‹ Clinique chirurgicale (volume 4)Chapitre 8 sur 70 · AIX · texte numérisé non relu

AIX

82 LÉSIONS DES ORGANES GÉNÉRATÉURS vingt-cinq kilogrammes. Celui d’un fellah (agriculteur), dont l'observation et le dessin sont tracés dans mes Campagnes, fut estimé du poids de cent livres. Nous avions formé le projet de l'opérer, lorsque l’armée partit précipitamment, pour repousser les Anglais, qui venaient d'effectuer une descente sur la côte d'Alexandrie.

Plusieurs auteurs modernes ont confondu l'affection qui nous occupe avec les maladies du testicule, telles que l'inflammation, la tuméfaction , le squirre, le cancer, l’hydrocèle et l’hydrosarcocèele ; mais personne nignore aujourd'hui que ce n’est point dans la substance propre de ces organes qu’elle établit son siége, mais bien dans l'appareil membraneux qui les enveloppe. Danslenombredes sarcocèles que j'ai observés, j'ai toujours reconnu que le cordon spermatique et les testicules étaient dans l’état naturel, placés sur les côtés et à la racine de la tumeur : les vaisseaux spermatiques seulement augmentent de volume et de longueur. Quant aux premiers organes, quelle que soit la nature de leur affection , ils ne me paraissent pas susceptibles d’une très-srande distension : la santé du sujet serait d’ailleurs, dans ce cas, tellement altérée, qu'il succomberait aux accidens qui surviendraient, avant même que l’oschéo-chalasie proprement dite füt parvenue au second degré. Lorsque le testicule est altéré, il y a alors une maladie très-différente et qui doit être traitée selon son caractère particulier. Nous en avons parlé dans

les articles précédens. Le sarcocèle ne peut également être confondu avec l'hydrocèle, dont le diagnosticest aussi simple que facile à saisir, ce qui me dispense d'en donner ici la description. |

Ainsi que nous l'avons déjà dit, l’oschéo-chalasie s'établit exclusivement dans le tissu séreux et cellulaire des bourses. C’est une tumeur indolente, dure en quelques endroits, mollasse dans d’autres, qui se développe dans ces parties et s'y accroît graduellement. Elle est évasée à sa partie déclive et suspendue au pubis par un pédicule plus ou moins étroit. Elle présente, à l'extérieur, des rugosités de différentes grandeurs, séparées par des lignes ou sinus particuliers, auxquels correspondent les cryptes muqueux et les racines des poils. On trouve constamment sur une grande partie de sa surface, surtout si le sarcocèle est ancien, des croûtes jaunâtres et écailleuses, dont la chute laisse à découvert autant de petits ulcères d’un caractère dartreux, d'ou s'écoule une sérosité ichoreuse. On peut, sans produire la moindre douleur, comprimer et presser la tumeur en différens sens. Le malade n’en est incommodé que par la pesanteur et l'embarras qu'il en éprouve dans la progression, ce qui l’oblige à faire usage d'un suspensoir : l’urine, à cause de l'éloignement de l’urètre, ruisselle sur la (peur. mais sans y produire d’excoriations.

La maladie commence ordinairement dans :

