DU CANCER DES MACHOIRFS
Le cancer ou l’ostéo-sarcome des dé aliités est une maladie d'autant plus grave qu étant parvenue à un certain degré, elle offre peu de ressources de |
MALADIES DE LA TÊTE ET DU COU: 119 guérison; aussi doit-on s’empresser de lattaquer dès sa naissance par les moyens les plus actifs:
Cette affection, qui peut d’ailleurs se développer dans tous les os du corps humain ”, reconnaît ordi nairement pour cause prédisposante un principe morbifique particulier dont la nature n’est pas toujours appréciable, mais dont on peut atténuer les effets par les moyensque nous avons conseillés pour les engorgemens squirreux des glandes lymphatiques: Elle commence presque toujours par des douleurs lancinantesetpar l’altération des cavitésalvéolaires de l’une ou l’autre mâchoire dontles parois se ramollissent et se tuméfient; les dents perdent les adhérences vasculaires qui entretenaient chez elles la vie et la nutrition; elles se ternissent, se nécro-
sent et deviennent mobiles ou tombent spontané: ment; la portion malade du tissu spongieux de os elite augmente progressivement de volume et perd un aspect fongueux; des vésicules noirâtres se forment à la surface de la tumeur qui s'étend profondément dans l'épaisseur de l'os et se convertit bientôt en une substance charnue lardacée; les lames denses de la substance compacte se désunissent , se séparent et se perdent dans la masse cancéreusé dont participent également les parties molles ambiantes. Aussi dans cette dernière circonstance le pronostic est plus fâcheux que lors-
1 Nous aurons encore l’occasion de parler du cancer des 05 des membres supérieurs et inférieurs à l’article AMPUTATION
que le mal se borne exclusivement à l’un des points accessibles de l’un des os maxillaires.
Preque tous les auteurs conseillent l excision ou la résection de toute la partie osseuse malade; mais bien qu'on ait quelques exemples desuccès de cette opération, nous pensons qu’elle est rarement indiquée. Lorsque le cancer se borne à une portion de la mächoire, et de manière à ce que la résection puisse s’en faire facilement , il est toujours préférable, ce nous semble, d'employer les moyens que nous allons bientôt indiquer. Dans les cas, au contraire, ou les parties molles quilentourent l’ostéo-sarcome sont également affectées, l’excision de la portion malade de la mâchoire devient insuffisante; il faut alors emporter toutes les : parties charnues affectées de cancer, ou la maladie se reproduirait promptement ; mais même avec cette précaution,onnepeut obtenir aucune réunion pour prévenir la difformité et la perte de la salive , infirmité insupportable et dégoûütante quirendlesort de ces infortunés si pénible qu'ils préféreraientlamort. Que faut-il-donc faire dans une telle occurrence?
Quand laffection cancéreuse n ‘attaque qu’un point des mâchoires inférieure ou supérieure, et qu'elle est isolée des parties molles extérieures ou intérieures, il est facile d’en’ arrêter les progrès sans avoir recours à l’opération douloureuse et pénible (la section complète de l'os malade) conseillée parles auteurs et la plupart des praticiens.
D'ailleurs le succès en est ‘très-incertain, et j'ai
Jlièu de penser que dans tous les cas où il a été. complet, l’exostose de la mâchoire prédominait sur l’osteo-sarcome. J'ai vu à Dublin un exemple de lun de ces succès, obtenu dans Îe cas que nous. venons de supposer. En effet, dans l’exostose, lamputation est indispensable, et elle sera suivie d’une guérison parfaite, surtout si les chairs qui recouvrent l’exubérance osseuse sont restées saines, parce qu'il est facile alors d'opérer Ja réunion.de celles qu’on a dü couper pour pratiquer la résection de l'os; on peut même désarticuler au temporal le condyle de la branche coupée, et cette désarticulation n’est ni dangereuse ni difficile, tandis que, dans le cas de ramollissement.ou ‘ d'affection vraiment cancéreuse, il faut préférer le fer rouge à cette opération, après avoir toutefois extirpé.toutes les parties accessibles à l'instrument tranchant. Nous pouvons dire en avoir retiré les plus grands avantages. Cette cautérisation répétée, et sur laquelle il faut insister long-temps, détruit les portions désorganisées de los, et rappelle les . propriétés vitales dans les vaisseaux nutritifs et les nerfs de la partie malade; le foyer du:fongus se déterge, les portions ambiantes restées saines se rapprochent et acquièrent de la densité; le travail de l’ossification se reproduit, continue sa marche" comme dans l’état normal, etaprès un laps de temps
lus ou moins considérable et la continuation des mêmes cautères, on conduit le malade à une parfaite guérison. On pourra en juger par Le faitsuivant:
A l'invasion du printemps de 1825, je fus consulté pour une demoiselle, âgée de‘11"à"rsans, nommée Hortense Douet, affecté dépuis deux années d’une tumeur fongueuse à la mâchoiré infé: rieure, ayant son siége dans la portion de cet os comprise entre la deuxième dent latérale incisive droite et la troisième molaire du même côté. Les dents intermédiaires entre ces deux étaient tombées, et l'on voyait à leur place une tumeur bleuâtré hosselée, élastique ou légèrement fluctuante , formant au-dessus du niveau du rebord alvéolaire une saillie d’un pouce de hauteur sur trois pouces, ou environ, de circonférence, dé manière à produire à l'extérieur, à travers la joue et sous la commissure droite des lévrés, une exubérance de la forme et de la grosseur d’un œuf de poule, et intérieurément ayant renversé la langue du côté gauche dans une étendue proportionnée. Cette jeune personne éprouvait de légères douleurs lancinantes vers la base de la mächoire, et les fonctions de la boucheétaient extrêmement gênées. D'ailléurs le sujet, d’une idiosyncrasié lymphatique, était maigre, décoloré et dans un état de DPADUPRE et de fièvre lente continue.
