‹ Clinique chirurgicale (volume 3)Chapitre 7 sur 46 · LE · texte numérisé non relu

LE

qui conduit les,eaux dans l’intérieur de la capi-

tale; cette bruyante cérémonie, qui réunit la

population, donna du mouvement et produisit de l’effervescence : le lendemain, il y eut: des

accidens plus nombreux. Le 16,:Hassan-Pacha,

ds réfugié moriote, mourut, ainsi que sa ter en . moins de six heures. | __» À la nouvelle de cette mort inattendue, l’älarme se répandit partout, la, consternation devint générale; presque tous les Européens effrayés abandonnèrent leurs maisons pour aller se jeter dans des barques, et se réfugier, les uns vers le Saïd, les autres dans la Basse-Éeypte, où le choléra devait.bientôt les rejoindre. | » Les jours suivans, la mortalité fut grande : : le nombre des morts s’éleva jusqu’à \ huit cents. » Les 22, 25 et 24, des raffales brülantes-et poudreuses du vent du sud-est, inconnues dans cette saison (1), augmenterent l'intensité de l’épidémie. On voyait des hommes tomber dans les rues et expirer au inoment même; dans les ba zars , des marchands accroupis sur le devant de ieurs boutiques furent frappés de mort.

» Pendant ces trois journées, le nombre des victimes s'est élevé à près de cinq mille; onles

(1) C’est sous linfluence de ces vents que la peste sévis-

sait davantage, lors de notre expédition d'Égypte.

jetait péle-méle dans des tombes à demi recouvertes ; beaucoup ont été inhumées secrètement dans des cimetières intérieurs. L'administration de la policea pris heureusement la sage précaution de faire fermer ces derniers cimetières, pour éloigner de, la ville des exhalaisons pestilentielles : on: ordonna aussi de fermer les bains et les cafés; l'ouverture des marchés tumultueux fut défendue ; de sorte que le Caire avait l'aspect d’une ville en deuil,

» Le 25, le vent du nord ayant repris son cours , il y eut moins d’accidens ; neuf cents personnes succomberent. La mortalité diminua ensuite graduellement jusqu'au 15 septembre, où elle rentra dans ses limites ordinaires, de trente à trente-six. Dans ce. nombre, le choléra emporta chaque jour une,deuxet trois personnes.

» Il y a eu des quartiers qui ont peu souffert, d'autres, qui. ont fait des pertes considérables, surtout en femmes : en général, ce sexe a été bien plus maltraité que. les hommes. Le quartier .des Juifs, avec ses rues sales et étroites, peuplé de quatre mille aimes renfermées dans des habitations semblables à des cloaques, n’a perdu que soixante-dix femmes et trente- deux hommes, tandis que, dans les vastes maisons de l’opulence, on voyait chaque jour des morts et des mourans. Sur quatre-vingts Géorgiennes

et Négresses qui se trouvaient dans le sérail du vice-roi, à la Citadelle, trente de ces esclaves ont été victimes. Ibrahim-Pacha, effrayé des progrès que faisait la contagion dans son palais, fit voile nuitamment vers les confins du Saïd.

» D’après des relevés exacts, on est assuré que, pendant trente-quatre jours de la durée de l'épidémie, il y a eu trente-cinq milie morts au Caire, au vieux Caire et à Boulak, ce qui porte la mortalité au huitième de la population. Dans le principe et sur le déclin de ce fléau , bien des malades guérissaient après quelques jours de souffrance; les'rechutes ont été mortelles.

» Des médecins français philanthropes et cour rageux ont fait l’autopsie de plusieurs cadavres ; dans tous, ils ont observé des pétéchies aux extrémités, des lésions à l’estomac et des symptômes de gangrène dans les viscères abdominaux.

» La saignée, lès frictions et les autres remèdes qu'ils ont administrés aux malades, au commencement et vers la fin de l'épidémie, ont produit de l'effet; mais tant qu’elle fut dans son intensité, les ressources de Vart furent inutiles.