centre des bourses et vers la cloison du dartos par

un noyau sarcomateux qui fait bientôt changer les propriétés vitales des membranes et du tissu cellulaire ambiant. Les premieres s’épaississent et acquièrent dela densité: letissu cellulaire dépourvu de suc graisseux reste dans l’état naturel, même dans le cas de polysarcie, ainsi que je l'ai observé chez un enfant âgé de quatre ans et demi, atteint de cette derniere maladie portée à son troisième degré, et chez qui les bourses ne différaient point de celles des autres enfans du même àge; cependant ce tissu fournit plus tard un suc stéatomateux qui aune grande tendance à prendre la consistance et le caractère du lard. Cettesubstances’accumuledanslintervalle des feuillets membraneux, et bien que la tumeur s'en accroisse, sa pesanteur n'augmente pas proportionnellement. La peau des bourses se distend et emprunte de celle qui couvre le pubis, la verge, les aines et les parois du bas-ventre, ce qu'il lui en faut pour suivre le développement monstrueux que prend insensiblement l'oschéochalasie , en sorte que les poils du pubis descendent plus ou moins bas au-dessous de cette région. L'extrémité du prépuce se présente sous la forme d’une espèce de nombril, dans un des points de Ia surface antérieure de l’exubérance, le plus souventdans son milieu. La tunique vaginale participe ordinairement de la maladie; mais les testicules au contraire sont repoussés en haut et en arriere, vers’ le ‘pédicule de la tumeur, où on les trouve presque toujours isolés et intacts, à moins qu'ils

CHEZ L'HOMME. | |, BD ne soient atteints {ce qui doit être très-rare) d'une affection particulière avant le développement de l'exubérance sarcomateuse. Il existe à l'Ecole de Médecine de Paris le dessin d’un sarcocèle qui n’a pas été extirpé, et dont la dissection, après la mort du sujet, a présenté tous les phénomènes que nous avons désignés plus haut. Les testicules étaient également sains ; la tumeur n’était formée que par leurs enveloppes extérieures, extraordinairement distendues.

Toute la masse qui compose l’oschéo-chalasie est peu sensible , et le malade n’éprouve pas beaucoup de douleur lorsqu'on la coupe. J'ai pu en juger par l’extirpation d’un sarcocèle assez volumineux, que j'ai pratiquée à un cuisinier du couvent des capucins du Caire. Un vieillard sexagénaire de la même ville me fit appeler pour une tumeur semblable, mais énorme, quil portait depuis une vingtaine d'années, et qui, à raison de sa grosseur, l'avait obligé de garder le lit. Le désir de se délivrer de cette affreuse infirmité l'avait engagé à consulter lès médecins du pays, qui avaient inutilement essayé différens moyens, tels que le feu, les caustiques concentrés, les incisions et les répercussifs les plus forts. Le dernier qu'il consultatraversa le centre de la tumeur d'un côté à l’autre, à laide d’une grosse aiguille large et tranchante sur la pointe, et armée d'un gros séton de linge effilé. Cette opération se fit sans douleur et sans lésion aux testicules, ce qui prouve encore qu'ils

86 LÉSIONS DES ORGANES GÉNÉRATEURS ne participent point à la distension démesurée des bourses. Ce séton, qu’on faisait courir journellement, avait déterminé un écoulement séreux assez abondant et d’une odeur nauséabonde (le malade était en outre affecté d’éléphantiasis). L'usage prolongé de ce moyen avait amené un peu de diminution à la tumeur; cependant il ne promettait pas plus que les autres moyens déjà employés. Je proposai l’amputation, dont le malade sentit lui-même la nécessité, et j'allais la pratiquer, lorsque l’ordre de me rendre à Alexandrie, que les Anglais menaçaient d’un débarquement, me forçca dé laisser cet infortuné vieillard sans avoir pu le délivrer de son incommode fardeau.

Différentes causes nous paraissent produire cette maladie. La première est une disposition morbifique du sujet; les autres dépendent autant de la nature du sol et du climat, que du mauvais régime de l'individu et de l’action immédiate sur lès bourses, des agens extérieurs capables de porter atteinte aux propriétés vitales de leurs parties membraneuses. Les ouvriers, et généralement tous ceux qui travaillent assis, tels que les tisserands , les tailleurs, les brodeurs, etc:, y sont le plus exposés. J'ai cru apercevoir également que le haut-de-chausses que portent les Egyptiens, sous lequel les bourses restent pendantes, peut concourir à la formation etau développementgraduéde cette affection. On peut encore ajouter aux causes précédentes l'intempérance , l'abus du commerce

Le

"4 La

Page 1