‹ Clinique chirurgicale (volume 4)Chapitre 59 sur 70 · LAURE SE · texte numérisé non relu

LAURE SE

.boo AMPUTATIONS.

c'est de n'amputer consécutivement que dans!les circonstances où tous les soins par lesquels on tâchait de conserver le membre deviennent entiérement inutiles. Pour faire connaître le véritable sens de cette règle, il est indispensable d'indiquer Jes principaux cas qui commandent cette amputation consécutive, | Le sphacèle est lun de ceux que le vulgaire comme le médecin peut très-bien apprécier. Cette mortification est le résultat de la gangrène sèche provenant de cause spontanée, de la congélation, ou de la gangrène que nous avons appelée traumatique. Nous allons décrire successivement ces deux genres d’affections, en indiquant l’époque où l'amputation du membre nécrosé doit être pratiquée pour chacune d’elles.

De la gangrène sèche ou de congélation.

À l'article GénéraniTÉ DES PrAIES nous avons indiqué les principaux caractères de la gangrène considérée en: général; nous allons maintenant exposer en particulier la marche et les phénomènes que nous offre chacune de ses espèces, je veux dire la gangrène sèche produite par une cause spontanée ou par la congélation, et la gangrène humide ou traumatique. - |

Nous ne dirons que quelques. mots ‘de la gangrène sénile, qui. appartient à la première .espèce. Cette sorte d'affection reconnait ordinairement pour. cause, prédisposante. l’induration ou

AMPUTATIONS. bo1 .

lossification du système artériel, dont l’action s'anéantit graduellement des points les plus éloignés de la circulation pour continuer ensuite à se perdre de proche en proche, par une marche convergente , vers,le centre commun ; AUSSI COMmence-t-elle à se manifester aux ee des extrémités inférieures, et de l'intérieur à l'extérieur. Les causes déterminantes sont le froid, et le passage subit de cette température à une plus élevée, comme dans la gangrène de congélation , avec laquelle la gangrène sénile a la plus grande analogie. Elle n’a en effet d'autre différence sensible que celle que nous venons d'indiquer relativement à son développement, tandis que la gangrène de congélation se manifeste de l'extérieur à l'intérieur des parties. Nous avons vu un assez grand nombre d'exemples de cette gangrène sénile, dont nous n'avons pu arrêter les progrès, malgré l'amputation des membres sphacélés sur lesquels la ligne de démarcation du mort au vif était parfaitement établie, parce que cetétat d’ossification dont nous avons parlé, et qui avait envahi tout le système artériel, faisait bientôt après développer dans les moignons la même affection gangréneuse. L'un des exemples les plus remarquables est celui que nous a fourni un de nos célèbres compagnons. d'Egypte, M. Jacotin, colonel - général du corps des ingénieurs péographes, à âgé d'environ 62 ans. Nous avons trouvé chez ce sujet toutes les artères presae totalement ossifiées ] jusqu au cœur, HAE

He

Il est encore d'autres causés spontanées qui

P seuvent produire la gangrène sèche, telles que Lu u-

sage de quelques substances vénéneuses où émi- |

nemment narCcOotiques; m mais comme cette gan grène

ne diffère essentiellement de celle de congélation que par son siége, nous ne nous en entrétiendrons

point, pour nous occuper spécialement de cette dernière , principal objet de nos remarques. Nous

allons essayer de donnerF CARACAS desa marche,

de ses symptômes et de la manière d'agir des causes | G qui la déterminent. | Le froid agit sur nos parties en émoussant la

sensibilité dé organes qui en reçoivent directe ment l'impression; la chaleur naturelle est absor-

bée; il l'y a dégagement et répercussion de ce prin-

cipe; les pores s'oblitérent ; les fibres et les vais-

seaux capillaires entrent AA un état de restriction; les fluides se condensent, et leur cours en est

ralenti. Dans le premier moment, l'impression du

froid est douloureuse; la peau Ur rugueuse et perd presque tout son calorique : cependant la chaleur latente et les forces vitales PEAR contre cette puissance sédative et astringente, qui S "oppose auretour des fluides; le système capillaire s engorge d'autant plus facilement que les ramuscules sont affaiblis ; la peau roupgit, la sensibilité € en est émoussée ; si les effets du froid ou de la congélation cn EE elle s'éteint par degrés, et, bien! Ôt Pen donralraL Ar et la stupeur se manifestent. ne parties peuvent rester plus ou moins long-

AMPUTATIONS. 553 temps dans cet état d'asphyxie sans étre frappées de mort, et si ce froid diminue par degrés où que la personne qui en a réçu l'impression passe gra duellement dans une température élevée, l'équi-

libre peut facilement se rétablir avec le “set AUS

organes, et les dispositions à la gangrène disparaitront;” mais si au contraire les personnes, avec

cetté impression, passent tout à coup dé la tempé- |

rature glaciale à une plus chaude, de manière

que le thermomètre monte de plusieurs dégrés audessus de zéro, ïl doit nécessairement survenir delengorgement à la partie affectée, ets’il estconsidérable , les vaisseaux perdent totalement leur ressort; ils sé paralysent, et quelquefois se rompent et se déchirent, ce qui occasioné des phlyctènes, des gerçures ou crevasses. Le cours des fluides estintérrompu dans les vaisseaux; il ÿ a surabondance de carbone ; les parties se noircissent, et la gangrène se caractérise : l'infection se pro-

page dans tous les points affaiblis ou saisis par le

froïd;; autant par contagion que par extinction de

la vie. Ainsi la gangrène fait des progrès jusqu’à ce” 5 P Jusq

qu’elle trouve la résistance des fhéceé vitales. Ici lé mouvement systaltique des vaisseaux, lirritabilité du tissu cellulaire, des HéMESded et de la

peau; qui avaient résisté à l’action du froid, repous-

sent lesprincipes gangréneux ; et Join de les ab-

sorber; les extrémités des vaisseaux capillaires san-

guins et Iÿmphatiques étant irritées par ces principes hétérogènes, 5 ‘engorgent et s'enflaiment, la

mes

ba, AMPUTATIONS,

ganorène est cernée, et il s'établit une ligne de démarcation entre les parties mortes et les parties, saines. Si la mortification est superficielle , les escarres se détachent ordinairement du neuvième au treizième jour : elles laissent une plaie ou un ulcère vif, d'une étendue proportionnée, et dont la cicatrisation se fait assez promptement. Sila totalité

du membre était nécrosée, la nature ne pourrait.

point se suffire à elle-même, parce qu'elle a trop d'obstacles : à vaincre; du moins cela arrive rarement: la résistance surpasse presque toujours la puissance; le malade y succombe par l'effet de l’ab-

sorption qui. s'établit, lorsque les escarres se sont détachées et que la: suppuration a ouvert les

bouches des absorbans (ce sont les veines).

