CHAPITRE II
Les climats si différents que renferme cette grande division peuvent se subdiviser en un grand nombre de groupes importants, en prenant pour base leurs propriétés thérapeutiques, ou leurs caractères météorologiques. Mais en raison de l'insuffisance des classifications, nous en choisirons une plus modeste quoique très générale. Nous diviserons ces climats en : I, climats de montagne; II, climats de plaine, qui peuvent ensuite se subdiviser en plusieurs groupes.
1, — Cllmats de pays élevés ou de montagne.
Que doit-on eiiteinlre par climat de montag^ne? — LcS clllTiats
dont nous nous occuperons ici présentent de très grandes différences suivant le degré de latitude et l'élévation au-dessus du niveau de la mer et des régions environnantes. Toutefois, ces climats ont ceci de commun que, suivant leur élévation au-dessus du niveau de la mer ou des surfaces de terre environnantes, il se produit dans les éléments ou facteurs climatériques, des modifications qui donnent à ces climats un caractère particulier, comme l'a démontré H. G. Lombard dans son remarquable ouvrage. Les climats de montagne, paru il y a environ trente ans. Jourdanet, Guilbert, Brehmer, Kùchenmeister, Spengler, Biermann, Leroy de Méricourt, Reimer, Boner, StoU, Volland, ont complété les premiers travaux de Lombard.
Il Est difficile de dire à partir de quelle hauteur on doit faire commencer le climat de montagne, car Tinfluence de l'élévation au-dessus du niveau de la mer varie suivant les différentes localités. Ainsi une chaîne de montagnes de 500 à 700 mètres de hauteur, située dans les régions plates et froides du Nord de l'Allemagne, exerce une si grande influence sur les facteurs climatériques, que la végétation a le caractère d'une végétation de montagne, et l'on peut considérer comme climat de montagne, le climat des hauteurs et des vallées d'une telle chaîne. Par contre on ne donnerait pas ce caractère à une élévation beaucoup plus considérable de l'Himalaya ou des Andes Péruviennes, où les céréales et les arbres fruitiers ne poussent qu'à une hauteur dépassant 1000 ou 1500 mètres et oi^i la région des arbres s'élève au-dessus de 4000 mètres. On ne saurait donc prendre pour ligne de démarcation l'altitude seule, car dans les latitudes plus septentrionales et dans les plaines éloignées de la mer, une élévation de 500 à 600 mètres peut, dans le sens climatothérapique, prendre le nom de climat de montagne^ tandis qu'une altitude considérable devient nécessaire dans les latitudes plus méridionales, c'est-à-dire rapprochées de l'équateur, et au niveau de plateaux très étendus. La limite supérieure jusqu'à laquelle hs climats de montagne peuvent être utilisés au point de vue thérapeutique dans des conditions ordinaires, varie également suivant les degrés de latitude et d'autres influences (isothermes). Cette limite devrait rarement dépasser la hauteur de 1000 mètres, dans la partie septentrionale de la zone tempérée, tandis que dans la partie moyenne, comme dans les Alpes Suisses, elle s'élève, dans des conditions favorables, jusqu'audessus de 2000 mètres et dans les zones tropicales, par exemple dans les Andes Péruviennes, au-dessus de 3000 mètres, et même pour certains états au-dessus de 4000 mètres.
Alotlificatiou des éléments clisnatériqiies. Coutlitions de température. — Nous avons déjà appelé l'attention sur 1 >
diminution de température qui se produit au fur et à mesure qu'on s'élève au-dessus de la mer. Pour obtenir une diminution de température de un degré, il faut, suivant Lombard, atteindre les hauteurs suivantes :
Sur le mont Ventoux (Martins) 141 mètres.
le Rigi (Kaemtz) 149 —
le col du Géant (De Saussure) I(;4 —
le Saint-Gothard (Scliow) 168 —
les montagnes du Spitzberg (Martins^ .. 172 —
le Faulhorn (Bravais) 170 —
les Andes (Boussingault) 175 —
les Andes (Humboldt) 187 —
le Saint-Bernard (Plantamour) 188 —
Ce tableau donnerait en moyenne une diminution de un degré par 166 mètres de hauteur ; les frères Schlagintweit admettent la même proportion pour les Alpes. Mais, même dans les Alpes Européennes, la diminution de température n'est pas partout la même ; ainsi Gaudier, se basant sur les recherches de la Commission météorologique suisse pendant les années 1864 à 1868, a dressé le tableau suivant qui indique la hauteur à laquelle il faut s'élever pour obtenir un abaissement de température de un degré centigrade.