PT médécins de Versailles avaient fait su- "birsans succès divérs traiteméns à cette ] jeune personne, et elle avait enfin été adressée à l’un des plus habileschirurgiens dé la capitale pour qu’on lui amputât la portion malade de la mâchoire. En effet, ce chirurgien célèbre avait jugé, devant l’un de
mes anciens disciples, M. le docteur Ledéchault, lopération indispensable, et il se proposait de la pratiquer, lorsqte la malade et les parens, qui en furent effrayés,'se‘retirèrent et me firent appeler. Malgré le. peu d'espérance que me donnait Vemploi dé tout autre moyen que celui judicieusement admis par mon confrère, je voulus en essayer un qui portt moins atteinte à l'harmonie des traits du visage. Je surmontai donc ma répugnance, et] éntfe pris le traitement que je vais indiquer. | | ), 49 #10 # J'enlevai Ford par l’excision toute Ja portion ‘cancéreuse qui excédait le bord de la mâchoire , et Je détruisis par couches successives le tissu lardacé etcaverneux remplissant une cavité profonde que, Ja maladieavait creusée dans l épaisseur de los. Ces excisions furent suivies d’une émission sanguine assez considérable: cependant après avoir abstergé da plaie êt fait laver la bouche de la jeune malade, nous plongeämes dans cette caverné cancéreuse!, et successivement, plusieurs cautères‘incandescens quiscalmérent les douleurs et firent dissiper l’hémorragie: L'amélioration sensible qui se manifesta après la troisième cautérisation nous engagea à persévérer dans l emploi du même moyen. Nous prescrivimes aussi à la malade l'usage du sirop dépuratif que nous avons déjà fait connaître, dés amers antiscorbutiques etun régime analeptique. Enfin après six où huit mois de ce traitement pendant lesquels cette jeune personne a supporté très-courageuse-
ment-trente ou quarante fois l'application du fer - rouge, la maladie a fini par être complétement détruite, et cette demoiselle a été parfaitement rétablie. Elle fut présentée, dans un état de la plus belle santé, au mois de juillet 1826, à la section de \ chirurgie de l’Académie royale de médecine. (Voy. le. Globe de cette époque, tom. IT, n°94.) | PLAIES DU COU ET DE LA GORGE.
iles plaies. qui lèsent. un peu profondément les ue à du cou ou de la gorge sont en général trèsfâcheuses; mais il n'est pas difficile de se rendre compte de tels résultats ; quand on considère.le nombre et l'importance" des organes que reçoit cette région. du corps, ainsi, que ‘la place presque
superficielle qu'ils y occupent. Elles, sont ordinairement produites, ou.par des instrumens piquans
du tranchans, ou par des corps contondans,-soit appliqués immédiatement sur le oh; Soit pre par Ja poudre à à canon. Fr. :ËG
Je ne rapporterai qu'un ul a rs dilhs
faites à la région postérieure du.cou par les instrumens tranchans, dans l'exposé duquel on trouvera l'application du précepte indiqué 2 à l’article Géné- RALITÉ DES PLAIES, pour le pansementde celles faites par: armes blanches, et accompagnées de lambeaux. Le sujet de cette observation est le nommé Pierre Soult; chasseur à cheval au 29% régiment, lequel reçut d'un mamelouk, à la bataille de Salehieh, en Égypte, un coup de sabre qui, aprés avoir coupé
MALADIES DE LA TÊTE ET DU COU 199 la peau et la protubérance de l’occipital, divisa les muscles extenseurs de la tête jusqu’à la sixième vertèbre cervicale dont lapophyse épineuse fut rompue à sa base, près du canal rachidien. Il en résulta un lambeau énorme, renversé sûr les épaules, et l'on trouva le menton du blessé ARE sur la poitrine.