Cette résorption porte atteinte à l'intégrité des organes de Ja vie intérieure ou de nutrition; la AE lente se déclare avec flux colliquatif;. les émanations gazeuses de la gangrène attaquent les organes de la respiration, et concourent, avecles premiers principes absorbés, à laR RE

général des fonctions. L’'affection gangréneuse ;

après un laps de temps plus ou moins considérable,

peut passer directement dans les parties voisines; e . e e w .« \

mais cette communication n'a et ne peut jamais

avoir lieu avant le neuvième ou dizième jour, épo-:

que. de la chute des escarres : les vaisseaux et le tissu cellulaire sont aptes alors à l'absorption, qui cependant n'a point toujours lieu. Dans cette sup-. position, la maladie reste locale; elle se cerne;: les

AMPUTATIONS. Bab parties mortes se séparent de celles qui conservent leurs forces vitales et leur action, et les fonctions générales ne sont point dérangées : la chute des portions nécrosées à lieu; la cicatrice des plaies qui en résultent se fait graduellement , et le malade’est guéri. Dans le cas au contraire ou il se fait résorption , les fonctions organiques sont altérées, , comme nous l'avons dit; il survient de Ia fièvre, ün flux diarrhéique; les forces s’affaiblissent , et le-malade finit par périr.

Tels sont les phénomènes et la marche que la sangrène de congélation nous a offerts en Pologne et en Russie, et nous pouvons assurer qu’elle ne s'est déclarée qu'au moment où la température s’est élevée tout à coup d’un degré très-bas à plusieurs degrés au-dessus de zéro, ou lorsque les

soldats , engourdis par le froid, passaient | dans un foyer de chaleur artificielle. Je pense même qu’à moins d’une inaction complète des individus soumis say long-temps aux influences du froid jusqu’à l'asphyxie, et à moins qu'une seconde cause sédative ou narcotique n'agisse intérieurement et de concert , telle que l'ivresse, je pense, dis-je, que la gangrène ne peut se déclarer et se manifester sur aucune partie du corps pendant la durée du froid. En effet nous avons vu des voyageurs traverser les Alpes et les Pyrénées pendant les froids les plus rigoureux, sans éprouver aucun accident de gangrène, toutes les fois que la température ne changeait pas. J'ai eu l'occasion de constater moi-

. même cette vérité, Les Russes et les Polonais Choi: sissent ge époque la plus constante des frimas pour

entreprendre, avec leurs traineaux, les longues et

pénibles caravanes de la Sibérie : ils redoutent ces voyages, aux époques où la HRRPÉTAUTR est plus ou moins variable ) parce que c'est alors, m ont-ils dit, qu'ils avaient à craindre les effets de la congélation. Dans ma campagne de l'Amérique .Septentrionale , plusieurs naufragés que nous rencontrâmes à Belle-Ile en mer, près de Terre-Neuve, à la fin de mai 1788, avaient passé plusieurs ; jours dans cette ile, couchés sur la neige , sous le froid le plus äpre, sans avoir éprouvé d'accident gangr éneux : la veille de notre apparition , époque où la température avait changé, deux de‘ces infortunés périrent tout à coup, et les pieds de pinsians autres furent frappés de gangrène.

À la fin de l’hiver de 1795 et 1706, lorsque j'étais à cu armée des Pyrénées orientales, nous passames tout à coup d'un froid extrémement vif à

“une température élevée: un grand nombre de soldats, surtout parmi ceux qui étaient au siégede.

Roses, eurent alors les pieds gelés; quelques, sen: tinelles avancées furent même trouvées mortes à leur poste aux premieres heures du dégel, et quoique nous eussions passé quinze ou vingt jours sous

l'influence de ce froidrigoureux, aucun des soldats

des postes avancés du siége ne s'était présenté, jusqu à l'époque de ce dial aux ambulances de la tranchée, que je dirigeais en chef,

AMPUTATIONS. | 527 À la conquête de la Hollande, uñ grandnombre de soldats eurent les pieds gelés; mais d'après les rapports de plusieurs de mes confrères, la. .gan« grène ne se déclara qu’au premier dégel, Frs que les soldats eussent été long-temps dans la neige et les glaçons *. vi sr Nous ayons eu occasion de vérifier encore etoutes

ces assertions dans la terrible campagne de Russie,

en 1812. {

Dans les premiers jours de décembre, il Pi

avait pas de bivouacs où l’on ne laissât plusieurs hommes totalement gelés; il en périssait même pendant la marche. ds époques les plus fatales

ont été les journées et les nuits des 8, 9, 15,14 et

15 de ce mois, époque où le thermomètre de

Réaumur, suspendu à la boutonniere de mon

habit, était descendu de 25 à 28 degrés, au-dessous de zéro. Il serait difficile de connaître au juste la

quantité de cadavres exempts de taches gangré-

neuses que nous avons rencontrés de Miedneski à à Wilna. La plupart provenaient de la 12*° division militaire, commandée par le général Loison laquelle était venue à notre rencontre à Osmiana.: elle était de 12000 hommes en partant de Wilna, et il n'en est rentré en France que 360, d'après le rapport qui en fut fait par plusieurs CF ince de ce corps.

