‹ Clinique chirurgicale (volume 3)Chapitre 28 sur 46 · IV · texte numérisé non relu

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croissances, en les isolant des parties sensibles. Après trois ou quatre applications de ce topique, les poireaux se détachent, tombent, et les points de l'insertion de leurs racines sont: cicatrisés aussitôt. Si ces excroissances avaient un volume trop étendu, en supposant toujours que la cause intérieure füt détruite ou neutralisée, par le traitement prescrit, on emploierait la potasse caustique en poudre, qu'on poserait avec précaution sur ces tubercules, en les isolant également des parties voisines à l’aide de bourdon-

nets de charpie:enduits de cérat. Les petites

plaies qui résultent de la chute des-escarressont immédiatement cicatrisées. Nous ne conseillons ni la ligature n1 les excisions ,; presque toujours inutiles, en ce. que les excroissances se reproduisent; souvent nuisibles, en ce qu’on s'expose à des hémorrhagies, à l’inflammation locale et à la propagation du mal. Lorsque. ce, sont des symptômes constitutionnels, comme ces derniers ,:1l est sage d'insister plus long-temps sur la médication dont nous avons parlé, afin d’être certain qu'on à totalement éteint le virus et de pouvoir assurer au malade une guérison parfaite ou radicale.

Le bubon peut se manifester sans aucun autre symptôme extérieur, parce que/labsorpion opérée par la membrane muqueuse de l'u-

retre peut transmettre, sans que cette membrane soit elle-même affectée, le principe morbifique ou ses elfets sympathiques sur les glandes lymphatiques de l’aine. Cette tumeur s'annonce par un léger gonflement sur le trajet du ganglion iufecté, des douleurs pulsatives et une rougeur d’a: bord peu apparente se développent. Ces symptômes font des progrès successifs; un point de fluctuation plus ou moins sensible se manifeste au centre de la tumeur, et il n'y a plus de doute alors sur l'existence d’un abcès. Si les sangsues offrent les grands inconvéniens déjà signalés à Pinvasion de la tumeur, elles ont des effets bien plus fâcheux lorsque le féyer purulent est établi, parce que, dans cet état, non seulement elles font éprouver un mouvement métastatique à la matiere purulente vers les organes intérieurs, mais encore elles déterminent souvent une affection gangreneuse à la surface du bubon. Comme ce symptome devient critique de la maladie lorsque la tumeur:est abcédée il est,sage et rationnel d’en favoriser la suppuration par les: émolliens et même. les maturatifs dont se servaient les anciens, ainsi que nous l'avons recommandé pour les bubons pestilentiels, bien que ces derniers ne siégent pas dans les glandes lymphatiques. (Foyez notre Campagne d'Égypte.)

Lorsque la fluctuation est sensible; il fant se

hâter d'ouvrir cet abcès, non avec le bistouri où Ja lancétte, comme le conseillent la plupart des praticiens, mais bien avec la potasse caustique pulvérisée. Dans cette application, on suit là ligne oblique du pli de l’aine, et on pose la potasse de manière à produire une escarre disposée dans la même direction. Ce procédé a l'avantage de couper toute la portion désorganisée de la paroi externe de l’abcès , et d’absorber une grande partie de la matière épanchée dans son intérieur; le foyer se déterge ensuite promptement, et la cicatrice se fait immédiatement sans laisser à peine de traces. T'instrument tranchant, au contraire, a le double inconvénient de favoriser l'expansion ou l’absorption du fluide purulent par les vaisseaux ouverts, et de propager le mal; la plaie devient fistuleuse, les bords s'ulcèrent , et la guérison ést'plus ou moins retardée.

