II. 5 ya
ESo AMPUTATIONS.
ganisé : mais de désordre était beaucoup mois Considérahlhs aussi la guérison en füt-elle Pa prompte: Cet officier est aujourd'hui administrateur à l'école polytechnique.
Un troisième blessé du même genre, M. Rodelsturdz, adjudant-major au 02"° régiment d’infanterie de ligne; fut apporté, avec un grand nombre de gardes impériales , dans la même ambulance: Il avait eu le moignon de l'épaule gauche désorgauisé par un boulet de gros calibre, à peu près comme chez Daboville; l’acromion, l'extrémité humérale de la clavicule ;-et la cavité glénoïde du scapulum étaient brisés ; la tête de l'humérus était séparée de son col, ee en bas et en dedans sous lé:plexus brachial ; les muscles grand pectoral ét dorsal Re tenuits dansune grande étendue!Lesforces de ce blessé étaient moins épuiséesique chez le colonel, sans doute parce qu'il avait pérdu moins de sang , et que la commotion avait été moins vi: lente. T'opération:fut pratiquée! immédiater ment, et il la supporta avec autant de courage et de se san froid que cet-officier supérieur. Dans lun et lat de ces deux cas, il ne fut pas: possible de conserver de lambeaux ; ; aussi les’ plaiés/ ‘résultant de cette opération ,!étaient - elles énormes ; avec une grande perte de substance. La cicatrice en füt longue et pénible” Rien n'avait troublé la marche paisible:et régulière de la nature chez notre adju-
dant-major; petdant les neuf premiers jours, et tout me G faisait croire qu'il PIVOT sans vul obs-
AMPUTATIONS. | 581 tacle à la guérison ; mais le tétanos, qui se déclara dans la nuit du neuvième au dixième jour, nous donna de justes alarmes. Ses progrès furent ra- Al pides , et les effets en auraient été funestes, si l’on n’eût employé promptement des moyens éner- ah giques. Le tétanos complet était caractérisé et porté PA au dernier degré dès le troisième jour. Déjà les * : mâchoires étaient enclavées , et la déglutitionétait presque nulle : la pommadeépispastique sur la plaie, h # et l’opium pris intérieurement, n'avaient produit. aucun effet. Je crus entrevoir qu’un point d’inflammation adhésive prématurée s’était forméälapartie déclive de la plaie, près du plexus brachial. La douleur et l’irritation nerveuse qui semblaient partir de ce point, en étaient la cause immédiate. Cependant toutes les ligatures étaient tombées, et j'avais d’ailleurs la certitude qu'aucune branche nerveuse n'avait été comprise dans ces ligatures. Ces motifs me déterminèrent à appliquer le cautère actuel, surtout dans les points les plus douloureux. Un seul cautère incandescent suffit pour brülertoute la portion de la plaie où le tiraillement nerveux me paraissait exister. Cette application fut vive et très-douloureuse, mais elle fut. presque immédiatementsuivie d’un calme parfait et d’unesueur abondante. La raideur musculaire se dissipa promptement; les fonctions se rétablirent, et le blessé fat ramené à son premier état en fort peu de jours. Les escarres minces qu'avait faites le cautèreac- : tuel se détachèrent ; dès lors la cicatrice ne ren-
b82 __ AMPÜTATIONS.
contra plus d'obstacles danssa marche, etlebtéssé fut complètement rétabli avant le quatre-vingt-
* dixième jour. Cette cure est rémarquable sous ce
double rapport.
M. Picard Louis, capitaine dans le 9" ‘régiment de ligne, avait eu l'extrémité supérieure de l'humé-
tus fracassée, et le céñtre de cet os rompu par
une double fracture oblique, résultat d’un coup de biséaïen qui avait traversé le bras près de son “articulation supérieure, de dehors en dedans et d'avant en arrière : le désordre des parties molles était moins considérable que chez les blessés pré-
cédens; aussi ai-je pu former deux lambeaux assez
réguliers, lun antérieur et l’autre postérieur. Leur réunion se fit en fort peu de temps : au bout de six semaines, ce capitaine se trouva parfaitement guéri ét en état d'être présenté à l’empereur, qui Péleva en grade et lui donna la décoration de la Légion-d'Honneur.
Jouffroy (Charles), canonnier dans l'artillerie légère de la garde, avait reçu un Coup de feu d’artillerie à peu près semblable au précédent. La seule différence qu'il ÿ eût entre les deux blessures consistait dans la direction du biscaïen. Chez le dernier blessé il avait traversé le bras d'avant en arrière, en sorte quelés lambeaux, qui furent néanmoins taillés dans le même sens, étaient moïns réculiers ; aussi la cicatrice fat-ele moins | prompte à s’obtenir.
