AMPUTATIONS
Dix-septième observation.
Quelques unes de celles qui ont été faites consécutivement à plusieurs officiers supérieurs de la Garde se trouvent compliquées d’abcès traumatiques dans le membre voisin, par l'effet de: l’'ébranlement des causes vulnérantes et des cérébrites chroniques déterminées chez eux par une affection morale profonde et non interrompue. Il est à craindre que l’ün d’eux(1}ne tombe dans un marasme mortel. Tous les autres amputés, dont le nombre se montait à unëe vingtainé, vont généralement bien ou sont prêts à sortir dé l'hôpital. |
(1) Le colonel de Pleinselve est mort dans la journée du 29 août, trentième jour de l’accident. Ce colonel avait la jambe sphacélée jusqu'au mollet par l'effet de‘ plusieurs coups de feu reçus en même temps à ce membre: L'opération néanmoins avait arrêté les progrès de la! gangrène, et la plaie était avancée dans la cicatrice lorsque les accidens cérébraux ont fait de nouveaux progrès et l’ont fait périr. En effet, on a trouvé le cerveau ramolli et l’arachnoïde convertie en une couenne purulente. Le pareuchyme des deux poumons était rempli de tubercules suppurans, et il y avait un épanchement dans les deux cavités de la poitrine
d'environ un litre de sérosité purulente.
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Dix-huitième observation.
Nous ajouterons à cette relation les obser vations abrégées de deux autres sujets amputés, chez lesquels il s’est présenté des phénomènes assez singuliers pour mériter cette insertion. Le premier est un des officiers de dragons de l'ex-Garde, M. Gault, âgé de trenteneuf ans, qui reçut aux Champs-Élysées, et à bout touchant, un double coup de fusil de lun des bourgeois cachés derrière le tronc d’un arbre. Les balles, après avoir traversé le quart supérieur de la jambe droite, en avaient désorgauisé toutes les parties molles, et réduit en esquilles les deux os. La chute du cheval fit renverser le cavalier sur le membre malade, et produisit sur tous les organes de la vie intérieure un tel ébranlerhent, qu’il tomba immédiatement dans un état de stupeur complète. Il fut relevé par ses compagnons, froissé dans tous les sens et transporté à l'hôpital militaire du Gros-Caillou,oùil arriva presque mourant et froid comme le marbre. On s’occupa d’abord de le réchauffer et de lui administrer quelques petites doses de vin de Bordeaux et du bouillon. Douze heures après, nous pratiquâmes l’amputation de la jambe dans l'épaisseur des condyles du tibia, au viveau de la tête du péroné, qui fut extirpée im-
médiatement après la section des os. Les effets de la blessure ne s'étant bornés qu’a l'insertion du tendon rotulien, le gonflement du membre était déjà considérable, et la cuisse elle-même très tuméfiée. On avait eu soin de rapprocher les lèvres de la plaie du moignon, et de les maintenir dans un contact immédiat à l’aide dé bandelettes agglutinatives. On chercha à dissiper le spasme et la stupeur, au moyen des ventouses mouchetées, posées à l’épigastre et aux hypocondres. Le blessé fut mis à l'usage des boissons délayantes; malgré ces précautions, les ‘accidens de l’éréthisme local et dela fièvre traumatique ou d'irritation s’aggravèrent; une éruption érysipélateuse se manifesta au quatrième jour sur toute la périphérie de la cuisse, avec un gonflement prodigieux de tout le membre; la plaie du moignon, dont on leva le premier appareil le cinquième jour, présentait tous Îles caractères de l'invasion de la pourriture d’hôpital. Le lendemain ces accidens ayant fait des progres, je me décidai à promener le cautère actuel sur toute la surface de la cuisse frappée de l'érysipèle, sans épargner l'articulation du genou; et comme la pourriture ‘d'hôpital s'était dévéloppée dans la plaie du moignon, je passat aussi avec force le fer incandescent sur toute la surface de cette plaie. Les organes de la vie in-