Bien que ce symptôme soit critique, lorsque l’abces est ouvert à temps et avec la potässe, il est prudent de’faire subir au malade lé traitement général que nous avons décrit; seulement, on attendra que la cicatrice de la plaie ‘qui résuite de la chute de l’escarre produite par la potasse soit commencée, pour employer les frictions mercurielles que l'on doit faire à la plante des pieds. Sans celale mercure peut s'é-

DE LA SYPIHILIS. 10!

chapper: avec la suppuration par la plaie du bubon:le pansement doit être le même que celui des chancres. Si l’érysipèle, qui complique quelquefois ces abcès, ne cède pas aux moyens ordinaires, on l’attaquera avec le cautère actuel, quenous mettons en usage, avec un succès CONStant, pour l'érysipèle traumatique. On a préconisé l’iode, dans ces derniers temps, pour provoquer la résolution de ces tumeurs; mais nous déclarons que ce moyen que nous avons eu occasion d'employer nous-même et que nous avons. vu employer par des praticiens distingués, loin de produire cet effet, nous a paru constamment nuisible. Nous pourrions citer un assez grand nombre d'exemples à l'appui de cette assertion.

Les altérations intérieures des os, des mem-. branes fibreuses'et des autres parties organiques accessibles à l’action de çe virus, quiest disséminé dans l’économie, doivent être traitées dela même. maniere; seulement il est nécessaire d’insistér plus long-temps sur l’usagé des principaux remêdes, surtout les frictions, dont on éloignera graduellement les distances, d’un à deux et trois jours, lorsqu'on sera parvenu au maximum de la dose. Lorsqu'enfin on verra une diminution. sensible dans l’exostose, sans discontinuer. le traitement, on en secondera les effets, par delégers topiques révulsifs, tels que des vésicatoires

volans, qu'on renouvellera périodiquement et qu'on appliquera par l'intermédiaire d’une gaze trempée dans de l'huile d'amandes douces; on aura soin aussi de mêler aux mouches cantharides parties égales de camphre. Il faut laisser tomber de lui-même l'épiderme désorganisé. Du reste, on ne peut espérer la résolution de ces indurations. où exubérances ossifonmes, qu'après un traitement de six, huit, dix ou douze mois, plus ou moins, selon la chronicité du mal. Dans toutes. ces affections chroniques, on seconde avantageusement l'effet des frictions mercurielles, toujours faites à de grandes distances, par des sirops sudorifiques, auxquels on ajoute les. mêmes substances qui ont servi à composer la liqueur prescrite plus haut. Celui que: nous avons adopté (1) est surtout indiqué pour:les. constitutions lymphatiques avec tendance au scorbut. Loin de mettre les malades à la diète et

(1) Salsepareille coupée i5 32, feuille de bourrache 1b 2, roses pâles Ï5 2, rob de sureau 15 r, follicules de séné 15 », anis vert ib 2, sucre Ï5 62. Faites trois macérations à froid pendant trois jours chacune, rapprochez suffisamment les liqueurs ; faites-y bouillir demi-heure les roses et la bour— rache ; mettez infuser pendant une nuit les follicules et l’anis ; passez, clarifiez, ajoutez le rob de sureau et faites avec le sucre un sirop très cuit. Il faut avoir le soin de faire

les macérations dans l’eau distillée. .

à un régime débilitant, il faut-les nourrir avec de bons alimens et les viandes d'animaux adultes. IL suffit de les priver de l’usage des viandes salées, des légumes farineux; du café et des liqueurs alcooliques:

Ici, comme dans les cas précédens, les prétendues saignées capillaires sont non seulement inutiles, mais constamment nuisibles; car, comme: les sangsues ne sucent que le sang artériél, elles affaiblissent les. sujets. et les disposent aux affections putrides et nerveuses (adynamiques de Pinel) : nous en avons vu un grand nombre d'exemples. Avant d'analyser cette méthode antiphlogistique, pour pouvoir faire son parallèle avec la nôtre, nous allons émettre en très peu deomots notre opinion sur la nature et les variétés de la blennorrhée.

