DU GOÎTRE LYMPHATIQUE SQUIRREUX
Maintenant nous allons faire connaître ce que nous ayons observé chez les individus atteints du goitre squirreux. Celui-ci a son siége dans les glandes lymphatiques du cou, et laisse presque toujours intactes les glandes thyroïdes. La marche et les phénomènes de cette quatrième variété du oître sont également différens de ceux que préentent les trois premières.
La maladie ou les engorgemens Iymphatiques qui [a constituent, commencent ordinairement:
dans le corps glanduleux de lune ou des deux te gions cervicales. Ils paraissent d'abord! sous la forme de petitès avelines ou de petits rharrons : presque toujours isolés dans leur origine, ils se étithsent “en grossissant, et forment des masses plus ou moins volumineuses qui se développent de plus en plus, et s'étendent enfin dans toute la gout tièére du cou, de manière à remplir tous les espaces que laisserit les organes de cette partie. Ces tumeurssont dures, indolentes, ét n’opérent aucun changement dans la couleur de la peau. Elles sont PA d’un tissu serré, pulpeux, qui se trouve coùpé pardesstries fibreuses; elles sont énveloppées de membranes épaisses et parsemées de vaisseaux sanguins. Parvenues à un très-haut degré de développement, elles dégénèrent dans leur centre ét se convertissent en une substance cérébriforme jaunâtre. Ensuite il sy forme un liquide ichoreux de la même couleur, lequel Saccumule promptement et see des kystes plus ou moins nombreux, qu’on a pris mal à propos pour des kystes séreux isolés, tandis qu'ils ne sont que le résultat de Îa dégénérescence cancéreuse. Ces Corps glanduleux ne peuvent exister ainsi sans exercer une compression proportionnée à leur masse, sur 5 les vaisseaux jugulaires, ce qui doit " nécessairèment donner lieu à des maux dé tête fréquens et rendre diffitiles la mastication, la’ “déglutition et la parole: Si dans un tel état de choses , le maladetreste abandonné aux seules résôuréés dé
la nature, la tumeur finit par comprimer le larynx ou la trachée-artère , gêne ou intercepte le passage de l'air dans les poumons, et le sujet meurt d'asphyxie ét d’apoplexie en même temps, parce que le cours du sang veineux étant interrompu par lt tumeur, ce liquide regorge vers le cerveau et en désorganise le: tissu: On peut donc dire que cés individus périssent véritablement d'apoplexies pulmonaire et cérébrale , surtout si le goitre ne s’ulcère pas de bonne heure : c’est une circonstance qui ne se présents pas communément. Dans les cas même où, la maladie prenant un caractère aièt et déslénérait en:cancer, la tumeur s'ouvre et sul: cère spontanément, la mort du sujet n’én reste pas moins inévitable et prochaine. Ainsi, comme il est assez rare que ce goitre se términe par ün travail de suppuration et la formation d’un ou plu- Sieurs abcès, on sent d'avance, dans le$ cas où cette terminaison a lieu , la nécessité de faire promptement l'ouverture de ces abcès, au res de la potasse caustique. }
Ce genre de goître reconnaît pour cause esseritielle la présence d’un vice scrophuleux, se mani: féstant d’ailleurs chez les individus qui en sont atteints, par tous les signes qui caractérisent l’idio-
.Syncrasie où la diathèse scrophuleuse. L'usage dés liqueurs en fermentation, tels que le cidreetlesmauvaises bières, ainsi que les habitations dangles lieux bas et humides, même dans les lieux élévés s'ils sont malsains êt chauds ; favorisent beaucoup son déve-