térieure étaient tombés dans un état de stupeur et d’'inflammation latente, par l’ébranlement qu'ils avaient recu à l'instant de la chute du blessé et pendant un transport difficile d'ahborddu champ de bataille à la première maison voisine, et de là à l'hôpital (le sujet était d'un embonpoint exnbérant ét d’une grandeur colossale ). Il était important de mettre en usage les moyens propres à dissiper cet état de congestion et de spasme nerveux pour rétablir le jeu des fonctions; en conséquence, nous répétàmes l’application des ventouses scarifiées que je posai moimême, à plusieurs reprises, aux hypocondres, à l’épigastre et sur toute la surface du basventre ; elles produisirent des effets merveilleux, et dès ce moment nous conçümes encore l’espérance de rappeler chez cet officier l'équilibre de la vie, que nous avions cru totalement détruit. En effet, le danger disparut, et nousramenämes par degrés le blessé à l’état le plus satisfaisant; Ja plaie se détergea entièrement, le rapprochement et la cicatrice de ses bords étaient déjà avancés , lorsque des abcès traumatiques se développèrent sous l’aponévrose du fascia-lata, au tiers supérieur de la cuisse, où les compressions violentes ét les contusions que le blessé avait reçues à ce membre, dans sa chute et pendant son transport, les’ avaient déterminés. Je m'em-
pressai d'en faire largement l'ouverture, on redoubla de zèle dans les soins que cet état compliqué exigeait, et l’on ramena graduellement cét intéressant malade à une telle amélioration , que nous pümes, après une soixantaine de jours de peines et de souffrances , lui annoncer sa guérison. C'est à notre chirurgien-aide-major, M. le docteur Gimelle, chargé spécialement du pansement de ce blessé, qu'est due cette cure remarquable. Cet officier marchera avec la plus grande aisance sur une jambe de bois.
Dix-neuvième observation.
M. le duc d’Esclignac, lieutenant-colonel des lanciers de l’ex-Garde, chez qui l’'amputation a été faite fort tard, a éprouvé des orages violens qu’on a également très heureusement conjurés; la cicatrice est terminée chez lui, et la santé gé- nérale parfaitement rétablie.
V’ingtième observation. — Amputation de la cuisse.
L'une des amputations consécutives qui n’ont pas eu de succès avait été pratiquée le vingt et unième jour de l’accident à la cuisse gauche du nommé Guoil (Blanc), soldat au 6°, régiment de lex-Garde, blessé d’un coup de balle de calibre à l'articulation du genou. La plaie du moi-
gnon était en bon état, lorsque des symptômes de pneumonie aiguë se déclarèrent avec une grande intensité. contractée pendant une nuit d'orage, et le firent succomber. Un phénomène singulier avait été observé chez le blessé auquel j'avais extirpé, une dizaine d'années auparavant, le testicule droit : c’est une dépression sensible de la bosse occipitale du même côté. En effet, nous remarquâmes , à l'ouverture du cadavre de cet amputé, l'hémisphère droit du cervelet beaucoup plus petit que le gauche, .et offrant une moindre densité, c'est à dire. dans un état d’atrophie; la fosse cérébelleuse droite offrait aussi une réduction proportionnée à la petitesse de cette portion du cervelet. C’est un fait de plus qui fait vérifier les assertions du docteur Gall et les nôtres sur l’influence réciproque des organes générateurs sur le cervelet, et vice versé. Nous conservons le crâne de ce sujet.
Vingt et unième observation. — Amputation du À bras à l’article.