On a vu-:maintes fois qu’un seul ulcère chancreux d’une femme, sans autre flux que celui produit par cette plaie, donnait à l’hommeentré en commerce:avec elle des flux gonorrhoïques plus ou moins graves ou virulens, dont l’inocu: lation détermine à son tour des plaies syphili-. tiques où desflux de la même nature. Dans tout état de.choses d’ailleurs , nous avons lieu de‘penser que la blennorrhée estunides symptômes de la: syphilis, avec des degrés variables d'intensité; et que sa rétropulsion peut étre accompagnée

La 184 DE LA SYPHILIS.

des mêmes effets que ceux qui résultent dela répercussion: du fluide ichoreux d’un chancre consécutif et bien caractérisé. Une très longue expérience ne nous laisse pas le moindre doute sur cette vérité. Comme les chancres dont nous avous parlé , il est de ces blennorrhées qui produisent à peine une légère phlogose sur: une portion de la membrane muqueuse: de l’urètre, et qu'une petite quantité de substances balsamiques très pures, telles que les baumes. de la Mecque, de copahu ou du Pérou, font disparaitre en très peu de jours, soit qu’on les administre incorporées dans du sucre par la bouche, soit en injections dans l’urètre, soit en lavemens, mêlées à l'huile d'amandes douces. Iiparait qu’en outre de leur propriété absorbante ou dessiccative, ces substances ont encore une qualité spécifique, qui agit particulièrement sur ce genre de maladie comme sur les affections-catarrhales de toutes.les membranes muqueuses. On: gué: rirait de même, et nous en avons: fait l’expérience, les excoriations extérieures avec les mémes baumes posés sur ces plaies superficielles: Il faut pourtant: compter sur la pureté de: ces substances : comme elles sont ordinairement mélées avec de la mauvaise huile de ricin ou d’autres huiles étrangères, elles peuvent être: plus nuisibles qu'utiles.

Nous avons traité avec un succès complet les blennorrhées virulentes à l’aide des mêmes remèdes indiqués pour la syphilis proprementdite, nous faisons seulement ajouter de légères frictions mercurielles, qu'on pratique sous le canal de lurètre et au périnée, qu’on intercale à plusieurs jours d'intervalle avec des lotions savonneuses. Pour terminer ces écoulemens, il faut sans doute un certain laps de:temps; mais on arrive souvent à la guérison sans baume ni aucune espèce d’injections astringentes, que nous croyons constamment pernicieuses : Aussi nous les avons proscrites de notre pratique. Nous employons rarement les sangsues au périnée ; il faut qu'il y'ait pour cela des signes bien caractéristiques d’une inflammation locale très intense. Nous ne faisons également qu’un rare usage des bains ,quiretardent la-guérison ; mais nous employons, pour calmer la douleur et apaiser l'érection des corps caverneux, des bougies enduites d’opium gommeux. Nous ajoutons ensuite la médication' déjà tracée des pilules de camphre:et d'opium, ou autres extraits de:substances narcotiques; àprendre à l'heure du sommeil, ainsi que du lait d'amandes douces pour remplir la mème indication, : LDBN |

Lorsquelesblennorrhéessontsimplesetexemptes de ces symptômes graves qui caractérisent

les blennorrhées virulentes, on peut les traiter, comme nous l'avons d’abord dit, avec les balsamiques, encore est-il prudent decommencer par les antisyphilitiques,tels quenouslesavons indiqués, et de ne faire usagé de ces premiers moyens qué pour faire cesser l’écoulement,s’ilen existeencore: Lorsque, par quelques écarts dans'lé régime ou par l'effet de causes inattendues, le flux blennorrhagique est tout à coup supprimé‘ ou répercuté, il survient ordinairement une fluxion dans l’un ou dans les deux testicules : elle se manifeste par le gonflement de l'organe, les douleurs pul: satives et une rougeur assez intense, qui se Mmanifeste à l'extérieur et s'étend à tout le dartos. S'il est un cas dans la marche de la syphilisiet dans le développement de ses divers symptô:

mes, où la méthode antiphlogistique ‘paraisse indiquée , c’est: assurément dans celui:que nous venons de désigner. Eh bien! l'expérience nous a prouvéqueles émissions sanguines, par'exemple, tant préconisées: par ‘les'auteurs pour les orchites , n'étaient jamais nécessaires et.étaient, awcontraire, presque toujours nuisibles, 1°.en ce que les sangsues affaiblissent considérablement les sujets par les raisons déjà données, et que, loin de réduire l’engorgement, elles augmentent souvent son volume; 2°..en.ce qu’elles idéterminent fréquemment des ulcérations: aux points

de leurs piqüres, des abcès dans le tissu cellulaire ou lamelleux sous-cutané, et favorisent la formation de l’hydrocele; 3°. enfin en ce qu'il est facile de concevoir que, dès qu'on ne remédie point à la cause première de la fluxion , rien ne peut la dissiper; tandis qu'il est aisé de la détruire en très peu de temps par les moyens simples et rationnels que:nous allons indiquer.

Il faut d’abord. ;placer. à demeure dans le canal de l’urètré xine bougie fine de gomme élastique, enduite d’une forte couche d’opium gommeux (1); et comme. l'estomac: éprouve constamment, dans toutes leslésionsorganiques, une irritation sympathique qui le jetté dans un élat de stupeur, on fera passer immédiatement un léger vomitif au malade, et onde mettra ensuite à l'usage des délayans. On fera :précéder avec avantage ce vomitif par l'application d'une ou, de deux ventouses scarifiées à l’épigastre: On enveloppeles bourses dans un linge imbibé d'huile, de.camomille-camphrée;:et: on les soutient suspendues et comprimées. à&d'aidé d'un suspensoir de flanelle.. Si l’'engorgement; per: siste, ce qui est très rare, quelques frictions

(1) On doit le malaxer avec du suc gastrique d’animaux ou de la salive très pure d’enfant.

mercurielles locales sont prescrites, ainsi que: quelques grains de calomel et de rhubarbe, qu'on fait prendre le matin, en pilules, au malade. Quelqu’intense que soit l’inflammation, elle cède à l'emploi de ces moyéns et se dissipe à vue d’œil, en sorte qu’ellé a entièrement disparu du troisième au cinquième jour au“plus tard. L'expérience nous a fait vérifier l'efficacité remarquable de cette méthode, et depuis quel: ques années on n’en employait pas d'autre dans le département des blessés de l’hôpital du Gros- Caillou, où elle à été Fobjet de plusieurs de nos leçons de clinique.

D'ailleurs, le raisonnement appuie ici lexpérience. Que résulte-t-1l en effet de l'emploi de ces moyens ? La bougie calmé à l'instant même l'irritation locale, rappelle l'écoulement ou'le flux blennorrhagique, et dissipe l’irritation sympathique qui s'était concentrée dans le testicule, dont les vaisseaux sont distendus par la stase des fluides qui ont produit la fluxion : c'est ce qui constitue l’engorgement asthénique, que, dé légers toniques et une compression graduée doivent dissiper d'autant plus promptement, que ces vaisseaux ont conservé toute la force de leurs propriétés vitales, énergie qu'ils auraient nécessairement perdue si l’on avait appliqué les sangsues; aussi avons-nous vu dans

nos hôpitaux militaires, comme dans la pra tique civile, ces fluxions se prolonger indéfiniment et se terminer souvent par l'induration du testicule ou l'hydrocèle, malgré l'application réitérée des sangsues,