Dans le groupe du Saint-Gothard 15 stations. 165 mètres.
— Simplon 9 —
— Julier 10 —
— Saint-Bernard 8 —
— Bernardin 14 —
Rigi 22 —
— Chaumont 4 —
— Uetliberg 4 —
Moyenne annuelle correspondante à un
abaissement de un degré 186.2 mètres.
Mais il faut bien remarquer que la moyenne variait suivant les différentes saisons ; pour chaque degré, il fallait s'élever en été de 159 mètres, en hiver de 280 mètres; d'où nous concluons que les localités élevées sont relativement plus chaudes
en hiver qu'en été. Les exceptions à ces règles sont nombreuses ; ainsi Archibald Smith admet une température annuelle moyenne de 22° C. pour Lima, située à environ 150 mètres au-dessus de la côte du Pérou, avec un minimum de 15°, 6 et un maximum de 28%9 ; pour la hacienda d'Andaguaylla, située 2000 mètres plus haut dans la vallée des Cordillères Huanuco, une température variant entre 18°, 9 et 22°, 2. D'après Schlagintweit, le fond des vallées est plus chaud en été et plus froid en hiver que les versants et les sommets.
Suivant les heures de la journée il y a aussi des différences ; nous avons trouvé souvent dans le fond des vallées la température plus basse, après le coucher du soleil, qu'à 100 ou loO mètres plus haut; nous avons observé ce fait dans la vallée du Rhône, sur le chemin de Yiesch, sur l'Eggisclihorn, et de Brieg sur la Belalp, dans la vallée de Chamonix, sur le chemin qui conduit de cette vallée à la Flegère ; il est dû sans doute à la descente de l'air qui se refroidit plus rapidement sur les hauteurs et s'amasse dans les profondeurs en raison de sa pesanteur. Il en résulte que les habitations situées sur les versants, spécialement avec une exposition Sud et Sud-Ouest, présentent sous ce rapport des conditions plus favorables que celles placées au fond des vallées; ces dernières sont, en outre, humides, et l'air s'y renouvelle mal. La présence des forêts exerce une influence multiple, en ce qu'elles arrêtent le courant d'air froid qui descend le soir; mais en général elles rendent l'air plus humide et plus frais. Les différences de température entre l'hiver et l'élé sont en général moins grandes dans les climats de montagne que dans ceux des pays plats intérieurs.
Nous ne pouvons parler de la température dans les montagnes, sans citer les observations de Beneke. En comparant la perte de chaleur qu'éprouvent les substances inorganiques, (une boule de verre remphe d'eau chaude, par exemple) placées dans des conditions d'ailleurs identiques, cet auteur a
proiné que la perte paraît être plus grande au bord de la mer, que dans des régions montagneuses moyennes.
Pression atmosphérique. — La pressioQ atmosphérique diminue proportionnellement à l'altitude. A une hauteur de 5000 mètres, par exemple, la pression atmosphérique atteint à peine la moitié "de ce qu'elle est sur le bord de la mer; l'air est par suite plus léger et contient par conséquent moins d'oxygène et moins d'azote. Les variations de la pression atmosphérique, diurnes ou annuelles, sont plus faibles.
Humidité. — Il n'cst pas de règle précise, qui établisse un rapport entre le degré hydrométrique et la hauteur. En ce qui concerne Fhumidité absolue elle est positivement moindre sur les hauteurs que dans les basses régions; cela ressort de ce lait que la capacité de l'air pour l'humidité diminue en raison de l'abaissement de la température.