Après avoir extrait de la base de ce lambeau
l'épine cervicale détachée par le sabre, et après avoir fait une incision perpendiculaire au point correspondant de la peau, pour l'écoulement des fluides, je procédai à la réunion de cette grande plaie, au moyen de plusieurs points de suture entrecoupée, secondée par un bandage contentif, Ce chasseur rentra peu de temps aprés Be son Corps, die di guéri, avec la seule infirmité d’être privé de ses facultés génératrices, comme nous l'avons appris plus tard.
Des causes vulnérantes qui lèsent les parties antérieures du cou, les unes peuvent piquer les veines jugulaires, les artères carotides, les ‘branches nerveuses des paires cervicales, les troncs même de la paire vague ou du RL DU ATEC les autres, couper, dans différens sens, la peau avec les muscles, le larynx ou la trachée-artère ; les dernières enfin, les corps lancés par la poudre à canon, peuvent, en lésant écalement les mêmes parties, pénétrer profondément! se perdre dans les cavités correspondantes, ou traverser ces r'é- Que de part en part.
126 MALADIES DE LA rÉte : ET DU COU«
Nous allons indiquer , en peu de mots, les préceptes généraux à suivre dans le traitement de ces blessures; quant à ceux que réclame la lésion particulière de tel ou tel organe, nous les ferons connaître plus parfaitement, en décrivant les observations des sujets qui nous l'ont présentée.
En général, toute solution de continuité irrégulière;offrantdes sinus vers sesangles, avecdéchirure au tissu cellulo- dermoïde, et infiltration sanguine, doit être débridée primitivement, mais avec les précautions convenables pour empêcher d'entamer lès nerfs principaux ou les rameaux des artères su: perficielles, etc. Ce débridement fait, et la plaie simplifiée, il faut en rapprocher les bords et les maintenir en contact par la suture entrecoupée, ou enchevillée, s’il y a lieu, par un bandage contentif et la position. Ce mode de pansement est indiqué pour toutes les solutions de continuité aux parties molles du cou, sans lésion d'aucun organe essentiel. |
“h expérience m'a appris aussi; pour. celles déterminées par le passage des balles dans l'épaisseur des parties musculeuses et latérales de cette région, que ce débridement de la plaie, faitimmédiatement après le coup et avec soin, prévenait une affection paralytique que ces sortes de blessures, quelque superficielles qu'elles soient, produisent presque toujours dans le membre DhcUAEl du côté où elles : ont eu lieu. La cause de cet accident consécutif dépend sans doute de ce que les branches nerveu-
MALADIES DE LA TÊTE ET DU COU 127 ses , déchirées ou FRTRRUS DAS le projectile; contractent, lorsqu'on n’a pas pris les précautions connues, cs adhérences trop serrées vers le point de la cicatrice qui se trouve enfoncé, d’où résultent une aberration dans les propriétés hole des nerfs lésés et de ceux avec lesquels ils s anastomosent , et par suite, à raison de l'état de resserrement ou de compression qu’ils éprouvent, l'extinction de la sensibilité, etenfin le développement dela paralysie dans tous les organes où ils se distribuent. Néanmoins les moxas, appliqués sur les cicatrices etsur le trajet des premières branches de ces nerfs, rétablissent ordinairement leurs fonctions et dissipent la paralysie. L'emploi de ce moyen, dônt il sera parlé dans un article spécial, nous a fourni, pour cet accident, beaucoup d'exemples de succes. ù
Il est encore, dans les solutions de continuité de la gorge, une autre méthode dont on retire de grands avantages : c'est de laisser, s’il est possible, l'appareil qu’on a appliqué en premier lieu, sans le renouveler, jusqu’à l’époque où l’on suppose que la cicatrisation doit être faite. Nous allons actuellement, en en rapportant les observations, parler des plaies du cou qui ont été accompagnées de la lésion, d'organes essentiels , ou, dans lesquelles nous avons remarqué sus complications particulières.
La lésion de la veine jugulaire ne mérite d'attention importante que dans la crainte d’un acci-
58 MALADIES DE TA Tête Er DU co!
dent dont nous nous sommes déjà entretenus ; en décrivant Fopérauèn de la saignée à cette veine: lorsqu'on ne $empresse pas en effet de fermer son ouverture, des bulles d'air passent avec le: sang qui se porte dans la veine-câve, et peuvent troubler les fonctions du cœur, par leur présence dans cet | organe.
