RÉFLEXIONS RÉFLEXIONS SUR LA PARALYSIE
Comme l’une des anomalies du choléra spasmodique indien, que nous avons traité à l'Hôtel des Invalides, a eu pour effet principal des névroses ou des paralysies de certains appareils nerveux et même des membres tout entiers, nous ajouterons aux courtes réflexions que nous avons faites sur cette épidémie désastreuse, avec quelques observations remarquables que nous avons recueillies sur ce genre d’anomalie, une notice que nous avons publiée, dans un temps déjà reculé (et insérée dans des ouvrages périodiques ou opuscules dont les éditions sont épuisées), sur la paralysie en général, maladie qu’on a abandonnée aux seules ressources de la nature, ou contre laquelle on n’oppose que l'usage des eaux thermales, inutiles et presque toujours pernicieuses.
Nous revenons à notre premier objet, c’est à dire à cette anomalie paralytique qui a frappé séparément certains organes. L'effet le plus remarquable qu'on a observé pendant cette épidémie, et qu’on peut rapporter à son influence, a été une héméralopie qui s’est déclarée parmi les troupes qui occupent les villes ou les places fortes situées sur la rive gauche du Rhin. Il est
vraisemblable que les causes qui ont produit le choléra à Paris et dans toute la zone qui ÿ correspond n'ont pas eu assez d'intensité sur les bords du Rhin pour produire le même genre d’épidémie ; elles auront sans doute été modifiées par les grandes forêts et les montagnes multipliées qui bordent des deux côtés ce grandfleuve, et ont abrité les habitans des vents du nord-est, en sorte qu'elles n’ont porté atteinte que sur les nerfs de l'organe visuel ; le plus accessible à Paction de cette cause , et lé vrai choléra avec tous ses symptômes n’a point paru dans cette contrée!, tandis que l’héméralopie a frappé presque tous les soldats des garnisons de ces villes qui se ‘sont exposés à l'impression du serein ou de l’air froid pendant le jour, après avoir été échauffés dans les corps-de-garde ou dans les maisons chauffées avec les poëles dé fonte usités dans ce pays. Un assez grand nombre d’habitans de la classe indigente en a été, également atteint, tandis que les officiers et les gens aisés, qui ont pu se soustraire aux effets de ces variations brusques atmosphériques et aux vicissitudes du mé; tier.des armes et autres métiers aussi pénibles, en.ont été. exempts. L
D'après plusieurs rapports des chiot mihitaires, qui sont parvenus au Conseil de santé des armées, et notamment à Belfort, un dixième
environ des'troupes stationnées sur la ligne rhénane qui s'étend de Huningue à Strasbourg a été atteint de cette affection paralytique, péndant le: mois d’avrilet pendant les premiers jours'de mai, et quelques uns ont été frappés d’amaurose. À peine le soleil déscendait:il "au dessous de lhorizon , que les sujets héméralopes ne distinguaient plus:les objets nimême lilüumière. Cette aberration de la'vue était ordinairement précédée et accompagnée de douleurs de’ tête (céphalalgie), quelquefois de vertiges ,constamment dé la dilatation dés pupilles, et chéz ÿprést que tous de l'engorgement des vaisseaux de là copjonctive. Chez un assez grand nombre, à ces symptômes locaux se Joignirent des'signés d’af: féctions gastriques étiquélquefois an! flux diar: rhéique: Une pareille affection nerveuse, épidémique} compliquée d'ophthalmie à régné pen:
dant le: printemps: de l’année: 1816: parmi des trou pés étrangéres d'occupation campées sur lés frontières du nord'ét: de! Fest de la Franée et cette ophthalmie qu’on fa isait remôntér à! (cellé d'Égypte; considéréé'par les médecins étrangérs comme ‘contagieuse , rétonnaissait l'influenté des causes atmosphériques tout xfait semblables à celles qui ont produit, l'héméralopie dé V'époque actuelle, et qu'on pourrait appeler chôléri. que. Sans nous arrêter aux divers moyens qu'on
a conseillés dans les différentes villes du Rhin pour combattre cette affection, ni sur les ditférentes opinions émisés par les médecins de cette contrée sur la nature des causes qui l'ont fait naître, nous indiquerons les moyens de s’en préserver et de s’en guérir promptement.
