‹ Clinique chirurgicale (volume 2)Chapitre 19 sur 26 · DE IA NOSTALGIE · texte numérisé non relu

DE IA NOSTALGIE

Tout prouve, contre l'opinion de quelques anatomistes, que le cerveau ou lencéphale est l'instrument essentiel ou exclusif de toutes lés sensations spontanées ou imprimées vers cet organe; de l'extérieur à l'intérieur. Le grand nombre de faits relatifs aux lésions du cerveau qui viennent d'être indiquées, et les nombreuses autopsies cadavériques que nous avons faites depuis une quarantaine d'années, m’ont convaincu de la vérité de cette assertion, depuis long-temps établie par de très-erands physiologistes, tels que Morgagni, Haller, Vicq-d'Azyr, Sœmmering et le docteur Gall.

On ne peut douter en effet que les affections mentales n’aient, comme toutes les passions de l'âme, leur siége exclusif dans le cerveau; mais la nostalgie, qui a donné lieu à tant d'hypothèses où d'opinions diverses, par rapport à son siége et à ses effets morbides, s’établit-elle dans cet organe et altère-t-elle réellement l’intégrité de ses fonctions? à

C’est une question très-importante que je n'essaierai pas de résoudre; je me bornerai, pour le moment, à rapporter quelques faits relatifs à ce genre de maladie, en décrivant avec soin tous les phénomènes qui l’'accompagnent ou la caractérisent, et les différences qui existent ou peuvent

MALADIES DE LA TÊTE. 325 exister entre cette affection morbide et beaucoup d'autres maladies qui ont également leur siége dans le cerveau. 1145091 | 369"81

Il est bien évident que toutes les sensations Sont transmises dans cet organe, ou par le système nerveux; avec lequel il a un rapport immédiat, ou par les sens, dont les nerfs établissent également . avec lui une correspondance intime, et directe. D'après cette vérité irrécusable, le cerveau doit nécessairement recevoir les premiers effets.de ces sensations, et selon l'influence plus. ou moins forte que ceseffetsauront produite sur sa substance pulpeuse, il surviendra une altération relative dans les organes intérieurs qui reçoivent directement ou indirectement les propriétés vitales des nerfs encéphaliques. | i A UE

En suivant cette correspondance nerveuse, il serait facile d'arriver à l'explication des causes de certains phénomènes pathologiques qui, ont échappé aux yeux des observateurs. 14 291109 . Ainsi le premier effet du désir ardent que l'individu atteint de nostalgie éprouve de revoir. sa, pa: tre, doit être nécessairement suivi, lorsqu'il ne peut le satisfaire , d’une inquiétude pénible qui s'accroit progressivement: et cette passion , résultat des sensations transmises au cerveau par les sens, paraît en affecter d’abord Ja périphérie, où résident probablement les organes de l'induction.

Les premiers effets pernicieux de ces impres: sions morales produisent indubitablement une

sorte d'expansion däns Les substances di cerveau, d'engorgement ét lengourdissément des vaisseaux de cet organe, et successivement de ceux ‘dés memne ren eten PERS les éavités :

cotitdirènt dis ces cas, sont l'affibiémént où Yabertation des fonctions intellectuelles. Ces effets' se propagent ensuite d'une manièré lente ou progressive vers les parties profondes ‘du cerveau/qui fournissent les nérfs des organes dés sens : et dé la locomotion , ‘éh sorté que les fonctions de ‘ces organés s affaiblissent également, ou éprouvent des altérations qui ont leurs signes partictliers. | Les plaies de tête,' où toute autre Cause extériéure, qui lèsent le cerveau dans quelques-uns des points de sa périphérie, ou de sa surface! antériéure Et süpériéure, peuvent produire des résultats analoges. Däns les lésions à la tête qui agissent excenthquétient dé l'intérieur à la superficie (telles sont celles produites par dès causes mécaniques | dirinéts obliquément de la base du crâne Vers $on intéfieur ); dans les métastases qui s'opérent d'un point: plus’ ou moins éloigné vers cetté mnêtne parue, ét dans les amas de liquide! ‘formés dans les cavités cérébrales, l’altération des’ ‘fonctions du éervéau doit présenter ‘uné marche différénte et avoir d'autres résultats. Fi la compression s'exerce sur l’origine de quélques- uns ou de tous lès nerfs de la locomotion, sur ceux dès organes mixtes, et Sur

éeux des sens dont les” FÉES" sont ‘bien

MALADIES DE LA: TÊTE: .. dx troûblées.et affaiblies àdes degrés relatifs; tandis que les facultés intellectuelles peuvent rester intactes en totalité on en partie; car il en!estisans doute, de ces facultés comme de éelles des. ‘organes des: sens, © 'estià-dire que, comme le dit le docteur. Gall, les da a she et doivent s'exercer séparément. ! | fésiissftih too

‘Je ne Enéantené pas des phénomènes ou les symptômes que les solutions de continuité à la surface du crâne avec. fracture et lésion directe ou indirecte au cerveau produisent ordinairement; ils sont décrits dans les articles où-dans les:observations qui précèdent. D'ailleurs ces phénomènes ont beaucoup d’analogie avec ceux Rs PRE dahs ce travail. RETURN ES DURE RUN ETET