La mort de ces infortunés était devancée par fa pâleur du visage, par une sorte d'idiotisme, par la

1 M. Paroisse, l’un des hinié giens principaux de? armée de Hollande ,m'a donné connaissance de ces faits,

; 548 SMPUTATIOËS.

difficulté de parler, la faiblesse de la vue, et même Ja perte totale de ce sens ; .et dans cet état, quelques-uns marchaïent plus ou moins long-temps ‘ conduits par leurs camarades ou leurs amis. L’action musculaire s’affaiblissait sensiblement ; les individus chancelaient sur leurs jambes comme des hommes ivres; la faiblesse augmentait progressivement jusqu’à la chute du sujet, signé certain de l'extinction totale de la vie. | La marche non interrompue et rapide des soldats réunis en masse obligeait ceux qui ne pouvaient la soutenir à quitter le centre de la colonne pour se porter sur les bords du chemin et le côtoyer : séparés de cette colonne serrée, abandonnés à eux-mêmes , ils perdaient bientôt l'équilibre ct tombaient dans les fossés remplis de neige, d’ou ils pouvaient difficilement se relever ; ils étaient frappésaussitôt d’un engourdissement douloureux, passaient ensuite à un état d'assoupissement léthargique, éten peu de momensils avaientterminé leur pénible existence. 11 y avait souvent, avant la mort, émission involontaire de l’urine; chez quelques-uns ilse manifestait des hémorragies nasales, ce que nous avons particulièrement remarqué sur les hauteurs de Mienedski, l’un des points de la Russie qui m’a paru le plus élevé. J'ai lieu de croire que, dans cette haute région, le baromètre aurait considérablement baissé. L'air extérieur étant devenu plus rare sans doute, et son peu d’élasticité n'offrant plus de résistance à l’action des fluides,

+ | | ë “pe AMBUTATIONS: Li 529 dont le mouvement ést entretenu pat les forces vitales intérieures et l'expansion de la chaleur animale, ces fluides s'échappent par les points qui leur résistent le moins, ét c’est ordinairement par les surfaces muqueuses, surtout celles de la membrane nasale, où les capillaires sont très-abondans et susceptibles d’une prompte dilatation ’; Cette mort ne m’a point paru cruelle. Les forces vitales s'éteignaient par degrés; elles entraînaient la sensibilité générale, et avec elle disparaissait la conscience des facultés sensitives. Il est vraisemblable qu’au dernier moment le cœur était frappé de paralysie, et que tous les organes de la vie ces- Saient en même temps leurs fonctions par le défaut d'inervation. Les fluides, déjà réduits de volume par les privations et l'absence du calorique, se coagulaient promptement. Nous avons trouvé couchés sur le ventre presque tous les individus qui avaient péri ainsi sous l'influence continue du froid. Leurs corps étaient raides, leurs membres inflexibles; la peau restait décolorée et sans apparence d'aucune tache de gangrène.

Madame Blanchard s'étant élevée, par une chaleur trés forte d’un jour d'été, dans son aérostat, à trois mille neuf cents. toises, fut saisie par un froid excessif (son thermomètre était des cendu à 25 degrés au-dessous de zéro) , et ce froid l'aurait fait.

bientôt ‘périr si au même instant elle n’eût ouvert la soupape

du réservoir du gaz hydrogène , et siellen’avait eu une hémor=

ragie nasale qui se déclara promptement. (Voyez le S upplément

- aux Institutions physiques du professeur Sages, pag. 224.) NH

230. AMPUEATONS Non loin de la contrée où nous ayons eu tant à souffrir, ‘dans les forêts i immenses de la Lithuanie, Charles XII perdit aussi , par ces deux causes réuniés ; Ja faim et le froid, une division entière de son armée, sans doute beaucoup moins forte que celle de Loison.

‘On trouve dans le tome V des Prix de l'Acañémie royale de Chirurgie ; un fait de ce genre. En 1732 - des voyageurs hollandais, traversant pendant l'hiver une partie de d'Islande, furent saisis tout à COUP par un froid si violent, qu'ils ne purent ÿ résister , quelques précautions qu ils eussent prises pour se réchauffer entre eux. Leurs membres se raidissaient, et ils ÿ éprouvaient de vives douleurs. N° ayant plus la faculté de se mouvoir, ils restèrent engourdis et périrent tous les uns après les autres. Le dernier termina ainsi son

journal : “ Tous mes compagnons sont morts misérablement, et moi; qui puis à peine tracer ces mots, je touche au dernier moment de ma vie. »

Ce journal fut trouvé, le printemps suivant, par des voyageurs, avec les cadavres desséchés de ces malheureux.

Nous terminerons l'exposé des faits qui prouvent la vérité de notre assertion sur la Cause déterminante de la gangrène de congélation, par le récit de l'événement suivant, aussi extraordinaire qué curieux. Dans un rapport fait par le capitaine Warems à l'amirauté de Londres, il est dit : « Je me trouvais , au mois d'août 1772, naviguant vers

wi

b, | AMPUPARIONS. re le 57° degré de latitude nord, lorsqu'un: matin, à environ un mille de mon vaisseau, je: vis la mer entièrement fermée par les glaces : on ne découvrait, aussi loin que la vue pouvait porté, que des montagnes et des pics couverts de neige. *, Le vent tomba bientôt, et je restat pendant. deux) jours dans la continuelle perspective d’être écrasé par cette épouvantable masse, que le moindre vent prunes, pousser sur nous. Du

» Nous avions passé le second ; jour dans thé alar« mes , lorsque, vers minuit, le vent s’élevas etaussitôt nous entendimes Lhonsible craquement des . glaces, qui se brisaient et se heurtaient, et dontle bruit ressemblait aux éclats du tonnerre. Cetté nuit fut terrible pour nous, mais le matin la tempête s'étant apaisée peu à peu, nous vimes la bar rière de glace qui était devant nous entièrement rompue, un large chenal s'étendre à perte de vue entre ses deux côtés. Le soleil brillait, et nous nas viguions par une légère brise du Lich

» Tout à coup, en regardant du côté du chenal, nous vimes apparaitre. les mâts d’un vaisseau; rnais ce qui nous étonna plus encore, ce fut l'étrange manière dont ses voiles étaient disposées, et l'as: pect démantelé de ses vergues et de ses manœu: vres. Il continua à marcher pendant quelques temps, puis s’arrétant sur un bloc de glace, il demeura sans mouvernent. di 0

