QUARANTIÈME LEÇON
Tumeur de la main.
Messieurs,
Tout à l'heure je vais opérer devant vous un malade : il est aiïecté dune tumeur de la main droite, que je crois, d'après les recherches que j'ai faites à ce sujet, sans analogue dans la science. Elle est aussi remarquable par le siège qu'elle occupe que par ses dissemblances avec celles qu'on a rencontrées jusqu'ici à la paume de la main. Le jeune homme qui en est atteint m'est adressé par un collègue de province ; c'est un élève de rhétorique âgé de dixneuf ans. Il a donc reçu une bonne éducation, ce qui nous permet d'avoir confiance dans les renseignements qu'il nous donne, d'autant plus que son attention a dû être fixée sur les divers signes de la maladie par le médecin de la famille.
Il y a huit ans, dit-il, il a remarqué une petite tumeur qui se développait à la face palmaire de sa main droite, vers le milieu du troisième espace interosseux; elle était mobile, superficielle et roulant sur le doigt. Ce dernier symptôme est d'une grande valeur, comme nous le verrons
tout à l'heure, à propos du diagnostic et du traitement. Elle alla dès lors grossissant : depuis dix-huit mois surtout elle a considérablement augmenté.
Aujourd'hui, elle se présente sous une forme trilobée, un lobe correspondant à Féminence thénar, un à l'éminence hypothénar et un lobe médian ; tous trois en apparence distincts les uns des autres, mais en réalité ayant entre eux des connexions, manifestes au toucher. Toutes les scissures interlobaires sont disposées en éventail et viennent se réunir en avant sur la partie médiane du ligament annulaire : elles suivent par conséquent la direction des faisceaux ligamenteux de l'aponévrose palmaire, ce qui me porte à croire que le produit morbide est situé à la face profonde de cette aponévrose qui l'étrangle par ses digitations.
Dans son développement, la tumeur, arrêtée à la partie postérieure par le plan osseux résistant des métacarpiens, a dû s'accroître d'arrière en avant, poussant devant elle le tissu cellulaire et la peau. Mais, malgré la pression exercée par elle sur les parties molles qui l'environnent, le tissu cellulaire parait sain et la peau amincie n'a pas changé de couleur. Plus mobile dans le sens transversal que suivant l'axe de la main, elle semble obéir assez bien à l'impulsion donnée, et le malade lui-même croit sentir un glissement sur les parties profondes. Elle est dure, résistante, solide par conséquent : le lobe hypothénar seul offre quelque fluctuation, mais ce n'est qu'une fausse fluctuation; elle n'a jamais été le siège ni de douleurs, ni d'élancements, ce qui éloigne d'emblée toute idée de tumeur maligne. On ne constate dans les doigts, dans la main, ni œdème, ni engourdissement d'aucune sorte; il est donc évident que ni les nerfs, ni les vaisseaux de la région ne sont comprimés. Enfin, malgré son volume, la tumeur