Maintenant que nous avons exposé notre opinion sur la nature de la syphilis et de ses principaux symplômes, ainsi que sur le mode de traitement que nous avons ‘mis en usage pour guérir cette maladie, nous exprimons le désir, dans l'intérêt de l'humanité et de la science, que les jeunes praticiens veuillent bien se donner la peine. d'examiner sans prévention et avec discernement cette méthode, que nous pouvons appeler rationnelle. Il leur sera facile d’en apprécier les avantages et d'en faire le parallèle avec celle dite antiphlogistique, que quelques auteurs enthousiastes ont préconisée, dans ces derniers temps, avec tant d'exagération que, quels que fussent ses insuccès,on n’en prodiguait pas moins les sangsues, à tel point qu'à l’époque ou elles coùtaient 15,20 et 25 centimes la pièce, nous.ayons la preuve que, dans une seule division de cent soixante vénériens, il y en a eu, dans l’espace de six mois, près de quinze mille de consommées. Nous conservons encore le relevé de la pharmacie, qui atteste ce fait.

L'idée défavorable qu'on avait jetée dans l'es-

prit du public sur le mercure, dont lé mauvais emploi avait été en effet très nuisible, ainsi que l'avaient annoncé, depuis fort long-temps, un grand nombre d'auteurs recommandables, et les avantages apparens qu'offrit d’abord la nouvelle méthode, ont été les principales causes de la confiance aveugle qu'on à accordée àvcette dernière ; les circonstances d’ailleurs lui ont été favorables. La syphilis s'étant considérablement atténuée, et la société étant parvenue à son plus haut degré de civilisation, de prudence et de sobriété, il est facile de concevoir que les malades qu'elle a fournis, loin de cacher leur mal et d'en négliger le traitement, réclamaient, aussitôt son invasion et avec d'autant plus de confiance, les secours de l’art, qu’il n’était plus question du mercure, et que les premières guérisons, quelqu'imparfaites qu’elles fussent, séduisirent le public et les jeunes médecins. Effectivement, les sujets atteints de quelques uns des symptômes qu'on désigne sous le nom de primitifs, légers ou benins, étaient réellement guéris ou en apparence avec des moyens simples et en un laps de temps plus ou moins court. Des saignées capillaires, la diète, quelques purgatifs, des boissons gomimeuses et des lotions saturnines, ou une solution de nitrate d'argent, sur les excoriations ou les plaies récentes et super-

ficielles, suffisaient ordinairement pour faire disparaitre ces symptômes ; et les individus étaient ou se croyaient guéris réellement lorsque ces symptômes étaient récens et légers et sans infection intérieure. Lorsqu au contraire il y avait eu la moindre absorption du virus, qui précède ou accompagne l'invasion des symptômes primitifs ou consécutifs, la guérison obtenue par le même genre de médication n’était qu’apparente. Une observation impartiale, et les recherches nombreuses qu’un grand nombre de chirurgiens militaires ont faites pendant des années entières, ont prouvé d’une manière irrécusable que tous les individus de cette derniere catégorie ont eu des récidives plus ou moins fâcheuses du mal qu’on avait fait disparaître temporairement. Nous avons eu à regretter de n’avoir pu faire publier un précieux travail qu'avait rédigé sur ce sujet l’un des jeunes et éloquens professeurs de l’École de chirurgie et de médecine militaires de Metz, qu'une maladie grave et chronique a pour toujours séparé de cette École. Les expériences mombreuses de ce chirurgien sur les soldats de plusieurs régimens, traités sous. ses yeux, et les renseignemens qu'il avait recueillis dans toutes les contrées de l'Europe sur le même sujet lui avaient fait vérifier la vérité de cette