La lésion de l'artère carotide exige encore des secours plus prompts. Dans une circonstance, aussi grave, bien que la compression faite avec soin ait pu réussir quelquefois (ainsi que nous allons en donner une preuve), ce moyen n’est pas le plus sûr ; il faut lui préférer la ligature du vaisseau et se hi de la faire, en ayant soin même d'en pratiquer deux, une MAO et une au-dessus de Touverture, à cause des anastomoses nombreuses qui rapportent le sang dans la portion supérieure du tronc coupé. La méthode de placer une double ligature sera également appréciée par une deuxième observation. à
1° Observation. — M. Arrighi”, jee Me | du général Berthier, reçut en Égypte, pendant le siége de Saint-Jean-d’Acre, à la batterie de brèche, un Coup de balle, qui lui coupa l'artère carotide externe à la séparation de l’interne et à son passage dans la glande parotide. La chute du blessé etun jet de sang considérable qui se faisait par les deux ouvertures appelèrent l'attention des canonniers.
1 Auj curd’hüt due de Padoue.
Xe ©
MALADIES DE LA TÊTE. ET DU COU. 129 L'un d'eux ‘, fort intelligent, eut la présence d’esprit de porter promptement ses doigts dans ces mêmes ouvertures, et d'arrêter ainsi l’hémorragie. On me fit appeler aussitôt; je courus lui porter des secours au milieu des balles et des boulets. Un bandage compressif, précédé d’une forte compresse graduée et méthodiquement fait, arrêta, à mon grand étonnement, la marche rapide de la mort, et sauva cet officier, cousin germain du général en chef Bonaparte. | Il" Observation. — À mon passage à Bruxelles, après la bataille de Waterloo, j'eus l'occasion de voir un Jeune soldat anglais qui avait reçu une blessure semblablé à celle de laidede-camp Arrighi,avec cette différence seulement que, chez l'Anglais, la plaie était au côté gauche de la face, et que la carotide externe n’avait pas été entièrement coupée; aussi, chez ce sujet, lhémorragie reparut-elle àlalevée du premier appareil. Le chirurgien anglais mit le trou de la carotide à découvert, en fit la ligature, et il en passa une deuxième immédiatement au-dessus dela blessure: à leur chute, les bords de la plaie furent rapprochés; la cicatrice s'en obtint promptement, et le blessé se trouva guéri peu de temps après. Comme le tronc du nerf facial avait été détruit par la balle , ainsi que chez Arrighi, les muscles de la face de ce * M. Pélissier, depuis officier dans les chasseurs à cheval do
l’ex-garde , et qui fera lui-même le sujet d’une autre observation chirurgicale assez remarquable.
Il. 9 |
‘eôté avaient perdu lé mouvement et la sénsihilité. Nous avons à présent un assez grand nombre d'observations du succès de la ligature dés artères carotides primitives : cependant nous y joindrons le précis de l'une d'elles que nous venons de recueillir à l'hôpital de la garde. Le sujet est un grenadier du 1* régiment suisse, Gabon (Henri), qui fut transporté à l'hépital, le 21 novembre 1823, immédiatement après avoir reçu en duel un coup de pointe de sabre d’un tranchant très-acéré (briquet), à la partie supérieure et latérale droite du cou. Appelé près de ce blessé, qui avait paru dans un danger imminent, je le trouvai en effet prêt à périr d’anémie et de suffocation, par la quantité considérable de sang qu’il avait perdue et qu'on a estimée à trois litres et demi (sept livres }, et par la compression qu’exercçait sur la trachée-artère et le larynx une masse de caillots sanguins, retenue derrière la glande thyroïde droite dont le tissu était tuméfié par l'effet d’un goître parenchymateux que ce yrenadier portait depuis longues années. Après avoir tout préparé pour la ligature du tronc de la carotide, si elle était nécessaire, et le pansement de la pa je mis celle-ci à ane k vert, et tandis qu un éleve exerçait une forte compression sur le trajet de cette artère, je débridai haut'ét bas la coupure faite par le briquet. Cette plaie ayantun pouce d'étendue, se dirigeait transversalement du bord supérieur du Se thyroide du larynx, au bord añtérieur du muscle
MALADIES DE LA TÊTE ET DÜ GOÛ. ‘131 stérno-mastoidien , qui était entamé dans uñé partie de son épaisseur’; la pointe de cette arme avait ensuite pénétré d'avant en arrière jusqu’au corps de la troisième ou quatrième vertèbre cervicale. Dans ce trajet, elle avait coupé une portion de la glande désignée , la racine de Tartère thyroidienne supérieure et sans doute aussi le tronc de la carotide au point correspondant à Porigine de la première, ce qui avait produit l’hémorragie presque foudroyante qui avait eu lieu immédiatement après le coup et pendant le transport du blessé à l'hôpital. Cétte double incision me conduisit dans une poche celluleuse, remplie d’une grande quantité de caillots sanguins accumulés derrière la glande thyroïde, et comprimant la trachée-artère. L'extraction de ces caillots fut suivie d’un double jet de sang vermeil sürgissant du fond de la plaie. N'ayant pu saisir les vaisseaux qui fournissaient hémorragie , pour en faire la ligature immédiate, je me décidai à pratiquer celle de la carotide primitive, que j'isolai des cordons nerveux qui Paccompagnent, le mieux qu'il me fut possible , à l'aide du bistouri boutonné; mais nous fümes surpris de la petitessé du tube et des pulsations de cette artère. (Elle présentait À peine le calibre de la radiale ). Nous attribuâmes cette réduction à la perte presque totale du sang et à la compression exercée par les caillots sur le vaisseau. La ligature fut passée au moÿen de mon aiguille flexible consacrée à cet usage. J'avais à peu près la cer-
titude de n'avoir compris dans l'anse de cette ligature que quelques rameaux du grand sympathique et des paires cervicales ; aussi n' eumes-nous ue très-peu d’accidens nerveux.
