DU GOÎTRE AÉRIEN OU VÉSICULAIRE
Malgré l’assertion de tous les auteurs qui ont écrit sur legoitre, nous avons parfaitement observé et reconnu celui qui a été désigné sous le nom de bronchocèle , mais qu'on pourrait appeler avec plus de raison, preumo-guttural. I] consiste en une ou plusieurs tumeurs aériennes qui se forment audevant du cou, et principalement sur les côtés du larynx. Ces tumeurs, qui peuvent acquérir un volume considérable , reconnaissent pour causes la disposition des parties et les efforts plus où moins violens, nécessités par les cris ou les chants des individus : l'air qui a servi à l'inspiration étant ensuité par l'effet de l'expiration, expulsé audehors, avec toutes les modifications relatives pour donner aux cris ou à la voix les intonations désirées, produit insensiblement ces tumeurs.
C'est pendant que cet air est arrêté dans les cavités tortueuses du sommet de la trachée-artère , du larynx et de l’arrière-bouche, que ses molécules distendent graduellement le tissu celluloso-muqueux qui tapisse les voies aériennes, et déterminent ainsi la formation, en dehors » de petites hernies du tissu de ces membranes, soit entre les grandes cornes de l'os hyoïde et le cartilage thyroïde du larynx, soit à travers les interstices du cricoide et du premier anneau de la trachée-artère. Dans tous ces cas , Ces vésicules s’accroissent rapi-
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So MALADIES DE LA TÊTE EP DU COU.
dement et se montrent à l'extérieur sous le bord de la mâchoire; mais elles présentent cela de particulier, qu’une compression graduée et uniforme peut les faire disparaître en totalité ou en partie. Ce phénomène , et l'absence des battemens ou du frémissement artériel dont nous avons parlé, servent à distinguer cette espèce de pneumo-bronchocèle du goitre anévrismal. Gant C'est en Égypte que nous avons observé les premiers exemples de ce genre particulier de goître : il se‘manifeste chez une seule classe d'individus , Jes'aveugles, et le nombre, dans cette contrée, en “est si considérable, que les chefs de la religion les “emploient à chanter les versets du Coran, aux chapiteaux de leurs minarets , toutes les heures du jour et de la nuit, autant pour marquer ès mesutes ‘du temps, que pour prévenir les habitans des devoirs qu’ils ont à remplir envers Dieu ou le gouvernement ”. Ces tumeurs aériformes se développent principalement chez ceux de ces individus qui ont chanté les heures pendant quelques années, ét produisent des poches semblables à celles qui se : “forment sous la mâchoire des singes, lorsqu'ils veu- À i ; | { 4} Cest par ces signes, que nous ne ûmes comprendre, que ,ces. crieuxrs invitèrent les habitans, au nom de Dieu. et de:son prophète , à s’armer clandestinement et à livrerle com— bat sacré aux infidèles, ee qui nous ämena la révolte du Gaire à . pour laquelle ils n’eurent besoin d’aucun complot : elle éclata en effet tout à coup et dans tous les quartiers de la ville, au moment où l'on s’y attendait le moins.
MALADIES PE LA TÊTE ÆD Du Cou. 82 lent y recéler et conserver quelques alirnenssaussi, Pour que leur voix ne se perde pas dans .cès vésicules ou poches celluleuses, qui ne paraissent sou: vent qu'à l'instant où ils commencent deursexercices, les crieurs d'Égypte sont:ls obligés de se comprimer le cou on la gonge aveé un. grand :collier de carton garni de toile. Enfin lorsque les ouvertures de communication. de l'intérieur de la gorge sont dilatées outre mesure, de manière à déterminer presque dans l'instant des tumeurs grosses comme le poing, ceux qui se trouventdans
ce cas sont mis à la retraite, ou on les: emploie dans
les piscines des temples, iute-tl Jetef Depuis notre retour d'Égypte, nous avons eu l'occasion de voir deux sous-officiers , ‘anciens instructeurs, l’un de l’'ex- garde et l’autre de la garde royale, atteints de la même infirmité, L'un. d'eux portait, aux deux côtés du larynx, deux tumeurs ayant chacune la forme et la grosseur d’une pomme, et n'offrant presque pas de différence entre elles. Ces tumeurs étaient tendues, -sans Changement de couleur à la peau , bosselées, cré-
pitantes lorsqu'on les pressait sous les doigts, et ”
tout-à-fait indolentes. Les deux sujets chez lesquels nous les observämes étaient frappés d'aphonie , et
ilsne pouvaient se faire entendre, encore à voix . basse, qu'en comprimant leurs goîtres avec leurs
mains; ils ne pouvaient respirer non plus un peu librement que la bouche ouverte. Ayant déjà vu ce phénomène, il me fut très-facile de caractériser
la nature de cestumeurs, et, pour convaincre mes disciples, je faisais disparaitre ce goïtre en partie, au moyen d’une compression graduée que j'exerçais ayec mes mains sous leurs yeux. Ces instructeurs militaires s'étaient trouvés dans le même cas que les crieuts des mosquées; ils avaient été, pendant dé longues années, obligés de démontrer également, à très-haute voix, la manœuvre des armes et tous les élémens de l'art militaire ou du métier du soldat. |
La compression excentrique exercée par € ces tumeurs sur les vaisseaux superficiels du cou déterminant la stase du sang dans les sinus de la duremère, chez ces deux sujets, comme chez les Égyptiens dont nous avons parlé , les veines jugulaires étaient dilatées outre mesure, et ces sous- -officiers éprouvaient des maux de tête hébituélé Ces motifs m'engagèrent d’abord à leur faire ouvrir l'une de ces veines pour obtenir une déplétion directe du cerveau; nous exerçâmes ensuite, au moyen de bourses de taffetas pleines de'glace pilée, ou. de compressés graduées , imbibées de vinaigre froid camphré et ammoniacé , une compression sur les deux tumeurs, en la dirigeant de basen haut, et versles parties [épées du cou, pourne point oèner le passage del’airdans la trachée-artère. Cesmoyetis, le repos et un régime rafraïchissant suffirent pour. faire disparaitre ; après cinq ou six semaines de traitement, ces goitres aériformes ; mais ils se reproduisaient en partie par lés plus Léo efforts de
la voix, et cette faculté, momentanément rétablie chez ces militaires, se perdait aussitôt que la tumeur avait reparu. Ces récidives les firent mettre à la retraite. re 43 04 D’après ces faits, l’on conçoit d'avance que les
indications les plus avantageuses, dans ce genre de maladie, sont, 1° de désemplir les vaisseaux de la tête par des Saignées faites à la jugulaire; 2° d’exer. cer, en la combinant avec des répercussifs sédatifs, Une compression graduée sur les soîtres ; 3° enfin, d'en prévenir le retour en continuant la compres- Sion, mais d’une manièré uniforme et permanente, Ce n’est donc pas sans motif que Jon faisait porter autrefois, à nos soldats, des cols de carton qui embrassaient étroitement le cou et pouvaient prévenir ainsi, surtout chez les militaires destinés à l'in: struction, ces sortés de goitres aériformes.