CHARLES RICHET
LEÇON d'ouverture DU COURS DE PATHOLOGIE EXTERNE
La pathologie externe et ses limites. — Hippocrate, Galien, Celse. — Les médecins arabes. — Guy de Chauliac. — Ambroise Paré. — L'Académie de chirurgie et J.-L. Petit. — Desault et Bichat. — Les Facultés de médecine. — La pathologie chirurgicale et son enseignement. — Rôle de l'anatomie, de la physiologie, de l'anatomie pathologique. — Des difficultés de la chirurgie. — Rapports de la chirurgie et de la médecine. — Méthode dans l'enseignement de la pathologie externe.
En prenant possession de cette chaire, illustrée par tant de maîtres célèbres dont les noms sont présents à la mémoire de tous, j'ai pensé qu'il ne serait ni sans utilité, ni sans intérêt, de vous présenter des considérations générales sur cette partie de la science dont l'enseignement m'a été confié.
J'essayerai d'abord de définir ce que l'on doit entendre par cette expression de pathologie externe ou chirurgicale,
i. Nous avons cru devoir placer en tête de ces leçons de clinique chirurgicale la leçon d'ouverture du cours de pathologie externe (nov. 1865), qui est comme l'introduction naturelle de ce livre.
d8 CLINIQUE CIlliaUGICALE.
je délimiterai son domaine, puis je rechercherai \n\v (luelles phases a passé son histoire (hms la série des âges, avant d'arriver juscju'à nous.
J'étudierai ensuite son but, son utilité, les moyens dont elle dispose pour arriver à la connaissance de la vérité ; les difficultés dont elle est (Mitouréo. Je vous diiai enlin dans quel esprit je compte faire cet enseignement, ('e sera, si Ton veut bien me permettre cette expression, comme une sorte de profession de foi.
La pathologie chirurgicale n'est pas la chirurgie, comme beaucoup de personnes paraissent le croire, et comme presque toutes le disent dans le langage ordinaire, par une extension abusive des mois; elle n'en est ({u'une partie. Effectivement, l'étude do la chirurgie comprend la pathologie externe, la médecine opératoire et la clinique. La pathologie externe enseigne l'histoire dogmali(|iie des maladies, dites chirurgicales; la médecine opératoire décrit les moyens propres à les guérir; tandis que la clini([ue apprend à les reconnaître sur l'homme vivant. Vous ne confondrez donc point l'étude de la chirurgie avec celle de la pathologie externe, et vous comprendrez que c'est aux cours de médecine opératoire et de clinique que vous devrez demander le complénitMil indispensable de votre éducation chirurgicale.
On se figure généralement qu'il n'est pas difficile de faire la délimitation qui sépare la chirurgie de la médecine, et particulièrement la pathologie externe de l'interne : rien au contraire n'est plus difficile, plus arbitraire; vous allez en juger.
« On entend généralement par maladies c/iirurf/icaies, dit Gerdy, un des maîtres qui nous ont précédé dans cette chaire, les lésions qui sont sensibles à rextérieiir du corps et qui exigent pour leur traitement le secours des opérations
(le la main. » Mais un calcul vésical, un corps étranger dans l'œsophage, qui sont des affections que personne ne niera être du ressort de la chirurgie, échappent à cette définition, et, d'autre part, toutes les maladies de la peau, que la médecine retient dans son domaine, sont des affections sensibles à l'extérieur du corps et qu'on traite quelquefois à l'aide des opérations manuelles, par la cautérisation par exemple ou l'emploi de pommades astringentes ou autres. De même les maladies utérines, qui, par l'application du spéculum, le toucher et le cathétérisme, deviennent pour ainsi dire sensibles à Textérieur, au même titre au moins que les atTections de la vessie, sont cependant réclamées par les médecins comme relevant de leur pratique, quoiqu'elles appartiennent évidemment à la chirurgie, surtout en raison de la fréquence et de la gravité des opérations qu'elles nécessitent.
Vous le voyez donc, les limites de la pathologie externe sont un peu arbitraires ou tout au moins mal définies, et cependant, obligé que nous sommes de donner une définition, nous accepterons celle de Gerdy, bien qu'elle ne soit pas irréprochable ; je reconnais d'ailleurs, après en avoir essayé plusieurs, que c'est là chose difficile, pour ne pas dire impossible. Heureusement cela est de peu d'importance ; il suffit en effet qu'on soit d'accord sur les points essentiels.
Lorsqu'on recherche dans l'histoire à quelle époque remontent les premières formules de pathologie chirurgicale, il faut arriver jusqu'aux livres hippocratiques. Ce n'est pas qu'antérieurement à cette époque on n'eût fait de la chirurgie, mais aucun de ceux qui se livraient à la pratique de l'art n'avait essayé de réunir les notions éparses pour en constituer un corps de doctrine. Certainement l'art de panser les blessures par les armes de
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guerre a dii exister de tout temps et doit être aussi vieux ([ue le uion(l(\ C'est ainsi (|ue nous voyons dans VIliade les deux fils d'Esculape, Podalire et Machaon, extraire les flèches, verser sur les plaies des haunies efficaces et fermer les hlessures; mais c'est par la tradition que se transmettaient d'<àge en âge ces procédés de pansement, et tout se hoi'uait alors à une sorte d'empirisme. N'allez pas croire cependant ([u'à celte épo([ue reculée il y eût déjà des chirurgiens ne faisant exclusivement que de la chirurgie; ce serait une erreur. L'art de guérir était trop peu avancé pour que les hommes aient senti le besoin, la nécessité, de ne s'attacher qu'à l'une de ses parties. Les preuves, s'il était besoin d'en donner, s'en trouveraient dans les œuvres d'IIippocrate, qui démontrent que ce grand homme, pratiquait indistinctement toutes les branches de la médecine et de la chirurgie.
Les livres hippocratiques doivent être considérés comme le premier résumé des connaissances chirurgicales acquises jusqu'alors, et l'on est véritablement frappé d'admiration et d'étonnement quand on considère l'immensité des travaux qu'a dû coûter un pareil recueil; aussi a-t-ou pensé, et non sans raison, qu'un seul homme ne saurait suffire à un tel labeur et qu'il devait être le produit des elTorts combinés de plusieurs. Quoi qu'il en soit, la collection chirurgicale hippocratique doit être regardée comme la condensation de l'observation de plusieurs siècles, comme une sorte d'histoire de la chirurgie durant les âges qui ont précédé le v" siècle avant l'ère chrétienne.
J'aurai souvent occasion de vous citer la chirurgie d'IIippocrate, surtout quand il s'agira des luxations et des fractures, et je vous ferai remarquer alors avec quelle profondeur de vues, quelle perspicacité, quelle sagacité d'observation, sont résolues les questions les plus ardues. On
a lieu d'en être d'autant plus surpris que les préjugés interdisaient aux Grecs la dissection des cadavres et qu'ils n'avaient pour s'éclairer ni l'anatomie normale, ni l'anatomie pathologique, mais simplement l'étude du squelette et l'observation clinique.
Il ne faudrait pas s'attendre, toutefois, à trouver dans Hippocrate une doctrine chirurgicale complète. Ainsi, si le traitement des ulcères, des plaies, des phlegmons et des abcès y est fait avec beaucoup de soin, s'il est question de quelques opérations graves, comme celles de l'empyème et de la fistule à l'anus, on voit, d'autre part, les chirurgiens de cette époque reculer devant l'amputation des membres par crainte de l'hémorrhagie, crainte due à leur ignorance de la circulation et de l'hémostase.
