PS
CHEZ L'HOMME. 87 des femmes , l'usage immodéré que font des bains chauds toutes les classes d’Egyptiens, et le séjour plus ou moins prolongé dans les lieux marécageux, de certains individus tels que les fellahs : qui travaillent à la culture du riz et des cannes à Sucré. Parmi les causes internes, on doit compter les différens vices des humeurs et la siphilis dégénérée, qui a pour symptôme commun, dans ce pays , des pustules aux bourses, accompagnées de prurit, que les habitans négligent tout-à-fait. J'ai observé aussi que la plupart des personnes affectées du sarcocèle l’étaient en même temps de l’éléphantiasis à des degrés plus ou moins forts.
D’après quelques remarques que j'ai faites, peutêtre l’oschéo-chalasie ne se bornerait-elle pas exclusivement aux parties génitales, car on pourrait considérer certaines tumeurs charnues qui sé développent dans les autres parties du corps, surtout au visage, où la peau est sujette, autant que celle des bourses, à l'impression des virus Yénériens et dartreux, comme autant de tumeurs sarcomateuses de la même nature, et tenant aux mêmes causes. Ilexiste un grandnombre d'exemples de ces sortes de tumeurs. Il est d’ailleurs des causes locales qui en déterminent la formation dans une région du corps plutôt que dans une autre; telles sont les chutes, l’irritation mécanique de la peau, le défaut de propretéet l'application des substances âcres ou corrosives.
Aucun auteur, que je sache, n’a parlé d’une xs
"HO à
83 LÉSIONS DES ORCANFS GÉNÉRATEURS die semblable survenue aux parties sexuelles de la femme, quoique la peau qui forme et recouvre À ces parties ne diffère guère de celle des organes génitaux de l'homme. Sans doute que les évacuations périodiques, et d’autres ressources que la nature ménage aux femmes, s'opposent chezelles au développement de ces excroïssances monstrueuses qui se remarquent si fréquemment chez les hommes. Cependant celles que l’infatigable navigateur Péron , mon ami, a observées chez les femmesdes Boschimans, et celle que le célèbre Cuvier a retrouvée chez la Vénus hottentote, nous paraissent être de vraies oschéo-chalasies ayant le plus grand rapportavec celle d'une Egyptienne, femme d’un fellah du Caire, Ammeh Fatoumy, âgée d'environ 30 ans, que nous avions reçue dans notre hospice civil pour lui faire l'opération indiquée, mais à qui nous ne pumes la pratiquer par les mêmes motifs exposés plus haut à l’occasion du sarcoceèle du vieillard égyptien. La tumeur que portait cette femme était divisée en deux lobes de forme ovalaire, ayant envahi les deux grandes lèvres de la vulve, et ayant chacun sept pouces de hauteur sur quatre et demi dans leur diamètre transversal. Leur surface était rugueuse et parsemée de crouûtes jaunâtres qui laissaient transsuder de leur intervalle unehumeur visqueuse d’uneodeur très-fétide. D'ailleurs le dessin qui représente la maladie donnera une juste idée de la forme et de la nature de cette tumeur.
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Tous les auteurs qui ont écrit sur le sarcocele | s'accordent à regarder cette maladie comme incurable, vu le peu de succès qu'ils ont obtenu de l'emploi des remèdes internes et des topiques. Ceux qui ont proposé l'amputation ont craint ou n’ont pas été à portée de la pratiquer. M. Imbert Delonnes a donc le mérite d’avoir franchi la barrière élevée par lopinion des grands médecins,
en portant avec hardiesse l'instrument tranchant sur le sarcocele de Charles Delacroix. Je n'avais pas encore connaissance du succès de son opération , que j'en avais fait une en Egypte à lindividu que j'ai déjà cité, et chez qui la tumeur était au moins aussi volumineuse que celle du sujet de mon confrère.
Lorsque l’oschéo-chalasie est à son commencement, on peut la traiter simplement à l'aide des moyens que nous allons décrire. Parmi les remèdes internes, les préparations antimoniales, combinées avec des substances mercurielles et sudorifiques aux doses convenables, continuées pendant quelque temps, alternées avec les acides minéraux donnés en petite quantité et étendus dans des boissons mucilagineuses, produisent de tres-bons effets ; j'ai retiré aussi de grands avantages de l’acide sulfurique affaibli, qu'on applique à l’ex-
1 Voyez son Mémoire sur cette opération. Cependant il se— rait à désirer que M. Imbert Delonnes eût décrit plus exactement la forme de la tumeur, la position des testicules, l’état de leurs cordons avant l'opération, etle procédé qu'il a employé.