… Levert (Claude), canonnier-vélite à pied, avait
AMPOTATIONS 583
eu l'huimérus gauche fracassé à son extrémité supé:
rieure, par un boulet de canon ; les museles deltoïdé, grand pectoral et grand dorsal, avaient été en grande partie détruits ; les ligapens articulaires étaient dilacérés; l’acfomion était rompu, et la tête
de l'humérus fracturée en deux fragmens luxés vers
la fossesous- scapulaire. Je fis Pextirpation du mem
bre d’ après le procédé que m'indiquait lanature de
la plaie; je n'eus presque point de lambeaux. Ps dant Ja cicatrice de cette blessure énorme s’opéra graduellement; le cartilage diarthrodial de lomoplaté s’est exfolié par parcelles ; une végétation vascülaîre s’est développée dans la cavité glénoïde et s’est mise en rapport avec les vaisseaux des parties re énvironnantes, pour produire la cicatrice. Girardel (Pierré), soldat du train d'artillerie, éprouva un désordre aussi grave au moignon de l'épaule du mème côté. Chez celui-ci, l'extrémité humérale de la clavicule avait été fracturéé, et trois côtes furent mises à découvert par la destruction du grand pectoral. L'artère axillaire avait été arrachée dans le pléxus'brachial, et formait au-dessus une tumeur anévrismalé de là grosseur d'un œuf dé pigeon, cé qui rendit la ligature du vaisseau très-difficile. 11 faut le disséquer profondement, et jusqu’à la clavicule, pour passer le cordonnet de
filau-dessus de la dilatation; cependant cette Opéra
tion délicate futheureusement terminée, et le blessé la supporta courageusement. Les premiers jours furent orageux : il‘survint, au-dessus de la clavi-
cule et vers le grand dorsal ; sous l’omoplate , des, dépôts auxquels je remédiai par des incisions et: par des pansemens méthodiques. Les bords de laï plaie se sont rapprochés par degrés; les vaisseaux; : du périoste des côtes se-sont développés pour concourir à la formation de la cicatrice, et après quatre mois et demi de traitement, ce militaire a! été parfaitement guéri. |
J'ai encore fait l'extirpation du bras à l'artièle ÿ d’après mon procédé, après la même bataille (Wagram ), à deux gardes impériales, et à. trois mihtaires de la ligne , dont les blessures n’ont rien offert de très-remarquable, quoiqu'elles fussenttoutes, de nature à exiger impérieusement la désarticulation. J'en avais opéré également trois autres à Eslingen, pour des cas semblables, ce qui porte le nombre à quatorze, dont douze ont été parfaitement rétablis. Le treizième, nommé Gravé, fusilier grenadier, frappé, quelques jours après l'opération, de la pénible idée de n’avoir plus la faculté de pourvoir parlui-même à son existence, déclara à ses camarades qu’il voulait se détruire;.eten effet il se jeta par la fenêtre d’un premier étage, et se tua. Le quatorzième, très-faible et ébranlé par la commotion, mourut dans les premières vingt-quatre heures.
Un exemple de succès remarquable de notre mode d’amputation du bras à l'article, et même de notre méthode de pansement des plaies pénétrantes de la poitrine, nous a été fourni par Fun de ces jeunes officiers qui, dans les dernières cam-
CAMPUTATIONS 585 pagnes de la grande armée, se sont distingués par une valeur guerrière qu'on peut comparer assurément à celle de ces temps héroïques de la France qui virent conquérir avec tant de rapidité la Hollande, l'Allemagne, la Prusse, l'Italie et l'Égypte. Cet officier, nommé Chenet (Pierre), sous-lieutenant au 11" régiment des chasseurs à cheval, ayant été chargé, avec quelques chasseurs de sa compagnie, après la dernière bataille de Leipsik, d'une reconnaissance vers notre chemin de retraite, fut rencontré par un parti de cosaques avec lequel il S engagea un combat sanglant, qui eut pour résul- | tat la dispersion totale de nos braves chasseurs, la chute du sous-lieutenant percé de coups de lance et la mort du capitaine des cosaques.Chenet ayant été laissé pour mort sur le terrain près du corps de ce dernier, qui avait péri de sa main, les soldats russes, après lavoir entièrement déshabillé, voulurent ensevelir leur capitaine, et couvrirent les deux corps, qui se touchaient, de la même terre argileuse. Notre officier, heureusement négligé dans cette cérémonie, et chez lequel la vie n'avait point été entièrement éteinte, reprit quelques heures après l'usage de ses sens et chercha à se relever : il fut fort étonné de se trouver retenu à côté d’un cadavre par une portion de la même terre qui le couvrait; cependant il fit un grand effort, et sortit de sa tombe. Malgré sa nudité et son extrême ; faiblesse, il eut encore le courage de se mettre en marche vers le camp français, qu'il rejoignit à
TA AMPUTATIONS. à la pointe du jour, sans avoir rencontré d’obstaclé! Il fut conduit à mon ambulance, où je le pansai de ses nombreuses blessures. L'une d'elles avait pénétré dans la poitrine ét lésé le poumon droit, ce qui J'avait mis dans le danger imminent où il s'était trouvé. Après une hémorragie presque mortelle, étant sans doute tombé sur cette plaie dont lesbords s'étaient recollés et agglutinés à l’aide de la terre humide et Bu titi qui recouvrait encore la surface de sa blessure, la mort chez ce guérriér interrompit son cours, et la vie se rétrancha au fond de ses entrailles. Nous remplaçämés cet emplâtre argileux par de légers agolutinatifs. Le pansement terminé, on foi hie) les vêternens nécessaires à cet officier , et il fut évacuésurles POPREER de troisième tiers; où il se rétablit promptemént”. Sétant empressé de rejoindre l’armée , il fut de nouveau blessé à la prise de Troyes (campagne de France). Un boulet de canon lui avait brisé le bras droit à sa jointure au coude. M. Bertrand, chirurgien major de son régiment, après lui avoir am: putéce membre dans sa continuité, ayant reconnu lui-même l'insuffisance de cette opération par les douleurs vives que le malade éprouvaït dans le moignon, qui était déjà tuméfié et menacé d’érédhéenie, b conduisit à l'hôpital de Troyes, où je le vis pour la deuxième fois. Un examen attentif
4 T] fut rent compte de sa conduite à l’empereur Napoléon ; qui Ie nomma lieutenant et chevalier de la Lésion-d'Honneur.
AMPUTATIONS. 589 nous fit en effet découvrir une fracture aù col de l'humérus, avec épanchement de fluidés ‘dans l'articulation scapulaire et un gonflement sensible dans tout le moignon. Je me hâtai de procéder à la désarticulation de cette portion du membre. L'opéra: tion, faite d'après mon procédé, fut prompte et heureuse. Je fixai les lambeaux rapprochés avec un linge fenêtré enduit d’une couche d'onguent bals samique. Le blessé entra bientôt dans un calme si: parfait, qu'il s’'endormit d’un profond sommeil. Nous examinämes la portion du bras amputée :
l'humérus était rompu par une fracture oblique à son col; la fracture s’étendait au tiers postérieur de la tête de los. Des infiltrations sanguines s’observaientaussi dans l'épaisseur des muscles et dans lé tissu cellulaire qui entourait la fracture. Obligé de suivre les mouvemens de l'armée, je perdis de vue ce brave officier; maïs je fus informé plus tard qu'il avait rejoint son régiment six semaines après, étant parfaitement guéri. Il fut promu au grade de capitaine. Maintenant il jouit de sa solde de retraite dans son pays natal, Romagne, canton de Stenay, département de la Meuse.