Après Hippocrate, la chirurgie subit un temps d'arrêt, et c'est à peine si dans les siècles qui suivirent on peut signaler un progrès. Il faut arriver jusqu'à la formation de l'école d'Alexandrie pour voir enfin la chirurgie s'appuyer sur sa véritable base, c'est-à-dire sur l'anatomie normale. Sous l'intelligente protection des Ptolémées, Hérophile et Érasistrate fondèrent l'anatomie humaine, et, grâce à leurs importantes découvertes, commença une nouvelle ère qui vient se résumer dans l'admirable traité de Celse, comme les connaissances antérieures à Hippocrate s'étaient condensées dans les livres hippocratiques.
Dans la chirurgie de Celse les maladies chirurgicales, quoique décrites avec une concision qui souvent nuit à la clarté, sont cependant plus complètement exposées que dans Hippocrate. La médecine opératoire surtout a beaucoup gagné. Ainsi, en ce qui concerne les maladies des voies urinaires, on y trouve décrits le cathétérisme et la lithotomie; enfin, la pratique des amputations y est très convenablement exposée.
Durant losccnl ciiKiiKiiilc ansonviroii (|ui séparent Cclso do rialioii. r(''(iul(' pralKiii»' de l'anatomie lui |)()iii' ainsi (lin- al)an(l(^nn(>o; aussi no signalo-l-nn aucun progrès nolablo clans oolto période où les ompiri(|u<'s s'omparont oxclusivoniont do l'art. Galion lui -mémo, qui vint so fixor à Rome vers le milieu du ii* siècle, n'avait jamais disséqué do cadavres humains, ot les notions d'anatomio, assez exactes cependant, qu'il possédait, il les devait à la dissection dos singes, et surtout il les avait puisées dans les écrits, alors classiques, d'IIoropliilo et d'Krasistrato. Presque oxclusivoniont livre à l'étude de la médecine vers lacjuelle le portail })lus particulièrement son esprit enclin aux subtibilitos scolastiquos et aux hypothèses étiologiquos. Galion ne négligea point cependant l'élude de la chirurgie, ainsi qu'on témoignent ses écrits et sa pratique. C'est ainsi qu'il décrit avec soin, et même d'une manière un peu prolixe, les fractures ot les luxations, affections auxquelles on attachait alors d'autant plus d'importance qu'elles étaient plus fréquentes chez un peuple qui plaçait les exercices du corps au-dessus de tous les autres. On lui doit une description assez complète des moyens hémostatiques déjà indiqués par Celso, mais d'une manière trop concise, c'est-à-dire la compression et la ligature des vaisseaux. Enfin, non seulement il décrit la carie des côtes et du sternum, mais il procède à leur extraction, n'hésitant point à mettre ainsi à nu les enveloppes du ca-ur. C'est là. Messieurs, une opération que nous ne verrons plus pratiquer qu'au commencement du xix" siècle.
Après Galion, il so fit un long silence ; au milieu de la décadence dos lettres et do toutes les autres sciences, la médecine ot la chirurgie, toujours si intimement liées à leur progrès, no pouvaient que dégénérer. Alors nous
voyons pendant près de quatorze siècles les médecins quitter l'habitude de penser par eux-mêmes pour ne plus jurer que sur la parole du maître, heureux encore quand ils la connaissent ou la comprennent.
Toutefois, dans cette longue période, on voit encore apparaître de temps à autre des médecins nourris de la lecture des livres d'Hippocrate, de Gelse et de Galien, cherchera en extraire'pour ainsi dire la substance, et ày ajouter même des commentaires. Tel est Oribase, qui vivait deux siècles après Galien ; tel encore Aétius, vers le milieu du v^ siècle ; tels encore Alexandre de Tralles, et enfin Paul d'Egine, le dernier des Grecs qui ait écrit sur la chirurgie un livre d'une certaine importance. Pour être tout à fait juste envers ces auteurs, il faut dire cependant qu'aux connaissances puisées dans ceux qui les avaient précédés, ils ont ajouté les travaux, en bien petit nombre, il est vrai, qui appartiennent en propre à leurs contemporains. C'est ainsi qu'Oribase a réuni avec beaucoup plus d'ordre et de méthode qu'on ne l'avait fait jusqu'à lui tout ce que l'on connaissait sur les maladies des vaisseaux et en particulier sur l'anévrisme. De même on doit à Paul d'Égine, qui prend soin d'ailleurs d'avertir lui-même le lecteur qu'il n'est qu'un compilateur, la conservation de fragments d'auteurs qui sans lui seraient restés inconnus, tels qu'Archigènes, Léonide et surtout Antyllus, auquel semble devoir être rapporté l'honneur d'avoir le premier tenté la cure radicale de l'anévrisme par l'ouverture du sac, c'està-dire par la méthode dite ancienne.
Paul d'Egine, auquel on a donné une importance beaucoup trop considérable, et qui ne peut aspirer qu'au mérite d'avoir sauvé de l'oubli quelques procédés opératoires et quelques recettes thérapeutiques d'une efficacité plus ou moins contestable, vivait vers le milieu du vn* siècle après
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l'ère chrétienne; il manjue la lin dune période ndativement favorable si on la compare à celle qui a suivi. Après lui, en ellet, les déchirements auxquels était en proie le vieux monde romain ne permettaient plus celte (juiétude d'esprit indispensable aux progrès et à la culture des sciences. Aussi les ténèbres vont-elles en s'épaississant de plus en plus, et c'est de nouveau vers l'Orient qu'il faut se reporter pour voir les sciences, les arts et particulièrement la chirurgie jeter quelques lueurs incertaines, pâles reflets de la science antique.
Après la conquête de l'Egypte par les Arabes, conquête qui mit à leur disposition les précieux manuscrits conservés à Alexandrie, le goût de la médecine se propagea avec rapidité parmi ces conquérants signalés de tout temps comme plus aptes à imiter qu'à inventer. Les ouvrages d'ilippocrate, de Galien, et même les livres, plus récents, de Paul d'Kgine, furent bientôt traduits dans leur langue, dételle sorte que les Arabes furent initiés, dès leix« siècle, à la chirurgie des Grecs. Mais il était facile de prévoir qu'ils ne resteraient que de pâles copistes des grands génies de l'antiquité ; car la base première, celle sans laquelle il n'est pas de chirurgie possible, leur était interdite par leurs préjugés religieux. Je veux parler des notions anatomiques acquises par la dissection des cadavres humains. Ils durent donc se borner à calquer leurs opinions, aussi bien en analomie qu'en chirurgie, sur ce qu'ils avaient appris dans les livres grecs, et c'est ainsi qu'on retrouve dans le Totum continens de Rhazis, dans le Canon d'Avicenne et dans Abenzour une traduction plus ou moins exacte de la chirurgie des anciens.
Un seul auteur peut-être, parmi les Arabes, fait exception, c'est Albucasis, (jui, dans son grand ouvrage, gourmande ses contemporains de leur timidité à employer les
L'HISTOIRE DE LA CHIRURGIE. 2o
instruments tranchants, et surtout à abandonner les remèdes héroïques, comme le cautère actuel, auquel il donne une grande extension. Il reproche aux médecins de son temps de ne point pratiquer la lithotomie par suite d'une fausse honte qui ne leur permettait pas de traiter les affections des voies génito-urinaires. Mais c'est là tout, et, somme toute, on ne trouverait pas dans toute cette période de la chirurgie des Arabes un véritable et sérieux progrès.