Les auteurs ont émis des opinions différentes quanta l'humidité relative. D'après Gay-Lussac, Saussure, Ilumboldt, Boussingault et Dove, on doit conclure à une diminution de l'humidité relative ; d'après Raemtz, Bravais et Martins à une augmentation de l'humidilé relative. Les aréonautes trouvent dans leurs ascensions dans des couches différentes, des degrés d'humidité supérieurs et inférieurs. Le même phénomène se présente sur les versants des montagnes et selon la position des localités qui sont exposées régulièrement à des vents humides ou secs; il est évident que l'air doit être en moyenne plus humide ou plus sec que sur le versant opposé de la montagne à une même altitude. Plantamour a trouvé l'humidité sur le Saint-Bernard (2478 mètres) à peu près semblable à celle de Genève (378 mètres) ; Steffen constata à Davos Platz (1562 mètres) une humidité moyenne relative de 75,2 j^ur l'année 1876. 11 est un point important indiqué par Riemer, c'est que la moyenne pour 1 heure de l'après-midi n'est que de 57,6, tandis qu'à 7 heures du matin elle est de 80,4, et à 9 heures du soir de 87,6. Nous avons donc pour le milieu du
CLIMATS DE PAYS PLATS OU DE PAYS ÉLOIGNÉS DE LA MER. d07
jour, moment que les malades passent à Fair libre, une humidité peu considérable, et le soir et le matin une humidité moyenne. Des observations prises à Denver (41" lat. nord;' 104% long. Ouest) dans le Colorado, dans les États-Unis de l'Amérique du Nord, pendant sixannées, donnentune moyenne d'humidité relative variant de 40" à 50" [Transactions of the Colorado médical Society, Denver, 1878).
Nous nous occupons surtout au point de vue climatérique d'individus qui passent une grande partie de la journée dans leur chambre ; or, dans les hautes montagnes, l'air des appartements estbeaucoup plus sec qu'au dehors, surtout en hiver; ainsi à Davos-Dôrfli l'humidité relative moyenne était de 87°, en octobre 1875, à l'air libre, par une température de 2", 77 C. ; dans la chambre, elle était seulement de 57°, 6 par une température de 12", 9 (Volland).
En étudiant l'humidité de l'air au point de vue de la climatothérapie, il faut toujours tenir compte de la proportion d'humidité relative combinée à la température de l'air; car l'air inspiré est réchauffé dans les poumons et se sature plus ou moins complètement d'humidité. De l'air, dont le degré d'humidité serait de 80' et la température de 1°, doit enlever au corps, par les poumons et à un degré moindre par la peau, beaucoup plus d'humidité qu'un air dont l'humidité serait la même et la température de 15°. Dans ses communications sur la météorologie de Davos (Bâle 1878) Steffen a attiré l'attention sur ce point, et fort judicieusement. Notre opinion à cet égard a du reste toujours été la même; cependant nous admettons difficilement, comme il le fait, que l'air expiré a toujours la température du corps, c'est-à-dire 37", et qu'il est saturé jusqu'à ce degré; nous pensons, au contraire, que, après une inspiration d'air très froid, l'air expiré n'a que 30° à 35° G.
En ce qui concerne la quantité de pluie, nous avons indiqué, dans le chapitre consacré à l'élude de l'humidité de l'air,
qu'elle dépend beaucoup de la position des montagnes par rapport aux vents de pluie; elle varie par conséquent suivant les chaînes de montagnes et dans les diverses parties d'une même chaîne. Ainsi, elle est plus considérable dans les Alpes méridionales et du Sud-Ouest que dans les Alpes septentrionales et du Nord-Est; sur le versant Sud de l'Himalaya elle est très prononcée jusqu'à 3000 et 4000 millimètres. Elle est moindre dans certaines vallées qui sont protégées par des chaînes de montagnes situées dans la direction des vents de pluie, comme l'Engadine supérieure. Gasparin admet, d'après des observations faites sur le cours du Rhône, du Rhin et du Pô, que la quantité de pluie croît en proportion de l'élévation au-dessus du niveau de la mer; il paraît en être ainsi en Suisse, d'après les rapports de Chaix qui s'appuie sur les observations de quatre-vingt-seize stations. Ainsi la moyenne pour quinze stations, situées sur le plateau entre Berne et Constance, est de 1000 millimètres; pour vingt-cinq stations plus élevées, situées entre Beatenberg et Davos, elle est de 1461 millimètres. Ni danslesmontagnesdel'AmériqueduNord, ni dans celles de l'Amérique du Sud, les choses ne se passent ainsi. Du reste la quantité de pluie n'est pas du tout en rapport avec l'humidité de l'air : car il y a des contrées, comme la côte du Pérou, près de Lima, oia il ne pleut presque jamais, et cependant l'air est assez humide; réciproquement la quantité de pluie peut être considérable et cependant l'air être sec. Généralement on dit que l'air est plus sec sur les hautes montagnes que dans les plaines ; cette affirmation ne se rapporte pas seulement à Thumidité de l'air, qui dépend de conditions générales, mais aussi à celle qui est déterminée parla nature du terrain, car, dans un sol en grande partie rocheux, abrupt et se desséchant facilement, l'humidité est moindre et par conséquent Févaporation est aussi plus faible.