Cette observation a justifié d’une manière remarquable ‘tout ce que nous avons dit sur les générahtés des plaies d'armes à feu et sur la différence des phénomènes que présentent les blessures ; selon la distance de larme qui les produit. Le sujet de cette observathon est le nommé
Pelliod (Marc Daniel), âgé de vingt et un ans, fusilier au 7°. régiment de l’éx-:Garde (suisse), lequel fut apporté à l'hôpital, le 29 juillet, pour un coup de feu qu'il avait reçu au bras gauche, presqu’à bout touchant. Le chirurgien chargé de son pansement n'ayant découvert qu'une seule plaie de forme arrondie, frangée au côté interne et supérieur du bras, établié entre l'attache du muscle pectoral et le bord interne du deltoïde, sans aucune apparence de lésion à l'articulation scapulaire, car le blessé exécutait librement les mouvemens du bras, on jugeä, bien que le projectile füt perdu sous l'épaule, que cette plaie pouvait être rangée dans la classe des plaies simples. D’après cette idée, mon jeune médecin se crut dispensé de me faire voir ce blessé, et se contenta du pansement qui était indiqué; le malade fut placé dans les salles des blessés légers. Cependant, dans le cours de la premiere période, il se manifesta des symptômes assez graves d’inflammation qu'on chercha à combattre par les saignées et les boissons délayantes; le travail de la suppuration se fit assez promptement; des: fusées se manifestèrent'sur le'trajet de l’hüumérus ; la fièvre traumatique se déclara'et jeta bientôt. ce blessé dans un danger imminent. C’est'alors que je fus appelé pour prendre connaissance de son état. Un nouveau
DES COMBATS DE JUILLET. 285 débridement fait à l'angle inférieur de la plaie nous«fit découvrir une perforation au col de lhumérus, assez évasée pour pouvoir y introduire l'extrémité du doigt;, il ne:fut plus difficile de pronostiquer sur la gravité de cette blessure. Toutnous portait. à croire que la balle, après avoir traversé l'épaisseur de cet os, s'était nécessairement enclavée dans quelque point du scapulum:et du:côté de sa cavité articulaire; enfin; nous ‘yugeâmes l’amputation du bras à l'article indispensable ‘et urgente, malgré l'état de prostration et de marasme où se trouvait ce ‘jéuné soldat s'ilsétait arrivé alors au vingtième jour! ,de l’accident.: Nous résolümes de :pratiquer-:cette opération: immédiatement: après l'a voir.fait transporter: dans une:salle particulière ; nous suivimes l'esprit-de l’aphorismé:dé Celse : «,.Melius ést ancèps :remedium experiri quam nullum:» L'opération fut promptement:terminée::-elle fut:-supportée. tres: courageusement par ceimialade qui la désirait ; il n'éprouvatpoôint desyncope. Le membre détaché, je cherchai vais némeñtle-projectile; nous nous bornämes alors, ainsi que: nous avonseu le soin de le recommauder dans nos Mémoires, au pansement simple de la plaie, c’est à dire qu'après avoir, pratiqué toutes les ligatures et placé une bandelette de linge, huilée dans la cavité glénoïde dirigée vers
Jui
l’angle inférieur de la plaie, loin de réunir par première intention, nous nous contentämes de rapprocher les bords de la plaieet:de les fixer en rapport médiat, au moyen de trois bandelettés agglutinatives, d’un linge fenêtréetde l'appareil approprié. Après avoir couché le‘mialadeet pourvu à tous ses besoins, nous procédàmes à la dissection du membre. À notre grande surprise, nous trouvâmiesile col de Phumérus percé dans toute son épaisseur et sans fracture , d’avanit en arrière, par: un canal cylindrique du diamètre de trois ou quatre-lignes, résultat du passage du projectile,que nous jugeâmes être une balle de plomb d’un petit calibre. La.tête de l'os, dénudée de:son cartilage diarthrodial;tet le tiers su: périeur de sa diaphyse étaient menacés: denéz crose et attaqués , à leur périphérre;de vermouz lure;des fusées purulentes tres étenduesavaient disséquéttous les muscles du bras! L'opéré passa la journée et la nuit suivante das le meilleur état possible; mais il se déclara un’suintement de sérosité sanguinolente si abondant dans-le moisgnon, que nous :fümes. obligé dès le lendemain de renouveler l’appareil: jusqu’au linge fenêtré, qu'on ne toucha point pour ne pas exposer la plaie au. contact de l'air extérieur (+):