Le principal jet du sang fut arrêté à l'instant de la constriction de l'artère, et les pulsations qu'on sentait d’abord au-dessus de la ligature disparurent. Cependant un autre vaisseau fournissait encore à la partie supérieure de la plaie un jet de sang. L’extrémité de cette artériole fut saisie avec la pince à disséquer et liée immédiatement. La plaie abstergée et ses parois spongieuses exprimées ; on en réunit les bords avec des bandelettes agglutinatives, et le pansement fut terminé par un Rapaage RÉUNIE
Cetteopération Hs blessé àlavie etlesoulagea beaucoup. Mais la déglutition était encore difficile, la parole faible, entrecoupée, les lèvres étaient entièrement décolorées, les extrémités froides, et le pouls était presque nul. Des embrocations d'huile de camomille camphrée très-chaudefurent faites sur toute l'habitude du corps; lon prescrivit le régimeindiqué et l'application dela glace surles côtés de la plaie, lorsque la chaleur serait revenue.
Les deux ou trois premiers jours furent un peu orageux, mais ensuite le blessé alla de mieux en mieux: L'appareil futrenouvelé le cinquième jour, la petite ligature se détacha le septième, et celle de l'artère ue du dixième au onzième jour.
La plaie se cicatrisa promptement, et le grenadier
fut en état de sortir de l'hôpital le vingt-unième jour de son accident.
Mais un phénomène assez singulier s’est “offert chez ce militaire : une branche artérielle d’un calibre presque aussi fort à das celui de la carotide gauche a été découverte à l'époque de sa guérison, derrière le bord externe du muscle sterno-mastoidien du même côté, et montant parallèlement jusqu'à l'artère temporale, dont les pulsations sont sensibles, et dans laquelle cette première semble se continuer.
Nous avons lieu de croire que le tronc brachiocéphalique, au lieu des deux branches, en fournissait trois chez ce sujet, deux carotides parallèles et sans doute du même calibre, et la sous-clavière droite; c'est assurément la carotide la plus interne qui a été liée. Cette anomalie artérielle a rendu le succès de l'opération aussi prompt que parfait.
La lésion incomplète des cordons nerveux du cou détermine assez souvent des affections consécutives ; aussi lorsqu'on a la certitude que l’un des rameaux des paires cervicales à été imparfaitement coupé ou déchiré, il faut en achever la section par le débridement de la plaie; sans cela, l'on s'expose à voir survenir des accidens tétaniques, des névroses ficheuses , la suspension et souvent'la perte de quelques-unes des fonctions essentielles des organes auxquels ar les nerfs qui ont été lésés.
JL" Ohséroation. Un grenadier de la 9° db
brigäde-de l’armée d'Egypte, nommé Fournier,
conserva pendant six semaines un fragment, de
baionnette d'environ un pouce, dans le fond du gosier du côté. gauche, sous les piliers du wie du palais. La présence de ce corps étranger ; , qu’on avait inutilement cherché à extraire, avait causé la perte presque totale de la parole. Cepen-
dant ayant eu le bonheur de le sentir au fond de
l’arrière-bouche lorsque j'eus l'occasion de voir le bléssé ; à l’aide du pharyngotome j'enyincisai L en-
veloppe, et après avoir mis ainsi ce fragment: à dé-
couvert, j'en fis l'extraction, qui fut immédiate-
ment suiyie du recouvrement de la parole. Quel-
ques jours suffirent ensuite pour guérir ce grenadier: Il parait que le.corps étranger CAMprIMAIÉ le nerf laryngé de la huitième paire, essentiel à l’organe de la voix. | | IV Observation. — Un SOUS- NÉS de ln des régimens de la gard e, âgé de 27 à28 ans, blessé
en duel, futapporté à l'hôpital, le 9 juin 1824, pré-
sentant une plaie à peine sensible à la partie latérale droite du larynx, entre le cartilage thyroïde. et
le-bord interne du musclesterno-mastoïdien, avec
ecchymose locale, tuméfaction à toute la région
antérieure du cou, et douleurs profondes, s'éten:
dant à la poitrine, et paraissant se concentrer à
lépigastre. Il y avait, de plus, perte de la voix et de
la parole, ainsi qu'une assez grande: difficulté dans la respiration et la déglutition. Ce militaire nous dit par écrit que cette blessure, résultat d'un coup
d'épée qu'il avait recu. la veille; avait.été suivie presque immédiatement, des douleurs qu’il ressentait, et d'une rétraction violente des muscles: “du cou du même côté; avec inflexion de la: tête sur l'épaule.