Brouillard. — Les brouillards sont fréquents dans les hautes vallées, cependant ils existent principalement dans les régions
inférieures, et s'élèvent rarement très haut sur les versants. Au contraire, des nuages presque identiques aux brouillards sont plus fréquents dans les régions montagneuses moyennes que dans les plaines, tandis qu'ils sont plus rares sur les hautes régions que dans les régions moyennes et basses. La pureté de l'air est plus grande sur les hauteurs que dans les plaines.
ÉTaporatiou. — Suivant la plupart des auteurs qui ont écrit sur les climats de montagne, l'évaporation doit être plus considérable sur les hauteurs que dans les plaines, mais d'après les expériences comparatives faites en même temps à Strasbourg et à Davos-Dôrfli par Krieger et Yolland, l'évaporation est au contraire moindre dans cette dernière localité qu'à Strasbourg {Évaporafioji et Insolation, par le docteur Yolland, Bàle, 1879); ce fait tiendrait, suivant cet auteur, à ce que l'air raréfié absorberait moins de vapeur d'eau.
Iiittuence île la chaleur solaire. — La chalour directe du SO-
leil est regardée comme très intense dans les hautes montagnes, l'hiver aussi bien que l'été; ce fait a été prouvé pour l'hiver par les recherches de Townsend à Saint-Moritz, de Waters à Davos et surtout par celles de Frankland à Davos- Dôrfli. Frankland [On some winter thermometric observations in the Alpes, Proc. Roij. Soc, 1874) a observé que, sur un thermomètre à boule noircie placée dans le vide, la température monta, le 21 décembre 1873, à 10 heures du matin à 44" et à 2 h. 50 m. de l'après-midi à 45". Tandis que le jour même et avec un thermomètre analogue, Glaisher constatait à 9 h. du matin à Greenwich une température solaire de 9^,3; à midi et à 3 heures du soir de 21°, 9 G. avec un maximum de température à l'ombre de 10°, 9 et un minimum de 2°,1. Le 22 décembre, le thermomètre à boule de verre noircie marquait à Davos, à 8 h. 20 m. du matin, 15 minutes avant le lever du soleil, — 18°, 3 G.; un thermomètre semblable indiquait dans le vide à 8 h. 45 m. du matin, 10 minutes après le lever du soleil, 22° G., à 8 h. 50, 20°, à 9 h. 30°, à 9 h. 45 m.
37%3,à 10 h. 13 m. 39%3, à 10 h. 45 m. 39%5, à 11 h. 15 m. 41", 2, à midi 42",4, à 12",40, avec de légers nuages devant le soleil, 37%2, à 1 h, 45 m. avec un soleil brillant, 43°. A Greenwicli le même jour, à 9 h. du matin, le thermomètre marquait 8,5° G. à midi, et, à 3 heures de l'après midi, 12°, 8, G. (maximum de la journée). A l'ombre, à Greenwich, le maximum était de 10°, 4, le minimum sur l'herbe de — 1°,7 G.
Le même jour, le thermomètre ordinaire à boule de verre noircie marquait à Davos, en plein soleil, à 9 heures du matin, — 1° G., à 10 h. 15 m. + 0°,6, à midi + 3°,3, à 1 h. 45 -|- 7°, 2; à l'ombre à 10 h. 15 du matin — 4°, à midi — 1°, à 1 h. 45 — 2°; un thermomètre analogue dans une boîte doublée de drap noir et avec un couvercle en verre indiquait à 9 h. 45 du matin 75° G., à 10 h. 15 m. 85° G., à midi 100° G., à midi 35, 102°, 8, à 2 h. 105°, — hauteur du baromètre : 630 millimètres.