Mais, si les Arabes ne firent point notablement avancer la chirurgie, on leur doit du moins de l'avoir maintenue à un niveau relativement élevé, surtout quand on songe à la décadence dans laquelle elle était tombée en Occident.
Livrée aux mains de moines fanatiques et ignorants, elle ne se composait presque plus, en Italie comme en Espagne et en France, que d'onguents, de pommades ou de philtres auxquels on ajoutait des prières, l'invocation des saints et l'application des reliques ; ou bien elle devenait la proie de misérables empiriques, de ces opérateurs ambulants, imitation dégradée des périodeutes grecs, contre l'ignorance et la cupidité desquels dut sévir plusieurs fois la rigueur des lois édictées par Théodoric, roi des Visigoths.
Mais, après la conquête de l'Espagne par les Arabes, qui y transplantèrent leurs écoles et leur philosophie, on vit peu à peu la chrétienté emprunter à ces conquérants quelquesunes de leurs sciences, et, même avant l'époque des croisades, des juifs, et aussi des chrétiens, élèves des écoles d'Orient, commencèrent à se répandre en Europe, où leurs connaissances, bien supérieures à celles des médicastres d'alors, donnèrent aux Occidentaux une si haute idée de la médecine et de la chirurgie des Arabes.
Déjà, vers le xi^ siècle, florissait l'école de Salerne, dont
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la loiidalioii paraîtrait rcinoiilor à l'époque où les Sarrasins occupèrent la Sicile. Toutefois, ce ne fut guère que quand Coiistanlin. dil l'Africain, y importa les manuscrits arabes qu'il traduisit eu latin, que cette école commença à jouir d'une certaine célébrité. A partir de cette époque jusqu'à Guy deChauliac, c'est-à-dire jusqu'au milieu du xiv* siècle, le-^ chirurgiens se bornèrent à étudier dans les livres des Arabes la chirurgie d'Hippocrate, de Cclse et de Galien, et c'est à peine si l'on peut citer quelques auteurs qui, par leurs qualités personnelles, dépassent le niveau do leurs contemporains. Il faut faire une exception, cependant, en faveur de Guillaume de Saliceto, professeur à Vérone, dans l'ouvrage duquel on trouve des préceptes nouveaux sur les plaies de la trachée et de l'œsophage, et sur celles des intestins, qu'il réunissait au moyen d'une suture, et dont il |)ublia un bel exemple de guérison. Citons encore avec honneur Lanfranc, son élève, auquel la chirurgie française doit une mention toute particulière en raison de l'influence considérable qu'il eut sur ses destinées; en efl"et, chassé de Milan par les troubles civils auxquels sa patrie était en proie, il se réfugia à Paris, en 1293, où il vint faire des leçons sur la chirurgie, leçons suivies par des auditeurs accourus pour l'entendre de toute la France, et même des pays étrangers.
Mais, malgré tous les travaux de ces chirurgiens, imitateurs des Arabes, que M. A. Séverin a qualifiés du nom expressif et si juste d'arabistes, la chirurgie était loin encore de celle de l'antiquité. C'est à l'école de Montpellier, et au plus illustre de ses disciples, qu'il était réservé de la porter d'un seul coup à cette hauteur, et d'effacer la distance qui séparait le v^ siècle avant l'ère chrétienne du XIv^ On comprend que je veux parler de Guy de Chauliac. Je n'entreprendrai pas de vous analyser le principal de ses
ouvrages, Yhwentaire ou Grande Chirurgie, qui a été pendant plusieurs siècles le bréviaire des chirurgiens de tous les pays.
Akermann a dit que ce traité pouvait tenir lieu de tout ce qui avait été écrit jusqu'à lui en chirurgie. Cela est exagéré, sans doute; mais, après l'avoir lu, et en tenant compte de l'époque à laquelle il avait vu le jour, on comprend qu'il ait pu être regardé comme le Code de la chirurgie, le guidon du chirurgien, comme on le disait par un jeu de mots. Cet immense succès est dû bien évidemment d'abord à la vaste érudition de Guy, à laquelle nulle autre ne pouvait être comparée, mais aussi et surtout à sa longue expérience et à ce jugement sûr, sage et rectiligne, dont il donne si constamment la preuve. Guy avait eu cette rare fortune d'avoir en sa possession presque tous les auteurs anciens alors exhumés, d'étudier la chirurgie à la Faculté de Paris, pleine encore du souvenir des leçons de Lanfranc, continuées par Henri de Mondeville, son disciple, et enfin d'être élève de la Faculté de Montpellier, alors sans rivale pour les études médicales. *
De Guy de Chauliac à Ambroise Paré , du xiv^ au xvf siècle, la chirurgie française, à laquelle les travaux de l'école de Montpellier semblaient devoir assurer une suprématie sans partage et présager un brillant avenir, retomba au contraire dans une sorte de néant, et il n'en faut pas chercher d'autres causes, ainsi que le font observer Mal" gaigne et M. Raige-Delorme, que les déplorables rivalités qui s'élevèrent au sein de l'école de Paris, entre les régents de la Faculté de médecine d'une part, la Confrérie de Saint- Côme, et les barbiers-chirurgiens d'autre part. Ce serait sortir de mon sujet que d'entrer dans les détails de cette guerre intestine, qui se termina vers 1505 par le triomphe
des barbiers, soutenus par la FaculU^ de médecine contre le corps des maîtres en chirurgie. 11 faiil lire ccllt' iiiléressanto histoire de notre art dans l'introduction à l'ouvrage de Paré, oii Malgaigne a tracé, avec une verve et une vi'rité saisissantes, toutes les péripéties de ces luttes achainées.
Pendant que la France semblait se replonger dans la barbarie, l'Italie, au contraire, marchait d'un pas toujours plus ferme et plus assuré dans la carrière qu'elle avait la première ouverte. La fin du xv'' siècle, et surtout la première moitié du x\f, sont marquées pour la chirurgie par des progrès considérables auxquels se rattachent les noms de Benivicni, de Jean de Vigo et de Rérenger de Carpi. La découverte d'un grand nombre de manuscrits ensevelis jusqu'alors dans la poussière des cloîtres et des monastères, mais surtout celle de l'imprimerie, devaient communiquer à toutes les sciences une impulsion sans pareille. L'avenir était plein de promesses qui devaient être largement remplies; la chirurgie en eut sa part. Benivieni, auteur original, mourut en 1S02, avant d'avoir pu metti'e la dernière main à ses écrits ; mais ils furent rassemblés avec un soin précieux par son frère Jérôme, sous forme d'un petit traité qui se distingue de tous ceux qui l'ont précédé par un grand nombre d'observations qui lui sont propres, et qui constituent un recueil des plus curieux où l'on trouve en réalité les premières notions d'anatomic pathologique. Jean de Vigo, au contraire, se distingue par un traité dogmatique désigné sous le nom de Pratira copiosa, dans lequel A. Paré déclare avoir beaucoup étudié dans sa jeunesse.
Quant à Bérenger de Carpi, il est connu surtout par son traitement des maladies vénériennes, du morbii's (jallicus^ qui faisait alors d'effrayants ravages dans la haute société italienne. Cela lui valut une immense fortune. Il publia
aussi un traité des plaies de tête, qui est son véritable titre de gloire. On ignore la date précise de sa mort, qui eut lieu après 1530.