assertion. Nos recherches et celles de tous noë confrères, qui, comme nous, ont été à mêmé d'observer ét de suivre les effets de cette méthode nouvelle ont eu le même résultat; et nous osons dire qu'aujourd'hui la conviction sur ce point est si générale, que loin de proscrire le mercure, Comme on l'a fait pendant quelque temps, on en étend l'usage à un grand nombre de maladies autres que la syphilis , et pour lesquelles ce remède paraissait contreindiqué, telles que les phlégmasies chroniques de la plupart des organes intérieurs. D'après l'avis même de quelques médecins célèbres, on doit, dans ce cas, administrer le mercure à graudes doses , en protestant de son innocuité. Sans partager entièrement celte dernière idée , nous déclarons avoir fait usage de ce médicament, avec les plus grands succès, pour tout engorgement ou phlegmasie chronique des organes parenchymateux du bas-ventre, de l’estomac, de l'utérus, des seins chez la femme et des organes générateurs chez l’homme. Enfin, tous les médecins éclairés et consciencieux conviennent aujourd'hui que le seul remède effcace contre la syphilis est le mercuré ou ses préparations , administrés avec la prudence et la sagesse que commande l'intérét de l’humanité; et c’est'sur ces principes qu'est: établie

notre méthode, dont les avantages ont été confirmés par une longue expérience (1).

Une maladie bien grave, à laquelle donnent lieu ordinairement les traitemens non méthodiques de la gonorrhée, est le rétrécissement du canal de l’uretre, qu'on peut appeler avec raison urétrite chronique, beaucoup plus commune qu'ailleurs dans les pays où les blennorrhées sont presqu’exclusivement traitées par les injections de liquides répercussifs ou astringens , procédé très! usité chez quelques nations du Nord, surtout en Angleterre. Ces rétrécissemens donnent lieu souvent, à. leur tour, à des ischuries violentes ; à, la rétention partielle ou totale de l'urine, aux abcès urino-gangreneux et aux fistules urinaires. Nous n'avons ni le désir ni la prétention de décrire chacun de ces accidens, nous nous bornerons seulement à en indiquer les principales circonstances, pour faire mieux apprécier aux jeunes praticiens les moyens que nous croyons les plus efficaces pour guérir chacune de

(1) Nous pourrions sans doute nous féliciter aujourd’hui de voir cette horrible maladie totalement extirpée de la société, ou considérablement atténuée, si l’on avait suivi sans interruption dans son traitement la méthode dont nous venons de tracer rapidement les principales bases. Certes le nom de ce métal (mercure) n’effraierait pas plus le

publie pour son usage que celui du sous-carbonate de soude. IV. 4

104 DE LA $YPHILIS.

ces affections. Nous nous dispenserons également d'entrer dans aucun détail sur la divergence des opinions que les auteurs plus ou moins célèbres qui,ont..écrit sur ces maladies ont'‘émises, et qui ontété préconisées ou critiquées'tour à tour. … Nous désignons sous le nom durétrite chronique l’engorgement des parois membraneuses de l’urètre, lequel se caractérise par la difficulté d'uriner, sorte de strangurie, les douleurs et l'ardeur locales; la paroi inférieure du canal se présente au toucher sous la forme et la densité d’une corde tendue, et il s'écoule’ ordinairement par l'urètre un flux plus ou moins abondant, périodique ou continuel de sérosité âcre et de couleur variant du jaune au verdâtré. Un ou plusieurs points du canal’ présentent des rétrécissemens anormaux ou strictures, dont le malade assigne facilement le siége, ‘et qu'on peut déterminer par le toucher et l’usage>d'uné bougie :exploratrice. En général, ces! rétrécissemens ont lieu au delà du bulbe de l’urètre, dans.le tissu membraneux et folliculeux de ce cana}, qui correspond à l’intervalle trianguldire supérieur des muscles bulbo-cavernéux : c'est dans l’espace compris entre le bulbe spongieux de ce canal et le périnée qu'il faut chercher ces rétrécissemens, qui sont le résultat de l'épais sissement on de la tuméfaction partielle-de cette

DE LA} SYPHILYS: 109

membrane muqueuse et:du tissu cellulaire ambiant, «accompagné de phlogose et souvent de gerçüres ou excoriations particulières qui laissent suitter le flux dont nous avons parlé.