térieur sous la forme de lotions, à des doses plus ou moins fortes, ou bien d’une dissolution de muriate suroxigéné de mercure , d'oxide de cuivre et de muriate d'ammoniaque, dont on seconde la propriété astringente et répercussive par une Compression graduéeet uniforme sur tout le sarcocele. Le succés de ces moyens s'annonce par la diminution de la tumeur, la rétraction de la peau et lamélioration du teint du sujet. Dans ce cas, on continue l'usage de ces remèdes jusqu’à l'entière réduction de l’exubérance. Les incisions et les caustiques me paraissent inutiles : je me fonde sur le peu de succès que les médecins égyptiens et anglais en ont obtenu dans un des cas rapportés. Il est même probable que ces moyens, suivis de l'application des substances astringentes dont j'ai parlé, détermineraient une affection cancéreuse. Enfin , si après l'usage de ces moyens diversement combinés pendant un temps suffisant, l’oschéochalasie reste dans le même état, je ne balance pas à prononcer sur la nécessité de l'opération, et sur la possibilité de la pratiquer sans danger.
Sa nécessité est reconnue par l’inutilité desautres moyens et par la certitude où l'on est que cette maladie, allant toujours en croissant, bien que les accidens n’en soient pas intenses, entretient le malade dans une vie pénible, languissante et malheureuse. Il ne me reste plus maintenant qu'à exposer comment l'opération doit se faire.
Lés vaisseaux qui se rendent dans cette tumeur
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proviennent des branches de lartère honteuse externe et de quelques ramifications de la honteuse interne. Les spermatiques se bornent aux testicules qui doivent être respectés. L’hémorragie que les premiers vaisseaux peuvent produire est peu dangereuse, puisquon l'arrête facilement à l’aide de ligatures immédiates et successivement faites à l'instant de la section des artères. L'opération est longue et pénible, mais elle est peu douloureuse. L’extraction du sarcocele étant faite, en supposant même que le mal füt compliqué du vice éléphantiasique, comme je l'ai souvent observé, on na pas à craindre que la maladie se reproduise ; d’ailleurs Ke continuerait l’usage des remèdes indiqués contre l’'éléphantiasis.
Il y a des préceptes généraux pour cette opération. On devra éviter la lésion des testicules, des cordons spermatiques et des corps caverneux. On fera deux incisions obliques qui commenceront à l'ouverture du prépuce, ou à cette espèce de nombril, et qui, en s’écartant inférieurement, tomberont au-dessous des testicules, sur les côtés de la tumeur, On coupera profondément, avec un couteau à deux tranchans , dans cette direction, les parties comprises entre les corps caverneux be la verge et les testicules, en observant de bien ménager ces derniers organes, et l'on emportera toute la portion comprise au-dessous de la ligne formée par ces incisions ; s’il reste encore des parties sarcomateuses autour de la verge et des
O2 LÉSIONS DES ORGANES CÉNÉRATEURS organes générateurs, on les disséquera et on les extirpera dans toute leur étendue. S'il y a hémorragie , on fera la ligature immédiate des vaisseaux, ou s'ils ne sont pas apparens, on proménera un cautère actuel sur tous les points où son application serait indiquée.
On recouvrira les corps caverneux et les testicules mis à découvert, des tégumens qui auront été épargnés par l'instrument, et l'on pourra, à raison de l’extensibilité de la peau de ces parties, en rapprocher les bords et les fixer en contact au moyen de quelques points de suture entrecoupée, protégés par des bandelettes agglutinatives et un appareil compressif, de manière à agir latéralement sur les lambeaux qui ont été formés. Pour prouver lutilité de ces préceptes, nous allons rapporter en détail l'observation d’un sujet français atteint d’une oschéo-chalasie, parvenue déjà au volume d'une forte tête d'homme, et que nous avons opérée d’après la méthode qui vient d'être tracée.
M. D*”*, âgé de 24 ans, d’une constitution flegmatique et d’une idiosyncrasie strumeuse, originaire de l’un des vallons enfoncés et très-humides de la Côte-Rôtie, sur la rive droite du Rhône, fut destiné de bonne heure à surveiller les travaux dela terre, auxquelsilse livrait souvent lui-même. Après avoir été soumis pendant de longues années aux influences insalubres de ce climat, il éprouva, au commencement de l'été de 1812, une sorte de
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pression ou de froissement sur les bourses : il n’en fut pas d'abord incommodé, et il continua encore fort long-temps ses travaux d'agriculteur; cependant, à la fin de cette année, il s’apercut que ses bourses étaient beaucoup plus amples que dans l'état naturel, et qu'elles lui causaient de la gêne et de la pesanteur. Il consulta des médecins, qui lui conseillèrent l'application de substances astringentes et résolutives. Malgré l'usage de ces moyens, le mal fit des progrès rapides sans causer de souffrance; néanmoins une pression un peu forte, exercée sur le centre de la tumeur, était accompagnée d’une sensation douloureuse et pénible. Enfin ce jeune homme, désirant être débarrassé de cette maladie, qui allait en croissant, se rendit chez M. le docteur Puzin , à Paris, au commencement de l'automne de 1816. Ce médecin, après Pavoir présenté à la Société de Médecine du département, pour avoir l'avis de ses membres, me fit appeler en consultation avec d'autres médecins, et n'invita particulièrement à faire lopération , Si on'là croyait praticable.