C'est à peu près à la même époque que le fougueux Paracelse, marchant sur les traces de Luther, voulut transporter dans la médecine la réforme que ce dernier venait d'accomplir dans les idées religieuses ; mais le monde médical n'était pas mûr encore, et les extravagances dont Paracelse semait ses écrits et ses discours n'étaient pas faites pour rallier les esprits, malgré une incontestable supériorité.
Aussi, après la mort de Paracelse, l'Allemagne comme l'Italie rentrèrent-elles dans le repos, tandis que la France, épuisée par les luttes stériles soutenues par la confrérie de Saint-Côme contre les barbiers- chirurgiens et la Faculté de médecine, semblait attendre qu'un homme de génie lui montrât le chemin. Je ne parle point des autres contrées du nord de l'Europe, y compris l'Angleterre, qui se débattaient dans la barbarie.
C'est alors que parut A. Paré, ce grand génie qui pendant la dernière moitié du xvi' siècle tint le sceptre de la chirurgie. Né dans une condition des plus obscures, ayant étudié d'abord la chirurgie en la boutique d'un barbier, il sut s'élever par son seul mérite et sa persévérance au travail jusqu'au poste éminent de chirurgien du roi.
Les services qu'il a rendus à la science lui ont fait décerner le titre de 'père de la chirurgie moderne, et ses ouvrages restèrent pendant près d'un siècle les seuls véritablement classiques, remplaçant les traités de Guy de Chauliac et de Jean de Yigo, non seulement en France, mais en Espagne, en Angleterre, en Allemagne et même
en Ilalio. 11 oui ainsi luir iiiiiiiciisc iiillucnct' sur noire art; mais elle ne pouvait être durable, car, dominé par hi philosophie de son époque, il ne sut pas se soustraire, nialf;ré de nombreuses velléités d'indépendance, au joug de l'autorité des anciens. Sa chirurgie n'est donc qu'une réminiscence de celle de l'antiquité et particulièrement de celle d'Hippocrate. Comme le dit avec tant de raison Malgaigne, elle devait s'éteindre avec le maître, ses élèves n'étant plus inspirés par le génie, et ne pouvant trouver en euxmêmes la vigueur nécessaire pour la féconder.
Après A. Paré, la chirurgie s'en alla donc déclinant, en France du moins, jusqu'à la lin du xvn'' siècle; car on Italie, Euslachi, Fallope, Vésale, Colombo, Ingrassias, Varoli et surtout Fabrice d'Acquapendente et Marc-Aurèle Severino enrichissaient l'anatomie et la chirurgie de découvertes inestimables.
C'est à la même époque qu'on voit la chirurgie scientifique pénétrer dans les contrées du nord de l'Europe où jusque-là elle avait été la proie des empiriques et des charlatans.
Jusqu'ici nous avons vu les cliirurgiens, etnouspouvons dire aussi les médecins, dominés par l'autorité des anciens, ne jurer que sur la foi des ouvrages d'Hippocrate, de Celse, de Galien et des Arabes, et refuser pour ainsi dire de faire usage de leur raison quand elle se trouvait en désaccord avec les écrits de l'anliquité. Aussi, malgré des travaux importants, des perfectionnements et de réels progrès dans quelques branches toutes spéciales de l'art, à peu près inconnues des anciens, telles que les anaplaslies et en particulier la rhinoplastie, la chirurgie des hernies, l'ophthalmologie et les hthotomies périnéale et sus-pubienne, l'art chirurgical est-il resté jusqu'à la fin du xvn* siècle ce ({u'il était du temps de Celse et de l'école d'Alexandrie.
Mais l'époque était venue où la parole de Descartes devait enfin ouvrir une nouvelle ère, et faire tomber à tout jamais les barrières qui s'opposaient au libre essor de la pensée. La seconde moitié du xvn^ siècle voit inaugurer cette philosophie qui enfantera tant de merveilles dans le xvm", et le joug de l'autorité cède pour toujours à l'empire de la raison. Une pareille révolution ne pouvait s'accomplir dans les hautes régions scientifiques sans remuer profondément les sciences secondaires, et la chirurgie ne fut pas la dernière à s'en ressentir.
L'esprit d'observation fait place aux spéculations stériles et abstraites, et aux discussions sur les traités des anciens; les médecins commencent à penser par euxmêmes et à lire dans le grand livre de la nature, sans se préoccuper de ce qu'ont pu dire sur telle ou telle question Hippocrate et Galien. Aussi, dès le commencement du xvni" siècle, voyons-nous les chirurgiens, pleins de confiance en eux-mêmes, et ne jugeant aucune entreprise audessus de leurs forces, commencer par faire table rase des travaux antérieurs et soumettre toutes les questions au creuset de l'expérience et de la raison.
Cette émancipation de l'esprit, en ce qui concerne notre science, se trouva d'ailleurs favorisée par d'autres circonstances qu'il importe au plus haut degré de ne point méconnaître : je veux parler de la réforme apportée dans l'enseignement de la chirurgie et de la fondation des sociétés savantes.
Dès 1671, Louis XIV, comprenant que c'était aux chirurgiens qu'il fallait demander l'enseignement de la chirurgie, avait nommé à la chaire d'anatomie et d'opérations Dionis, qui s'acquitta de cette tâche avec un tel éclat, un tel succès, que la cause fut définitivement gagnée. Tous
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los cITorts de la FaciilU^ de mt'''decine pour ressaisir cet enseignement (|iii lui échappait furent inutiles, et l'on peut dire sans exagération que c'est de cette épocpio que date réellement rémancipation des chirurgiens. Toutefois, ce ne fut qu'en 1724 que Mareschal et La Peyronie, chirurgiens du roi, obtinrent la création de cinq places de démonstrateurs au collège de Saint-Côme, chargés d'enseigner l'anatomie et la chirurgie. C'était bien peu sans doute pour suffire à une aussi grosse besogne. Aussi, peu de temps après, La Peyronie, dont le grand cœur, la noblesse de sentiments et le dévouement à la science égalaient la fortune, doubla-t-il ce nombre en se chargeant, avec une munificence jusqu'ici restée sans exemple, du traitement des nouveaux professeurs institués par lui.
C'est vers la même époque, en 1 731 , que ce grand homme de bien, auquel la chirurgie doit une reconnaissance éternelle, sollicita et obtint la création de cette Académie de chirurgie dont l'influence sur notre science se fait encore sentir aujourd'hui.
A cet ensemble de circonstances favorables le xvni" siècle doit de pouvoir être considéré comme le régénérateur de la chirurgie moderne. Il est dans l'ordre des choses morales des lois tout aussi certaines, tout aussi fixes que celles qui régissent l'ordre des choses physiques, de telle sorte qu'une situation étant donnée, des hommes surgiront nécessairement pour accomplir les évolutions marquées par la destinée. C'est ce qui advint pour la chirurgie au xvm^ siècle.