Pour démontrer la vérité de mes assertions sur la nécessité de pratiquer cette désarticulation dans les circonstances qué nous avons indiquées plus haut, je crois devoir aussi rapporter quelquesunes des observations d’extirpation du bras que jai faite à l’occasion de maladies chroniques.
Le premier sujet qui s'est présenté à l'hôpital , en novembre 1810, est le nommé Pierre Leray, âgé de 30 ans, chasseur à pied de l'ex-garde : il avait reçu, deux jours avant, un coup de sabre au coude gauche, avec section complète de lolécrâne, de la tête du radius et des ligamens articulaires.
Les bords de la blessure avaient été réunis, et
rien n’annonçait, à ma première visite, les accidens graves qui se déclarèrent dès le même jour. L’'inflammation fit écarter les lèvres de la plaie, et il sortit de l'articulation une liqueur jaune ,rougeâtre, albumineuse. L'avant-bras et le brasétaient considérablement tuméfiés, et la fièvre se déclara avec des redoublemens, de l’insomnie et du délire. Malgré l'emploi des moyens indiqués, les accidens se développèrent rapidement; la éarie attaqua, en très-peu de temps, les pièces articulaires, et la gangrène s'empara de la plaie et de l’avant-bras. La fièvre prit un caractère pernicieux, et le malade fut dans un danger imminent. Quoique la gangrène traumatique fit des progrès, J'avais résolu de pratiquer l'amputation. Cependant j'appe- Jai en consultation les médecins de l'hôpital et plusieurs chirurgiens des corps de la garde, qui convenaient de l’urgence et de la nécessité de lopération, mais qui assuraient tous qu'elle pouvait être faite avantageusement dans la continuité du membre. Malgré. cette opinion, je pratiquai l’amputation à l'article , bien persuadé que l’os.et les parties molles étaient malades jusqu'à l'articula-
| AMPUTATIONS: 58ÿ tion, L'opération fut faite en moins d’une minute, et d’après mon procédé, Je pris toutes les précautions nécessaires pour éviter de comprendre, dans la ligature des vaisseaux, les branches nerveuses, du plexus brachial. Les premiers jours furent ora=. geux; mais à l'aide d’une médication rationnelle et appropriée, et de pansemens méthodiques, l'état du malade s'améliora de jour en jour, les forces se ranimèrent par degrés, la fièvre de résorption disparut, la suppuration s'établit peu à peu, et le 1" mars ce chasseur sortit de l'hôpital parfaitement guéri. La dissection du membre amputé fit connaître le désordre de l'articulation et la carie, qui, des condyles externes de l'humérus, s'étendait jusque dans la cavité médullaire. Une fusée purulente, qui suivait le trajet des vaisseaux , se portait du foyer de la maladie au col de Fhumérus, où il s'était établi également un point de carie; le corps de l'os lui-même était tuméfié, et le périoste enflammé dans les points correspondans à la maladie de l'articulation.
Patlour (Philippe), âgé de 45 ans, grenadier à cheval, portait, depuis plusieurs années, des ulcères fistuleux à l'articulation du coude droit, avec carie aux pièces osseuses articulaires, déterminée par un vice syphilitique très-ancien pour lequel le malade avait subi plusieurs traitemens. L'amputation du membre était indispensable : la profondeur et l'ancienneté de la carie m’assuraient d'avance que la totalité de l’humérus participait à la mala-
bg AMPUTATIONS.
die. Dans cette persuasion, je proposai la désarti: culation du bras, au lieu dé son amputation dans sa continuité; mais plusieurs médecins distingués, qui se trouvaient présens , réjétèrent mon opinion et insistèrent sur l'emploi du dernier procédé : cependant la douleur que le grenadier éprouvait sut le trajet dé lhumérus, lorsqu'on le pressait un peu avec les doigts, êt velé qu’il ressentait dans l'articulation, par les moindres mouvemens, jointes à l'ancienneté de la maladie, étaient pour moi des indices certains de l'extension de la carie dans toute l'étendue de Fos. Malgré mes observations, il fut décidé que l'opération serait faite dans la conti: nuité du membre.
Pendant les préfmeres vingt-quatre heurés qui la suivirent, il n’y eut point d’accidens; l’opéré était calme et paraissait content : je lui avais De crit lès médicamens et le régime appropriés à son ‘état. Le troisième jour, L'iédateit étant complètement imbibé d’une sérosité jaunâtre et infecte, on le renouvela jusqu'aux premiers plumasseaux, que la suppuration n'avait point encore détachés. Le moignon, jusqu'à l'épaule, était douloureux ; les PT étaient livides et sans action. Au second pansement, une affection gangréneuse se déclara dans la plaie; une tuméfaction considérable se ma: nifesta sur le trajet de Fhumérus et à l’articulaz tion, avec des douleurs vives et continuelles : la peau et les muscles étaient dans le même état de Jaxité que le premier jour et sans aucun signé d'in
AMPUTATIONS. bgt flammatiôn. Une fièvre pernicieuse sympathique et de résorption se déclara, et, malgré l'emploi des antiseptiques, fit périr notre malade dans la nuit du neuvièmé au dixième jour. Il est vrai que cet individu. était, avant l'opération , dans un état de cachexie syphilitique, dont les effets sur les viscères se sont mis en évidence à l'ouverture du ca-
davre. La dissection du bras fit découvrir un point
de carie assez étendu sur la tête de lhumérus et dans tout le: trajet de la cavité médullaire, Les ligamens de l'articulation étaient malades, et les parties molles du moignon dans un état de décomposition putride. Cette dbservation vient à l'appui du principe que j'ai émis précédemment.