: Les causes de cette affection tiennent essentiellement à la présence d'un principe morbifique particulier, produit et entretenu par le virus syphilitique ou scrophuleux, car on'a vu de ces rétrécissemens chez des sujets atteints de diathèse scrophuleuse , qui n'avaient eu aucun commerce avec les femmes infectées. Les causes, déterminantes: sont les injections astrin gentes, ou les drastiques pris intérieurement et les causes mécaniques externes ; celles-ci seules pe produisent que très rarement le rétrécissement:dé l’urètre, car nous avons donné nos soins à un assez grand nombre de militaires chez qui ce canal avait été entamé par des blessures reçues au combat, et chez aucun il n’était survenu auçcun accident de cette nature.

-Du-reste, ces rétrécissemens peuvent être portés à des degrés différens; d’après cette idée, quelles sont les indications à remplir? La premièré consiste à détruire ou à atténuer la cause morbidelspontanée prédisposante, analogue à celle qui produit sans doute les lésions organiques. des: viscères et des glandes fymphatiques, dont nous avons déjà parlé dans nos Mémoires ;

ps

la seconde doit avoir pour objet de faire cesser les effets de cette cause principale et delles dissiper entièrement. On remplit la première indication par l'usage de frictions mercurielles faites à petites doses, sous le canal de lurètre, à la distance de trois ou quatre jours, et par celui du sirop. dépuratif de la formule prescrite, à prendre le matin à jeun dans des infusions amères. On attaque l’engorgement Tocal avec de légers révulsifs posés à plusieurs'reprises sur tout le trajet du canal. Il est rare qu’on soit dans.le cas de les ‘faire précéder de lapplication de quelques sangsues, ou, mieux encore, de celle des ventouses mouchetées sur les bords de cette région (le périnée). Ces révulsifs;qu'on gradne. à volonté, consistent en des {linimens alcalins camphrés, de légers vésicatoires:, "tels que ceux que nous avons déjà indiqués , ‘pansés : avec une pommade adoucissante, et quelquefois de petits moxas placés sur les points des indurations. Il faut en même temps dilater graduellement le canal au moyen de bougies, ou, mieux, de sondes de gomme élastique, précédées du passage d’une petite corde à boyau lorsque le rétrécissement est profond. A l’aide d’une telle médication nous avonsguéri un grand nombre d'urétrites chroniques qui, toutes ,;semblaient commander l'usage du caustique. Nous

ne pensons pas que ce dernier moyen soit ja- . mais nécessaire et quil soit indiqué. Nous le considérons comme inutile, souvent nuisible et même comme dangereux : inutile, en ce que, si l’on a mis en usage la médication ci-dessus, plus ou moins modifiée et prolongée le laps de temps convenable, on n'a pas besoin des caustiques; tandis qu'il arrive souvent qu'après avoir rétabli temporairement le libre cours de lurine avec ce dernier moyen, le rétrécissement se reproduit d’une manière plus forte, et que quelquefois l’adhérence des parois du canal est si étendue, que la rétention de l'urine devient complète. Nous en avons vu des exemples même chez des personnes opérées par Ducamp.

Everard Home , le plus grand partisan de la cautérisation , imaginée par Hunter au commencement du dernier siècle, est convenu avec nous que ce moyen, en outre des inconvéniens qu'il lui reconnaissait, était souvent suivi de récidives; et depuis notre voyage en Angleterre, à Ja fin de l’année en 1826, ce praticien célèbre n’en fait plus usage.