1 Woyez, pour la formé et la grosseur de ces montas gues de glace, Ina Campagne de l'Amérique septentriouale, fi n ci

» Je ne pus alors résister à la curiosité; je descendis dans ma chaloupe avec quelques-uns de mes matelots, et je me dirigeai vers le singulier navire. Nous vimes, en approchant, qu'il était extrêmement endommagé par les glaces; pas un homme ne paraissait sur le pont, qui était couvert de neige. Nous hélâmes, et personne ne répondit. Avant de monter à bord, je regardai par un sabord qui était ouvert, et je vis un homme assis devant une table, sur laquelle étaient tous les objets nécessaires pour écrire. |

» Arrivés sur le pont, nous ouvrimes l’écoutille et nous descendimes dans la cabine, où nous trouvâmes l'écrivain du vaisseau assis, comme nous l'avions vu par le sabord ; mais quels furent notre étonnement et notre terreur, lorsque nous vimes que c'était un cadavre , et qu'une mousse verte et humide recouvrait ses joues et son front , et voilait ses yeux, qui étaient ouverts! Il avait une plume à la main, et le journal de route devant lui; les dernières lignes qu’il avait écrites étaient celles-ci : «11 novembre 1762.11 y a maintenant dix-sept jours que nous sommes renfermés dans les glaces. Le feu s’est éteint hier, et notre capitaine à essayé depuis de le rallumer, mais sans succès. Sa femme est morte ce matin : il n’y a plus d'espoir... »

» Mes matelots s’éloignèrent épouvantés de ce cadavre , qui semblait vivant. Nous entrames alors dans la grand’chambre, et le premier objetqui nous frappa, ce fut le corps d'une femme couchée

AMPUTATIONS. 533 sur ün lit, dans l'attitude d’une grande et Pétplexe attention: on eût dit, à voir la fraicheur de ses traits, qu’elle était en vie; seulement la contraction de ses membres nous annonçait qu'elle’était morte. ,

» Devant elle un jeune homme était assis sur le

plancher, tenant un briquet d’une main et une

pierre de l'autre, et ayant devant lui plusieurs morceaux d’ di |

» Nous passâmes à la chambre de proue, et nous y trouvâmes plusieurs matelots couchés dans leurs cadres, et un chien étendu au bas de l'escalier. Ce

fut en vain que nous cherchimes des provisions et du bois à brûler; nous ne découvrimes rien: alors

mes matelots commencèrent à dire que c'était un vaisseau enchanté, et ils m’annoncèrent qu'ils ne resteraient pas plus long-temps à son bord. Nous partimes donc après avoir pris le journal de route du navire, et nous revinmes à notre vaisseau, frappés de térreur en songeant à un aussi funeste exemple du danger des navigations polaires ; dans un degré de latitude septentrionale aussi élevé.

» Lorsque je fus de retour à Kull, je fis mon rapport à l’amirauté, et d’après les documens que j'avais, le nom du navire et du capitaine, J'appris que ce vaisseau avait été perdu depuis treize ans , et que c'était par conséquent depuis cette “pou qu'il avait été enfermé dans les glaces. »

Ces corps momifiés ou desséchés parle froid , etqui, d’après le rapport du capitaine Warems, de-

534 AMPUTATIONS. ; | yaient.s'être conservés ‘perdant plus de douze ans dans: J’état où ôn les a ‘trouvés ; attestent.élairés ment: qu ils n'avaient pâs été ma» de gangrène. LD .] | L'expérience a appris que l’on se préserve en effet. de cet accident en évitant l'approche du feu ou. l’action brusque de la. chaleur sur: les parties engourdies par le froid. Tout cela prove quecet agent n’est que la cause prédispôsanté de la gangrène: La chaleur, subitement appliquée sur les parties que le froid:a stupéfiées ; peut en être considérée comme la cause déterminante. Une, fois. ce … prinçipe, établi, il est facile de prévenir les effets dela congélation. Il n’est pas aussi aisé d'arrêter | Textinction totale dela vie; lorsque les individus sont soumis, pendant un Jap de temps plus ou moins prolongé , à l’action d’un froid ‘intense; et qu'ils sônt.en LARGES ANS privés d'alimens ét de toute espèce de sécours. Nous en avons eu un terrible: éxémple dansila campagne de Russie; ainsi que nous l'avons rapporté plus haut. | Cépeñdant lorsqu’on.-est appelé a$sez tôt pour une peisañné qui a reçu impression vive. du froid, de manière que: la partié. ait déjac perdü ses mouvemens , que la chaleur soit éteinte:etque la sen: sibilité soit émorissée; il faut se hâter de rappeler leressortiét la vie dans les organes affaiblis ou stüupéfés. Les frictions de: méige ou de glace fondue sont les meilleurs moyens à administrer:loxigène pür que: contiennent ces substances; ret ‘le calo-

AMPBUTATIONS. 3 rique: développé par le frottement, étatit aborbés par le sang contenu daris les capillaires, excitent les vaisseaux et vivifientce fluide ; un reprend son âction, et l'autre sa fluidité ; la Gt GR $e rétablit, ét-on en soutient le cours par l'application successive des topiques spiritueux et camphrés, par l'usage intérieur des cordiaux administrés gra-

duellément; les frictions sèches et chaudes ftted

sar-toute l'habitude du corps; et par un exertièé continu et modéré. :

Dans les prémiers oimens, au défaut de 1 neige où de glace fondue ; 61 emploiera le gros vin rouge

froid; le vinaigre l'eau-de-vie M AE et sefroi #

eLLAYETEÉ %

tr mé brisé ét subite du à ue où Fe tout foyer de chaleur : on ne doit employer. ce moyen que graduellément; sans cela, il provoque ka gangrène et il la fait développer rapidément , ce qui prouvé que Paxiome contraria contrarits Cérantür, wést pas toujours vrai.