Plusieurs saignées PR ct etl doo lion dés ventouses mouchetées sur cette région, sur les hy: pocondres et l'épigastre,parurentapaiser la plupart - des accidens ; mais le malade avalait toujoursavec peine les boissons même les plus doucès: et les plus fraiches. Parvenu à la nuit du cinquième au sixième Jour, il estmenacé tout à coup de suffocation; sa respiration devient laborieuse.et sifflante ;
son visage s'injecte et prend une couleur brunâtre; ses extrémités sont froides, et le pouls ; qui est vermiculaire, se fait à peine sentir. A}ma visite du matin, je le trouvai dans cet état:et près d’expirer. L exploration que je .fis aussitôt.de l’arrièrebouche ne put me faire rien découvrir;:mais comme, en l absence d’une cause physiqueévidente, il y avait tout lieu de soupçonner que ces accidens étaient alors déterminés par une inflammation profonde, avec épanchement de quelque fluide dans les bronches, et que le. blessé était, d’ ailleurs dans un danger imminent, je me décidai à lui je cu la Jlaryngotomie. ti” 8 |
Pour faire cette opération EPP avec : qui certitude, je, fus obligé. de la suspendre péndant quelques minutes, afin de laisser dissipér':dés accidens violens de suffocation quis'étaient renou-
velés à l'instant de nos recherches. Je profitai ensuite d’un très-court intervalle de repos, pour inciser perpendiculairement, jusqu'au sternum , les tégumens , déjà trés-tuméfiés, qui recouvrent le larynx. Ayant mis enfin à découvert, par une dissection ménagée , la membrane crico-thyroidienne , je l'ouvris avec précaution, à l’aide du bistouri dont je m'étais servi jusqu'alors, et j'en agrandis l’ouverture, de haut en bas , avec l’extrémité du bistouri boutonné. I] y eut à l'instant même une explosion d'air mêlé de caïllots de sang noirâtre et purulent, qui furent expulsés au dehors : les mouvemens de la respiration se rétablirent aussitôt, et le malade, considérablement soulagé, put proférer quelques paroles. La circulation et la chaleur se manifestèrent ensuite dans toutes les parties du corps, cé qui nous fit naître des espérances de salut; Cependant ayant éprouvé peu de momens aprés: de nouveaux accidens de gène et de suffocation , à la suite d’une occlusion instantanée qu'un de nos aides avait faite des lèvres dela plaie, nous introduisimes dans le larynx une petite sonde courbe de gomme élastique, qui, en remédiant aux fonctions de la respiration , rétablit aussi celles des autres organes. Bien que nous n’eussions observé aucun corps étranger remarquable sorti par la plaie du larynx, nous n’hésitämes pas à laisser, le reste, de la journée, son ouverture béante, en aÿant.le soin de la couvrir d’une gaze trempée dans l'eau fraiche et ‘exprimée: : ) REAQUT 6 QN
+ Avant d'abandonner totalement ce malade aux soins particuliers du chirurgien de garde, nous voulûmes lui faire avaler, au moyen du biberon, quelques liquides; mais il les rejetait à l'instant, ou s’il voulait faire des efforts pour les faire passer dans l'estomac, il éprouvait de nouveaux accidens nerveux et de suffocation. Il fallut se contenter de lui donner quelques morceaux de glace qu'il faisait fondre dans sa bouche , et dont l’eau lui paraissait pénétrer profondément , de manière à étancher la soif ardente qui le dévorait. À ma visite du soir , persüadé qu’on pourrait satisfaire ce besoin pressant, par l'usage d’une sonde œsophagiènne, je l'introduisis dans l'estomac, non sans beaucoup de peine, car j'éprouvai une résistance presque invincible à son passage vis-à-vis la plaie du larynx. Cependantcetterésistance fut surmontée, et à l’aidedu conducteur dont nous avons parlé, nousfimesavaler au malade une assez grande quantité d’émulsions faites avec des amandes douces et amères, dans lesquelles on ajouta un peu de sirop de pavot et de nitrate de potasse. La soifse calma, mais il ne put supporter la présence de la sonde dans l'œsophage, et il en fit l'extraction lui-même en l’arrachant brusquement, nous faisant signe quil souffrait beaucoup dans le point de la gorge où elle avait passé avec difficulté. On fut donc obligé de renoncer à l'emploi de ce moyen auxiliaire et de conserver toujours béante l'ouverture du larynx; car dans les changemens de position , lorsque les bords
de la plaie. venaient à se rapprocher; la suffocation reprenait le malade ; et il était forcé de se remettre promptement dans la position où l'ouverture pou: vait facilement se rétablir. Il passa ainsi le reste
de la nuit dans cet état de, gène et d’oppression, €ntrecoupé par des angoisses extrémement péni<
bles. Enfin, vers les quatre heures du matin du huitième jour, il fut surpris d'un dernier accès auquel il succomba, comme par l'effet d’une stran: gulation, ainsi qu'il l’exprima à l'infirmier. de la salle quelques instans avant sa mort, à Dans l'autopsie du cadavre, que nous fimes avec le pius grand soin, nous trouvâmes en arrière du pharynx et en avant du corps des trois premië: res vertébres cervicales, dénudées de leur appareil fibreux,un abcès purulent du volume d’untrès-gros