loppement. Cés causes portent de préférence leurs effets sur les glandes lymphatiques, et n’altèrent pas, comme chez les personnes affectées du goitre parenchymateux, la membrane muqueuse des voies aériennes et le tissu de la glande thyroïde :ellemême ; aussi le pronostic est-il en général moins BAS dans la maladie que nous décrivons en ce moment, surtout lorsqu'elle n’est pas très-avancée. Le traitement néanmoins est à peu près le même que pour les goitres précédens ; ainsi, quoique les sujets, atteints de celui que nous avons nommé lymphatique squirreux, soient ordinairement décolorés et blèmes, la saignée aux veines du cou n’est pas moins indiquée, parce qu'il y a stase du sang dans les artères du cerveau et les sinus de da dure-mère. John Bell, lorsque nous avons eu l’avantage de le voir à nos lecons de clinique à l'hôpital dé la garde, en 1817, nous ayant dit qu'il avait fréquemment vu, dans les cerveaux des individus morts du sie Rs tous les vaisseaux de cet organe dilatés pathologiquement,avec désorganisationdeses substances produite en quelquesorte mécaniquement , nous avons cherché depuis cette | époque à nous assurer d’une manière positive-de ces résultats, dont nous concevions d’ailleurs pare faitement la Een ce P et un assez grand nombre. d’autopsies nous ont en effet démontré la justesse des assertions du:célèbre chirurgien anglais. L'ouverture de la veine jugulaire est si efficace dans la plupart des cas que nous avons cités, qu'à
MALADIES DE LA TÊTE ET DU COU. 89 mesure que le sang s'en évacue, la circulation se développe, acquiert de l'activité, le visage se colore, et les forces générales du sujet s’accroissent’au lieu ; de diminuer. Nous avons observé maintes fois ce changement favorable. de |
Après la saignée, on peut donner au malade un léger vomitif, et l'on passe ensuite à l'usage des frictions mercurielles locales, auxquelles ilest utile, dans quelques circonstances, d’en Joindre quelques autres de [a même substance à la plante des pieds, mais à cinq et six jours d'intervalle. Des dépu.ratifs pris intérieurement, et du même genre que ceux indiqués pour le goître parenchymateux , auront également une influencé salutaire. Longtemps avant que le célèbre Huffeland eût publié son. ouvrage sur les scrophules, l’expérience m'avait appris que le mercure, préconisé aussi par cet auteur, est, lorsqu'on l’administre sagement, le meilleur: remède contre cette maladie. : nous mous en sommes servis, et nous nous en servons encore journêllement avec un grand avantage , à l'hôpital de la garde. : ,.. 4104 ; ; Mais si la maladie résiste à ce traitement, fait avec les modifications nécessaires etrelatives à l’âge . du sujet, à son tempérament, au sexe, etc., l’extirpation des tumeurs devient alors indispensable, ou le malade est condamné à périr. En effet lorsque la dégénérescence cancéreuse s'empare. de ces tumeurs, lulcération intérieure marche avec rapidité, attaque les organes essentiels de la gorge ; et
g0 MALADIES DE LA TÊTE ET DU COU.
l'individu suceombe plus où moins promptément. L'opération, dans ce genre de goître, est d'autant mieux indiquéé, en supposant toutefois qu'on a épuisé tous les mOÿens dont nous avons parlé, qu’elle ne peut avoir les suites ficheuses qui accompagnent l’extirpation de la glande thyroïde, formant le goîitre parenchymateux; quelque volumineuses que soient les glandes lymphatiques du cou, parvenués à l’état de squirre , elles restent isolées et ne portent atteinte à l'intégrité des or- ganes du cou qué par leur compression mécanique, à moins que la dégénérescence ne soit commencée ; elles ne contractent pas même dés adhérences intimes avêc ces organes, en sorte qu'on les extirpe facilement sans entamer ces parties essentielles, quelque peu habitué qu’on soit à faire ces sortes d'opérations. Nous avons détaché des glandes de cette nature de lintervalle dés apophyses transverses des vertèbres cervicales, du pourtour de l'artère carotide primitive, de la bouche sous | Fos hyoïdé ; sur le larynx, derrière là trachée-artère, et tous ces organes étaient restés intacts. L'observation dont nous allons rapporter lhistoiré fournira la preuve de tous ces faits; nous avons en outre l'espoir que le succès que nous avons eu le bonheur d'obtenir chezle sujet de cette obsérvation, dont Ia maladie cependant était Fuñe* des plus graves qu'on ait sans doute jamaïs attaquée par linstrument tranchant, doit encourager. les praticiens, et confirmer à leurs yeux là
MALADIES. DE LA TÊTE ET DU COU. O1 nécéssité de l'opération, ainsi que les avantages qu'on peut en retirer dans ce genre d'affection.