Loisqté la gangrène est établie et bien caractérisée;il ne faut plus S’occuper qué des moyens de prévenir sa contagion, de faciliter la chute ‘ou

’évulsion des parties molles désorganisées et de fortifier celles qui sont restées saines : il faut aussi

soutenir les forces du malade et coibattre les affec:

tion$ fébriles, s’il en existé. Ainsi, On appliquera d'abord les émolliens péndant quel lon féra f rendre aulmalade le quifiquina uni aux arnérs se naires ,

ne

536 . AMPUTATIONS) de bon vin.et de bons alimens, mais en! petite quantité. Si la mortification est superficielle, ces moyens suffisent ordinairement avec le travail de la nature; mais si la gangrène a frappé de mort toute l'épaisseur du membre, les forces de la nature et les moyens accessoires que nous avons indiqués ‘deviennent insuffisans. Les organes s’affaiblissent par le travail de l’exfoliation, et, avant ses derniers résultats, le malade meurt d’épuisement ou des effets de la résorption. Nous en :avons.vu un trés-grand nombre d'exemples , tandis que ceux des guérisons spontanées .et:sans le secours de la chirurgie sont rares : d’ailleurs le moignon qui résulte, dans ce cas, de la chute du DA reste inégal, douloureux, et devient très-incommode au malade, attendu qu’il ne peut se servir librement d’une jambe de bois. AA Il y a donc de l'avantage: à retrancher la ton du membre nécrosé, après toutefois que la gangrène est cernée et bien limitée par la ligne. inffammatoire dont nous ayons parlé ailleurs. Il.ne. faut cependant päs trop différer l’amputation, parce que les malades s’affaiblissent et finissent; ‘par périr, surtout si le sphacèle est étendu, comme j'ai: eu occasion del’observer en Pologne, surtout à Ma: drid, Sur :trois jeunes conscrits, lesquels ayant es-! suyé une fièvre putride nerveuse, furent saisis d’un: froid très-vif pendant une nuit d'avril, oùle ther-: momètre , après avoir été à 19 degrés âdus lejour, était “delcehdu ? à 9 degrés, et remonta Je lende-

Mmérinionl #37 main à 50 degrés : il régnait en nèmé témps un vent glacial du nord-est, qui donna la colique ou des affections rhumatismales à tous les malades de l'hôpital. La gangrène se limita, et les trois jeunes gens, à cela près de la faiblesse où leur maladieles | avait laissés, étaient en bon état, Je proposai l'o2 pération ; elle fut rejetée sur ce que l’on. espérait la séparation des portions nécrosées par les seules forces de la nature. Ces sujets s'affaiblirent, une fièvre lente de résorption se déclara, et tous les trois moururent avant le vingt-unième jour de l'invasion de la gangrène: L’amputation faite à propos et au lieu d'élection ou de nécessité abrège le travail de la nature et assure la guérison du ma Jade, sans ajouter.à la perte inévitable qu'il doit faire, Dans cette dernière. circonstance, ‘il faut éviter de porter le couteau dans l'épaisseur des . parties vivantes, et pratiquer l'opération, autant que possible, dans la ligne de démarcation, car ik y a un grand inconvénient à couper dans les par= ties lorsqu'il s’y conserve encore le moindre symptome d’inflammation. On dissipe les effets de lab sorption par les cerdiaux et les antiseptiques ; surtout par l'usage du bon quinquina , et j'ai remara qué que celui qu'on nomme loxa est le plus efficace contre les affections gangréneuses. |

L’amputation que nous faisions en temps Opportun, soit au lieu de nécessité, soit à celui d'éléc: tion, selon les circonstances, et l’usage des moyens dont nous ayons parlé, ont été employés, en gé-

638 ANTPUTATIONS.

néral; à Terte-N euve; en Pologne et en en 1 Russie; avec un succès complet. ke ‘a 0

Gangrène traumatique.

Péfet terminer ce que nous avions à dire sur Es diverses espèces de gañigrène, nous allons exposer maintenant le caractère et les phénomènes de cellé que nous avons appelée traumätique.

Celle-ci se propage rapidement dé proche : en proche sur la continuité des tissus; elle passe d’un membre à l’autre, gagne lé tronc, infecte les organes de la vie et tue le blessé *. On conçoit facilement que les: vaisseaux «et le tissu cellulaire, quoique désorganisés dans le point où la gangrène s'est d’abord manifestée, jouissent au-dessus d’une assez grande action pour absorber les principes

gangréneux et participer eñ même temps à l'éré-

thisme ou àl’inflammation obscure qui la devance 3 ainsi on explique les progrès du mal et l'impossi bilité où se trouve la nature d'arrêter ces progrès

et de cerner la maladie. Mais outre l'inflammation

locale ét successive, il se fait métastase, par’ lé tissu

cellulaire;et par le système veineux, de ces principes gangréneux vers le cœur, les poumons , ét le cer-

veau, qui en nie bientôt une impression défi dr

! Boucher dit à ce md: :« Si la not De était prête à à

gagner V endroit au-delà duquel on ne peut reculer la section de chairs, il est visible qu’il ne reste plus alors d’autre parti que celui dé l’ amputation prompte, (quoique très-équivoque. »

(Poyékles Mémoires de l'Académie , tom. TT, in-4.)

AMPUTATIONS 589 vorablé; : les facultés intellectuelles se troublént les fonctions animales en sont affaiblies; la pâletr du visage, les angoisses ; le délire et tous les symptômes de lataxie se déclarent ; et si cétte contagion continue, le malade meurt prompteent. À l'ouvérture des cadavres, nous avons trouvé les artères de ce dernier organe remplies d’un sang noif} liquide et trés-carbonisé ; le cœur était plein d'un sang dé la même nâture et liquéfié.

. Dans la gangrène sèche ou spontanée, l’äbsorption se fait plus difficilement; la maladie resté latente plus où moins long-temps, et il n'est pas très-rare de voir de ces sphacèles ou nécrosés êtré séparés du vivant par les seules forces de la nature, etsans que les fonctions génêr ales en soient altérées.

D'après cêt exposé; ilÿ a une différencs sensible entre la gangrène traumatiqué et celle spontanée, ousssi l'on veut, entre la gangrène humide de causé mécanique, et la gangrène sèche qui reconnait ordinairement une cause spontanée ou dé congé lation.