Schupp (Henri), lancier hollandais de lexgarde, âgé de 21 ans, fut envoyé aux salles des fiévreux de l'hôpital, le 7 juin 1811, pour des dou- Jeurs serophuleuses qu'il éprouvait depuis longtemps au bras droit, et pour une phthisie puhno:naire déjà parvenue au deuxième degré. Les remèdes, d'ailleurs bien administrés par les médecins, n’'empêchèrent point les progrès de la maladie : la toux et l’expectoration purulente étaient habituelles ; des redoublemens de fièvre lente, suivis de sueurs visqueuses, avaient lieu réculièrement tous les soirs; le malade était privé de sornmeil et pouvait à peine digérer le bouillon ét quelques crèmes de riz. Un dépôt énorme se rmanifesta tout-à-coup au-dessus de l’articulatioù du coude droit : bien que cet abcès fût considéré
comme critique, le médecin envoya Schupp dans les salles des blessés pour y être opéré. À ma première visite , ayant trouvé la fluctuation manifeste et l’abcès très-étendu, je n’hésitai point à'en faire l'ouverture. La première incision laissa écouler environ un litre de pus fétide d’un gris noirâtre ; mélé de caillots sanguins. Je fis plusieurs contre= ouvertures, au travers desquelles furent passées des bandelettes de linge effilé, et apres avoir appliqué quelques plumasseaux de charpie sur les plaies, j'enveloppai le bras avec des compresses trempées dans du vin chaud et fortement camphré. Le malade fut soulagé, et passa les quinze jours qui suivirent l'opération dans un état assez rassurant. | Les crachats purulens et les redoublemens. de fièvre étaient moindres, mais la toux restait au même degré. De nouvelles fusées se déclarèrent au-dessus du premier abcès : on employa, pendant quelque temps, des topiques émolliens, et je procédai à l'ouverture de ces nouveaux dépôts ; ilen sortit encore une grande quantité de pus neirätre et ichoreux. Le malade éprouva quelques instans de calme; mais le lendemain matin, un quart d'heure avant ma visite, ilsurvint une hémorragie qui aurait été funeste, si le chirurgien dé service ne se füt trouvé dans:la salle pour l'arrêter sur-lechamp. J’arrivai un quart d’heure après. En explorant la plaie pour découvrir l'artère, je fus fort étonné de trouver tout le tiers inférieur de l’humérus dénudé de son périoste et des muscles, et
"i AMPUTATIONS. 503 par conséquent frappé de nécrose jusque dans l'articulation, qui étaitouverte en plusieurs endroits.
Ces motifs me déterminèrent à pratiquer sur-le-
champ la désarticulation du membre à l'épaule. Mais le malade était si faible, qu'à peine pouvait-il se tenir sur la chaise oùil devait être opéré, et son “état si alarmant, qu'aucun de mes auditeurs, dont j'avais réclamé l'avis, ne parla en faveur de l'amputation, par la crainte de le voir succomber dans mes mains. Conyaincu qu’il allait périr, car à peine pouvait-on ac Re l’hémorragie, J'entrepris de l'amputer, comme dernière ressource. Je formai les deux lambeaux, ce qui fut fait en peu de momens : l'artère axillaire que j'avais fait saisir par un aide habile, avant d'achever mon opération , ne laissa pas échapper une goutte de sang, et la ligatures’en fit commodément. Toutes les petites artères furent - exactement liées; un appareil convenable fut appliqué; et l’opéré fut couché dans un lit que j'avais fait préparer. Cette amputation fit sur mon malade l'effet d’un puissant cordial : cependant on lui donna une prise de bon bouillon avec parties égales de vin de Bordeaux; on le couvrit de flanelles chaudes et on frictionna le bas-ventre et la poitrine avec de l’huile très-chaude de camomille fortement camphrée. DU
La dissection du bras nous fit voir d’abord Ja
destruction totale des ligamens de l'articulation huméro-Cubitale, avec carie profondedansles pièces osseuses articulaires, La moitié inférieure de lhu-
It, | di . 38
mérus, dénudéé de son périoste, était frappée de nécrose, et un point de carie se montrait à la tête et au col de cet os. Les parties molles étaient putréfiées, et l’une des artères collatérales ouverte. Certes, cette amputation était aussi bien indiquée à l’article qu’elle était urgente.
Malgré le mieux marqué'où se trouva le malade
après l'opération, et le plaisir qu’il éprouvait d'être débarrassé de son bras, qu'il avait reconnu luimême être frappé de mort, je ne pus rien espérer de son salut pendant les cinq premiers jours. Jusqu’alors il était resté faible et mourant: le suintement de la plaie était noirâtre et sanieux; le pouls petit, misérable, et les excrétions presque nulles. J’augmentai la dose du quinquina pris intérieurement, et jappliquai sur Ja plaie du moignon un digestif camphré. Dans la nuit du cinquième aû sixième jour, ilse déclara un accès de fièvre assez violent, suivi d’une sueur copieuse infectée, qui opéra chez le lancier une révolution salutaire. Dès ce moment, la suppuration s'établit et devint abon: dante; les organes reprirent par degrés le jeu’ de leurs fonctions; un sommeil paisible fit disparaître la douleur ‘et consola le malade, qui, à notre grande-et agréable surprise , alla toujours de mièux en mieux et fut conduit à la guérison, le 10 octobre, soixante-quinze jours après l'opération. Avec la maladie principale, ou la désorganisation du bras, tous les symptômes de la phthisie pulmonaire et ceux de la cachexie serophuleuse, portés
à un très-haut degré, avaient disparu entièrement, L'individu avait même acquis de l’'embonpoint, et remplissait toutes ses fonctions avec une régularité parfaite. La cicatrice longitudinale du moignon avait tout au plus quelques lignes de largeur.