(1) C'est ce suintemient, qui est très abondant chez tous
] De bons bouillons et un peu de bon vin furent prescrits. Un léger paroxysme fébriletraumatique se: manifesta le troisième jour de l'opération ; passé ce dernier orage, le malade se trouva -mieux et nous conçürmnes l'espérance de le sauver, bien que la balle füt toujours cachée sous l'épaule. Au septième jour de l'opération, nous levâmes entierement l'appareil, qui était encore complétement imbibé de suppuration, et ‘dès ce moment l’amputé fut pansé journellement ; la plaie se détergea assez promptement, et les ligatures des vaisseaux se détachèrent du neuvième au treizième jour. Une fusée purulente, qui s’était conservée au côté externe de la plaie, nous indiquait le trajet que la balle avait suivi, et la sonde, que nous introduisimies avec précaution dans ce sinus, nous fit découvrir, vers le bord antérieur ou ‘la côte du scapulum, de légères rugosités que nous primes pour un point dé-
re
les sujets opérés pour une maladie chronique et que nous avons constamment observé dans notre pratique, qui nous a fait établir le précepte de ne point réunir par première in tention les plaies qui résultent de l’amputation consécutive, car lorsque les fluides ne trouvent pas une libre issue, il y a métastase, dénudation des os et affection sympathique des organes de la vie intérieure; ce qui détrait le succès
de l'opération.
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: pi A.
nudé de cet os, et non pour lesprojectile, parce que son choc:n'était point. métallique; aussi nous ne fimes aucune tentative pour l'aller chercher (dans les cas difficiles ou obscurs, il faut: attendre que la nature ait tracé à l’art l’indication qu'il y a à remplir). Parvenu autrente-
septième jour, le; malade se plaint:d’un point
douloureux au bas de l'épaule; nous découvrimes en effet une légere saillie au bord antérieur de la fosse sous-épineuse du scapulum ,:que le toucher m’assurait devoir: être produite par la balle; aussi je.ne. balançai point à y plonger le bistdri: cependant ii fallut inciser les couches épaisses des muscles, grand dorsal et sous-Épineux pour la mettre à découvert; elle était placée:entre ces muscles et le bord du,scapulum, tres. près du point où elle s'était. d'abord enclavée, et en..effet nous avons trouvé quelques
ingrustations de phosphate calcaire à sa surface,
Du moment où ce Corps étranger à été extrait,
la cicatrice de la plaie a marché progressivement de langle supérieur à sa ‘partie déchve , et dela circonférence au centre ; et, aprés une vingtairie de Jours, elle à été terminée, et la santé générale du sujet. entièrement rétablie. “Ce succès remarquable prouve : OP que cette opération assure davantage, toutes choses égales, d'ailleurs, l'existence de l'individu que celle pratiquée dans
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la continuité du membre; 2°, que, malgré l'état désespéré des malades, Te ces cas extrémement graves, il vaut mieux employer un moyen extrême, quelque inéektañ! qu'il soit, que d’a- ‘bandonner le malade à la mort inévitable qui l'attend ; 5°. enfin, ce succes justifie les avantages de notre procédé opératoire pour l’amputaüon, du:bras.à l'épaule; lesseul:où l’on a la :certitude de prévenir l'effusion du! sang,c'est à dire où l’ on'estmaitre delli,coni pression dés vaisseaux: Nous :venons.de voir. cet anpatA et plusieurs autres de,ses compagnons.à. l'Hôtel des Invali-
des, .où ils jouissent d’uné; parfhité santé. 10:
ty F CR EN) , }, NU e ” f 4 V'ESE X i CRT ER ; :