Un boulét, un éclat d’obus ; ün biscaïen; une ballé même, peuvent, sans produire uné très-

à grande désorganisation dans le mernbre, en ébran-

ler avec tant LE violence les vaisseaux et les nerfs, que, la vie s'y éteint et que les parties sont frappées. de mort : nous en ayons;vu un, très- -grand nombre d'exemples. Je crois avoir remarqué. aussi que les percussions violentés sur les6s; lors elles

bho AMPUTATIONS] |

ne sont pas accompagnées de fracturé! et là éon tusion ou les déchirures qui surviennent dans ces cas aux membranes osseuses , animées par les nerfs de la vie organique, déterminentinévitablement Ja: gangrène, surtout si la balle frappe d’abord les extrémités articulaires des os et qu’elle $e perde

dans l'épaisseur des parties. On a méconnu jusqu’à,

présent les désordres qui suivent ordinairement les lésions profondes du périoste, des aponévroses (parties blanches )-et des surfaces .articulairés ,

parce qu'on ignorait la marche et l'étendue des

nerfs de la vie de nutrition que les sympathies maladives, les dissections anatomiqués et les expé-

riences physiologiques semblent démontrer. Bichat: Scarpa, Chaussier et Ribes sont les 'anatomistes,

qui nous ont le plus éclairés sur l'étendue, dans: l'économie animale, du domaine de cette vie, et sur ses véritables phénomènes", Nous pensons, d’après cette idée,que l’altération desmembranes fibreuses. ou aponévroses, des ligamens. du tissu cellulaire:et. des artères, dont la vie semble étre:entretenue par

* En disséquant ; dans les boucheries des armées , des fœtus vivans de, vaches , j’ai reconnu , avec la plus grande facilité, Îles: rameaux nerveux qui naissent du grand sympathique, et accom-, pagnent jusqu’au placenta les artères ombilicales. D’autres ra— meaux plus petits, qui suivent les crurales et les axillaires, forment autour d'elles des plexus plus où moins sensibles , et pas raissent se réunir, de distance en distance » à des grains blan— châtres qui sans doute sont autant-dé ganglions. IL est certain que des filamens infiniment déliés de ces plexus, qu'on voit à

AMPUTATIONS. bat

Ja continuité des nerfs du grand sympathique, doit troubler les fonctions organiques du membre lésé,

telles que la nutrition, les sécrétions médullaires,

synoviales, graisseuses et respiratoires de la peau;

de là aussi suspension dans ces fonctions, reflux des sucs nourriciers, engorgement et atonie, sécheresse à la peau , affection érysipélateuse, tuméfaction dans cette membrane, désorganisation de lépiderme, phlyctènes et épanchement de sérosité, résultat de la rupture des ramuscules capillaires, et accumulation des gaz qui devaient être expulsés au dehors par la transpiration. Les vaisseaux absorbans ont perdu leur action; les fluides graisseux et lymphatiques qui restent sans mou vement, épanchés dans les cellules adipeuses, se dépravent et engorgent la membrane cellulaire, qui ne tarde pas elle-même à s’altérer et à se putréfier. T’irritation locale ou la stupeur communique ses effets à tout le système de la vie organique, ce qui produit les affections fébriles plus ou moins compliquées. Les principaux vaisseaux du membre affecté participent promptement de la maladie et cessent leur mouvement; le sang s’y arrête, surtout dans le système capillaire,se carbonise, et le calo: rique s'en dégage. Cette carbonisation pénètre tous

la loupe, suivent toutes les branches artérielles jusqu’à leur terminaison, ce qui explique la douleur qu'éprouve le blessé lorsqu’on fait la ligature de ces artères, surtout si le vaisseau lié est déjà malade, et cé qui pourrait rendre raison de certuns accidens graves qui accompagnent quelquefois cesligatures.

les tissus, et établit dans les parties lésées la couleur noire, un des principaux caractères de la gangrène.

La putréfaction a lieu et fait des progrès d'autant

plusrapides que le tissu graisseux surabonde chez l'individu, quelatempératureest humideet chaude, et que le climat est plus ou moins malsain, ou que cette affection locale est compliquée d'une fièvre ataxique ouadynamique, survenueen même temps, comme nous l'avons vu en Égypte dans une circonstance où nos blessés furent frappés de la fièvre jaune : les progrès de la gangrène traumatiqué étaient si rapides, qu’en quelques heures elle avait passé de l'extrémité du membre affecté au tronc, et que le blessé était mort souvent avant la sixième heure *.

Il est facile de concevoir que dans cette espèce de gangrène il serait dangereux d'attendre qu’elle fütbornée ou limitée par cetteligne rougeâtre dont nousavons parlé, parce que la putréfaction se communique sans obstacle, non-seulement par contagiondirecte, mais encore par l'absorption ou transsudation du premier point infecté dans le reste du membre. Il ne faut donc pas hésiter, quoi qu'en disent les auteurs et les praticiens, à bi e promptement l’'amputation, une fois que la nécessité en est bien reconnue. On n’a pas à craindre que la gangrène survienne au moignon, Comme dans la gangrèné spontanée qui ne serait pas limitée

1 Woyez mon Mémoire sur la fièvre jaune, inséré dans na Campagne d'Egypte:

parce que celle que nous appelons tratmatique ; aprés $ être développée par une cause locale, ne se propage que par absorption € et une affection des tissus qui s ‘engorgent, u moyen de la continuité

des vaisseaux ou l'altération passe successive- AD

ment : en effet l'amputation, pratiquée au lieu convenable , arrête ces progrès et prévient leurs $ suites tes

En supposant donc que la moitié inférieure de la jambe soit frappée de sphacèle par suite d'un COUR de boulet qui aurait fait une violente contusion dans cette partie, et en aurait fortement ébranlé les vaisseaux, les nerfs et le. membranes ligamenteuses , bien que l'infection ait déjà attaqué le tissu cellulaire qui remonte à la partie su- PÉMSRE de ce même membre, on peut le couper au lieu ‘élection , si la peau d'ailleurs en est encore intacte, sans craindre que la gangrène survienne au moignon. Mais dans le cas où la peau dé la totalité de la jambe serait frappée de mort, il faudrait remonter à la cuisse et se hâter de ne l'opération. Il en serait de même pour les extrémités supérieures. Il ne faudrait pas néanmoins confondre un membre frappé de stupeur avec celui qui est véritablement sphacélé : la chaleur, le mouvement et la sensibilité se conservent dans le premier cas, quoique la peau en soit noirâtre et qu'il y ait engorgement. D'ailleurs, dans ce cas, füt-il même au il faudrait d’abord employer les toniques répercussifs et les cordiaux pris inté:

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AU PR à AMPUTATIONS] LL LRMORE Les scarifications préconisées | par les auteurs sont en général plus nuisibles qu "utiles, en ce qu elles accélèrent la marche de la gangrène, sans LBdter à à la stupeur L’amputation détruit d’ abOtA la contagion, étant Sproudiés au-déssus des parties vraiment gangrénées ,, C'est-à-dire au- -delà de la désorganisation. En mettant les nerfs et les vaisseaux dans une parfaite L liberté par la section nette qu'on en fait, on les débarr asse par là des fluides qui s’y trouvaient déjà en stagnation; leur action se rétablit, et loin de . servir dE siphons absorbans aux principes hétérogènes , ils deviennent autant de puissances ex- pulsives de ces mêmes élémens et des fluides qu'ils Contiennent, de manière à recevoir de nouveau les principes animés de la vie; le dégorgement de tous les tissus s'opère, et ils reprennent leurs propriétés vitales. On seconde les effets de lamputation par l'usage intérieur du quinquina, des vins généreux , és toniques, etc. | Les faits que je rapporterai à la suite de ce travail prouveront, je pense, d'une manière incontestable , x vérité du principe que je consacre : qu'il faut pratiquer l’'amputation dans le cas de gangrène , sans attendre qu'elle soit bornée, lorsqu'elle est le résultat d’une cause mécanique et qu’elle expose la vie du blessé.

J'ai été témoin de la mort de plusieurs individus, survenue parce qu'on avait voulu suivre trop rigoureusement le précepte contrairé; « enfin dou-

AMPUTATIONS. 545 loureusement affecté de cette perte , j'avais résolu depuis long-temps de m'écarter d’un axiome que j'avais toujours cru faux, et d’ailleurs , en suivant le précepte de Celse, je préférais employer de 24 remède incertain ut que d'abandonner le mas. ÿ lade à une mort certaine. (Satites estenim anCepsi ei MONA auxilium experiri quâm nullum. Corn. Ces. ) de.

Je fis le premier essai à Toulon, en lan iv. Cut

+ (1796), sur un militaire qui, par suite d’une vio-

| mier, s’offrit à ma. pratique : il s'est rencontré chez

lente contusion au pied, fut atteint d’un ulcèreavec gangrène, laquelle frappa bientôt toutle membre de nécrose ou de sphacèle. La gangrène continuait, ses progrès; je me décidai à lui couper la jambe. Le succès de l'opération surpassa mes espérances : de Li le moignon se cicatrisa, et en moins de quarantes cinq jours ce militaire fut parfaitement guéri. Cet exemple était fait pour m encourager.

Pendant le siége d'Alexandrie en Egypte, en l'an 1x (1801), un second cas, assezanalogue au pre-, un dragon du 18" régiment, qui, par suite d’un coup de feu à l'articulation du bras gauche, eut | l'avant-bras et successivement le bras frappés de … sphacèle. La gangrène s’approchait de l'épaule, et la vie du blessé était menacée, lorsque je résolus de lui extirper le membre à l'articulation scapulo- ü humérale. Le mal faisait des progrès sensibles, etle . 1 malade se ressentait déjà de l'infection cérébrale, car il avait des symptômes d’ataxie; cependant V Hope arrêta chez lui 1e accidens AR 5 etlui

ill. L | SA À *, v \ À LL 4 É à AT :

Aauva la vie: sa guérison fut totalement opérée à Ja fin du siége d'Alexandrie. dé

Aprés la prise d'Ulm, à mon ambulance d'El

chingen, M. Ivan, chirurgien deNapoléon, surnotre

invitation fit l'amputation d’une cuisse à un sol-

dat du 76° régiment de ligne, lequel, par suite d'un coup de boulet, avait eu la jambe désorganisée et frappée c esphacèle. La gangrène n’était point limitée, et elle continuait à faire des progrès sénsibles ; néannoins les effets de l'infection furent détruits, et le blessé se trouva complètement guéri à notre retour d'Austerlitz. | Un quatrième militaire, officier dans le même régiment, blessé aux malléoles, à la prise de la même ville, par un coup de boulet : fut transporté à la même ambulance pour y être pansé : c'était le troisième jour de l'accident; le pied était gangréné, la jambe tuméfiée et menacée de mortifica

tion; la fièvre s'était déclarée. Je m'empressai de

, CR ü , ; Be lai couper la jambe un peu au-dessus du lieu d’élection. Le tissu cellulaire du moignon, de couleur

jaune, noirâtre, était déjà infecté du principe gangréneux : cependant l'opération arrêta les progrès du mal; la suppuration s'établit dans le moignon ;

il se forma des escarres gangréneuses qui se dét: =

chèrent; la plaie se détergea, et la cicatrice fut faite le cinquante-deuxième jour. Il marchait déjà

sur une jambe de bois lorsqu'il contracta la fièvre

nosocomiale , qui existait épidémiquement à Ulm, QU il avait attendu son régiment, et à mon grand

ere,

rer

regret, il succomba à cette dernière maladie, après avoir échappé au premier danger qu'ilavait couru.

. Un soldat russe avait été blessé fortement à la main, par l'effet d’une arme à feu, dans le combat qui eut lieu près de Witepsk. Une hémorragie survint, et, pour l'arrêter, un des chirursciens de son régiment tampona la plaie et appliqua un bandage très-serré. Ce moyenne suffisant pointpour empé= cher l'effusion du sang, il eut recours à une forte compression de l'artère brachiale vers le milieu de son trajet, qu'il exerça avec un garot. L'armée russe battant en retraite, ce blessé fut abandonné

def

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dans cet état ét n’entra à l'hôpital que deux jours |

après, ayant déjà l’avant-bras et une partie du bras sphacéiés par suite de cette compression encore existante. Je fis aussitôt la section de la ligature, qui se voyait à peine au milieu du gonflement énorme des parties, et je me proposai de pratiquer lamputation le lendemain. Le sphacèle fit, pen-

dant la nuit, de nouveaux progrès, et il nous fallut amputer le bras dans son articulation scapulo=

humérale. Les parties étaient tellement malades, qu'à peine je pus conserver des lambeaux suffsans, car J'engorgement et la gangrène se propageaient déjà au deltoïde et à d’autres portions des muscles compris dans la section du membre. De pro=< fondes scarifications furent faites dans l'épaisseur des lambeaux, et des lotions avec le vinaigre Çamphré servirent à laver toutes ces parties.