Gette cure est digne d'attention, autant par le succès d'une opération délicate et faité dans uné circonstance difficile, le mauvais état du sujet, que par la disparition de la phthisie pulmonaire.
Enfin pour terminer ‘cet article, nous dirons qu'il existe encore en ce moment, à l'hôtel royal des Invalides, un assez grand nombre dé sujets qui ont'été opérés par moi dans différentes bax tailles ou à l'hôpital de Ja gardé. Chez tous on observe une régularité parfaite dans lé moignon, et la cicatrice linéaire en ‘Y renversé, que nous avons décrite. Lun d'eux, amputé à ’épaule droite, sorti de l'Hôtel depuis quelques'arinéés et jouissant de sa solde de retraite dans son domicile à Parts À est mort à l'Hôtel-Dieu d’une phthisié pulmonaire, dans les premiers jours de juin 1629. Ce sujet, nommé Simon (Théodore), soldat au 2% réoiment de ligne, ayant eu, à la terrible bataille de Waterloo , le bras droit désorganisé par un boulet de canon, fut opéré par moi le quinzième jour de l'accident, à l'hôpital des blessés à Louvain
Voici, par rapport au moignon , ce que Ta dis= section du corps de ce sujet a offert de remarquable : 1° On observait au centre du moignon une cicatrice linéaire, avant la forme d'un Ÿ renx
versé ; 2° après avoir détaché la peau et le tissu cellulaire qui formait cette cicatrice, on a découvert les vaisseaux axillaires et le plexus brachial. Les extrémités coupées des cordons nerveux de ce plexus, après avoir formé autant de tubercules plus ou moins gros, se réunissaient bout à bout en composant autant d’anses que de paires de nerfs : du centre de ces anses, ou plutôt de ces tubercules, naissaient des filamens extrêmement déliés qu’on reconnaissait à la loupe, et qui paraissaient se perdre dans la cicatrice. L’artère était oblitérée dans l'étendue d'environ quatre à cinq lignes; mais ensuite elle offrait, ainsi que l'extrémité de la veine, un léger gonflement qui se prolongeait en fuseau dans le reste de ces tubes. Les branches ou les rameaux artériels et veineux qui partaient de ces troncs vasculaires , étaient généralement plus gros que ceux du côté opposé. 3° La cavité glénoïde du scapulum était réduite à une petite éminence ovalaire, recouverte d’un tissu cellulaire serré, et entièrement dépourvue de cartilage. Les autres éminences de cet os étaient également réduites de volume. Cette pièce pathologique sera déposée au Musée d'anatomie de la Faculté de Médecine de Paris. Elle est parfaitement conforme à celle du sujet dont le précis de l’observation est rapporté à l’article du système nerveux, dans les généralités des amputations. | Un troisième exemple de gangrène traumatique, qui a également nécessité l'extirpation du bras,
AMPOTATIONS: b97 est inséré dans la description que nous avons faite de cette maladie. Cette extirpation est remarquable sous plusieurs rapports, :
Amputation du’bras dans la continuité.
Nous appliquerons les préceptes que nous avons tracés sur les amputations en général, à celles du bras dans sa continuité. J’observerai seulement qu'il faut conserver le plus possible de la longueur de ce membre ; par conséquent l'amputation peut être pratiquée dans tous les points de son étendue, pourvu qu'on ne remonte pas, ainsi que nous l'avons déjà dit, au-dessus de Pattache inférieure du muscle deltoïde. Lorsque la section circulaire du membre est faite, on pratique, dans l'épaisseur des tégumens, deux incisions perpendiculaires aux deux points opposés de l’ovale que la plaie doit présenter après l'amputation. Ces deux incisions préviennent l'étranglement, l’inflammation profonde, et facilitent le travail de la cicatrisation. L'on peut réunir les bords de la plaie chirurgicale ; par premiere intention, lorsqu'on pratique l’amputation pour une maladie aiguë, telle qu'une blessure récente d’arme blanche ou d’arme à feu qui aurait désorganisé le bras à son extrémité infés rieure ; encore doit-on être bien certain que les parties coupées sont dans l'intégrité la’plus parfaite. On se contentera de rapprocher les bords de cette plaie, ainsi que nous avons déjà indiqué, lorsque
l'amputation sera pratiquée pour une tfaladie chfos nique; et l’on ne doitpas perdre de vue le précepte que nous avons établi pour laligaturedes vaiseatxo Pour étayer nos principes, nous rapporterons quelques faits remarquables.autant par les phénomènes singuliers qu’ils nous ont + PE que par le résultat de l'opération. ealantorospil trop L'un. des ;premiers..nous: fat bitabl à V'amiées dù Rhin » en 1793; par üncapitaine d'artillerie nommé But. Un boulet, dé-canon; aprèsi lui avoir Coupé. Ja corne de son chapeau et écorché: le bout du nez,ilui.fracassa l’avant:bras à son articulation, humérale, Malgré,ce désordre; etsans perdre l'équilibre il fit continuer: pendant plus de
dix minutes Je, feu de sa batterie ete s'arrétaque.
lorsque le succès du. combat fut.assuré. À peine cet. officier eut-il le, bras amputé qu’il remonta à cheval; pour suivre les mouvemens de sà compägnie. Je pratiquai;;sur le champ de bataille, l’am- -putation d'aprés le procédé. que nous avons décrit; les bords de, la plaie furent rapprochés au moyen du linge fenètré, et le reste du pansernent fut fait comme nous l’avons indiqué. Attaché, avec mon ambulance, légère, à l'avant-garde de l'armée; je continuai mes soins à ce brave capitaine Jusqu'à sa guérison, qui fut Le at vingt-Cinquième jour...
