii il est nécessaire de laisser les enfants pendant plusieurs années au bord de la mer, de les y faire élever, et de ne les ramener à l'intérieur du pays que pour des séjours très courts. Cependant le climat maritime exige une certaine force de résistance, des organes d'assimilation et de digestion sains, et l'absence de troubles graves dans la circulation. Chez des malades atteints de faiblesse du
cœur, accompagnée d'une disposition aux stases sanguines, le séjour de la mer demande beaucoup de précautions, et il faut presque toujours recourir à des purgatifs pour soulager la circulation. Le séjour de la mer est interdit aux malades atteints d'asthme et d'hystérie; certaines maladies cutanées, telles que l'eczéma, subissent des exacerbations.
S»ub(1ivision des climats maritimes. — La diversité deS conditions climatériques des différentes localités qui appartiennent à la catégorie des climats maritimes insulaires et côtiers est si grande, que nous sommes obligés de faire des subdivisions. Nous rencontrons la même difficulté pour établir les traits principaux qui nous permettront de classer ces subdivisions. Le climat d'une même localité varie déjà suivant les saisons; dans les grandes îles, les différentes parties des côtes présentent des climats différents ; en outre , l'élévation au-dessus de la mer et l'éloignement du rivage changent encore considérablement le caractère du climat, de sorte que les diverses parties d'une même île appartiennent à autant de subdivisions climatériques différentes. Souvent on est incertain pour le classement d'une localité; quelquesunes même feraient partie de telle subdivision pour l'hiver, de telle autre pour l'été. Les diverses parties d'une même localité sont souvent si dissemblables, que chacune d'elles pourrait être rangée dans un groupe climatérique différent.
L'hydromélrie de l'air ayant une grande influence sur l'égalité du climat, et l'humidité exerçant un effet direct sur bien des fonctions du corps, nous allons suivre la même voie que Théodore Williams, Biermann et Thomas, et choisir l'humidité comme base principale de chaque subdivision; nous nous baserons ensuite sur la température pour établir d'autres classes. Disons d'abord que par les dénominations humide, demi-humide^ sec, nous comprenons souvent un état climatérique qu'il nous serait difficile de baser sur des chiffres.
Ainsi nous ne pouvons pas juger de l'humidité d'un climat par la quantité de pluie seule, car dans beaucoup de localités des tropiques la quantité de pluie est grande, quoique l'air soit assez sec. Certaines localités reçoivent de violentes averses, qui ne durent que quelques heures, et sont suivies de soleil; tandis qu'ailleurs, sur la côte N.-O. de l'Europe, par exemple, cette même quantité de pluie est répartie sur plusieurs semaines, avec un ciel couvert et de la brume. Dans le premier de ces climats, la végétation est pauvre, la campagne aride pendant une partie de Tannée, mais les fruits qui exigent beaucoup de soleil et de chaleur (les oranges et les citrons) y mûrissent; dans le second climat, nous voyons presque toute l'année de gras pâturages et de beaux ombrages, mais les fleurs et les fruits qui demandent du soleil n'y réussissent pas.
Le nombre des jours de pluie pourrait donner des indications plus précises, mais la signification du mot « jour de pluie » diffère selon les contrées; sur bien des points du littoral de la Méditerranée, il pleut rarement pendant une journée entière ; après une forte averse de quelques heures, il y a presque toujours quelques heures de soleil, tandis qu'au centre de la France, de l'Allemagne et surtout en Angleterre et en Irlande, la pluie est moins abondante, mais elle tombe pendant toute une série de jours; cette circonstance empêche de séjourner en plein air, et produit un effet déplorable sur le moral des personnes délicates.
L'humidité relative, même si nous connaissions exactement celle de toutes les localités, ne pourrait être acceptée comme base de classement; il faudrait faire entrer en ligne de compte d'autres conditions climatériques, notamment la température. Dans les régions torrides, l'air nous semblerait humide avec une humidité de 80 à 85 p. 100, tandis que dans les contrées froides ce degré d'humidité n'est que modéré. Dans les climats froids, ou sur les hautes montagnes, oii la température est basse, le corps dégage, surtout par les poumons, beaucoup
plus d'humidité que dans les climats chauds quand l'air est au même degré de saturation (80 p. 100), car les poumons élèvent la température de l'air inspiré à près de 30" C, et le saturent à peu près d'humidité.
En subdivisant les climats en : I — humides, II — demihumides et III — secs, nous répétons encore que bien des localités, classées dans l'une de ces subdivisions, pourraient se trouver, avec le même droit, dans l'une des deux autres. On peut admettre, jusqu'à un certain point, qu'une plus grande humidité amène une plus grande égalité dans les éléments climatériques les plus importants et qu'elle donne au climat un caractère plus sédatif et plus calmant; quand le climat est plus
sec, il est moins égal, mgiis plus stimulant et plus tonique.