» Dès lé 25 août, l'épidémie s'était propagée dans la banlieue du Caire, et s’étendit bientôt dans toute Îla Basse-Écypte; des villages pérdirent le tiers et même la moitié de leurs populations. |

» Damiette et Rosette ne furent pas exemptes de la loi commune; il y eut, dans ces deux villes, des pertes plus éomitl bé bd eu femmes qu'en hommes. “af”,

». Alexandrie, où se:trouvait le: vice-roi, fut soumise, mails trop tard, à des précautions Sanitaires. Le consul d'Espagne, strictement renfermé chez lui, fut une des premières victimes. Les marins à bord des : vaisseaux du vice- roi qui croisaient devant le port ont été décimés. Presque tous les bâtimens du commerce ont eu à leurs bords des accidens plus où moins nombreux; ceux qui avaient cru échapper au fléau en mettant à la voile ont été atteints en mer. Les troupes de terre ont éprouvé des Lt relatives à la situation ou elles se trouvaient : porte le nombre de leurs morts à cinq pari

» Pendant que l'on pensait que le midi de :

l'Égypte ne serait point ravagé, parce qu 71l sem-

blait que le choléra avait porté toutes ses fureurs |

vers le nord, on sut presqu'aussitôt que le Saïd était embrasé. Les Européens qui avaient cru s'éloigner de la contagion, en fuyant dans des

barques, la trouvèrent dans les villages à me-

sure qu'ils s'avançaient aux confins. Bientôtelle

fut.à Esneh, et partout. où elie sétendit elle:

porta la frayeur et la mort.

» Le seul équipage de Luxor, mouillé devant IV. | 2

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| les ruines de Thèbes, n’a point eu de malades.

» Au total ce choléra à enlevé à l'Égypte, dans ce court espace de temps, cent cinquante mille ames, le seizième de la population; dans ce nombre, quarante mille hommes étaient propres aux travaux de l'agriculture. »

A près avoir rapporté les ravages qu'a faits en Egypte Le choléra-morbus indien, j'entrerai dans quelques considérations sur le caractère de cette mises ses. effets, les lésions particulières que j'ai observées dans les cadavres des cholériques, ainsi que sur le mode de traitement que nous avons mis en usage contre cette grave épidémie qui s’est manifestée à Paris dès les Bb : jours d'avril. | VAR Ci

En attendant que nous ayons reçu de l’un des - médecins distingués du Caire la description de cetie épidémie effrayante, nous avons lieu’ de croire, par la relation que nous venons d'insérer ici en extrait, que le choléra- morbus avait pris à son entrée au Caire un caractère pestilentiel, déterminé par la transposition des vents du nord au sud et au sud-est et sous l'influence de la chaleur humide qui règne dans ce pays, comme il s’est compliqué du typhus dans les contrées du nord, sous l'influence des froids humides et nébuleux qui s'y sont manifestés à différentes époques. Mais en outre de cette disposition

DES BRINCIPES MORBIFIQUES. 19

pernicieuse de Patmosphère, les progres de l'épidémie dûrent être nécessairement augmentés au. Caire par l’enfonissement des morts dans l’intérieur de cette grande ville, déjà très insalubre, et par l’expansion des eaux bourbeuses du Nil dont on venait de rompre les barrières.

D'après l’auteur de la relation: on. voit en core que les victimes du choléra ont présenté, après la mort, des pétéchies aux extrémités et des taches gangreneuses aux intestins. Dans le choléra pique d'Europe, ces taches gangreneuses à à l'extérieur se sont montrées rare-—

ment. M. Guyon est le seul de nos médecins ‘voyageurs qui en ait observé de très caractérisées (1). Peut-être l’on pourrait rapporter aux sujets frappés de ces pétéchies La ‘propriété contagieuse que ce même médecin dit avoir remarquée dans quelques circonstances quiavaient sans doute échappé à ‘ ses compagnons. Tous, au reste, se sont accor dés à reconnaitre dans cette épidémie particulière ; qu’on peut appelersin+ dienne, le -signe caractéristique de la couleur bleue foncée de la peau; symptôme parfaites

(x) Nous avous vu aussi chez plusieurs de nos cholériques invalides des exanthèmes de éette nature , nous en rendrons compte plus tard. (7’o3'ez la planche N°. 1.)

Ds

ment semblable à celui qui caractérise la maladie bleue ou la cyanose. Nous pensons, à cet égard, que ce symptôme est, dans les deux maladies, le résultat de obstacle qui s'oppose à la contraction du cœur et qui est produit par des caillots de sang noir carbonisé, quelquefois par des concrétions albumineuses remplssant ses ventricules et obstruant l'orificé des principaux vaisséaux qui prennent naissance dans ces cavités. | L'irritation qui s'établit sur le système des nerfs ganglionaires à l'invasion de la maladie , et que nous avions déjà signalée dans notre opuscule publié au mois d'août 1831, détermine une sécrétion si abondante des sucs gastrique et intestinaux, qu'il en résulte des déjections alvines copieuses et peut-être la séparation du sérum du sang. La partie fibrineuse de ce liquide s’épaissit ,. se coagule, et forme ordinairement dans les ventricules du cœur, surtout dans le droit, ainsi que dans les gros vaisseaux, des caillots de sang noir (1) plus ou moins volumineux, qui enraient immédiatement la circulation. Les poumons en sont d’abord privés ou

(1) Nous avons constamment trouvé cette congestion sanguine dans toutes les autopsies que nous venons de faire à FHôtel des Invalides.