. Ce.fait est encoreune nouvelle preuve de nos assertions sur les effets du bouletde canon qui passe de tres-près sur la surface des corps vivaris. Assu-
ra à À
AMPUTATIONSs bag rément, si l'air déplacé par ce projectile ponvait être nuisible à l'intégrité de nos organes, on ne pourrait choisir üne circonstance plus favorable à cette opinion, puisque le boulet a rasé lercentre du visage de cet officier et coupé la ART d'air qui devait servir à la respiration. oi"#60m
Deuxième fait. Un. officier de l’un. des. régimens des chasseurs à pied dela garde impériale;atteint par un boulet de trois , à la célèbre bataille de Dresde, le 27 septembre 1813, eut la presque totalité de l'avant - bras gauche fracassée à l'articulation du coude, au moment où il venait de térrasser un soldat autrichien: Il fut opéré par moi dérrière là ligne de bataille. Pendant le temps où je faisaisila section transversale du muscle biceps. à sa partie moyenne ; le tranchant demon couteau fut arrété par la résistance d’un corps métallique que je découvris immédiatement avec mon doigt, C'étaitune pièce de, six francs, à l'effigie du roi de Saxe; dont la moitié avait ployé parle x du boulet qui l’avait poussée devant lui, après l'avoir détachée de la poche. du gilet de ce blessé, laquelle avaitété déchirée. La section circulaire des chairs ét cellé de l'os étant terminées, deux incisions perpéndiculaires furent faites, dans les tégumens, aux deux points opposés, antérieur et postérieur. Le rapa prochement des bords de la plaie fut opéré aw moyen de notre linge fenêtré, et une cicâtrice lis néaire, établie dans le sens de l'ovale du moignon, annonça la guérison complète de cet officier,| e
Goo AMPUTATIONS. s
trente-unième jour de l'opération. Nous conéér-
vons l’écu que nous avons trouvé dans le bras.” Troisième fait. Le 19 juin 1815, à l’un des com:
bats qui suivirent la bataille de Fleurus, en Bel- |
gique, M Sour, colonel d’un des régimens de la cavalerie légère, aux prises avec des dragons anglais armés de damas de Perse, en reçut plusieurs coups qui lui avaient taillé profondément la main, l'avantbras et presque toute l'épaisseur de l'articulation du coude droit. Cette dernière blessure, accompagnée de la division de l’artère humérale et du condyle interne de lhumérus jusqu’à l'olécrâne , commandait seule l’amputation. Pendant que je la prati-
quai au tiers inférieur du bras, le colonel dicta
une lettre qu'il voulut écrire à l’empereur Napoléon, pour lui annoncer son accident et le prier de lui conserver son régiment. Le pansement fut fait d’après notre méthode, et ce brave officier supérieur fut guéri avant letrentième jour. Le moignon de ce membre est dans l’état le plus satisfaisant, et la cicatrice de la plaie est linéaire.
Quatrième fait. Un officier de l’un des régimens anglais faisant partie de la garnison destinée à la garde de Napoléon dans file Sainte-Hélène, vint en France, en 1820, pour me consulter et réclamer mes soins, d’après le conseil que l’ex-empereur lui-même lui avait donné. Une carie, avec vermoulure, par suite d’une contusion violente survenue à l'articulation huméro-cubitale, et qui avait détruit en grande partie toutes les pièces ar-
: AMPUTATIONS. | Got
à ticulaires , nécessitait l'amputation du bras. Comme le reste de ce membre me parut sain, nous la pratiquâmes à sa partie moyenne ; mais pour me conformer au précepte des médecins anglais, je voulus réunir les bords de la plaie d’une manière immé: diate, au moyen de bandelettes agglutinatives. Dès le troisième jour, un travail d'inflammation intense se déclara dans le moignon avec affection érysipélateuse à la peau, airs traumatique et un violent spasme nerveux. Ces accidens nous obligérent à lever l'appareil ét les bandelettes agolutinatives pour mettre la plaie en liberté: : cependant une forte saignée générale, des boissons rafraichissantes à la glace, et une compression douce et uniforme exercée sur tout le membre avec des compresses :trempées, dans dû vin camphré, dissipèrent cet orage, auquel un calme parfait succéda, passé les trois ou quatre premières heures de cenouveau pansement. La suppuration s'établit alorssans obstacle, etelletrouvaune libre issue par la moitiéinférieure de la plaie dont les bords s'étaient désunis. Les ligatures se détachérent du neuvième au quatorzième jour, et la détersion fut complète au quinzieme. Le rapprochement spontané dévint sensible à la même époque; la cicatrice consécutive commença presque en même temps et se continua sans interruption. Elle fut terminée le trente-neuvième Jour, et cet officier repartit peu de Jours aprés pour l'Angleterre dans un état de santé parfaite.
Ces ee nles suffiront sans doute Pas établir
6oa AMPUTATIONS:
le parallèle entre le pansement de là sis be
amputation, qui a pour résultat le rapprochémenit
des bords. de cette plaie, et celui d'après lequel là
réunion. est faite immédiatement et âvec des: bani
delettes agglutinatives très-serrées. L v4f dat De l'ampiiation de l'avanñt-bras.
