‹ Clinique chirurgicale (volume 3)Chapitre 32 sur 46 · IV · texte numérisé non relu

IV

tions, l’engourdissement et la faiblesse des membres inférieurs et l’état d’éréthisme où se trouvent l’encéphale et les nerfs de la moelle allongée qui président aux fonctions sensitives et à celles des principaux organes de la vie intérieure. Héréditaire ou transmise à l'enfant par le lait vicié de la nourrice, elle reconnaitra nécessairement, dans tous les cas, pour cause prédisposante, un principe morbifique particulier dont la nature est sans doute difficile à apprécier, mais dont lorigine paraît appartenir au virus syphilitique ou scrophuleux, ce qui est la même chose: D’ après cette idée, il existe deux indica- . tions à remplir pour son traitement; la première consiste à combattre cette cause spontanée, et la deuxième à FAR le travail de l’ossification des os, de manière à faire cesser le ramollissement ét à faire répartir uniformément, dans toutes les parties de ce système, les sucs nourriciers et'ÿ'rappeler avec sé forces vitales Île plus parfait équilibre:

- Pour combattre la cause morbide spontanée, nous employons ‘avec avantage le'sirop dépuratif.que rous avons indiqué contre la syphilis. Nous le faisons prendre à des doses relatives dans des infusions amères etantiscorbutiqués, et nous y joignons souvent de légères frictions mercurielles pratiquées à la plante des pieds, à de

grands intervalles. Lorsqu'on a insisté un certain “LE de temps sur cette médication, on passe à l'emploi des moyens propres à remplir la deuxième indication. Ces moyens consistent dans des topiqués révulsifs qui portent profondément sur les parties malades et, autant que possible sur la moelle épinière qui se trouve ellemême dans un état de phlegmasie, une excitation plus ou moins vive susceptible d’en déplacer le principe morbide et d'y rappeler les propriétés vitales. De tous les révulsifs, nous avons réconnu que le moxa est le plus éfficace, en ce qu'il rappelle avec ces propriétés, dans les parties affaiblies ou atraphiées (sur lesquelles on doit faire cette application ), un travail de nutrition plus complet qui fait développer dans toutes les dimensions les organes, tels que Les o$, les muscles, les nerfs, les vaisseaux et lé tissu cellulaire. La nutrition qui s’opérait en plus vers les points saillans des courbures se ralentit dans les mémés proportions, et l'équilibre dans toutes les fonctions de l’individu finit à la longue par se rétablir. Ainsi, nous avons vu chez un grand nombre de sujets dont tout un côté du tronc était déformé par des incurvations tellement déprimées et atrophiées que le scapulum,

l'os coxal, les côtes et les muscles correspondans présentaient dans toutes leurs dimensions une

oh4 DU RACHITIS.

différence d'un tiers et même de la moitié avec les parties similaires du côté opposé, qu'après avoir employé notre moxa pendant un temps plus ou moins long, selon l’âge des sujets et la gravité de la maladie, un rapport parfait s’établissait entre tous ces organes. Ge changement remarquable qu'on n'avait pu observer avant nous, n'ayant point employé ce révulsif, le seul qui, d'aprés notre expérience, peut le déterminer, Ce changement ou cette métamorphose n'a pas Jieu etne peat s'opérer sous l’action des machines extensives, dont les effets portent au contraire sur les parties exubérantes, dans lesquelles le fluxus pathologique est nécessairement entretenu par l'irritation permanente que le tiraillement et la compression plus ou moins pénibles de ces machines produisent dans ces parties; aussi n'arrive-t-on Jamais, avec leur usageexclusif, à rétablir l'équilibre dans tousles organes. pri: mitivement affectés. Comme nous en avons déjà fait la remarque, lorsqu'on sépare l'individu de ces mécaniques, il retombe dans, son premier état, et:ses bosses se reproduisent. Nous croyons avoir expliqué dans nos Mémoires la différence (parfaitement sentie par les médecins anglais ) qui existe entre.les effets des cautères ou'autres exutoires et le moxa (voyez son article dansnotre Clinique chirurgicale). Mais pour obtenir tout le

succès désirable de ce révulsif, il faut que tous. les moyens qui doivent en seconder les résultats soient administrés avec discernement ét une.

attention scrupuleuse. +

Bien que ce traitement soit indiqué à l'article Rachialgie de notre Clinique, nous le retracerons ici succinctement, À

1°. Comme l’un des principaux effets du rachitisme est de produire une sorte d’hypértrophie ou de dilatation dans les parois des cavités du cœur et dans celles des artères, et de tout le système vasculaire, dont le ressort est affaibli par la stase des fluides qui circulent dans ces. vaisseaux , d’où résulte un engorgement relatif, il faut commencer ce traitement par quelques saignées révulsives pratiquées d’après notre méthode, avec les ventouses scarifiées et posées à diverses reprises, selon le besoin, à la nuque, sur les côtés du rachis, aux régions dorsales et à l’épigastre; elles dégorgent le système vasculaire, accélèrent la circulation centrifuge, et concourent pour beaucoup à rétablir le jeu des fonctions dans les organes de la vie intérieure. Comme dans cette saignée on ne coupe, avec Fépiderme, que le réseau superficiel des veines cutanées , la déplétion qu'on opere se borne au säng noir, en sorte que cette saignée, sans affaiblir le sujet, devient salutaire. Sans avoir ce