DES PRINCIPES MORBIFIQUES. 21 n’en -recoivent qu'une très petite quantité, en sorte que la masse totale du sang est privée de : l’oxigène ou du principe de vie dont il a besoin pour fournir à l’innervation du système nerveux. La cause prédisposante de ces phénomenesexiste encore sans doute dans un miasme vénéneux , répandu dans l'air et qui donne heu à l’irritation nerveuse dont nous avons parlé ( névrose du grand sympathique ), irritation à laquelle succède plus ou moins promptement une sorte de stupeur qui s'empare de ce système et qui frappe en même temps la moelle épinière qu'on trouve souvent enflammée et très dense. Les organes de la vie intérieure manquant alors de l’innervation qui leur est nécessaire pour exercer les fonctions qui leur sont propres , surtout le cœur qui parait tomber dans un état d’asphyxie, leurs fonctions ne peuvent plus s’exécuter d'une manière normale, et il en résulte les. phénomènes pathologiques que nous venons de signaler. Ces phénomènes se développeront même d'autant plus promptement chez les sujets atteints du choléra, qu'ils auront fait usage, avant l'invasion de la maladie, de liqueurs alcooliques.

L'abus de ces liqueurs, presque toujours sophistiquées dans les cabarets, produira seul ces mêmes accidens et fera développer la couleur

bleue qui se manifeste à la surface du corps des cholériques; les taches pétéchiales et même le sphacele des extrémités en seront également le résultat: Nous avons déterminé ces accidens à volonté chez les animaux avec les substances vénéneuses que nous indiquerons plus loin; et certes, il y avait- déjà long-temps que ces expériences étaient publiées, lorsqu'on a parlé: du choléra:morbus asiatique.

D'après ces faits, les seuls moyens de prévenir Je résultat funeste de cette congestion sanvuine vers le cœur et le cerveau, et de: faire cesser le spasme nerveux ou dissiper la névrose de la moeile spinale et des deux systèmes nerveux, consistent à ranimer et à rétablir la circulation générale et la circulation des capillaires de la peau, enfin à reproduire l’innervation dans les serfs-qui se rendent au cutis. Pour remplir ces indications, il faut employer les révulsifs de toute espèce avec discernement et les modifications relatives aux périodes de la maladie. Nous nerépéterons point, dans ce travail, ce que nous avons dit, à ce sujet, dans notre opuscule sur le choléra-morbus; mais comme beaucoup de médecins qui ont écrit sur cette épidémie préconisent l'application immédiate de la chaleur aruficielle sur: les corps glacés des cholériques j particulièrement les caléfacteurs, les douches

et les fumigations de divers liquides bouillans, uous ferons quelques réflexions sur les effets de ces derniers moyens dans les cas dont nous parlons et autres analogues.

Nous ferons donc remarquer, par rapport à ces caléfacteurs, qu'il-ne suffit pas de transmettre la chaleur artificielle à la surface du Corps, lorsque la peau qui le recouvre est privée: du calorique que linnervation ou lélectricité animale et la circulation artérieile y entretiennent dans l’état naturel; il faut encore pouvoir rappeler dans cette enveloppe dermoïde, par des moyens convenables, les propriétés vitales qui y sont suspendues ou éteintes à divers degrés, et ces moyens seront relatifs à Pétat du sujet, aux causés du refroidissement, ainsi qu'à siéurs circonstances imprévues.

1”. Lorsque le refroidissement du corps'est le résultat de l'abaissement de la température atmosphérique, la neigé en frictions faites sur les

rties gelées avec adresse, ou à défaut de neige, un morceau..de glace qu'on promène lentement sur toutes les parties refroidies ; de l'eau fraiche vinaigrée à la glace, dans laquelle on plonge fréquemment sa main pour exécuter ces fricuons , sont les moyens les plus propres à rappeler la sensibilité et la chaleur dans les parties stupéfiées. En effet, l’oxigène que contiennent

ü / L ‘NATURE

ces substances, le calorique et l'électricité qui se développent et se transmettent, par le frottement ménagé, dans la partie congelée,, suffisent ordinairement pour y rappeler la chaleur et Ja vie. À ces frictions on fait ensuite succéder, sur les mêmes régions; des embrocations avec les huiles essentielles et aromatiques, y se P ne de camomille camphrée.