Le 23 décembre, le maximum mesuré avec le thermomètre noirci et en plein soleil n'était à 2 heures de l'après-midi que de 40°; à l'ombre, la température élait de — 9°, 4 à 11 h. 30 du matin; hauteur barométrique 627""™, 3. A Greenwich le maximum de la température au soleil était de 22°, 8 G. à 2 h. de l'après-midi, tandis qu'à midi on n'enregistrait que 12°, 8 G.; le maximum à l'ombre était de -j- 8°, 3, le minimum sur l'herbe de — 2°, 3 G.
Le 24 décembre, Frankland constata sur le col de Fluela, à 24C0 mètres au-dessus du niveau de la mer, que la température au soleil était de 42°, 3, ainsi un peu .plus basse que la température la plus élevée observée à Davos à la même heure (42°, 5); à la même heure la température k l'ombre sur le col de Fluela était de — 7°, 2.
Le 25 décembre et les jours suivants, quand par un ciel pur, de très petits cristaux de neige voltigeaient dans l'air, la température au soleil à 1 h. 45 m. était seulement de 35° G. ; la plus élevée à midi était de 40° G. ; à la même heure et à
l'ombre — 9",! C. La température bien plus élevée produite par la chaleur solaire à Davos, comparativement à celle de Greenwich, est de la plus grande importance pour la climatothérapie. On admettait que, même en été, la température solaire était plus élevée sur la montagne que dans la plaine, mais les observations de Voiland comparées à celles faites par Krieger à Strasbourg donnent comme moyenne pour les mois de juillet, d'août, de septembre un minimum de plusieurs degrés pour Davos, c'est-à-dire pour les mois ci-dessus 56°, 56 et 47°, 4, contre 63°, 5, C4°,l et 54°, 2 pour Strasbourg. C'est seulement en octobre que Davos a l'avantage sur Strasbourg avec 45°, 5 contre 36°, 1. Les recherches de Voiland ont confirmé un autre fait; quoique la température au soleil soit pendant l'hiver considérablement plus élevée sur les hautes montagnes que dans les basses régions, elle est cependant moindre que pendant l'été sur les hauteurs. Il est à remarquer que malgré cette grande chaleur au soleil, l'air ne s'échauffe pas beaucoup, de sorte que l'on respire un air relativement froid. Frankland fait remarquer, ce qui a été confirmé par tous les autres observateurs, que sur les hautes montagnes la chaleur au soleil augmente immédiatement après le lever du soleil (31°, 8) et qu'elle reste ainsi jusqu'à son coucher (33°, 1), quoique le maximun soit de 9 ou 10 degrés plus élevé à midi et pendant les premières heures de l'après-midi; il signale, en outre, les basses températures à l'ombre.
îiumîère. — La lumière est plus intense dans les régions montagneuses élevées que dans les plaines, où l'air offre plus de résistance aux rayons lumineux que sur les hauteurs. Des expériences photométriques exactes seraient nécessaires. Ce fait est confirmé par les observations de Ludvvig qui a constaté que, à Pontresina, les photographes n'emploient pour la préparation de leurs photographies que la moitié du temps nécessaire à ceux qui opèrent à Chiavenne en Italie, au pied du Splùgen et au col de la Maloïa; les couleurs foncées de
l'72 DIVISION DES CLIMATS.
beaucoup de fleurs, surtout le ravissant bleu des gentianes, des campanules et des myosotis des Alpes en sont une autre preuve.
Ozone. — Dans les observations que Townsend et Grea- Ihead eurent l'obligeance de faire pour nous à Saint-Moritz, dans les années 1869cà 1871 ,1a quantité d'ozone était toujours très considérable; ce qui est d'accord avec l'opinion générale.