Il est nuisible en ce qu'il est presque toujours impossible d’en borner les effets au point ‘obstrué ou à l’induration. Le caustique agit souvent sur les portions saines de la membrane muqueuse, et l’altère à divers degrés, dans quiel-

ques cas, comme, nous en avons acquis fa certitude. La cautérisation peut être encore suivie d’hémorrhagies graves, ou d’abcès gangreneux dans le tissu lamelleux du périnée et du bassin, enfin de la mort des sujets. Un très petit nombre des personnes que nous avons vues, et chez lesquelles l’abcèes gangreneux était survenu après la cautérisation, a échappé à cette terminaison funeste, et nous aurons à regretter, toute notre vie, de n'avoir pas été appelé à temps pour ouvrir un tel abcès chez un de nos illustres amis. D'après ces réflexions, et sans entrer dans d’autres détails, nous désapprouvons entièrement cette méthode,comme étant quelquefois impraticable, presque toujours inutile et souvent dangereuse.

Elle est en effet impraticable lorsque les parois du canal ont contracté une adhésion mutuelle, et que l’ischurie est complète. Dans ce cas, presque tous les auteurs conseillent la ponction de la vessie, pratiquée au dessus ou au dessous du pubis, ou à travers lintestin rectum; mais cette méthode à de grands inconvéniens et n'offre pas les avantages de la boutonuière, conseillée par les deux plus grands chirurgiens du dernier siècle, Hunter et Desault, c'est à dire une incision sur la-partié membraneuse de l’urètré, qu’on pent facilement prolon-

DE LA SYPHILIS. 109ger, au moyen.d'une sonde eannelée, jusqu’au. col de la vessie. Par cette incision, à l’aide de laquelle on évacue d’abord l’urine accumulée dans la poche vésicale, on peut désobstruer lecanal de l’uretre d’arrière en avant.

Quant aux cas de constriction spasmodique de ce canal, cettelésion est facile à reconnaitre; on la. fera cesser promptement,au moyen d'une bougie filiforme de gomme élastique,enduite d’une forte couche d'extrait gomnieux: d'opium, qu'on fait garder au malade le plus long-temps possible.

Enfin, après plusieurs accès d’ischurie, ou.

par suite d’une fausse route, faite dans l’opération du cathétérisme (opération qui exige une grande habitude, et qui est cependant le meilleur moyen, autant qu'on peut le mettre en usage, pour faire cesser l’ischurie), s’il se forme profondément dans la région du périnée un abces gangreneux, il faut se hâter, sans chercher à en obtenir la résolution par les sangsues, ainsi que le conseillent les partisans des méthodes antiphlogistiques, toujours pernicieuses; il faut, disons-nous, se hâter de plonger le bistouri dans le point où l’on a lieu de soupçonner le’ foyer purulent et urineux, pour donner promptement issue aux matieres épanchées et prévenir leur diffusion dans le tissu lamekleux du bassin, où

la gangrene se développerait immédiateinent,.

Nous avons fait maintes fois cette opération, bien qu’il n’existât, chez les sujets qui l’ont subie, aucun signe bien sensible de fluctuation. Ces plaies, quoiqu'accompagnées souvent d’escarres gangreneuses, se guérissent très bien et souvent sans fistule urinaire. D'ailleurs, on oblient, non sans quelque peine cependant, la guérison de ces fistules, au moyen d’une sonde de gomme élastique, percée d’un seul œil à son extrémité (1), qu’on fait conserver au malade jusqu’à l'entière cicatrisation de la plaie fistuleuse. Nous avons suivi ce procédé chez un grand nombre de vétérans atteints de ces fistules, et nous sommes parvenu, après un certain laps de temps, à les faire oblitérer. H faut renouveler ou changer la sonde tous les sept où huit jours pour prévenir les incrustations.

Afin de ne point laisser d'impression pénible dans l'esprit des personnes intéressées, nous ne rapporterons point les observations remarquablesïque nous avons recueillies sur les mauvais effets de la cautérisation, bien qu'elles appuient nos assertions; d’ailleurs l’expérience les fera vérifier.

(1) Celle à deux yeux a l'inconvénient de laisser échapper l’urine par la deuxième ouverture située hors la vessie ; ce liquide s’échappe entre la sonde et l’urètre de manière à entretenir la fistule,

te

TUBERCULES OSSIFORMES LARDACES. 201

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