N ous ne tm pas de l'extirpation de l'avais bras à à. son articulation avec lé bras, parté qu'elle ne peut être. utile au sujet qui serait dans le.casde P subir etiqu'elle serait rarement suivie de $ueces:
°. Si la cause qui nécessite l’'amputation du ‘bras laisse l'articulation intacte, on peut pratiquer cette section. à, la base des. deux os de l’avant-bras; il suffit,alors de ne point éntamer les capsules ligaz menteuses de l'articulation, et lé succès peut être certain, ainsi que nous l'avons prouvé pour l’amputation de la jambe, pratiquée très-près de la jointure, dans l'épaisseur même des condyles du tibia. 2° Si la maladie attaque l'articulation à une cer: taine profondeur, il faut remonter au bras pour avoir une plaie plus simple; un moignon plus régulier et plus propre à recevoir le manche d’une main mécanique, 3° Il est rare qu’il se trouve des parties molles assez intactes et dans l'étendue né: cessaire pour recouvrir la poulie et les condyles de:
l'humérus ; d’ailleurs la cicatrice irrégulière de ce:
moignon serait toujours douloureuse et trèsin com: mode. Cest donc avec raison qu'on à abandonné celte extrpation,
AMPUTATIONS. 663 Les préceptes à mettre en usage pour lampü:
tation de l’avant-bras dans sa continuité sünt con: fornies à ceux que nous allons établir pour l’'ampu: tation de la jambe. Ainsi, par rapport au lidu dés lection, quelque borné que soit, à l'extrémité inférieure de ce membre, le désordre où la désors ganisation maladive, il faut toujours remonter at centre de sa partie la plus charnue, à environ un pouce et demi ou deux pouces au plus de l’articu: lation, parce que la section faite dans la portion grêle et tendineuse de lavant-bras, a plus de chances d’insuccès : nous croyons inutile d'en: ex: poser les motifs. D'ailleurs quelques pouces dé plus n'ajouteraient rien aux avantages qu'on rétire en coupant ce membreau lieu quenous avons indiqué, Les deux incisions que nous recommandons dans l'amputation circulaire doivent étre en rapport avec les angles saillans des portions tronquées du radius.et du cubitus. Le rapprochement des bords de la plaie doit être fait dans le sens du plus grand diamètre de ce membre, |
ÆExtirpation de la main & son articulation radio=carpienne.
Les cas qui indiquent l’extirpation dé la maïn à son ärticulation radio - carpienné sont la coupe complète ou la désorganisätion totale de cette extrémité par une maladie quelconque. Lorsqu'il s’est conservé assez de parties molles au poignet pour pouvoir y tailler les lambeaux nécessairés ; on aura
une grande facilité à les obtenir réguliers et d'une forme carrée, en coupant la peau qui recouvre le carpe, par une section circulaire qui partirait de la racine du pouce, ou du point de l'articulation deson os métacarpien avec le trapèze, de manière à traverser le sommet de la région palmaireet celui de la région dorsale, pour se terminer au point de départ: On détache la peau avec son tissu cellulaire jusqu’au niveau de la tubérosité du cubitus d’un côté, et, de l'autre,jusqu’à celui del’apophysestyloïdeduradius;: on découvre immédiatement les tendons extenseurs des doigts qu’on coupe transversalement, et on arrive dans lesillon qui séparele radius des os du carpe qu'on désarticule facilement, en conduisant le tranchant d’un petit couteau droit, du bord radial au bord'cubital du poignet. Ensuite on traverse l’articulation, et l'on coupe, par une incision inclinée, les bts fléchisseurs, les nerfs et les ‘vaisseaux. On débride les deux ligamens annulaires, et le débridement de l’interne doit être prolongé sur le lambeau palmaire cutané qu’on partage en deux portions égales. La réunion des lambeaux présente Je résultat de lamputation circulaire par l’uniformité de la coupe; on les fixe en rapport avec les moyens indiqués, secondés. d’un bandage convenable. 11 faut lever cet appareil le plus tard possible : la cicatrice du moignon sera primitive ou consécutive selon le mode de pansement.
Lorsqu'on n'a pu recouvrir la surface articulaire du radius par le défaut des tégumens pour.
AMPUTATIONS. 605 former les lambeaux, la nature y supplée par un travail spontané, qui a pour résultat l'exfoliation du cartilage diarthrodial, le développement des vaisseaux de toutes les parties coupées, le rappro-
chement gradué des tégumens de lavant-bras, la réduction de la plaie et sa cicatrisation complète. Le moignon prend alors une forme conique. | Nous rapporterons ici le précis d’une observation assez curieuse qui confirme ces remarques. Le sujet de cette observation était l’une des victimes de l'accident survenu au polygone de Vincennes, le 51 août 1828, Fery (Antoine), âgé d'une quarantaine d'années, caporal au corps d'artillerie ; à pied de la garde royale. L'une des pièces, quoiqu'amorcée, étant en retard, ce caporal voulut renouveler l’amorce et se di à verser la poudre à l'orifice de la lumière, tenant dans sa main droite la corne qui la renfermait; mais à peine les premiers grains de cette substance inflammable furent-ils entrés dans ce conduit que l'explosion de lancienne amorce eut lieu, et en faisant partir le canon, le feu se communiqua au méme instant à la poudre de la corne que ce caporal tenait encore; cet instrument éclata alors et arracha la main du canonnier. Le chirurgien du corps, qui lui donna les premiers secours, ayant trouvé cette extrémité suspendue seulement au paquet des tendons extenseurs, en fit la section et chercha à réunir, à l’aide de bandelettes agglutinatives, deux ou trois lambeaux des tégumens désorganisésqui bor:
6o6 AMPUTATIONS.