Pureté de l'air. — L'absence de poussière d'origine organique ou inorganique est en général plus considérable sur les hauteurs que dans les plaines; cette pureté de l'air varie naturellement avec chaque localité. Quand dans les vallées élevées, les villes, les fabriques et les routes augmentent, la poussière organique et inorganique se produit avec ses résultats ; il ne saurait y avoir d'air pur là où un grand nombre d'in-dividus vivent resserrés dans de petits espaces fermés et étroits, comme, par exemple, dans les fabriques de dentelles de l'Appenzell; bien que ces localités soient situées à 3000 et 4000 mètres au-dessus du niveau de la mer, l'air ne saurait y être considéré comme pur. Là où existent en grande quantité des matières animales ou végétales en décomposition sous l'influence de l'humidité et de la chaleur, il ne peut être question d'airpur. Mais en général les régions élevées ont l'avantage surles plaines sous ce rapport, et cet avantage semble augmenter avec l'altitude. Dans beaucoup de contrées élevées la putréfaction a lieu bien plus lentement que dans les plaines, ce fait est surtout sensible en hiver, période pendant laquelle le sol étant couvert de neige sur les montagnes européennes élevées, toute évaporation organique du sol et toute formation de poussière inorganique sont impossibles. On pourrait objecter que c'est uniquement l'action directe du froid qui empêche la décomposition et qui permet le dessèchement et la conservation de la viande, tel que cela se pratique dans les hautes vallées des Grisons ; mais les expériences de Pasteur sur la mer de glace et à Chamonix indiquent que le froid n'est pas seul
en cause. En effet, Pasleur [Aniiales de chimie et de jjhysique, vol. LXIV, 1862) a trouvé que l'air sur la mer de glace était libre de ferment, tandis que celui du village voisin de Chamonix en contenait en grande quantité. L'air des hautes vallées de la Suisse est semblable à celui des glaciers pendant quatre à cinq mois de neige, car alors il ne renferme pas de ferment. Nous avons appelé l'attention dans un travail antérieur [Med. Chir. Titans. ^ vol. LU, 1669) sur ce point, sur lequel ont insisté dernièrement Burney Yeo et Clifford Allbutt en qualifiant l'air des hautes régions d'antiseptique ; je préfère l'expression d'aseptique, qui veut dire privé de substances déterminant la fermentation ou la décomposition.
Électricité. — La scionce ne nous enseigne rien de précis sur les conditions électriques, cependant les orages semblent être plus fréquents dans une zone moyenne (entre 1000 et 2000 mètres dans les Alpes) que dans des régions plus élevées ou plus basses. Les expériences de Becquerel et de Breschet sur le Saint-Bernard et d'autres localités permettent de croire à une plus grande quantité d'électricité positive; cet état serait encore démontré par la basse température des régions montagneuses, et peut-être aussi par la sensation de l'accroissement d'énergie, que la plupart des personnes éprouvent jusqu'à une certaine élévation.
Agitation de l'air. — En général, l'agitation de l'air est plus considérable dans les régions montagneuses, parce qu'elles sont exposées aux vents généraux et aux vents locaux, surtout aux vents journaliers et périodiques, c'est-à-dire aux vents de montagnes et de vallées; cependant il y a de grandes différences suivant l'orientation de la localité et suivant l'abri qu'offrent les hauteurs voisines ; il existe donc des localités très abritées et d'autres très exposées aux vents : à cette dernière catégorie appartient presque toujours le sommet des montagnes.
Une particularité importante de beaucoup de vallées éle-
m DIVISION DES CLIMATS.
\ées des AljDes européennes, c'est qu'en hiver les vents sont relativement rares, parce que l'air ne s'écbauffe pas à cause des neiges et n'amène pas de courants d'air locaux, et que de hautes chaînes de montagnes les protègent jusqu'à un certain point contre les vents généraux. Des faits semblables s'observent par exemple dans les vallées bien connues do l'Engadine supérieure et à Davos, où sous ce rapport la différence est très grande entre l'hiver et l'été, et tout à fait à l'avantage de l'hiver.
1%'ature «îu sol. — Sur le versant des montagnes le sol est surtout rocailleux, recouvert seulement d'une légère couche d'humus ; le plus souvent sec, sur les sommets et les pentes, il sèche vile, même après de fortes pluies, il n'est humide que dans les vallées à pente douce ou encaissées.