‘1°: On prévient l’invasion de cette maladie en observant rigoureusement les préceptes relatifs au choléra, que le Conseil de santé, duquel je faisais partie, avait prescrits pour les troupes de l'expédition d'Afrique et pour celles de la France. L’un des principaux consistait où consiste à tenir Son ventre et ses pieds chauds, au moyen de ceintures et de bas de laine , et se recouvrir les yeux et les oreilles pendant la nuit, surtout lorsqu'on est à l'air libre ou au bivouac, en faisant rabattre sur le visage son bonnet de nuit, ét pour le soldat le bonnet de police (une très petite correction ‘qui a été indiquée suffit pour cela }), et à éviter les transitions brasques dé la température et l'usage des liqueurs alcooliques. | ’ |
2°. Pour pouvoir bien apprécier Vefficacité dès moyens thérapeutiques que nous allons conseiller , et que nous avons mis constamment en usage avec succés, il importe de fairequelques réflexions sur la nature de l’héméralopie et sur ses effets. Nous ne parlerons point de ses causes
prédisposantes déjà signalées; mais il paraît que celle qui la détermine oula fait développer, daus cette circonstance, soutire l'électricité nerveuse de la rétine et des nerfs pulpeux et extrêmement sensibles de l'œil, tels que les faisceaux du ganglion cphthalmique, désignés sous le nom de nerfs ciliaires, qui président essentiellement aux mouvemens de l'iris, et se trouvent dans un rapport sympathique immédiat avec le nerf optique. Ce premier effet est suivi d’une. sorte de stupeur. ou d'asthénie qui diminue dans des proportions relatives la sensibilité de ces nerfs ou en: affaiblit les propriétés vitales, ce qui produit dans les facultés visuelles l’aberration désignée sous. le nom d’héméralopie, affection particulière , qui. ne permet. à celui qui, en est atteint d’apercevoir les images qu’à la lumiere vive. du soleil, et il tombe dans.un état de cécité lorsque cet astre est passé sous notre horizon. La même cause détermine toujours, à divers -degrés, l’engorgement asthénique, des vaisseaux de l'œil et surtout de ceux de la portion, de Ja conjonction qui recouvre la surface des cornées, etcette altération estordinairement suivie d’une affection sympathique à l'estomac. D'après ces idées ,# y a deux indications à remplr : la première consiste à désemplir les vaisseaux des parties affectées, pour rétablir lecours
de la circulation des fluideset fournir à l’innervation ; la deuxième à rétablir l’action et le res= sort des organes. affaiblis ou :paralysés. Pour remplir la première, je fais de légères saignées locales révulsives que je pratique:avec la ventouse scarifiée, posée aux tempes, à la nuque et entre les épaules, et auxquelles on fait succéder, quelques pédiluves sinapisés, des lotions d'eau à Ja glace vinaigrée sur le front et:le: visage, et! l'application sur.les orbites d’une vapeur. d'alcool :camphré aromatique. On couvre les. yeux..du. malade d’un. bandeau. de: soie verte, «pour, les.mettre à labri de la-lumière vive et isoler, l'organe visuel de. électricité atmosphérique; on le. met à J'usage;:de quelques boissons aromatiques sucrées. .de bouillons adoucissans, et on administre : un léger vomitif,, composé d’une infusion-aqueuse di pécacuanha et d'une. petite; fraction ::d'émé: tique. Cette médication suffit ordinairement pour,;guérir le. malade, et la vue.est rétablré dans son équilibre au plus:tard du-huitièmetai neuvième jour. Si, -malgré ces moyens ;l’hémék ralopie se cônservait, n'importe à quel degré ; on. posera de légers : rubéfiäns «derrière:riles oreilles ou à la nuque;,et mieux des petitsmoxas qu on, applique. à la base du crâne etisur ‘le trajet des bosses, occipitales. Ce dernier:révul-
sif rétablit à: l'instant même les facultés visuelles dans leur état normal. Ce moxa, comme nous l'avons dit à son articlé dans nos mémoires, à la propriété dé porter plus ou moins profondément, avec un effleuve dé calorique,un principe oxigénifiant électrique propre à augmenter l’innervation. L'expérience à prouvé que ce moyen à une efficacité remarquable sur le système nerveux affaibli ou paralysé, et disposé à l’atrophie:' Cette médication simple, mais rationnelle, nous a suffi pour faire disparaitre, en Égypte et à Terre-Neuve, cette héméralopie qui se manifestait souvent chez'nos soldats sur les bords des fleuves oùde la mer, et Pamaurose même qui en était quelquefois Ja suite" ‘Nos jeunes chirurgiens, à qui nous avions donné: ces instructions , ont obtenu les mêries succès sur lés bords du Rhin. Nous ferons ifisé£ rer, dans:le journal dû Conseil de ‘santé’; la rela: tionsque l'un: de ces chirurgiens, M. le docteur Poulain, nous a adréssée de Béfort sur'cette ma ladie: Au trésté, cette médication formela base du:trditement de Pophthälmie que notis avons conseillé aux: médecins de la Belgique, pour lé grand nombre :d’ophthalmiques et.d’héméralopes que nous ‘avons trouvés dans les hôpitaux de ceroyaume, lorsque nous y avons fait une inspection sur l'invitation du roi Léopold, pen-