daient le côté du radius; il recouvrit ensuitele moignon de charpie et d’un apparpil approprié, et envoya ce militaire à l'hôpital, où 1 je le vis le lendemain mabn : à ma visite. |
Un travail fébrile s'était déjà déclaré, et l'erait bras était dans un commencement d’éréthisme. Je m’empressai de lever les bandelettes agglutinatives qu'on avait croisées sur la blessure, et nous en pümes apprécier la nature. Il paraît que, dans cette explosiou, l'un des fragmens tranchans de la corne avait coupé la portion palmaire des tégumens du poignet au niveau de l'articulation radio-carpienne, et que les tendons fléchisseurs des den, et la main tout entière, furent arrachés par Yaction violente de ces éclats. Les deux extrémités des os de l’avant-bras étaientimparfaitement reconvertes de portions de peau festonnées et flétries par la gangrène. /excision indispensable que nous en fimes mit à découvert, avec la surface articulaire, ces deux extrémités osseuses. Un renflement considérable qu’on observait à la partie moyenne et antérieure de l’avant-bras indiquait la rétraction qui s'était faite de la portion charnue des muscles fléchisseurs de laquelle les tendons avaient été arra-
chés. Des signes d’un étranglement inflammatoire se manifestaient aussisur le trajet du ligament annulairé interne et de l'aponévrose anti-brachiale.
Je débridai dans toute son étendue l’anneau fibreux et le feuillet antériëur de l’aponévrose jusqu'auprès du point de la masse charnue des mus-
AMPUTATIONS. Go7 cles fléchisseurs où les tendons avaient été arrachés. Je n’eus aucune ligature à faire. Les bords de cette plaie, avec dénudation des deux os, non compris le cartilage diarthrodial et le périoste, furent rapprochés et fixés dans cet état au moyen d’un linge fenêtré, enduit d'une couche d'onguent styrax, sur lequel nous posâmes quelques gâteaux de charpie et un simple appareil. Nous prescrivimes la saignée du bras conditionnellement et des boissons rafraichissantes.
D'apres l'opinion des auteurs, tous les médecins, présens à ce pansement, avaient jugé indispensable l'amputation de l'avant-bras ; mais je les rassurai et ne craignis point de leur promettre la guérison du blessé, J'ai donné, dans les articles précédens, l'explication du mode de cicatrisation des plaies qui résultent de l’amputation et qui sont dépourvues des parties molles nécessaires pour recouvrir primitivement les os, qu’ils soient dénudés dans les articulations ou sciés dans leur continuité. Pour le sujet de notre observation, il y avait un grand avantage à lui conserver toute l'étendue du manche de la main, et on n’avait à craindre aucun des ac: cidens qui surviennent ordinairement, lorsqu'on coupe l’avant-bras à son tiers inférieur, ou même | au lieu d'élection. He Ho ca1d-3n8v8t
Notre: pronostic sur les suites de la blessuré de ce canônnier se vérifia: passé les premières vinotquatre heures, le calme survint; le travail dela suppuration s'établit sans orage; un léger Inouves
608 AMPUTATIONS. | ment fébrile, qui s'était manifesté le troisième jour de l'accident, se dissipa assez promptement, et à la levée du premier appareil, qui se fit Le septième jour,noustrouvämes que lesescarres gangréneuses, résultant de l’attrition des parties molles que nous n'avions pas pu d’abord extraire, étaient cernées et prêtes à se détacher : le cartilage diarthrodial commencait à s’exfolier, et tout nous annonçait une détersion complète avant le treizième jour. En effet, au deuxième pansement que nous fimes, toute la surface articulaire du radius se trouva recouverte de bourgeons vasculaires; le reste de la plaie était vermeil et entièrement détergé. On reconnaissait facilement, sur la première pièce de l'appareil, avec les escarres celluleuses, le détri= tus du cartilage articulaire, Ce nouveau pansement, comme les suivans, fut fait avec des bandelettes de cérat.et de la charpie fine. La cicatrice de cette plaie commença du dix-huitième au dix-neuvième jour, et elle marcha ensuite de la circonférence au centre d’une manière progressive, jusqu’à sa terminaison, qui a eu lieu le cinquante-unième jour. Ce canonnier sortit de l'hôpital peu de jours après. Le moignon s’est arrondi, et la cicatrice en est solide:la nature a ramené de très-loin la peau de l'avant-bras pour la produire. ka : 1 Dans le désordre qui survient à la main par suite de coups de feu, il faut bien avoir l'attention de conserver, autant que l’état des parties lésées :le permet, les doigts ou les portions de doigts ou de
AMPUTATIONS. Cog la main qui peuvent être utiles aux besoins de l'individu; ainsi ceux qui bordent les côtés de ce membre sont plus nécessaires que ceux qui en occupent le centre. Il est même des cas où ces derniers deviennent nuisibles » surtout lorsque leurs phalanges s'ankilosent dans la rectitude; il vaut mieux alors les exürper à leur articu: lation métacarpienne : il faut seulement ne point réunir les bords de cette plaie d’une manière trop exacte *, Dans un grand nombre de circonstances, il nous est arrivé de ne pouvoir conserver que le pouce seul, ou le pouce et le petit doiot, ou les deux ou trois derniers doigts d’une main ; mais ce sont des crochets éxtrémement utiles au blessé.
Les phalanges des doigts doivent être extirpées d’après deux modes opératoires; l’un est relatif aux articulations orbiculaires, et l’autre à celles ginglymoïdales. Le premier consiste à Composer deux lambeaux latéraux de forme quadrilatère, à l'instar de ceuxquenous cherchons à obtenir dansla désarticu: lation du bras. Le deuxièmemode a pour résultatla formation de deux lambeaux transversaux, antérieur et postérieur, qu’on rapproche dans le même sens avec les mêmes moyens et les mêmes précau- Hibnge. «1.01 DOTE QUE
! Cette réunion immédiate est souvent accompagnée d’une inflammation profonde aux appareils fibreux du métacarpe. Pour la prévenir, les médecins anglais font la résection de la tête de l’os métacarpien., |