HÔPITAUX DE PARIS
Mortalité Opérés. Morts. p. 100.
Malgaigne ■ 13 10 77,0
Trélat 27 17 63
Journées de Juin 1848 9 3 33,3
Canapagnc d'Orient (armée anglaise). . . 45 14 31,1
— - (armée française) . . 207 133 65,2
301 179 39,5 Soit une mortalité de 39,03 p. 100.
Voici maintenant un tableau indiquant la mortalité dans les cas de .'ésection à la suite de traumatisme :
Opérés. Morts.
Gunther 69 10
Esmarch (guerre du Schleswig) 19 7
Guerre de Crimée (armée anglaise) 12 2
— — (armée française) 6 4
Total 106 23
152 CMMon-: CIIIIU iHilCAl.i:.
Ainsi, ilans les mômes conditions, c'est-à-dire alors que l'une et l'autre étaient pratiquées pres([ue exclusivement pourdes traumatismes, la désarticulation scapuNvhuniérale est trois fois plus grave que la résection.
De mon coté, j'ai [)u rassembler, dans les journaux et écrits périodiques, 157 cas de résection scapulo-humérale pour diverses lésions, soit traumatiques, soit pathologiques, et j'ai relevé 22 cas de mort, ce qui ne donnerait plus qu'une proportion de I i p. 100. Knfin, si je ne considtais que ma statistique personnelle, elle ne serait que de iO p. 100, puis(|ue, sur 10 opérés, je n'en ai perdu ([u'un.
Ces chiffres sont éloquents et sans réplique, et on peut dire qu'ils tranchent définitivement la question en faveur de la résection. Ils permettent encore d'ajouter ceci, à savoir : que la résection scapulo-humérale est, absolument parlant, une des moins graves parmi les grandes opérations de la chirurgie.
La t'éspction scapulo-humérale a éi(> réellement inventée par White, de Manchester (White, Cure ofswgery — London, 1770), ([uoi(iue, quelques années auparavant, en 1740, un chirurgi(Mi français, Thomas de Pézenas, cité par Vigarous, ait enlevé la tète humérale nécrosée à travers une incision deltoïdienne.
Le fait est assez curieux pour mériter d'être rapporté.
l'ne enfant, âgée de 4 ans, atteinte de variole grave, fut prise, pendant sa convalescence, de douleur avec gonflement de l'épaule. Peu de temps après le docteur Thomas constata que la tète de l'humérus nécrosée était devenue mobile. Il pratiqua une incision et l'enleva. A l'âge de 19 ans, l'enfant se servait bien de son bras.
Il est diflicile de voir là autre chose qu'une extraction de séquestre (Vigarous, Opuscule su?' la déç/f^nérafion des o.v, page 94, 1789).
DE LA SCAPULALGIE. 133
C'est donc bien à White qu'appartient la priorité. Non seulement il pratiqua cette opération le 14 avril 1768, à l'hôpital de Manchester, sachant très bien ce qu'il allait faire, c'est-à-dire la 'résection de toute la moitié supérieure de l'humérus, pour éviter la désarticulation, mais encore il a posé nettement les indications de cette résection, et peut-être même pourrait-on lui reprocher d'aller un peu loin, quand il propose de l'appliquer toutes les fois que la tête humérale est le siège de phénomènes inflammatoires intenses. C'est à partir de cette époque (1770) que les chirurgiens anglais, enhardis par le succès éclatant que White avait rapporté à la Société Royale de Londres, marchèrent sur ses traces. En France, Moreau père et fils, et plus tard Roux et Dupuytren, mirent en pratique la nouvelle méthode ; ce ne fut donc que beaucoup plus tard que les chirurgiens allemands, quoi qu'en ait pu prétendre Gûnther, entrèrent dans la voie tracée par White. Mais, s'ils y sont entrés tardivement, ce n'a pas été sans éclat, ainsi que le prouvent les travaux de Wagner, de Stromeyer, de Giinther lui-même, et plus récemment ceux de Langenbeck et de Heyfelder.
En France, si on voulait, parmi les chirurgiens modernes, citer ceux qui ont pratiqué cette résection, il faudrait les citer tous, car elle est devenue, on peut dire, classique. C'est même pour cette raison que chacun s'abstient, bien à tort, de publier ses propres observations, dans cette pensée que la question est jugée. Or, vous avez pu voir déjà, pour ce qui concerne l'anatomie pathologique, Ir symptomatologie et le diagnostic, qu'elle est loin de l'être, et qu'il existe encore bien des points obscurs en litige. L'examen des divers et si nombreux procédés opératoires vous prouvera qu'il en est de même pour ce qui regarde le traitement chirurgical.
i;;i C.I.INlnl K Clllltl UCIC.Al.K.