*. Lorsque le refroidissement est le résulfat da une forte compression où d’une strangulation, il faut d’abord lever lobstacle ou détruire la cause mécanique de cette compression et friclionner aussitôt les parties engourdies et froides avec la main trempée daus des liqueurs alcooliques camphrées. Au lieu d'appliquer ensuite ur foyer nouveau de chaleur artificielle, il est préférable d'exercer sur tout le membre frappé de stupeur une compression uniforme, à l’aide d’une bande de flanelle imbibée des mêmes liqueurs.

3°. Si le refroidissement dépend de la rétropulsion du fluide nerveux ou électrique, de dehors en dedans, comme cela parait avoir lieu dans le choléra épidémique indien et:dans certains empoisonnemens par des substances narcotiques avalées ou introduites dans le tiséuicellulaire sons-cutané, l’on doit commencer par mettre le corps du’sujet, dépourvu.de: ses vêtemens, dans des couvertures de laine; et sous ces

couvertures on fait faire des frictions, comme dans le premier cas, avec la neige, si on est à portée d'en avoir, ou avec un morceau de glace, à l’aide duquel on frictionne légèrement toute cette surface cutanée, et onen continue l'usage

le plus long-temps possible; il est utile encore

d'en poser sur la région de l'estomac renfermée dans une vessie. Il'importe: aussi de mettre les malades dans des salles élevées et à l’air pur. Nous avons'retiré de grands avantages de ce dernier moyen {la glace) chez les cholériques de PHôtel des Invalides, qui exprimaient euxmêmes la: plus vivé satisfaction de son emploi. Dans cétte circonstance ; commie dans le froid produit par la gelée, il faut donc éviter d’appliquer brusquement sur les parties glacées la vapeur bouillante des liquides ou la chaleur sèche portée à un très haut degré, car alors on provoquerait 14 gangrène sur ces parties frappées n'importe à quel degré de congélation, et l’on déterminerait vers le cerveau un reflux sanguin qui serait accompagné de congestion dans les vaisseaux dé cet organe, complication quia été observée chez plusieurs sujets. (Pour connaitre l’explication du développement de cet: accident gangreneux, voyez, dans nos Mémoires, Varticle Gangrène de congélation.) D'après toutes ces idées, les caléfacteurs et autres machines furoi-

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gatoires, tant préconisés pour le choléra, sont et seront sans doute constamment nuisibles, lorsqu'on en fera brusquement l'application sur les parties glacées du corps : l'expérience n’a que trop fait vérifier la vérité de cette assertion. Aux premiers signes de la plus légère. réaction de la circulation, il faut s’empresser d’ou-vrir l’une des principales veines pour désemplir autant que possible les gros vaisseaux et appliquer avec rapidité, sur toute ja surface du

bas-ventre, des hypocondres, et sur les côtés du

rachis des ventouses scarifiées, qu'on répète autant qu’elles produisent lés effets qu’on peut en attendre. À ces ventouses, on fait succéder l’apphcation du moxa, qu’on pose sur lesmêmes régions; il faut insister surtout sur ceuxqu’on applique sur des côtés de la colonne vertébrale et sous la région du cœur. Enfin, l’on termine successivement cette médication révulsive par. des embrocations, sur toutes ces régions, avec l'huile de camomille camphrée, et l’on enveloppe.les sujets dans des couvertures de laine chauffées. Intérieurement des boissons mucilagineuses et légèrement'acidulées, tièdes ou à la glace, selon le besoin, secondent puissamment les effets de ces révulsifs extérieurs. On les fait précéder avec

avantage de quelques doses d'infusion, filtrée .

d'ipécacuanha; on peut y joindre l’usage des

DES PRINCIPES MORBIFIQUES. ET laveémens émolliens et anodins gélatineux. Dans les cas où la.congestion cérébrale s’est formée, il est urgent. d'ouvrir la veine jugulaire pour désemplir immédiatement des vaisseaux de la tête ; quand cette veine n’est point apparente, on supplée à cette saignée par les ventouses scarifiées, qu’on pose à la nuque et aux tempes. À cette déplétion sanguine,-on fait succéder la glace, qu’on entretient en permanence sur le sommet de la tête, tandis qu’on mét des cataplasmés de moutarde aux br et sur Pépigastre s’il y a lieu.