œufde‘poule, qui tenait rapprochées les deux parois de cette cavité musculo-membraneuse, derrière
le cartilage cricoïde et le commencement de la trachée-artère, dontle calibre étaitégalementoblitéré dans.presque tout son diamètre. ILest bien évident que cette collection purulente avait produit tous
les accidens précités, et qu’elle-même avait été leré-
sultat du désordre causé par l'instrument vulnétant qui avait d’abord effleuré le cartilage thyroïde, dé-
chiré le nerf laryngé supérieur, le ganglion cervical
du grand sympathique, le cordonnerveuxdelapaire vague du côté droit, et enfin traversé l'appareil fi: breuxdela colonne cervicale jusque dans l'épaisseur
.du.corps de la troisième vertèbre de cette région,
Nous avons trouvé aussi une fusée purulente, s'étendant de l'abcès principal dans le tissu cellulaire de Ja plèvre du côté droit de la poitrine, avec une péripneumonie et un travail de suppuration, à la surface du poumon du même côté. Les bronches étaient médiocrement remplies de quelques globules | de sang noirâtre mêlées à une grande quantité de Pulles d'air, qui n'ont sans doute pu être expulsées au dehors, par la cessation prématurée de l'expiration. Une péritonite très-sensible existait également dans toute la câvité du bas-ventre, avec altération notable à toutes les tRiquEs de “kr Re | De tous les phénomènes plus ou moins |graves déterminés par cette blessure , l'abcès a été bien certainement celui qui fut la cause immédiate de l'asphyxie du sujet et de tous les accidens de suffocation qu’on a remarqués de son vivant. IL.est d’ailleurs également bien démontré que si cet abcès avait pu faire saillie vers l’isthme du gosier, de manière à être accessible à l'œil ou au toucher, on aurait pu facilement en faire l'ouverture par la cayité de la bouche et sauver ainsi la vie du. blessé ; mais. comme on n'avait rien observé, on- était M de soupçconner l'existence. dune telle collection purulente. Cependant ce: fait ne doit pas moins intéresser le praticien , parce qu’il peut concourir
à éclairer le. diagnostic des maladies occultes: de cette nature.
Les coupures du larynx et. de la trachée - artère
méritent aussi une attention spéciale. Après avoir lié les artères qui fournissent l’hémorragie, s’il en existe, on rapproche avec soin les bords de la division, et on les fixe en contact au moyen de bandages et d’une position convenables. Le premier appareil ne doit être levé également, dans ces sortes de cas, si cela est possible, que lorsqu'on présume la réunion faite.
” L'épiglotte n’est point non plus à l'abri des causes vulnérantes ; elle peut être emportée en totalité ou en partie; mais ses lésions s’observent plus particulièrement à la suite de coups de feu. Dans tous les cas, elles nous ont mis à même de vérifier le Point de physiologie dont nous allons parler. L'épiglotte, comme on le sait, est cette soupape Cartilagino-membraneuse, de forme oblongue, qui recouvre l'ouverture du larynx, ou la glotte. En rapport avec la base de la langue , elle ést relevée sur cet organe, vers le cartilage thyroïde, de maniére à offrir sa concavité en arrière et sa convexité en avant, Lors de la déglutition des alimens solides ou liquides, cette soupape est ramenée én arrière et en bas, sur lorifice de la glotte, afin d'empêcher ces substances de pénétrer par cette ouverture, lorsqu'elles glissent sur lappendice cartilagineux, pour descendre dans le pharynx. Ce mécanisme est+réel et généralement reconnu; mais on a pensé qué les mêmes phénomènes étaient produits lorsqu'on veut se livrer à quelques efforts violens, où ajouter à l’action des organés de la locomotion ,
MALADIES DE LA TÊTE ET DU COU Ar
C 'est-à-dire , que lépiglotte, dans ces dernieres circonstances , doit être également abaissée sur l’ouverture du larynx : Fr de cet organe est, dit-on, nécessaire pour retenir plus oumoins longtemps, dans les poumons, l’airinspiré, et pour forcer ainsi lesang que ce viscère spongieux renferme dansson paren chyme, àrentrer dans lesystème dela circulation; étant ainsi versé,avec force et en plus grande quantité dans les vaisseaux capillaires organiques des muscles, et sans doute aussi dans le système encéphalique, ce fluide doit nécessairement faire raccourcir la fibre motrice’ composée de ces artères capillaires ", porter l'excitation dans le principe nerveux et augmenter par conséquent l’action locomotrice. Cette occlusion de la glotte. 1 ou de cette première pate de la respiration, est même indispensable, d’après l'opinion de beaucoup de physiologistes, pour opérerles moindres efforts.