La période de 1700 à 17o0 est marquée par la trace lumineuse du plus grand génie dont puisse s'honorer la chirurgie française, et je dirais volontiers la chirurgie toute entière; j'ai nommé Jean-Louis Petit. Ce n'est point dans les livres hippocratiques, ni dans ceux de Celse, de Julien,
OU des Arabes, que ce génie inventif allait puiser ses inspirations; car c'est à l'âge de quarante ans, alors qu'il était déjà à l'apogée de sa carrière, qu'il essayait d'apprendre le latin. Il ne le sut jamais assez bien pour pouvoir lire dans le texte original les auteurs de l'antiquité. C'est dans Fanatomie d'abord, puis dans les leçons du célèbre Littre, qu'il puisa cette connaissance profonde des diverses régions du corps et cette habitude du bistouri qui en firent le chirurgien le plus hardi et le plus accompli de son temps. De même, c'est dans le service de Mareschal à la Charité, ainsi que dans la pratique de la chirurgie civile et militaire, qu'il puisa ces intuitions soudaines, ces réflexions originales qui ont fait dire de lui qu'il aurait inventé la chirurgie. Aussi quand il dut, comme professeur et l'un des cinq démonstrateurs du collège de Saint-Côme, enseigner la chirurgie, fut-on saisi d'étonnement et d'admiration en l'entendant parler un langage qui différait tant de celui qu'on était accoutumé à écouter. 11 dut faire de grands efforts pour se mettre au courant de la science qui avait cours alors, et l'on sent à chaque page, en lisant son traité des maladies chirurgicales, le penseur profond, l'observateur réfléchi et livré à lui-même, dominer l'imagination de l'érudit de fraîche date. Eh bien, le dirai-je, c'est là ce qui, selon moi, donne un si grand attrait à la lecture de ses œuvres. On aime à suivre ainsi dans les évolutions de la libre pensée ce puissant esprit aux prises avec les plus grandes difficultés de l'art.
Il ne faudrait pas croire toutefois que J.-L. Petit fût tout à fait exempt d'imperfections ; il lui arriva souvent de conclure trop vite, avec des faits trop peu nombreux, emporté par sa trop brillante imagination, reproche fondé que l'on a adressé sans raison à un autre grand génie, à l'illustre Bichat.
A. RICilET. 3
34 CLINIQUK CHIRUTK; IC A I,F..
Dans cetto mémo jiL'riodo, aiilour de .1 -L. Polit, gravitonl dos Iiommos d'un môrito incontestabl*' : Arareschal, Lamarlinièro, Lodran, Fonbort, Hovin, Bordonavo, ol enfin lo colôbro Antoine Louis, secrétaire perpétuel de l'Académie de cbirurgie, dont Petit fut le premier directeur.
Toute la deuxième moitié du xvin" siècle est remplie par la grande et importante figure de Desault qui eut l'insigne honneur d'avoir pour élèves et rédacteurs de ses leçons l'immortel Bichal et Choparl. L'inlluence do Desault sur la chirurgie de son temps n'est peut-être pas moins grande que celle de J.-L. Petit; mais il la doit li d'autres causes, et surtout à l'inlluence de sa position de chirurgien en chef de l'Hôtel-Dieu. ElTectivement, c'est par sa pratique, sage et hardie tout à la fois, qu'il domina tous ses contemporains bien plus que par ses écrits , d'ailleurs peu nombreux. On dit généralement que c'est lui qui a fondé l'enseignement clinique; c'est une erreur dont a fait justice M. Raige-Delorme, en rappelant que depuis longtemps déjà Mareschal, et d'autres chirurgiens du commencement du xvin'' siècle, admettaient dos élèves français et étrangers à suivre leurs visites à l'hôpital, et par conséquent faisaient de la clinique et do la bonne clinique on formant dos disciples à leur écolo. Ce (|ui est vrai, c'est que Desault créa l'onseignemont oral de la clinique, de même que, dans ses leçons d'anatomie, il fut le premier qui envisagea cette science au point de vue chirurgical. N'oublions pas qu'un de ses plus grands titres à la reconnaissance de la postérité, c'est d'avoir apprécié comme elle méritait de l'être et d'avoir pratiqué avec succès la ligature de l'artère au-dessus de l'anévrisme, sans toucher à la tumeur, par la méthode d'Anel, invention faussement attribuée au grand Hunter.
Toutes les institutions de raacien régime furent emportées par la grande rénovation sociale de 4789, et la loi du 18 août 1792 fit définitivement disparaître l'ancienne Faculté de médecine. Mais les guerres incessantes que soutenait alors la République ne tardèrent pas à faire sentir le besoin de créer une forte génération de chirurgiens instruits.
Un décret daté du 14 frimaire an III (4 décembre 1794) réorganisa l'enseignement médical et créa trois écoles de santé à Paris, Montpellier et Strasbourg. L'Ecole de Paris eut douze professeurs, et la chirurgie, incorporée cette fois et irrévocablement fondue avec la médecine, fut représentée par Chopart et Percy pour la pathologie externe, par Sabatier pour la médecine opératoire et Desault pour la clinique chirurgicale. Enfin le décret de 1808, qui fonda l'Université impériale, changea le nom de l'Ecole de Paris en celui de Faculté de médecine.
Cette organisation nouvelle ne tarda pas à porter ses fruits, et c'est à elle que la chirurgie française doit d'avoir conservé dans le xix^ siècle la suprématie qu'elle avait su prendre et garder pendant tout le xvm^ J'avais eu d'abord l'intention de poursuivre cette esquisse historique rapide, et de vous présenter un tableau des progrès accomplis en chirurgie depuis la fondation de la nouvelle Faculté jusqu'à nos jours. Je vous aurais montré par exemple le prudent, le sage, le méthodique Boyer, résumant toute la doctrine de l'ancienne Académie de chirurgie, c'est-à-dire toute la science du xvui^ siècle, et y ajoutant sa propre expérience et celle de ses contemporains, dans un traité resté pendant plus d'un quart de siècle comme le vade-mecum des chirurgiens, le livre classique par excellence. Je vous aurais présenté, à côté de Boyer, la personnalité de Dupuytren, clinicien de preniier
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ordre, professeur d'une lucidité merveilleuse, ()|)(''i'alour distingué, mais écrivain médiocre et d'un génie peu inventif, ([ui (Mit ])ar ses le(;ons une si immense influence sur la chirurgie contemporaine. J'aurais voulu vous transporter ensuite à cette épo([ue féconde el jileiue d'agitation passionnée, oii, dans les écrits périodifjues comme dans les traités de longue haleine, dans les luttes ardentes des concours comme dans les thèses de la Faculté, on commençait à ébranler les doctrines de lioyer, et à demander que les dogmes de la science fussent assis sur de plus larges bases que celles qui lui avaient été données au xvni'' siècle et au commencement du xlx^ Je vous aurais fait voir enfin Malgaigne, le chef de la nouvelle école que j'appellerais volontiers réaliste, tour à tour journaliste, académicien , professeur, attaquant, avec une animation et une verve caustique inépuisables, les opinions de ses adversaires scientifiques qu'il qualifiait, durement parfois, de de cartésiens ou de théoriciens d'imagination ]iure.
Mais, Messieurs, ce tableau ne serait rien moins (|ue l'histoire de toute la chirurgie depuis un demi-siècle , et il dépasserait beaucoup les bornes que je pourrais lui consacrer.
Je me hâte donc de passer maintenant à l'examen des conditions indispensables à l'enseignement de la pathologie chirurgicale.
J'ai dit précédemment que l'étude de la chirurgie comprenait la pathologie chirurgicale proprement dite, la médecine opératoire et la clinique, et qu'il n'était pas toujours possible de fixer nettement la délimitation de ces trois divisions de la même science. Aussi entendez-vous souvent faire au professeur de clinique, comme au professeur de
médecine opératoire, le reproche d'empiéter sur le domaine de leur collègue, le professeur de pathologie externe, et réciproquement. Mais il est impossible qu'il en soit autrement ; la chirurgie forme pour ainsi dire un tout indivisible; c'est pour en faciliter l'enseignement et l'étude qu'il a fallu faire des divisions qu'il n'est pas facile de toujours respecter. Ainsi, par exemple, quand je traiterai des fractures, décrirai-je nécessairement et avec détails les bandages et appareils, et cependant vous entendrez les professeurs de clinique et de médecine opératoire insister de leur côté, et avec raison, sur ces mêmes bandages et appareils.