Dos dirers jjrncrdrs oprrfi/oircs de la n'sectio/i. — Ils sont si iioinbrcux cl si varii's (|iril scmblo aujoiinl'lnii diriicilc (jn'ou puisso on inia^iiici' do iioiivoaux. On a, ou ollol, atta(Hiô l'articulalion par tous los côtos accessibles, et (jui u'otaiont j)as défondus par los gros vaisseaux et les norfs axiilaii'os, o'osl-à-diro on a\anl. on dohoi's. on arrière, eu liant, i)ar (b^s incisions simples ou multiples, ou bien par dos lambeaux ([ui la mettent larjromont à découvert. C'est luômo là la baso'adoploe par Malgaij^no (Malgaigne, 3/rt/»/e/ de médecine opératoire, page 236. Paris, 18(il) pour classilier ces divers procédés.
Il m'a semblé plus simple, et à la fois [)lus prati([ue, do les diviser on doux groupes : dans l'un, je range les procédés à incision simple ou multiple; dans l'autre, les procodés à lambeaux. Puis, avant ih' passer à leur examen, je vais vous énoncer le critérium (|ui me permettra do les juger et de me prononcer entre eux.
Pour qu'un procédé soit reconnu bon, il l'aul d'abord qu'il remplisse ces deux conditions : 1° respecter l'intégrité des muscles et des nerfs qui les animent ; 2" permettre après l'opération l'écoulonient facile des liquides. Tout procédé qui ne remplira ])as suliisamment ces deux conditions doit être considéré comme défectueux.
Or. d'une manière générale, nous pouvons établir que tous los procédés à lambeaux afTaiblissant dans une notable proportion la puissance dos muscles qu'ils divisent transversalement, doivent être mis en suspicion, de même qu'un bon nombre des procédés à incisions multiples.
D'autre part, tous los procédés à incision simple, qui ne laissent pas au pus un facile écoulement, devront également être rejetés.
Cela posé, nous allons passer en revue, rapidement, ces divers procédés, pour nous arrêter à la description de
DE LA SCAPULALGIE. 155
celui de Robert, à incision simple antérieure, auquel je donne la préférence, et que j'ai définitivement adopté comme remplissant le mieux ces conditions.
A. Procédés à lambeaux. Procédé de Manne. — Manne proposa de tailler à la face externe de l'épaule un lambeau quadrilatère, au moyen de deux incisions verticales parallèles réunies inférieurement par une incision transversale.
Procédé de Moreau père. — C'est celui de Manne renversé; le lambeau, toujours quadrilatère, a sa base 'tournée en bas, vers le coude ; l'auteur se proposait de pouvoir, par cette modification, prolonger ses incisions verticales suivant les exigences des lésions et l'étendue de la portion d'os à réséquer.
Procédé de Morel. — Morel substitue au lambeau quadrilatère un lambeau demi-circulaire à base supérieure; c'est également celui de Dupuytren, avec cette différence que le chirurgien de l'Hôtel-Dieu taille son lambeau plus long et par transfixion; il est indiqué de saisir le muscle deltoïde d'une main, de le soulever pour le détacher des parties profondes, puis de plonger le couteau immédiatement au-dessous de la voûte acromio-coracoïdienne, de façon à raser l'os en descendant jusqu'à l'insertion deltoïdienne.
Ce procédé est facile et rapide sur le cadavre; mais, dans la scapulalgie, il est moins commode, par la raison que le deltoïde adhère le plus souvent si intimement aux tissus fibro-synoviaux qu'il fait pour ainsi dire corps avec eux.
Les procédés de Sabatier et de Briot, qui consistent à tailler un lambeau triangulaire à base supérieure, sont encore plus défectueux que les précédents.
KiG CLiMni i: (:iiii{ri{(,i(:A[,i:.
Quolqu(> illustres (|ii(' soiciil encore les noms (jui se ratlaclieiil à ees dilTéreiils procédés, je n'hésite pas à vous déclarer qu'il faut les rejeter tous, et je snis heureux de me rencontrer ici avec Mal^aigne : (( S'il ne s'agissait que de la commodité du chirurgien, dit mon savant collègue, les procédés à large lambeau seraient préférables. Mais ils séparent ainsi la masse du deltoïde de toute communication avec ses nerfs et ses vaisseaux; il en résultera d'abord un sentiment de froid dans le lambeau, et déplus une paralysie nuisible à la force du membre V »
Jî. Procédés à incisions multiples ou simples. — Examinons d'abord les procédés à incisions multiples. Le plus ancien de tous est celui de Bent ; il est né pour ainsi dire du hasard. En effet, son auteur, qui ne songeait guère à inventer un nouveau procédé, après avoir pratiqué l'incision verticale externe de AVhite, fut forcé, pour se donner du jour, de faire une seconde incision dirigée horizontalement en dedans; cette seconde incision sépara la partie antérieure du deltoïde de ses attaches à la clavicule.
Bromficld fait partir l'incision horizontale de l'angle inférieur de l'incision verticale.
Baudens, qui d'abord avait adopté le procédé de Robert, imagina de le modifier, mais, selon moi, d'une manière peu heureuse. Il proposa une incision verticale dans le même point que Robert, c'est-à-dire à la partie antérieure de l'articulation, et d'y ajouter la section sous la peau des fibres du deltoïde pour se donner du jour. On ne s'explique pas pourquoi il tenait à ménager les téguments.