La gangrène se borna; aucun accident consé.

cutif ne survint, et après la chute de quelques escarres, cette plaie considérable se nettoya et parvint assez promptement à la guérison.

Aprèsles batailles d’Austerlitz et d'Iéna, plusieurs

de mes confrères, chirurgiens de première classe, entreprirent, d’après mon conseil et les exemples de réussite que je leur avais cités, l’amputation de membres également sphacélés, quoique la gangrène ne fütpointlimitée, plutôt que d'abandonner ces victimes à la mort, qui paraissait inévitable. Ils obtinrent en général le même succès que moi. Je regrette de ne pouvoir rapporter les observations de plusieurs cures de ce genre, que l'un d'eux m'a envoyées à l’armée d'Espagne, ou elles se sont égarées. Du reste, l'observation du jeune Barre, que je vais rapporter ici avec quelques détails, me parait suffire pour fixer définitivement Jopinion des chirurgiens sur cette question.

Ce militaire, àgé de 18 ans, d’une taille avantageuseet d'une constitution délicate, fusilierau 1‘régiment de l’ex-garde, reçut un coup de fusilà vent à la révolte de Madrid, le 2 mai 1808. La balle, après avoir fait une blessure profonde au côté radial du pli ducoude, se perdit dans l’épaisseurdes parties. Elle s'était dirigée obliquement en bas et en dedans, ensorte qu'après avoir perforé la peau et le muscle pronateur, elle rencontra le point du radius contigu au cubitus, et, à raison de la résistance, elle se détourna, glissa sur la membrane interosseuse, et continua sa course entre les deux os, jusqu’à

l'articulation du poignet. Ce fusilier nous dit avoir éprouvé, à l'instant du coup, une violente secousse qui fut suivie d’un engourdissement douloureux dans le membre blessé, avec perte totale de ses mouvemens. |

Je fis vainement des recherches pour découvrir le corps étranger : la plaie fut débridée et recouverte d’un linge fenêtré imbibé d’eau marinée; lavant-bras fut enveloppé avec des compresses | trempées dans la même liquewr. Le lendemain le . bras était légèrement tuméfié et menacé de stupeur; le jour suivant la main et l’avant-bras avaient . perdu la sensibilité et la chaleur : la couleur terne de la peau et la tuméfaction ne laissaient plus de. doute sur l’invasion de la gangrène. Nous appliquâmes de leau-de-vie camphrée presque bouillante sur tout le membre, à l'exception de la plaie, qui fut recouverte d’un plumaceau de digestif animé. Je prescrivis intérieurement le NU et le quinquina. Malgré ces moyens, le sphacèle fut prononcé-dès le soir du même jour. Des scarifications faites sur la main et l’avant-bras, l'usage des antiseptiques à l'extérieur et à l'intérieur, ne purent arrêter les progrès de la gangrène. Les scarificationsme parurent même la favoriser : j'avais déjà fait plusieurs fois cette remarque. Le 6 mai, le sphacèle avait dépassé toute l'articulation, et il jetait des rayons gangréneux jusqu'au milieu du bras. Le blessé était dans un affaissement considérable; son pouls était petit, intermittent, et il y

B5o: x AMPUTATIONS.

ait déjà aberration mentale ou délire. Ce danger imminent me fit alors appeler plusieurs médecins ét chirurgiens habiles pour m'éclairer de leurs lumières. Ils ne purent être rassemblés qu’à quatre heures de l'après-midi, et dans ce court intervalie, la gangrène était encore montée et envahissait presque latotalité du bras. L’extirpation du bras que je proposai fut rejetée par tous les consultans, à lexception d’un seul, M. Talabère, sujet distingué ét chirurgien principal du corps d'armée du maréchal Moncey. : Malgré cette opposition formelle et générale, je crus que je devais sacrifier quelques motifs de mon intérêt personnel à la vie d’un citoyen, si, avec l'emploi de moyens même inusités, j'entrebr une lueur d'espérance pour le conserver. Il n'y avait pas un instant à perdre; les symptômes ataxiques étaient de plus en plus alarmans pes la rapidité de la mortification : elle était telle qu'en moins de deux heures ce jeune homme aurait péri. Les forces de cet infortuné étaient presque éteintes; cependant j'osai entreprendre l'opération. Les portions Charnues des déux lambeaux étaient brunâtres et presque flétries; le tissu cellulaire du creux de laisselle était een malade. Jerapprochailes lambeaux, mais sans les mettre dans un contactimmédiat;jecouvristoutela plaied’un linge fin, fenêtré, trempé dans du vin camphré très-chaud. Plusieurs gâteaux de charpie, saupoudrés de camphre, furentimmédiatement appliqués et soutenus

| AMPUTATIONS, 551 par de longues compresses trempées dans la même liqueur chaude.

Le membre amputé, qui fut ouvert à J'am-

phithéâtre, était totalement noir. La peau, le tissu

cellulaire, les membranes et les ligamens étaient putréfiés; les muscles, ramoilis et injegtés d'un sang noirâtre carbonisé. Le trajet qu avait parcouru la balle était rempli d’une sérosité ichoreuse et fétide: ce corps étranger s'était arrêté sous le ligament annulaire des fléchisseurs des doigts ; les ligamens articulaires correspondans

étaient done etl’articulation était ouverte.

La Balle s'était aplatie. | |

Le blessé avait peu souffert pendant l'opération, à raison du peu de sensibilité qui s'était conservée dans l'épaule, et comme je ne lui avais pas laissé pérdre une goutte de sang, il n’y eut point de syncope : au contraire, lamputation paraissait avoir ranimé sés forces, et le pouls était moins misérable qu'avant.

Après quelques hémorragies consécutives intermittentes, déterminées par un mouvement fé-

brile critique que Ja nature avait fait développer ,

ce jeûne homme acquit graduellement des forces.

La plaie du moignon se détergea, les bords s'en …

rapprochèrent succéssivement, et là cicatrisation succéda immédiatement à cette détersion. £lle mmarcha ensuite avec assez de rapidité jusqu’à là guérison complète du sujet, qui eut licw avant la fin du troisième mois “aie l'opération." fut

Le 1 :

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