Il faut en prendre son parti. x4.près tout, il vaut mieux vous enseigner plusieurs fois des choses nécessaires que de ne pas vous les enseigner du tout, ainsi que cela pourrait arriver si chacun de nous s'en rapportait à ses collègues sur le soin d'en traiter spécialement.
Il pourra paraître oiseux à quelques-uns d'insister sur l'utilité de la pathologie chirurgicale ; il faut cependant bien que je vous dise pourquoi on l'a séparée de la clinique et de la médecine opératoire, et quels sont les avantages de cette séparation.
Supposez un homme, doué d'une intelligence au-dessus de la moyenne, d'un esprit cultivé par des études antérieures et ayant même déjà quelques notions de l'art de guérir; puis, mettez-le en présence d'un malade qui vient de subir une lésion grave d'un membre; sera-t-il en état d'apprécier s'il s'agit d'une fracture, d'une luxation ou d'une simple contusion? Combien faudra-t-il qu'il voie de cas semblables ou analogues pour arriver seulement à distinguer le genre de lésion qu'il a sous les yeux? Combien de temps pour que son éducation soit complète, même en
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supposant (juCn sa pn^sence un homme de l'art porte secours au blessé, réduise la luxation ou panse la fracture?
Or, cet homme, Messieurs, c'est vous, c'est moi, c'est nous tous, la première fois que nous avons mis le pied dans un iiôpital sans notions préalables de pathologie chirurgicale ou avec des notions incomj)lètes. C'est pour obvier autant qu'il est possible à ces difficultés inhérentes à toute science d'observation qu'ont été créées, imaginées les études dogmatiques. En chirurgie, ces études soni la palliologie externe, et, pour compléter les suppositions que je faisais précédemment, je dirai que ce même homme intelligent et bien doué, mis en présence d'un malade atteint d'une lésion qu'il n'a pas encore vue, mais dont il possède parfaitement l'histoire, la reconnaîtra sans trop d'hésitation, et sera en état, sinon de pouvoir porter les secours efficaces du praticien consommé, du moins de ne pas nuirf. Or, on l'a dit avec raison, le premier devoir du médecin instruit est de ne pas nuire ; pri?}w non nocerc
L'étude de la pathologie chirurgicale est donc indispensable à celui qui veut fréquenter les services de chirurgie; elle doit précéder les études cliniques ou tout au moins coïncider avec elles; car je ne suis point de ceux qui pensent qu'un élève ne doit suivre les hôpitaux que quand il a acquis des connaissances complètes en pathologie. D'abord, on familiarise avec le spectacle, bien pénible et cruel d'abord, des souffrances humaines; puis la fréquentation des hôpitaux a cet avantage, qu'on exerce son esprit à reconnaître, à deviner des problèmes pathologiques dont on ira plus tard, si l'on est étudiant, demander la solution aux traités de pathologie.
Peut-être objectera- t-on à cette manière d'envisager la direction des études médicales que ce n'est point ainsi que la science s'est constituée; que les premiers qui se
sont livrés à l'art de guérir ont bien su devenir médecins sans études dogmatiques préalables, et que bon nombre de grands génies, parmi lesquels on pourrait citer A. Paré et J.-L. Petit, ont procédé d'une manière inverse, c'est-àdire ont étudié la nature avant de lire les traités dogmatiques, ce qui ne les a pas empêchés de devenir les premiers chirurgiens de leur époque.
Défiez-vous, Messieurs, de ces paradoxes. L'exemple de Paré et de Petit ne prouve qu'une chose, à savoir que le génie, uni à un travail opiniâtre et à une volonté de fer, peut vaincre tous les obstacles. Quant à cet argument que les premiers qui ont pratiqué l'art de guérir ont d'abord étudié les malades, n'est-il pas évident que c'est parce qu'il ne leur a pas été possible de faire autrement. C'est là le début obligé de toute science d'observation : l'art précède toujours la science. Mais, quand la science est faite, ce serait folie que de vouloir revenir en arrière et de recommencer le travail des siècles ; cela, je le répète, n'est permis qu'au génie.
La pathologie a pour but, en décrivant les maladies, de faire connaître leurs causes, leurs symptômes et leur traitement. Les cau.'ics des affections chirurgicales sont en général plus faciles à saisir que celles des affections médicales, leur connaissance importe beaucoup, et déjà, dans les livres hippocratiques, on en trouve les premiers éléments ; le livre de l'air, des lieux et des eaux, c'est, en d'autres termes, la recherche des causes des maladies.
Les symptômes offrent souvent plus d'évidence que ceux des affections dites internes, mais ils exigent non moins d'attention, de sagacité et de pénétration. A la description des symptômes se rattache ce que l'on a nommé le diagnostic proprement dit, le diagnostic différentiel, et enfin
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Iey;/'o/î067/c,auqiiol les aiR-ionsatlurliairiil une importance beaucoup plus grande que les modernes.
Quant au traitement, il ne faudrait pas croire qu'il soit en entier du ressort du professeur «le médecine opératoire ; ce dernier est plus spécialement chargé de la description des divers procédés à l'aide descjuels on guérit les maladies chirurgicales et de leur exécution, tandis qu'au professeur de pathologie chirurgicale incombe le soin de faire connaître les moyens tant médicaux (|ue chirurgicaux ([uon leur oppose. Mais je ne dois pas plus entrer dans les détails d'une opération, de la ligature d'une artère, par exemple, que je ne puis vous faire counaîti'e la composition d'une pommade ou d'un emplâtre.
Pour arriver à la connaissance des maladies, la pathologie chirurgicale se base :
1° Sur l'anatomie normale et particulièrement sur cette branche de l'anatomie normale dite anatomie appliquée ou médico-chirurgicale ;
2" Sur l'anatomie pathologique ;
8" Sur les sciences dites accessoires, c'est-à-dire sur la chimie et la physi([ue :
4" Sur l'histoire d(> l'art, cest-à-dire sur les travaux antérieurs ;
o" Enfin, et avant tout, sur l'observation clinique.
Si, pour le médecin, l'utilité de l'anatomie est incontestable, on peut dire ([u'eilc est bien plus indispensable encore au chirurgien. Comment concevoir qu'on puisse faire une ligature ou l'opération de la taille sans avoir une connaissance parfaite de la région dans laquelle on manœuvre? -Nous avons vu cependant les Grecs, jusqu'à l'école d'Alexandrie, n'avoir que des notions fort incom-
plètes de l'anatomie humaine, et c'est là sans doute une des raisons pour lesquelles la chirurgie est restée dans toute l'antiquité, et jusqu'au xvn'' siècle, en un état de grande infériorité relativement à la médecine.