: Nousallons J'abord rendre débits des faits que nous avons observés chez un grandnomdbre de nostalgiques pendant leur vie et après leur mort.Chez ces individus, comme chez la plupart dés‘aliénés ; les facultés mentales saffectent les premières, et celles dela vie de relation s’altérentsuccessivement avécplusoumoins derapidité; tousles nostalgiques éprouvent en effet des‘aberrations dans l'esprit : cevsont! des tableaux rians et énchantéurs qu'ils aperçoivent dé loin dans le lieu qui les a vus naïître, quelque aride et inculte qu'il soit; à les éntendre leurs parens et leurs amis viennent à leur rencontre, couverts deriches habits, et avécles démonstrations les plus affectueuses. Dans ces premiers momens, il y a donciexaltation : elle se caractérise par une

augmentation spontanée de chaleur sur la tête, par l'élévation du pouls, les mouvemens désordonnés de l'individu, la rougéur des conjonctives, le regard incertain, la locution précipitée et inexacte; il survient " l'oppression, des pandiculations, des soupirs, de la constipation et des douleurs vagues dans différentes parties du corps.

À cette pyrexie, succèdent la compression et la gène dans tous les organes : l'estomac et le diaphragme m’étant plus stimulés ; comme dans l'état naturel, par les nerfs pneumo-gastriques, tombent dans un état de stupeur, etil se manifeste aussitôt des signes de gastrite qui ne sont toutefois qu'un symptôme nee de la lésion du cerveau. Les fonctions digestives sont dérangées, la fièvre de* vient plus iñtense et marche avec M Lire Ja suit ordinairement. 0

Dans la troisième période; l'asthénie se: te avèc prostration des forces; la tristesse. s'empare alors du sujet, il gémit, il verse des larmes; souvent il a horreur des alimens et quelquefois des liquides transparens, tels que l’eau pure, ce qui lui donne un caractère hydrophobique. Enfin la vie lui devient à charge : alors il se donné la: mort sans nulle répugnance, si la main qui doit exécuter cetteaction n'est pas déjà frappée de paralysie; ou bien:les-forces vitales du sujet s ‘éteignent gras duellement, ét il meurt sans se connaître. +.

Pendant. la retraite de Moscou, nous he” vu périr de la même manière un grand nombre de nos

compagnons, dont le cerveau avait été altéré dans la même région par un froid de vingt: cinq à vingthuit dos | ÿ

Voici ce qu'on observe à l'autopsie du cadavre d’un nostalgique: 1° La superficie des lobes antérieurs du cerveau est dans un état d’inflammation profonde, avec des points de suppuration dont le siégeetl’étendue varient.L’arachnoïdeetla pie-mère participent à cette inflammation; les substances du cerveau sont durcies, et leurs vaisseaux artériels gorgés de sang noir et liquide. 2° Les poumons sont ou engorgés ; les cavités du cœur sont dilatées outre-mesure et remplies de coagulum où de sang noirâtre; l’estomac et les intestins sont distendus. par des gaz; leur membrane muqueuse est injectée, mais elle ne présente point de symptômes d’une véritable inflammation. Ainsi les individus ne/meurent point, comme on a pu le croire, d’une gastro-entérite, mais bien des effets de l’altération du cerveau.

: D'après nos remarques et a faits nombreux que nous avons recueillis , NOUS pensons que l’ossification prématurée des sutures des os du crâne et celle des artères de lencéphale prédisposent à la nostalgie, et abrégent le cours de la vie de l’individu chez lequel ces phénomènes se présentent. On pourrait dire le contraire pour ceux chez qui cette ossification est retardée et ne se termine qu’à un Age trésravancé, C'est au moins ce que nous avons vu sur les têtes d'un grand nombre de vieil.

Son "| MALADIES DE LA TÊTE.

lards qui avaient déjà passé 70 et 80 ans: Chacun d'ailleurs peut être à portée de vérifier la vérité de! ces assertions. Chez notre illustre compagnon d'Ét gypte, Monge, dont la mort fut précédée d’une mélancolie profonde et d’un ennüi insupportable, les artères cérébrales furent trouvées ‘ossifiées. Cé respectable vieillard , qui m'avait honoré de sa wi: site avant l'invasion de la maladie qui l'a faitipérir, versait des larmes du regret d’avoir étéprivé de ses principaux amis, de ses emplois et de ses titres: il n'est pas douteux que cette cause n'ait beaucoup contribué à ce travail morbide der de P ossification de ses artères cérébrales. :1°11#46208: lDes phénomènes analogues ont été” observés dass le cerveau du cétisie Fourcroÿ; qui a péri prématurément par les mêmes causes Ms mélancolie ét un chagrin très-profonds. 4, SALE MOTTE] Nous transcrirons ici, extraite d'aaéléthé de Phlaé ses compagnons, la nécropsie de lord Byron, mort en Grèce, trés-jeuné encore, d'une fièvre qui à paru avoir son siège dans le cerveau ’. 1° Les os de la tête ont présenté uné densité trèsremarquable; le crâne était sans suturés yfet'ressemblait à celui d’un vieillard de 80 à‘90 ans; oh aürait pu dire qu'il ne faisait qu'un seul os et sâns diploé. 2° La dure-mère était intimement adhérente x la surface mp Pc du crâne jles vaisseaux

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