La tumeur, d’une forme ovalaire, avait sept pouces cinq lignes dans son diamètre longitudinal, cinq pouces six lignes dans le transversal, et seize pouces de circonférence; on distinguait le testicule droit au côté du pédicule de la tumeur; le sauche paraissait confondu avec elle; mais j'avais la certitude qu'il était intact : c'est ce qui s’est vérifié par Ja suite, Cette tumeur, de couleur brune, était
04 LÉLIONS DES ORGANES GÉNÉRATEURS irrégulière, parsemée de rugosités de différentes grosseurs, mollasse dans quelques points de sa superficie , dure, rénitente dans le centre, où le malade éprouvait de la douleur lorsqu'on y exerçait une pression un peu forte, tandis qu’à l’extérieur elle était presque insensible.
__ L'opération ayant été décidée par MM. les médecins consultés, Ribes et Puzin,nous y procédämes immédiatement. L'appareil préparé et le malade situé sur une table disposée à cet effet, je fis relever le pénis et embrasser le pédicule de la tumeur, autant pour protéger les organes génitaux que pour m'aider dans l'opération. Je fis d’abord deux incisions obliques, qui commençaient à un pouce au-dessous de l'urètre, et qui se réunissaient un peu en bas et en arrière : elles sont retracées dans le dessin (voy. la planche). Après lavoir détachée, à quelques pouces au-dessous de l’incision, des tégumens devenus très-épais, nous avons trouvé une poche fibreuse, dense et résistante, formant une espèce de kyste au côté droit. Il fut facile d'isoler la tumeur , du testicule enveloppé dans sa membrane vaginale : il ne fut pas aussi aisé de la séparer du testicule gauche, son enveloppe séreuse étant confondueavecle kyste; cependant nous achevâmes la section de la racine de cette exubérance sans entamer ce testicule, entièrement dépourvu de sa tunique vaginale, Enfin je finis l'extirpation de la tumeur en prolongeant mon incision sur le périnée, et jusqu'à trois ou quatre lignes de
CHEZ L'HOMME. "4 95 l'anus, où ces attaches se continuaient. Son poids n'était pas en rapport avec son volume, car elle n'a pesé que trente-six onces (deux livres un quart). Il n’y eut que de très-petites artères à lier; je rapprochai ensuite les deux portions des tégumens que javais conservées; après en avoir recouvert les deux testicules, je les mis en contact et les fixai au moyen de plusieurs points de suture et de bandelettes agglutinatives. Un linge fin fenêtré fut placé sur la plaie du périnée; des gâteaux de charpie et l'appareil convenable furent appliqués. Le malade, qui avait supporté l'opération avec courage, fut transporté dans son lit.
La tumeur, disséquée par le docteur Ribes, nous a offert à l'extérieur la membrane fibreuse dont nous avons parlé : elle établissait des adhérences intérieures au moyen de feuillets membraneux de la même nature. Ces feuillets plus ou moins épais renfermaient, dans des cellules de différentes grandeurs , une substance adipeuse jaunâtre, - épaisse, ayant dans quelques points, et surtout au centre, l'aspect et la consistance du lard: ici les feuillets étaient fibreux, et quelques-unes des cellules qu'ils formaient étaient remplies d’un fluide ichoreux grisätre. C'était au total une espèce de lipôme lardacé et squirreux dans le centre, avec dégénérescence cancéreuse, ce qu'on peut appeler véritablement oschéo-chalasie. À
Pendant les premières vingt-quatre heures il
eut quelques symptômes d'affection nerveuse
\ | RL MER 06 | DE IA FISTULE spasmodique qu’on dissipa par les rafraichissa
mucilagineux, les antispasmodiques, les lavemens émolliens, anodins, et une embrocation sur le
bas-ventre avec l'huile de camomille camphrée; il
n'y eut d’ailleurs aucun accident notable, et le malade n'eut pas un quart d'heure de fièvre : une légère suppuration commença à s'établir dans la plaie inférieure. î
Dès le cinquième jour, et à la levée du premier appareil, qui eut lieu le septième, nous trouvâmes les lambeaux réunis dans la moitié antérieure de la plaie, et le reste de la division dans un très-bon état. Le malade alla de mieux en mieux; la cicatrisation se fit rapidement, et le vingt-unième jour il fut parfaitement guéri. Il jouit maintenant d'une parfaite santé et de ses facultés prolifiques. On peüt voir, par la figure de la planche , les traces de opération et de la cure remarquable qui en a été le résultat.