On demeure étonné de voir les dissections d'Hérophile et d'Erasistrate n'avoir presque aucune influence sur le perfectionnement de la chirurgie, et, à une époque plus rapprochée de nous, on s'explique difficilement comment les découvertes de Vésale, de Fallope, d'Eustachi n'imprimèrent pas à l'art, immédiatement au moins, un plus grand développement. C'est qu'alors , sans doute , l'anatomie était pratiquée pour l'anatomie elle-même et non en vue de la chirurgie, et que d'ailleurs, elle manquait de son flambeau indispensable, la physiologie. Aussi n'estce guère qu'à partir de l'époque où Desault étudia l'anatomie en chirurgien qu'on voit la médecine opératoire faire de rapides progrès, pour arriver enfin au point oi^i elle en est aujourd'hui. C'est donc surtout dans l'anatomie dite chirurgicale que la pathologie doit chercher un point d'appui, sans négliger les indications fournies par la physiologie et les expérimentations sur les animaux.
Tributaire de l'anatomie pathologique, la pathologie chirurgicale ne saurait se passer de son concours; c'est elle qui nous révèle la cause et le siège de l'étranglement dans les hernies, les variétés du déplacement dans les fractures et les luxations, la structure et la composition anatomique des tumeiu's si diverses et si nombreuses. Elle rend de si grands services qu'on s'explique difficilement comment Fart a pu se passer de son concours jusqu'au xv" siècle, ou Benivieni fut, sinon le premier, du moins l'un des premiers qui firent sentir l'importance de son étude. On sait en effet que les anciens, les Arabes et même les arabistes, non seulement ne disséquaient point les cadavres^
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mais lU' les oiivi-aicnl iiiT'iiio poiiiL dans \o. l)iil, répondant si naturel et si simple, de rechercher les causes de la mort.
La chirurgie emprunte bcaucouj) à la chimie et à la physique. La chimie j)ar ex('m|»K' nous fait reconnaître la pri'^sence de l'albumine, du sucre, du j)us tlans les urines; (^lle jious révèle h'ur acidité cl Icui' alcalinil»', elle nous fait connaître la c(>m])osition des calculs, et celle des liciuides ({u'on extrait des kystes de l'ovaire ou d'autres régions.
Quant à la physique, ses applications sont nombreuses et importantes. Citons d'abord et en jjremirre ligne le stéthoscope, que Lisfranc a proposé d'appliquer au diagnostic de certaines fractures obscures, et que tous les jours nous employons pour l'exploration des vaisseaux et particulièrement pour reconnaître les anévrismes.
La percussion avec ou sans le plessimètre n'est qu'une application des notions de physique sur la transmission des sons.
Grâce au laryngoscope, les affections du larynx non seulement sont facilement reconnues, mais encore on peut y porter avec sûreté des instruments dont la manœuvre eût été impossible sans son concours.
Que de progrès n'a pas fait faire à l'ophthalmologie la découverte de l'ophthalmoscope, j)our le diagnostic des maladies profondes de l'œil !
A/'s longn, vi/a ôrevis, disait le vieil Hippocrate. C'est qu'en efl'et la vie d'un homme, si laborieuse qu'elle soit et si remplie qu'on la suppose, est bien limitée quand on la compare à l'immensité des connaissances à acquérir. Une des premières conditions pour s'instruire est donc de puiser dans les ouvrages des bons auteurs le résumé de leur praticjue ; c'est ainsi que nous ajoutons à notre expé-
rience propre, celle des maîtres qui nous ont précédés. Toutefois, ici comme en toutes choses, il faut user, non abuser. L'érudition est bonne à la condition qu'elle sera utile. J'en userai asssurément; mais avec sobriété et réserve, laissant l'érudition de luxe aux érudits de cabinet et me bornant à vous signaler dans les bons auteurs les perfectionnements importants, les progrès réels accomplis.
J'ai dit enfin que la source principale à laquelle devait puiser la pathologie, c'était l'observation, c'est-à-dire l'observation clinique, l'expérience, les faits en un mot. A7's tota in ob.servationibiis, disait encore Hippocrate. Eh bien, tota n'est pas exact, et déjà Morgagni avait dit comme correctif et avec raison; non numerandse sed 'perpendendse observationes. De nos jours, on semble accepter de plus en plus cette philosophie qui considère les faits comme la base de tout, pour me servir de l'expression même de Claude Bernard.
Mais de tous côtés vous entendez dire : rien n'est brutal comme un fait. Avez- vous des faits pour établir ce que vous avancez?
Comme toutes les sciences d'observation, la chirurgie ne peut et ne doit s'établir que sur des faits; mais dire que l'art tout entier est dans les faits, c'est avancer une proposition qui réduirait la pathologie à une opération d'arithmétique. Cette autre proposition que les faits sont la base de tout est plus vraie, mais elle n'exprime pas encore la vérité tout entière et veut être complétée. Si les faits sont la base de tout, comme le dit Claude Bernard, il faut cependant ajouter, pour continuer la métaphore, que poser les bases d'un édifice scientifique ce n'est pas construire l'édifice lui-même; des faits dont on ne tirerait point de conclusions, sur lesquels le raisonnement ne
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s'exercorail point, resteraient stériles el sans |iorléo. Le raisonnement est donc anssi indispensable ponr constituer la science que les faits qui lui servent de base. Hâtons-nous d'ajouter que raisonner ne signifie point faire des hypothèses, mais tiror d'une série de faits, bien observés, les déductions légitimes qu'ils comjiortent. Agir autrement, c'est-à-dire se borner à enregistrer les faits purement et simplement, serait faire abstraction de sa raison.
Vous saurez, j'espère, vous tenir dans cette juste mesure; vous observerez d'abord, sans idée préconçue, avec calme et sans passion : telle est la première condition dans toute science basée sur l'expérience. La seconde condition, c'est de rassembler les faits, de les comparer, de les raisonner, et d'en tirer les déductions (|ui en découlent légitimement.
L'une est aussi indispensable que l'autie; mais gardezvous d'exagérer l'une au profit de l'autre, la bonne harmonie ne tarderait pas à être troublée, et l'on tomberait dans les excès tant et si amèrement reprochés, tantôt aux partisans de la méthode numérique, tantôt aux adhérents de la méthode de Descartes.
Vous entendrez dire souvent, et même par des médecins, très instruits d'ailleurs, que l'étude de la chirurgie offre beaucoup moins de difficultés que celle de la médecine; cette opinion est même si générale qu'il n'est peutêtre pas un de vous auquel on n'ait dit qu'il valait mieux plutôt commencer par fré(juenter lescliniquesde chirurgie que celles de médecine, toujours pour cette raison que les études médicales étaient moins accessibles aux débutants.
Il y a du vrai dans cette opinion, comme dans toutes
celles d'ailleurs qui s'accréditent aussi généralement; mais il importe au professeur de pathologie chirurgicale de vous démontrer qu'elle pèche par la base, et, de plus, qu'il serait dangereux de l'accepter trop aveuglément.
Sans doute, si l'on n'a égard qu'à un certain ordre de lésions assez simples et très communes, telles que les plaies, les ulcères, les furoncles, les brûlures, les contusions, etc., l'étude de la pathologie externe n'est pas très compliquée, et le traitement en est simple, à la portée de tous les élèves, même des débutants.
Mais, si l'on envisage les affections, telles que les fractures et les luxations, avec leurs formes si variées, et les complications qu'elles entraînent, soit du côté des viscères, soit dans les parties adjacentes; si on passe successivement en revue les hernies, les abcès superficiels et profonds et toutes leurs variétés; les tumeurs de toutes sortes, sur la composition, la nature et la structure desquelles les débats ne font pour ainsi dire que naître; puis les affections si compliquées des organes génito-urinaires, celles des yeux, etc., etc. (et je m'arrête de crainte de vous effrayer par une énumération trop complète) , on ne tarde pas à modifier ces premières impressions. D'ailleurs, pour peu qu'on veuille bien réfléchir, ne voit-on pas que, pour étudier fructueusement la pathologie externe, il faut d'abord avoir des connaissances en pathologie interne, parce que le chirurgien doit nécessairement être médecin, tandis qu'il n'est pas absolument indispensable que le médecin soit chirurgien.