Le grand nombre d’autopsies que M le docteur Ribes etmoi avons faites à l’'amphithéâätre del’H6tel des Invalides, en présence des jeufes officiers de santé de la Maison et de plusieurs médecins étrangers, venusà Paris pour observer l'épidémie, nous a mis à même : 1°. de constater l’assertion relative à la congestion du cœur et du cerveau que nous avions signalée dans notre opuscule sur le choléra; 2°, nous avons aussi constamment remarqué que les poumons restent sains et crépitans , mais réduits de volume; 5°..que le foie est presque toujours engorgé ou hypertrophié, la vésicule pleine de bile verdâtre et épaisse , la rate égalemeut remplie, de sang noir ; 4°. nous n'avons trouvé que, chez un très petit nombre de sujets atteints précédemment

28 NATURE d É # Eu ga

de diarrhée, des traces d'inflammation réelle à l'estomac etaux intestins, avec des points de rétrécissement' ou d’invagination dans l'intestin grêle ; bo, les glandes dites de Zruner etde Peyer sont toujotirs plus ou moins boursouflées, mais on les trouve rarement ulcérées, à moins que les individus n'aient été atteints’ de ‘diarrhée chronique avant d’être frappés, du choléra :

c'est ce que nous avons vu dans les cadavres de trois sujets affectés de flux dysentérique avant l'explosion de l'épidémie. Au reste, l'engorgement ou le développement de ces corps glanduleux se remarque presque toujours chez les individus qui meurent de maladies organiques, surtout de la phthisie pulmonaire. Ces glandes présentent même ce caractère inflammatoire chez les animaux domestiques , nourris de mauvais alimens, tels sont les chiens errans. (M. Ribes à vérifié plusieurs fois ces faits par des expériences auxquelles il a soumis ces animaux.)

Tous les médecins observateurs qui ont parcouru les diverses: contrées,de l'Europe ou: le choléra à exercé ses ravages ont remarqué que les vaisseaux des épiplowns, de lestomac, des intestins et du. mésentère sont gorgés de sang noir, au point de donner à ces viscères, ainsi que nous l'avons vu chez les sujets morts des effets de liqueurs alcooliques ou des vins so-

DES PRINCIPES MORBIFIQUES. 20) phistiqués par dés substances närcotiques, une teinte bleuâtre, phénomène qui tient à la stase du sang dans tout le système veineux.et capillaire, et non à l’état inflammatoiré de ces parties. Cette injection intérieure est même tout à fait analogue à celle des vaisseaux capillaires du cutis, laquelle a pour résultat cette cyanose que nous avons observée à des degrés plus ou rhoins intenses chez tous les vrais Cholériques. Les recherches les plus minutieuses n'ont pu également nous faire découvrir aucune trace d’une véritable inflammation dans les nerfs d'aucun des deux systèmes. Nous n'en. avons jamais trouvé non plus chez aucun des nombreux Cadavres que nous avons ouverts des sujets morts du tétanos traumatique, si nous-en exceptons les nerfs qui avaient été atteints par les blessures.

Il est bien évident néanmoins que, dans le choléra, la cause morbide épidémique, après avoir produit, chez l'individu qui a été accessible à cette cause, une véritable névrose dans tout le système des nerfs de l’une et l’autre vie, parait porter immédiatement atteinte à l'action du cœur et le frappe d’asphyxie, d'ou résultent la stase du sang dans ses cavités, sa coagulation (ét sans doute sa carbonisation ), enfin l’engouement et la suspension de la circulation générale. Ce liquide est ensuite arrêté dans les sinus

, de la dure-mère et. suécessivement dans les veines du cerveau, ce qui produit la congestion consécutive, qui comprime et altere la pulpe nerveuse de tout. l’'encéphale. Le sujet tombe aussitôt dans le coma; les extrémités et la surface du corps se refroidissent, linnervation est suspendue dans les organes des sens, à l’exception de l’ouie ( qui parait être le dernier à s’éteindre ).