En règle générale on peut dire de ces sanatoria qu'ils ont un sol peu humide.
Dans les régions moyennes des montagnes européennes, le sol est généralement recouvert de gazon, de forêts, surtout de forêts de pins ; dans les régions plus élevées, les forêts d'essence variée disparaissent graduellement ainsi que les forêts de sapin, et on ne trouve plus que de petits arbustes comme le rhododendron des Alpes, une herbe courte, avec un riche mélange de fleurs, qui dépassent par leur variété et leurs couleurs foncées celles des régions inférieures, de sorte que les mêmes variétés ont sur les prairies des hautes montagnes un tout autre aspect que dans les plaines. Les pâtres qui ont l'habitude des plaines et des régions montagneuses moyennes et élevées, affirment que l'herbe des vallées supérieures et des versants est plus chargée d'aromates que celle des plaines.
Caractère du climat de montugrne. — LeS principales propriétés du climat des hauteurs ou de montagne, surtout du climat des hautes montagnes d'Europe, sont donc :
1° Pression atmosphérique moindre ; raréfaction de l'air ;
2° Air plus frais; avec une très grande chaleur au soleil, qui dépasse de beaucoup en hiver celle des régions inférieures, sans que Fair soit sensiblement échauffé par les rayons solaires. Basse température à l'ombre et très basse température nocturne, surtout pendant l'hiver;
3° Sécheresse très caractérisée de l'air, malgré des pluies abondantes ;
4" Forte agitation de l'air en été. Pendant l'hiver, dans les hautes vallées, recouvertes de neige et abritées, agitation moins grande de l'air ;
5° Grande pureté de l'air par rapport aux miasmes et aux mélanges organiques et inorganiques, surtout quand la contrée est recouverte de neige (air aseptique);
6" Augmentation de l'influence de la lumière ;
7° Grande quantité' d'ozone ;
8" Proportion d'électricité positive probablement plus considérable.
9° Humidité moindre du sol.
Eftets physiolog^iques du climat de montag^ne. — LeS eflets
physiologiques du climat de montagne sont encore moins exactement connus que ses conditions physiques, et plus difficiles à résumer. 11 serait trop long de considérer les influences de chaque agent physique en particulier sur les différents organes pour répondre au but que nous nous proposons; nous exposerons brièvement la manière dont se comportent les organes principaux et les principales fonctions.
La peau éprouve, surtout en raison de la diminution de la pression atmosphérique et de l'augmentation de la chaleur solaire, un accroissement de l'afflux sanguin; la nutrition des vaisseaux, des nerfs et des tissus élastiques s'améHore, et toute l'enveloppe tégumentaire est fortifiée par un long séjour dans les régions de montagne. 11 faut y joindre en outre la plus grande force de résistance qu'éprouvent la plupart des personnes contre les refroidissements. La transpiration aug-
mente dans les montagnes sous l'influence delà sécheresse de l'air; elle se produit sous forme de gouttelettes, et cependant elle n'apparaît pas aussi facilement sur les vêtements, parce que la sueur s'évapore plus rapidement quand il y a une plus grande agitation de l'air, une sécheresse plus marquée de l'atmosphère et un échauffement plus considérable de la surface cutanée. L'augmentation de la sueur est toujours liée à une déperdition plus considérable de substances solides et gazeuses.
ActiTité tiu cœur. — Les Contractions du cœur sont plus ou moins accélérées chez les personnes qui quittent la plaine pour la montagne, mais elles reviennent chez la plupart d'entre elles au chiffre normal après un séjour de quelques jours ou de quelques semaines.
Jadis on admettait que la fréquence des pulsations augmentait avec l'élévation, et de nombreuses observations faites pendant un court séjour dans les régions élevées nous avaient déterminé à accepter cette opinion ; dans la plupart des cas observés, les pulsations étaient plus nombreuses un ou trois jours après l'arrivée dans les hautes régions que dans la plaine, et il semblait y avoir une sorte de relation entre le degré d'élévation et l'augmentation du nombre des pulsations; mais des observations ultérieures sur quarante-quatre personnes qui ont passé de douze jours à six mois sur les hauteurs ont donné les résultats suivants : chez trente-deux personnes placées dans les mêmes conditions on constata que le nombre des pulsations s'était à peine modifié; chez dix il y eut une augmentation de 5àl p. 100, chez deux autres une diminution de 8 à 15 p. 100. Chez quarante-huit habitants des montagnes, tous en bonne santé, tels que guides, médecins et leurs familles, de quinze à cinquante ans, la fréquence des pulsations variait entre 54 à 72, en moyenne 66; donc elle était à peine plus élevée que chez les habitants des plaines.