Voyez plutôt : l'inflammation des veines, la phlébite, est une affection placée sur les limites de la médecine et de la chirurgie, de telle sorte qu'il en est traité dans les livres et les cours de pathologie externe et de pathologie interne. Or la phlébite entraîne souvent la formation d'ab-
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côs, s(»il au Noisiiiaj^c de la veine, ^^oil loin du lieu malade; elle donne naissance à la gangT^ne, au sphacèlc, et, pour toutes ces h^sions. qni relèvent exclusivement de la })atholo^ie externe, les médecins renvoient j)urenienl et simplement les lecteurs, les auditeurs et aussi les malades, au chirurgien, pour qu'il avise, et sans autrement s'en préoccupe!'. Au contraire, le chirurgien (|ui ne peut décider qu'en pleine connaissance de cause ce ([uil doit faire, doit rechercher l'origine de ces abcès, de ces sphacèles qui sont la conséquence tantôt delà phthisie, tantôt du cancer, tantôt d'embolies, suites de lésions vasculaires, et le voilà aux prises avec toutes les difficultés de la pathologie interne.
J'ai en ce moment même, dans mon service, un individu atteint d'un sphacèlc, d'une gangrène totale de la jambe droite, survenue tout à coup, spontanément, sans cause appréciable.
Selon toute probabilité, cette gangrène reconnaît pour cause une oblitération du système veineux; mais sous quelle inlluencc s'est développée cette phlébite? est-ce une affection des voies pulmonaires, ou bien une lésion de la circulation? ou bien encore une de ces diathèses ou cachexies qui entraînent après elles des oblitérations veineuses? Vous comprenez bien qu'il est impossible d'instituer un traitement, soit médical, soit chirurgical, sans résoudre ce problème. Nous voilà donc obligé de scruter, d'interroger tous les viscères, de nous faire médecin en un mot, avant de songer à l'action chirurgicale, tandis que le médecin qui a envoyé ce malade dans nos salles n'a pas à s'en inquiéter.
Eh bien, Messieurs, il en est ainsi de presque toutes les questions de pathologie chirurgicale? Elles ont toutes plus ou moins leur côté médical, et c'est là ce qui, selon
moi, complique le plus la symptomatologie et la diagnose chirurgicales.
De même, lorsqu'il s'agit de la thérapeutique, le chirurgien n'a pas seulement à se préoccuper de la médecine opératoire proprement dite, mais aussi de tous les moyens que la matière médicale met à sa disposition. Il doit combattre les inflammations viscérales ou autres qui accompagnent ou compliquent la plupart des affections chirurgicales, par la médication dite antiphlogistique ; il aura souvent à manier les préparations de quinquina pour couper court à ces fièvres intermittentes, à ces névralgies périodiques, si fréquentes dans les salles de chirurgie ; il devra souvent faire usage du tartre stibié, des purgatifs, des toniques de toutes sortes; en un mot, il lui faudra constamment puiser dans l'arsenal médical, comme le font les médecins. Mais, de plus, il lui faudra connaître tous les principes de Fart opératoire. Or chaque malade a, pour ainsi dire, son traitement chirurgical spécial, et souvent la même affection réclame une opération différente suivant la région qu'elle occupe. On pratique contre les anévrismes la ligature des artères; mais celle de la fémorale contre l'anévrisme poplité diffère totalement de celle de l'axillaire ou de la carotide. Que de détails, que de soins, que d'attention, que d'adresse, que de sang-froid, que d'instruction, que de courage ne faut-il pas au chirurgien pour exercer dignement son art! J'aurai résumé toute ma pensée sur ce sujet en vous disant que le chirurgien doit être médecin, tandis que le médecin peut, à l'extrême rigueur, ne pas être chirurgien.
J'en ai dit assez, je pense, pour vous faire voir que l'étude de la pathologie chirurgicale offre autant de difficultés au moins que l'étude de la pathologie interne, et qu'il est
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aussi difficile (Irtrc hoii cliiiin-uicM (\\\r lioii nicMlcciii. Mais Malle/ |tttiiit vous niôprendrc sur le sens cl l:i jitult'O de ui(»s paroles, el croire (]ue j'ai clicrchc à élabiir la piM-cminciicc de la chirurgie sur la médecine. Loin de moi une pareille pensée! J'ai voulu seulement faire justice? de ce vieux prt'jugé (jue les études chirurgicales exigeaient moins dellorls et de science ([ue celles de la médecine.
Que vous dirai-je maintenant de l'espril dans lequel je compte faire ce cours? Après l'exposé que je viens de faire, vous connaissez déjà quelles sont mes tendances, et comment j'envisage l'étude de la chirurgie.
En première ligne, je place la méthode, sans laquelle toute description devient impossible. C'est grâce à l'ordre et à la méthode que le professeur peut enseigner, et que les élèves peuvent retenir.
S'il importe de ne pas être exclusif, de ne point rejeter sans examen des opinions nouvelles, par cela seulement qu'elles sont en contradiction avec les idées généralement reçues, il ne faut point non plus tomber dans l'idée opposée. De notre temps, la littérature médicale a pris de tels développements que, si l'on voulait entreprendre de lire tout ce qui se publie, la vie n'y saurait suffire. D'ailleurs, parmi les travaux si nombreux qu'enfantent et le besoin dévorant d'une presse quotidienne et le désir bien naturel de se faire un nom, combien peu vivent au delà de la semaine qui les a vus naître? Ce serait surcharger votre mémoire que de vous entretenir de tous ces travaux : le devoir du professeur est d'en extraire l'idée utile, s'il y eu a. et d'attirer votre attention sur les choses véritablement bonnes et sérieuses.
Enfin, un des devoirs, à mes yeux le plus important, du professeur, est de toujours donner sou o{)inion, même dans
les questions douteuses; que dis-je, surtout dans les questions en litige, et de savoir en assumer la responsabilité. Il est impossible qu'arrivé à l'âge où nous sommes, un chirurgien qui a profondément réfléchi sur une question, même très ardue, n'ait pas une préférence pour une solution, en un mot n'ait pas pris son parti. Car, remarquons-le bien, la chirurgie n'est pas une science abstraite et purement spéculative. Au sortir de l'école, un jour ou l'autre, vous vous trouverez en présence des cas discutés dans cet amphithéâtre, et il faudra. vous décider. Voilà pourquoi, après vous avoir exposé l'état de la science, je vous dirai nettement mon avis, et bien rarement il m'arrivera de vous laisser dans l'incertitude.
Tels sont. Messieurs, les principes qui dirigeront mon enseignement. J'ai dit tout récemment, dans la préface de mon Traité (Tanatomie médico-chirurgicale , que je n'étais ni un servile adorateur des faits, ni un partisan quand même de Y évidence cartésienne. Je tiens à répéter ici que, selon moi, la vraie méthode scientifique est celle qui consiste à rassembler les faits, à les contrôler, à les comparer, puis à se servir du raisonnement pour en tirer les déductions légitimes qu'ils comportent.
DE LA SCAPULALGIE