Nicolas Moret, agé de fo ans, agriculteur À natif ét habitant d’une commune voisine de Loüviers, d'üne constitution robuste , mais d’une idiosÿncrasie scrophuleuse, présentait au côté gauche du cou üne tumeur lobulée, peu mobile, indolente, et sans changement de léiitétte à la peau, laueité s'étendait le Ja région mastoïdienne , le long de la mâchoire, en remplissant toute la gouttière profonde du col jusqu’au larynx, et formant au-devant dé los maxillaire une saillie du volume de deux poings (voyez la planche ). Il y avait dix ans que cette tumeur était développée. Ce malade, après avoir inutilement subi plusieurs traitemens, se rendit à Paris, dans le cours de juillet 1818, pour y consulter les plus habiles médecins. Leuts opimions , recueillies séparément, furent différentes. | pas uns conseillaient l extirpation de la tumeur , sans manifester le désir de la faire; d’autres l’avaient défendue comme dangereuse et mortelle ; quelques-uns étaient restés indécis à sur l'emploi des moyens indiqués.
Déchu de ses espérances, Moréts ‘éloigna de Paris, retourna dans ses foyers, en Normandie, proféndément affligé de son état. Cependant le hasard lui ft rencontrer l’un de nos anciens militaires , amputé à l'épaule, qui l'engagea fortement à retoùrner à Paris pour y voir le chirurgien qui lui avait fait l'opération. Moret vint en effet ! me
consulter vers le milieu de normes de la même année...
Après quej'eus examiné la tumeur avec une scrupuleuse attention, il me fut facile d’en déterminer. le vrai caractère et de prévoir les suites funestes qu'elle aurait, sil’on n’en faisait promptement l’extirpation. Cette indication nous parut positive, et il était d'autant plus urgent de la remplir, que la maladie était. parvenue au degré où la dégénérescence cancéreuse commence ordinairement. . Le x
Nous avions déjà vu périr successivement trois sujets atteints de la même maladie, ‘dont l’accroissement avait été si rapide, que les chirurgiens consultés, n'osant tenter aucune opération, restérent nes spectateurs des angoisses et des effets de la DUR qui terminèrent bientôt les jours de ces trois infortunés. D’ un autre côté, nous pouvions être arrêtés par les exemples d’accidens funestes survenus à plusieurs de ceux à qui l'on avait extirpé des tumeurs analogues à celle de notre malade. ( Voyez les Œuvres posthumes de J.-L. Petit, article Tumeurs, tome I“.) Mais nous nous placions au-dessus de cetobstacle, par la certitude que nous avions de nous rendre maitres du sang , au Moyen des ligatures et de la compression faites successivement. Nous ne nous sommes pas arrêtés davantage. à l’idée d’encourir la censure de -certains Ha qui seraient probablement moins sévères, si l'exercice de l’art leur avait
appris à connaître les difficultés de la pratique. #* Ainsi, après avoir mürement réfléchi sur la possibilité de l'opération et sur ses résultats, le malade * étant d’ailleurs parfaitement résolu , nous nous sommes décidés à la pratiquer le plus promptèment possible. À cet effet, nous avons réclamé les avis de deux médecins Éétaivég: MM. Chaussier et Ribes, qui ont reconnu avec nous la nécessité et l'urgence -d extirper cette tumeur énorme ) qui exerçait déjà une compression mécanique sur les principaux vaisseaux de la tête, sur le larynx, la trachéeartére, et mettait le malade dans le plus grand danger.
Tout étant disposé, nous due à l'opération , le 17 novembre 1818, assisté de lun des mérare consultans, de M. dé Lacaze, chirurgienmajor du 2" régiment des gardes suisses » et de MM. Gimelle et Desruelles, chirurgiens aides-majors à l'hôpital de la Ba ER Le malade, couchésurun lit fait exprès, nous traçcimes dans notre pensée le plan de : l'opération, telle qu’elle va être décrite, nous promettant surtout de prendre. toutes les précautions nécessaires pour prévenir l’hémorragie des nombreuses artères que nous avions à chHper seul accident grave que nous eussions à craindre : d’ailleurs l intelligènce rare et habileté des chirurgiens assistans nous rassuraient sur le -danger ; enfin, nous nous sommes dit avec Celsel:
Meliüs est CE ve remedium , guère nullurn. |
94 MALADIES DE LA TÊTE ET DU Cou.
A l’aide d’une incision parallèle au bord. de la
mâchoires, nous conpämes d'abord les tégumens qui : recouvraient toute l'étendue de. la tumeur;
trois autres incisions coupaient à angle droit cette* première; l'une suivait le bord antérieur dumusele
sterno-mastoïdien } jusqu’à la clavicule, la séconde,
le centre de la tumeur, et une troisième, plus pe- : tite, la ligne médiane du larynx. Les lambeaux, ré-
sultant dé ces incisions, furent promptement déta-
chés de la surface antérieure de la masse squirreuse;
plusieurs artères, coupées dans ces fncisions, fu-
rent liées successivement, et nous continuames la
dissection jusqu’à ce que la tumeur fût isolée dans
lesptrois quarts de sa circonférence : des: sillons
profonds et celluleux la séparaient en plusieurs
lobes de différentes grosseurs; ce fut autant de
routes que nous suivimes pour arriver aux racines
de ces tubercules : des incisions ménagées sur les feuillets lamelleux de ces sillons détachaient ces
corps glanduleux dont on coupait facilement les
enveloppes au moyen,du bistouri boutonné.
La portion la plus épaisse et la plus saillante fut ainsi bientôt déchatonnée. Son pédiouiess tenant à de gros vaisseaux, nous y passämes une ligature avant d'en faire la section. L’extraction de cegroupe glanduleux qui embrassait le bord de la mâchoire, que nous avons trouvée usée à quelques lignes de profondeur, mit à découvert les autres tumeurs , et facilita le reste de l'opération.
Une des glandes, implantée dans l'intervalle des
À |MATADIFS DE LA TÊTE EP DU GOU. 9p apophyses transverses des deuxième .et troisième yertébres cervicales, fut extraite avec les mémés précautions. | | | ru Une deuxième, de forme ovalaire et de la grosseur d'une amande, était enveloppée dans la gaïne cellulaire de l'artère carotide primitive. ( Cependant elle devait être extraite comme les autres, sans cela, la maladie se serait reproduite.) Après avoir fait fortement comprimer cette artère au-dessous de la glande, nous incisâmes avec précaution sa tunique lamelleuse, de, laquelle nous dégageàmes ensuite la glande , au moyen du bistouri boutonné. Son extraction laissa tout-à-fait à nu ce vaisseau principal; mais tout avait été prévu pour sa ligature, en cas d'accident. r, Une troisième glande, composée de plusieurs lobules, était adhérente au côté gauche du Jarynx, entre le muscle génio-glosse et l'os hyoïdé ; lextraction de cette glande fut difficile; elle nes’en fit pas moins heureusement. | LEE Une quatrième s'était développée dans les parois de la bouche, elle fut également extraite par la plaie; enfin toute cette tarrière glanduléuse a été complétement exploitée. Nous pouvôns assurer même qu'il n’est pas resté un seul grain glanduleux dans le foyer de la maladie , et nous osons répondre que dans toute cette région du cou et de Ja tête, il n’y aura pas la moindre reproduction maladive. Midoun Maé Plus de quinze artères ont été liées, parmi les-
196 MALADIES DÉ LA TÊTE ET DU cot.
| quelles nous comptons la maxillaire externe ou ‘Jabiale commune, la sous-mentale, loccipitale, la thyroïdienne supérieure , la sublinguale et un grand nombre d’autres assez considérables développées pat la maladie. Plusieurs cordons nerveux du facial, de la paire-vague, du lingual, et l'acces- .soire de Willis à son passage à travers le muscle : sterno-mastoidien, ont été coupés. V4
La plaie lavée et abstergée, nous en avons rapproché les angles et les bords; et nous les avons fixés en contact, au moyen d une vingtaine de points de suture, de quelques banélétiés agglutinatives , et d'un linge fenêtré; enduit d'onguent styrax, qui couvrait toute la région opérée. Nous avons eu le soin de réunir les ligatures aux angles -ouverts des incisions : de la charpie et un tee approprié ont complété le pansement.