dant Vantomne de 1831. Nous avons appris, de: puis;que certraitement avait été émployé avec degrarids avantages. Nous l'avons également mis en usage, avec un succès inattendu, contre l’amaurose ou goutte sereine, surtout lorsqu'elle n'est pastdevenue chronique; on trouvera des observations curieuses de ces' résultats à larticle Maladies des yeux, dans le: premier volume de cette Clinique. : DECES 95
: Nous allons maintenant'remplir la promesse que nous avons faité dé rétraéer icice que l’expérience nous a appris sur les paralysies ‘des mémbres, et: la manière d'agir dés causés ‘qui les produisent, et'sur les avantages qu'on peut retirer des révulsifs , lorsqu’ ils : sont a ta àtpropos et'avec discernement. WE -1La paralysie}? proprement ares à plustéurs degrés et une: étendue: relatives” élle se bofne quelquefoisà d'asthénie des puissances: locomotrices, sans quel sensibilité animale «en soit-té-
e :-dansrquelques®cas: fort rares néanmoins, cette-facultésestoentièrement détruite , tandis queclærcontractilités des: muscles: reste intacte ou, bien:cesideux :propriétés sont affectées en même stemps;ice qui ‘constitue t PATES complète. ir trid
La paralysie’, proprement dite consiste dans l’abolition ou::la diminution des mouveméns
6o __: RÉFLEXIONS
volontaires , accompagnée d’atonie ou relâchement, de tremblement ou de contraction : tétanique des muscles affectés, avec exaltation ou abolition de la sensibilité animale. Cette affecuon paralytique porte le nom d’hémiplégie :ow de paraplégie., selon: qu’elle s’est emparée de tout un côté du corps, ou des deux membres inférieurs. Elle peut aussi se borner à un appareil particulier de muscles, tels que ceux d’une partie de la face ou à des portions de membres, ce sont autant de paralysies locales ou dti eo:
Nous distiñguerons deux espèces générales de paralysies; par PA PPPRHE aux causes qui les prod uisent:: | ès!
L'une qui est le résultat de-blessures ou d’une cause mécanique, etque nous ee sous le nom de püralysie:traumätique ;: fé" 25185D
. La deuxième ; produite par déc causes ie nes, quernous, nommerons pardlysie spontanée.
:La-premiére peut: frapper séparément:ou simultanément:les nerfs qui produisent:la sensis biité et déterminent la contractilité etselonila “manière d'agir des-causes qui ont produit la pa: ralysie, «ces! nerfs ou.leur névrilème;:peut:s'enflammer et déterminer , avec cette affection! sig ralytique, une névrose où névralgie:
Il n’est pas rare.de voir des paralysies borner
SUR LA'PARALYSIE. Gr
leurs effets aux organes du mouvement; mais il est plus rare de voir dans un membre , ou n'importe dans quelle autre partie du corps, la sensibilité seule éteinte : cela tient à la nature de la lésion. Nous en rapporterons un exemple remarquable. Cette paralysie partielle des organes du mouvement ou de la sensibilité constitue la paralysie simple ou incomplète, et on l'appelle complète lorsqu'elle frappe ces deux systèmes d'organes en même temps.
Les causes traumatiques peuvent agir du tronc d’un ou de plusieurs nerfs vers les branches ou rameaux, ou de ces rameaux vers les troncs. Dans le premier cas, la lésion, portée sur'les troncs de ces organes, pent intercepter le passage du fluide nerveux vers les parties qui sont au dessous de la solution de continuité. Dans le deuxième cas, la paralysie se propage par une affection sympathique des rameaux ou branches vers les racines de ces nerfs; nous rapporterons des exemples de chacune de ces espèces.
La paralysie spontanée varie également par le siége de la cause qui l’a produite; elle peut se borner à quelques portions extérieures du système nerveux, ou frapper des nerfs entiers et depuis leur origine. Ainsi, une imp'ession de froid glacial sur des portions de membres,
ou une:substance vénéneuse déposée dans leurs tissus, peut y produire la ‘paralysie partielle; mais si elle siège dans quelques points de l’encéphale ou duprolongement rachidien, il-en
résultera une paralysie plus étendue et plus :
complète. | | Disld Dans ces deux espèces de paralysie, le pro-
nostic sera relatif à la manière d'agir de dla
cause, à l’étendue de l'affection et à sa durée: Les paralysies complètes et anciennes sont plus fâcheuses et offrent moins de ressources de guérison que celles qui sont partielles, simples-et récentes.
:L'indication générale qu’elles offrent consiste à détruire ou à modifier les causes qui les produisent, et à rétablir l’action nerveuse où vitale dans les organes paralysés.