Une question qui n'est pas encore suffisamment étudiée, c'est l'énergie des contractions du cœur et l'état du pouls. Il
serait désirable qu'on fit des observations assez nombreuses avec le cardiographe et le sphygmographe. Chez la plupart des individus qui, dans un but thérapeutique, ont séjourné assez longtemps sur les hauts plateaux, l'énergie des pulsations etdu'cœur nous parut augmentée ; mais ces observations sans évaluations exactes ne peuvent avoir qu'une valeur très contestable. L'opinion que leshémorrhagiesse produisent plus facilement sur les hauteurs ne peut se rapporter aux sanatoria.
L'expérience des médecins qui habitent des pays de montagne nous apprend que les hémorrhagies n'y sont pas plus fréquentes que dans la plaine, qu'au contraire les hémorrhagies pulmonaires sont bien plus rares, et que les hémorrhoïdes et les métrorrhagies y sont également moins fréquentes. Les hémorrhagies signalées par Saussure et d'autres auteurs ont été observées à la suite de fatigues et à des hauteurs considérables. Boner, de Davos, prétend que les veines apparentes, ainsi que les varices et les hémorrhoïdes, s'affaissent sous l'influence d'un séjour prolongé dans la montagne.
Respiration. — L'état de la respiration tel qu'il se produit sous l'influence des hauteurs comparé à celui qui s'observe dans la plaine a été interprété d'une manière très différente. En ce qui concerne le nombre des respirations, on admet qu'il doit être et qu'il est en réalité plus considérable sur les hauteurs, parce que la même masse d'air dilué contient, sur les sommets, une moins grande quantité d'oxygène; mais cela n'est pas conforme à la réalité.
Nos observations personnelles sur quarante-deux individus, examinés après les premiers jours de leur émigration de la plaine à des hauteurs variant de 1200 à 2400 mètres, nous ont donné une augmentation de deux à cinq respirations, dans 94 p. 100 des cas; mais chez trente personnes en bonne santé ou presque bien portantes, qui passèrent deux à vingt semaines sur les montagnes, on ne constata, dans 82 p. 100 des cas, aucun changement dans le nombre des respirations, et
Weber. — Climatothérapie. 12
dans 12 p. 100 une augmenUilion de deux à quatre respirations ; chez 6 p. 100 une diminution de deux à trois respirations. La moyenne était dans la plaine de quatorze respirations à la minute et sur les hauteurs de 14,4. La moyenne sur trentehuit personnes habitant continuellement les hauteurs était de 14,2, presque le même nombre que chez les habitants de la plaine que nous avons observés. Boner prétend même que les habitants des hauts plateaux ont, pour la plupart, les mouvements respiratoires lents et profonds et un pouls correspondant.
Par rapport à la quantité d'air inspiré sur les hauteurs et dans la plaine, Lombard [Climat de montagnes, 3® édit., 1873, p. 51), s'appuyant sur les observations de Léon Coindet, dit qu'à Mexico, à une hauteur de 2227 mètres au-dessus du niveau de la mer, on inspire 6 litres d'air, et sur le bord de la mer 5 litres seulement. Il serait à désirer qu'on fît des observations plus nombreuses sur ce sujet.
Marcel a trouvé une proportion tout à fait opposée, c'est-àdire une diminution de l'air expiré dans les stations élevées ; c'est ainsi qu'il a comparé les observations faites sur le pic de Ténériffe (au-dessus de 3000 mètres) avec celles au bord de la mer, et de même dans les Alpes, les observations faites à 4000 mètres avec celles faites au bord du lac de Genève.
Lombard reproduit un tableau fait par le professeur Soret et auquel nous empruntons quelques chiffres.
Quantité d'oxygène en centigrades dans un litre d'air à 0".