Le malade avait suppofté l'opération avec le plus grand courage, bien qu’elle eût duré en tout cin-. quante minutes ; cependant quelques momens après, il fut frappé d’une forte syncope, suivie de | frisson ,-d’un mouvement fébrile et nérveux , accidens passagers, maîs inévitables: le calme ie plus parfait succéda à cet orage, et pour la première fois depuis long-temps, cet agriculteur goûta les bienfaits d'un sommeil añsitsle ”
Le résultat heureux de cette terrible opération nous faisait favorablement augurer de ses suites ; effectivement dé malade alla de mieux en mieux, et les trois premiers jours se passèrent sans le moin-
dre accident ; à peine y eut-il, dans la nuit du troisième au quatrième jour, un mouvement de fièvre traumatique. Le premier appareil fut levé le quatrième : il était imbibé de sérosité purulente, et sans une seule goutte de sang; tous les points cousus de la plaie étaient déjà réunis , et, à l'exception dés hiatus que nous avions conservés pour y placer les ligatures et favoriser l'écoulement des fluides, toutes les incisions étaient presque entièrement cicatrisées. Les ligatures sont tombées du neuvième au dixième jour, et peu de temps après , les bords de la plaie qui correspondaient au passage des ligatures étaient eux-mêmes réunis, en sorte que le malade s’est trouvé guéri le trente-unième jour de l'opération , et est reparti pour la Normandie,
le quarante-unième, avec tous les signes d’une par-
faite santé.
Nous avons examiné avec attention les tumeurs glanduleuses : toutes étaient enveloppées par des tuniques membraneuses d’un tissu serré et de couleur rouge; le feuillet le plus profond de ces tuniques fournissait intérieurement des cloisons concentriques très-minces, à l'instar de celles qu'on observe dans les cédras. La substance interposée entre ces feuillets, d’un gris blanc, ne peut être mieux comparée, pour l'aspect et la densité, qu'à la chair de cette espèce de citron: elle était ferme, élastique comme de lalbumine à demi cuite ; da sorte qu'en coupant une de ces glandes en croix, le tissu charnu de chacune d'elles se boursoufflait
et s'écartait en tout sens par une sorte d'érectilité, et ce tissu se déchirait difficilement. Ces enveloppes mernbraneuses recevaient évidemmentides nerfs et des vaisseaux de tout genre; aussi elles nous ont paru jouir de toutes les propriétés vitales à des degrés relatifs, en sorte que l'irritabilité des vaisseaux sanguins et lymphatiques avait été exaltée chez notre agriculteur, ce qui avait produit sans doute dans les glandes du cou, par une cause locale pré-
disposante qui nous est inconnue, d'abord une
fluxion inflammatoire, puis l’aberration et la stagnation de la lymphe dans l'intérieur de cet appareil glanduleux, d’où sont résultés aussitôt lengorgement et la tuméfaction , dont l'augmentation et l'accroissement se sont faits, pendant la première période, d'une manière lente et graduée; les progrès ont été ensuite plus sensibles. Au reste, cette maladie présente les mêmes phénomènes chez tous les individus qui en sont atteints, à quelques variations près, dépendant de l'âge, du sexe, du tempérament, etc.
Bien qu’il y ait beaucoup d'analogie entre l'affection qui nous oCCUpPE, c'est-à-dire entrele goitre lymphatique et l'engorgement squirreux des seins et de la matrice chez les femmes, il existe cependant, ét dans les causes qui produisent ces maladies, et dans les symptômes qui les caractérisent, des différences essentielles; mais nous nous dispense-
. rons dé les indiquer ici, notre intention n'étant pas
de décriré le cancer. D'ailleurs le traitement est le
même pour les unes et les autres de ces maladies, parce que, quoique l'affection cancéreuse qui attaque les divers organes présente un caractère qui est propre à chacun d'eux, les indications peuvent néanmoins rester les mêmes, et la thérapeutique ne présenter que de très-légères modif. cations.
En général, dans les glandes destinées à la sécrétion d'un fluide, telles que les mamelles chez la femme, les organes séminifères chez l’homme ; OÙ dans d’autres organes composés , tels que la matrice, etc., les causes spontanées ou mécaniques paraissent déterminer une action différente de celle qui a lieu dans les glandes lymphatiques du cou : au lieu de produire ces engorgemens qui, dans cesderniers corps glanduleux, paraissent être, ainsi que nous venons de le voir » l'effet de la coagulation de la lymphe, elles amènent souvent, dans les glandes composées, l'organisation d'un tissu fibreux qui se développe avec rapidité, envahit toutes les parties ambiantes, à l'instar d’une plante parasite, et acquiert un volume plus ou moins considérable. On arrête difficilement les : progres de ce genre de maladie, surtout lorsqu’elle est parvenue à son deuxième degré ; aussi faut-il se hâter de mettre p'omptement en usage les moyens indiqués et établis sur les bases générales que neus avons posées , c’est-à-dire qu'il faut d’abord, comme dans les tumeurs lymphatiques, désemplir les vaisseaux des parties affectées » par des \i
déplétifs directs, tels que les sangsues ou des sai- | gnées aux veines les plus rapprochées; ensuite mettre en usage les topiques fondans mercuriels, les exutoires et les dépuratifs pris intérieurement.