Au reste, cette épidémie nous a présenté , sélon certaines causes prédisposantes, des anomales singulières. Chez quelques sujets, ses principaux effets se sont concentrés sur les paires cervicales et les nerfs pneumogastriques. Ainsi, nous avons vu un ancien employé de la Monnaie des médailles, M. H***, à qui nous avons fait l'opération de l'hydrocèle par ineision, accoutumé à dormir la bouche béante et affecté d’un engorgement chronique aux tonsilles, être frappé tout à coup de froid aux extrémités inférieures, et de cyanose, de raideur:et de crampes douloureuses aux membres thoraciques, de hoquet et de spasme convulsif à loœsophage, avec resserrement de ce canal et un sentiment de strangulation. La déglutition était presque nulle, le pouls était à peine sensible, le malade était dans un:état de coma complet, et nous le vimes dans un danger imminent.

Je me hâtai d'appliquer des ventonses scarifiées à la nuque, sur les parties du cou et à l'épigastre, et je fis succéder à ces saignées révulsives l'application de la glace sur ces régions, c’est à dire au cou et à la région de l’estomac. |

Deux heures après l'usage de ces saignées locales et de ces sédatifs, le malade put avaler, et les accidens nerveux se calmérent.

Le lendemain, malgré l'amélioration sensible qu’on avait obtenue, nous posâmes trois moxas à la base du crâne, à Pépigastre, et des sinapismes aux pieds, du lait d'amandes douces, du petitlait clarifié et édulcoré, et des lavemens émolliens anodins furent prescrits. La plaie de: Pcpération se cicatrisa bientôt après, et le malade est arrivé à une guérison complète.

Ce spasme violent avec resserrement du gosier s’est également manifesté chez l’un des serviteurs de M. le comte de Sucy, lequel a essuyé un choléra algide et cyanique des plus intenses: cé sujet à été sauvé par les mêmes moyens:

Mon fils Hippolyte én a recueil observation.

Tout neus porte à croire que l'illustre Cuvier est mort de ce genre particulier de choléra.

Un invalide, de l’âge de cinquaute-cinq à cinquante-six ans, que nous n'avons vu que peu d'instans avant la mort, avait été porté, le

La

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: 5 NATURE 19 juin, à l'infirmerie de l'Hôtel des Invalides avec tous les symptômes du choléra algide et cyanique le plus intense; mais au lieu de vomissemens, il était frappé d’un hoquet presque continuel avec-aphonie et resserrement douloureux des mâchoires,à ne pouvoir rien avaler. En vain on à voulu tenter l'introduction dans l'estomac d’une sonde œsophagienne, et nous apprimes que ce sujet avait péri après avoir avalé un peu d’eau-de-vie, et goutte à goutte. A l'ouverture du. cadavre, on a trouvé la langue rétractée et bouchant la glotte et l'entrée du pha-

. rynx à ne pouvoir pénétrer dans le canal avec . une. sonde de gomme élastique ordinaire. Sans

doute que si lon avait pu employer à temps, chez ce malade, les révulsifs que nous venons d'indiquer on laurait sauvé. - , ,

Nous aurons occasion de faire connaître d’autres anomalies remarquables.

À l'ouverture des cadavres des sujets qui ont succombé au choléra, n'importe à quelle période, nous avons constamment trouvé, ainsi que nous l'avons déjàdit, tous les vaisseaux du cérveau et des méninges gorgés et fortement distendus par du sang noir et épais. Les ventricules contiennent rarement de la sérosité. Il est probable que l’exhalation de ce liquide est suspendue ‘dans les sacs de la pie-mère par la même cause qui

suspend. la a (ER de l'urine dans les reins. Les substances du cerveau sont plus denses que dans l’état naturel, et celle médullaire est toujours fortement sablée. Les vaisseaux de la moelle épinière sont également pleins de sang noir. Il est plus difficile de se rendre raison du mode d’agir de la cause morbide spontanée sur l'organe Hbroi) dont la contractilité est excitée à un si haut degré, que la fibre motrice ,

qui prend une couleur cramoisie foncée, se rai dit et se plisse avec force comme dans le tétanos; et cette injection profonde s'étend dans l'épaisseur des os (1) et leur imprime la même couleur ( phénomène que nous avons observé, en disséquant les moignons des invalides morts du choléra, dans le fort, de l’épidémie, c'est à dire du 10 au 15 avril). Nous avons aussi remarqué que les cholériques éprouvent les crampes douloureuses et la même contracture dans les membres que ceux qui:sont frappés du tétanos, parvenu au troisième degré. Le corps de ces premiers est également raide apres la mort, comme celui des tétaniques. Sans doute que

Res

(1) Des dessins de ces pièces pathologiques seront faits avec soin, pour faire connaître le travail de la nature dans la cicatrisation des os coupés, ainsi que les phénomènes observés dans les nerfs et les autres parties molles du moignon.

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