MESSIEURS
Vous avez remarqué sans doute, au n" 38 de la salle Sainte-Marthe, un malade atteint d'une tumeur volumineuse à la partie postérieure de la cuisse. Je ne compte pas, comme je le fais ordinairement, l'opérer par le bistouri; mais je vais tâcher de le guérir par des injections caustiques, et je dois vous donner quelques explications sur cette méthode et sur les raisons qui me déterminent à l'employer. Le malade que je traiterai ainsi est un homme de trente ans, qui semble être dans un bon état de santé, quoique sa tumeur me paraisse être do mauvaise nature. Il n'y a dans sa famille aucun cas de cancer. Il eut il y a sept ans un chancre mou qui guérit assez vite, et qui ne fut pas suivi des manifestations constitutionnelles qui accompagnent la syphilis.
La tumeur date de trois ans et même plus , car le malade ne l'aperçut que lorsqu'elle était déjà grosse comme un œuf de pigeon. Il était tombé sur la hanche, et en se tâtant il découvrit la tumeur, qui, toute petite alors, a pris aujour-
INJECTIONS INTERSTITIELLES CAUSTIQUES. 4ol
d'hui des proportions considérables. Elle est placée à la partie postérieure de la cuisse, un peu au-dessus du jarret, aussi grosse que la tète d'un enfant nouveau-né. Elle est mobile sous la peau, qui n'est ni rouge, ni amincie ; elle est mobile aussi au-dessus des muscles de la cuisse, si bien qu'on peut la faire remonter ou descendre sans imprimer de mouvements au membre. Elle est arrondie et lisse; cependant il m'a semblé remarquer que, depuis que le malade est à l'hôpital, elle a pris une forme spéciale, devenant un peu pointue pour ainsi dire à la partie inférieure, et qu'en même temps elle avait notablement grossi. Ce fait s'accorde assez bien, d'ailleurs, avec ce que le malade nous avait raconté : il prétend, en effet, que sa tumeur, stationnaire pendant deux ans et demi, a pris dans ces six derniers mois un accroissement très rapide qui l'a effrayé au point de le déterminer à entrer dans un hôpital. Quoi qu'il en soit, la tumeur a grossi; mais elle a en même temps changé de consistance : elle était dure et élastique; elle s'est un peu ramollie, surtout au point acuminé que je vous signalais tout à l'heure. Mais il n'y a pas de liquide; et, quoique l'on sente quelque chose qui rappelle la fluctuation véritable, c'est une pseudo-fluctuation, analogue à ce que l'on trouve dans ces arthrites du genou ou du coude, oii la synoviale est devenue fongueuse, et oii sa cavité semble, quoi qu'il n'en soit rien, remplie de liquide. Les symptômes fonctionnels sont à peu près nuls. En efi"et, la tumeur est indolente : on peut la presser en tous sens sans que le malade éprouve la moindre douleur. Il ne ressent pas non plus ces élancements aigus qu'on observe toutes les fois que le sciatique est lésé. Il n'y a ni œdème, ni gonflement du membre. La marche est à peine gênée, et, si cet homme veut être opéré, c'est uniquement parce qu'il craint de voir grossir démesurément son mal .