Les moyens propres à remplir cette double indication seront prescrits dans le: traitement qui convient à chacune des espèces, bien qu'on ne puisse, a priori, en tracer la juste application: On peut annoncer d'avance que, pour remplir la deuxième indication on ne saurait employer de meilleurs révulsifs que le moxa, que nous avons reconnu le plus efficace de: tous les m oyers curatifs indiqués par les auteursim.
Dani ce cas, l'affection paralytique ayant une
très grande analogie avec le:tie douloureux, |
SUR LA. PARALYSIE. d 63
7 A avons. Cru . remarquer. qu'à l’altération de la substance nerveuse se Joignait une die de phlegmasie, qui s'empare.du névrilème des nerfs ou des membranes cérébrales ou spinales;. ce qui produit, avec l’asthénie dans les mouvemens, une névralgie relative. Le moxa n'en est pas moins un remède souverain dans les deux cas, car il agit de deux manières, par une excitation sur le tissu affaibli de la portion de la moelle ou des nerfs affectés, propre à y rappeler les propriétés nerveuses , et par la suppuration qu'on laisse ensuiteétablirsur la brüluredu moxa, laquelle opère une révulsion salutaire de la phlegmasie : mais pour obtenir facilementce résultat, ilestindispensable de faire précéder l'application du moxa de celle des ventouses scarifiées sur le trajet des nerfs paralysés, ou le plus près possible du siége. dumal. Le succès rapide que nous avons obtenu, dans ce dernier temps,de l'emploi de ces deux moyens chez nos invalides, et le grand nombre d'observations que nous avons rapportées dans les mémoires épars. dont nous avons parlé, justifient Ja vérité de cette assertion et doivent fixer, sur l'efficacité de:ces révulsifs, la confiance des jeunes ; médecins et celle du public. Cerendant, pour. entretenir le préjugé qui existe contre ce remède héroïque, on a imaginé, à l’époque où la chimie a fait tant de découvertes, de subs- IV. 4°
C db moyen ‘seul efficace êt nn j néré êhez les anciéns peuples’, les Chinois! ét les Égyptiens, l'usage de là noix voinique (strych-
nine), lun'des poisons les plus. subtils que Fon Ébanaiése Pour En avoir une justé idée! 1] suffit ‘de hire, dans! le chapitre e relatif aux substanées vénéneuses ; les ex périénces que Dous ‘avons faiies sur les animaux. Malgré notre défiance,
nous avons voulu essayer ‘cette’ substance aux doses préscrités par les médécins qui Ta préc nisaient, et mémé à des ‘doses plus petités : hous dédlärons | que ses ‘effets ont été constamment nuisibles, et’ nous En ävons vu! résulter pluéurs fois des accidens : fimestes. ‘Apres avoir impri mé au système DET VEUX uné‘excitation rélative, lle’ y produit üné iflammation préfünde qui s'accompagne de: stupeur ét d'une’ sorte d'asphyxie. Nous avons vu mourir" dans June des maisons des Changes ÉISRÉES" ünie darné paraplégique, qui, léntre/ Mon avis, toûlut faire usage de piules composées aVet cette subitañice. En général je ‘n’aécorde aticuné confiance aux remédes internes plus o où Hoi prééohisés par leurs auteurs contre cette M: Baladié ; car PTS à ont des effets propres à rappeler l'action Vitale dans les organes paralysé ils auront d abord produit dans les viscères où ils passent une Mirritation ou une inflammation proportionnée x 14 quantité
SUR LA PARALYSIE. 65 rés. en aura avalée: aussi nous n’én faisons jamais usage contre cette maladie. Nous nous dispenserons de rapporter sur ce genre de paralysie les observations nombreuses dispersées dans’ les divers ouvrages périodiques. et dans mon recueil des mémoires.
On peut distinguer les paralysies traumatiques en deux espèces, celles qui proviennent de blessurésiou des percussions violentes: à la tête ousur de trajet-de la moelle rachidienne et en celles qui portent atteinte directement sur les muscles du visage, dès membres ou d'autres parties du corps. Ces affections :paralytiques peu vènt être le résultat: ‘immédiat de ‘la solution de continuité : sur: l’origine ow'le: trajet des nerfs, ou celui de la présence dans le cerveau ôu la moelle épinière d’un cotpsétranger: 21: : En remplissant lmdication, quitest relative à chacune de ces blessures, onremédiera en même
temps aux effets de la cause qui a'déterminé læ pdralysiel;:la thérapeutique de ces solutions de: continuitées t? exposée: dans cétte: nériene ‘chi=
| rurgicale, Momése tot: UD, XH99 SUN abs)
Danscette espèce de Price comme; dans
celle: spontanée; la cause:quielabproduite ‘peut bôrner ses effets, ainsique nous lavons déjäsdit,
ax organes locomoteurset‘en détruire la con tractilité, ou porter atteinte séparément à la sensi-