Nous avons obtenu également des résultats inespérés de l'emploi de ces moyens différemment modifiés , selon les circonstances ou l’idiosyncrasie des individus, pour les engorgemens des mamelles chez la femme, de manière à faire éviter l'opération aux unes, et àassurer pour toujours le succès de l'opération pratiquée chez les autres. Nous avons même obtenu la guérison de cancers ulcérés chez trois d’entre elles. Je vais en rapporter un exemple.
Madame de L***, deRouen,ägée de 62 ans, serendità Paris, aucommencement du printemps der816, pour y consulter les plus habiles médecins sur un cancer énorme qu’elle portait au sein droit depuis plusieurs années. Le célébre Laumonier, chirurgien en chef de l'hôpital de Rouen, l'avait déjà opérée deux fois pour la même maladie, qui s'était reproduite successivement avec le même caractère, et le mal s'était encore renouvelé sur la cicatrice de la seconde opération.
A l'époque où nous vimes cette dame pour la première fois, la tumeur cancéreuse présentait le volume de la tête d’un enfant; elle était déprimée dans le centre par l'effet de l’adhérence que la cicatrice avait contractée dans ce point, et le pour-
MALADIES DE LA TÊTE ET DU: COU.. 101 tour de cette exubérance offrait une série de tubercules vésiculaires de couleur bleuâtre et de grosseurs différentes, séparés les uns des autres par des gercures , d’où s'écoulait une humeur jaunûtre, ichoreuse et d’une odeur extrêmement fétide. La peau qui recouvrait cette tumeur était parsemée de veines variqueuses multipliées et très-grosses, Les glandes axillaires du même côté étaient engorgées, et l’une d'elles faisait partie de la tumeur. Le bras du côté affecté était engorgé, presque immobile, et la malade éprouvait des douleurs vives , lancinantes, qui la privaient du sommeil et l’entretenaient dans une anxicté perma- . nente.
La plupart des médecins consultés avaient Jugé une troisième opération impraticable et inutile. Madame de L**, désespérée, était sur le point de s'en retourner à Rouen, lorsque, d'après les avis de lune des dames que nous avions opérées quelques années auparavant, elle vint nous consulter. Malgré la gravité de la maladie dont nous avons retracé les principaux Symptômes, nous concûmes des espérances de succès d’une troisième opération À si on la faisait précéder et suivre du traitement que nous avons fait connaître. La malade accepta avec joie notre proposition » €t du même jour elle fut soumise à ce traitement, que nous continuâmes pendant six semaines. Il eut pour résultat une diminution sensible dans les douleurs lancinantes, et la résolution des glandes axillaires, à l'excep-
tion de celle qui faisait partie de la tumeur, dont le volume était resté à peu près le même.
Après ces préparatifs , nous appelämes en consultation les médecins qui nous aidèrent plus tard de leurs lumières pour la maladie de Moret MM. Chauésier et Ribes. Ils approuvèrent l'opération que nous avions projetée: bien que le succès en füt très-incertain, et l'exécution difficile et dangereuse , ils convinrent qu’elle était indispensable et préférable aux caustiques que quelques médecins avaient conseillés ; enfin nous pratiquames l'opération en préserice des médecins consultés, assisté de l’un dé nos élèves les plus distingués, M. Desruelles. Dans l’'amputation de la tumeur, nous conservâmes le plus possible des tégümens qui la recouvraient ; mais il fallut emporter une couche du muscle grand pectoral, à laquelle le cancer était adhérent; nous prolongeâmes ensuité Fincision vers le creux de l’aissellé pour extraire la glande qui participait du cancer. Après en avoir extirpé toutes les racines, nous procédâmes à la ligature des vaisseaux et au rapprochement des bords de la plaie, qui avait un aspect effrayant. La masse cancéreuse extirpée pesait deux livres troïs onces. Elle était composée de corps ovoides fongueux , de grosseurs différentes, parsemés intérieurement de cellules remplies d'un fluide noiratre et oléagineux. Ces cellules étaient séparées par des cloisons fibreuses , épaisses et de couleur nacrée. Au total, cette masse cancéreuse offrait un aspect particulier qui