double avantage, les sangsues ont de grands inconvéniens que nous avons signalés dans d’autres mémoires. É 29, Après avoir opéré une déplétion suffisante, on passe à l'application des moxas, qu’il faut poser un à un, ou deux à la fois, si le malade les supporte facilement. On choisira les points les plus faibles ou ceux frappés d’atrophie, et on procédera à leur application à des intervalles de huit à dix jours, de la partie supérieure du sujet vers les régions inférieures, pour suivre la marche du fluide nerveux qui passe, comme l'électricité, du pôle positif au pôle négatif. (Pour le mode d'application de ce topique révulsif, nous renvoyons au mémoire précité.) . Ce caustique a pour effet immédiat de porter à une profondeur que nous estimons, d'après les sensations qu'éprouvent les malades lors de son application, à un pouce, un pouce et demi et deux pouces, plus ou moins, selon la: grosseur et la densité du cylindre de coton, un effluye de calorique d’un diamètre proportionné à l'épaisseur de cette poupée, lequel imprime . une excitation relative sur les organes affectés, de manière à y rappeler l'électricité animale, à ranimer la circulation capillaire organique; de tous les tissus, et y déterminer un afflux plus considérable des fluides sanguin, lymphatique.

et nerveux : aussi la sensibilité, qu’on trouve d'abord d'autant plus émoussée que les partiés sont portées à un plus haut degré d’atrophie, se aéveloppe: progressivement. La contractilité de la fibre motrice se ranime avec la mêmé rapidité ; le travail de la nutrition est accéléré, .et l’on voit, après l'application de plusieurs de ces topiques ignés, un accroissement: sensible, dans toutes les parties subjacentes et.-ambiantes, des points où ils ontété posés, et cet accroissement va successivement en augmentant. Les os euxmêmes y participent et suivent le développe: ment des parties molles primitivement atro-

phiées. Enfin, à raison de cette augmentation du

travail d’'excitation et de nutrition provoquée dans les organes affaiblis, la nature suspend ou ralentit, dans les parties exubérantes , la circulation des sucs nutritifs, d’où résulte nécessairement, et d’une manière spontanée, le redresse-

. ment de tous les points courbés de la colonne

vertébrale, de sorte que, petit à petit, toutes les parties se mettent en équilibre et rentrent dans l’état normal. Le repos et, autant que possible, la situation horizontale, n'importe dans quelle disposition, sont les meilleurs moyens de favoriser cette réorganisation. L'usage des corsets mécaniques ou des machines extensives, loin de seconder les effets salutaires de cette média:

tion, les retarde et contrarie la nature qui mar.

che plus promptement dans ce nouveau travail

de nutrition sous l'influence exclusive du trai-

& 4 tement rationnel que nous venons de décrire ; æ

mais il faut insister sur Là emploi des moyens qui

en constituent la base, un laps de temps suffi- # sant pour rétablir dans tous les organes un équihbre parfait. Quelque légères que soient les dé:

formations ; et quelque peu avancé que soit l’âge > EL queiq

du sujet, on ne peut jamais atteindre ce but

avant dix ou douze mois de ce traitement, et il

faut deux ou trois ans pour détruire les infir- |

mités graves; ce quisuppose une consommatié on

de vingt, vingt-quatre, trente, trentesix où qua= |

rante moxas, dont on fait avorter l inflammation ou qu'on laisse suppurer à volonté. Il faut éviter de les poser’sur les saillies osseuses, et choisir de préférence les points les plus alaibis! ceux surtout où passent les filets nerveux.

Si la carie était commencée dans quelque point du système osseux, le moxa l'arréterait promptement, et toutes ces affections se guériraient à la fois. | cet.

Nous avons indiqué les remèdes propres à combattre la cause morbide spontanée et la manière de les administrer. Le sirop dépuratif, surtout, par ses propriétés toniques et diaphorétiques, seconde puissamment les effets du moxa.

DU RACHITIS. 2/40 Il faut également en continuer l'usage long- ‘ UE ë temps, mais à petites doses.

Régime.— Le malade doit s'abstenir de l’usage

__ des viandes et poissonis salés, de la pâtisserie, . des farineux et des liqueurs alcooliques; couper

le vin des repas avec une infusion de houblon

légèrement ferrugineuse; se nourrir de viandes

peu cuites d'animaux adultes, d'œufs frais , de bons potages et de légumes aqueux, surtout de crucifères. Il faut qu'il se fasse faire journellement des frictions sèches sur toute l'habitude du corps , sur lequel on pratiquera, à de grands in- VE AU ou DU , une onction “sit corps Du dent au moyen de lotions savonneuses ; car les bains sont contraires dans ce genre d'affection. La natation, surtout dans l’eau de la mer, lorsque le traitement est avancé, peut

néanmoins concourir efficacement à rétablir l'ac-

tion et le ressort dans les parties affaiblies. Il faut encore avoir le soin de faire laver tous les jours la tête et le visage de l'individu avec de l’eau

fraîche vinaigrée : ces lotions glaciales conden-

sent les vaisseaux cérébraux et apaisent l’érec-

tilité de l’organe encéphalique. On entretiendra

la transpiration cutanée au moyen de la flanelle et on habitera des lieux secs et montagneux. Il

importe beaucoup que le malade reste dans une continence absolue (1).

Nous nous dispenserons de rapporter les observations des sujets traités d’après cette. méthode : on en trouvera un grand nombre dans nos Mémoires. Nous désirons d’ailleurs que les jeunes praticiens fassent l'essai de ce traitement rationnel : ils seront beaucoup mieux ensuite à méme d’en faire le parallèle avec l’orthopédie.

(1) Car l’onanisme ou l’abus du coït est l’une des causes qui prédisposent le plus au ramollissement des os et à l’atrophie de tous les organes.

Page 1