Je pense que ces idées sont trop exclusives ; car pourvu que les fonctions ne soient point trop exaltées , l’on peut exécuter, sans l’abaissement de l'épiglotte, toutes celles qui bia hr de la respiration et des organes du mouvement. Nous basons notre sentiment sur ce qu'elles ont lieu avec presque autant de facilité que dans l’état ordinaire, bien que l'épiglotte manque, emportée par une cause vulnérante, ou soit sans action , comme dans
* Voyez le Mémoire sur les causes de la cessation de l’hé— morragie artérielle.
1% MALADIES DE LA têre ET DU cou.
le cas où un individu qui. s'y estexercé é en n'dispose
à sa volonté, étant parvenu à apportér des modi-
fications du les mouvemens de cet appendice.
Du reste, les faits suivans nous paraissent devoir
appuyer etoiues notre opinion.
IV" Observation. — Te général Murat ( devenu de roi dé Naples } reçut à la Bataille d'Aboukir ( année 1799) un coup de balle qui traversa de part en part le grand diamètre du cou, d’un angle de la mächoire à Tautre. Pendant son trajet, qui eut lieu au. moment même où le général donnait les derniers Ghdid à son corps de cavalerie, pour achever la défaite des ennemis, ce projectile échancra une grande portion de la page de la langue et . x) la moitié flottante de l'épiglotte, qui se
trouvait Aie relevée et appuyée sur cette partie.
Ayant été blessé très-près de moi, je fus à portée deluiadministrermes secoursimmédiatement a après l'accident. Un des premiers phénomènes que Jj'observai fut l'expector ation de cette portion du carülageépiglottique, qui se fit après quelques efforts et dsdtites menaces de suffocation ; uné assez grande quantité de sang écumeux sortit également. Pendant quelques jours ensuite , le général, d’ailleurs tourmenté par une toux opiniâtre et douloureuse , fut privé de la voix, de toute espèce de prononciation , et ne pouvait se faire comprendre « pi par signes ou par écrit.
Après avoir débridé l'entrée et la sortie de la balle, avec les précautions convenables pour ne
point léser d'organes essentiels, avoir rapproché ét fixé en contact les bords dés plaies, au moyen de HAGVA fenétrés , enduits de substances CARRE ses, je m'empréssai de passer une sonde de gomme élastique d’an gros calibre dans l'œsophage ; Pour lui faire avaler les alimens liquides et des boissons rafraîchissantes dont il avait un pressant besoin. Néanmoins , pendant tout le temps que la glotte fut privée de sa soupape, cet officier-général n’exécuta pas moins toutes les fonctions de la locomotion avec autant de facilité qu'auparavant, et il n’éprouvait d'autre gêne HA de-ne pouvoir articuler les sons, et daté qu'avec le secours de là sonde œsophagienne.
Les escarres de la langue se détachèrent , et la “cicatrisation des plaies, que leur chute laissa à découvert , se fit alors assez promptement. Dés ce moment, l'épiglotte, qui, dans sa forme, avait probablement éprouvé quelques modifications, de concert sans doute avec le développement des cartilages arythénoïdes, referma de nouveau louverture du larynx, et permit au malade, passé le dixneuvième jour de sa blessure, de pouvoir avaler avec assez de facilité les alimens solides, en ayant la précaution de composer préalablement de ces alimens ramollis, des espèces de bols, Pendant quelques semaines encore, il fut obligé de se nourrir decette manière. La voix et la parole se rétablirent aussi ‘graduellement, mais sans avoir toutefois jamais repris leur force primitive. Enfin ce général était
en voie de guérison lors de son embarquement à Alexandrie peur retourner en France avec le général en chef, où il arriva en parfaite santé. |
Ur Observation. — Une blessure analogue s’est également présentée sous nos yeux en Egypte, à la suite d'un coup de feu que reçut le 21 mars 18ot : le nommé Michel, soldat de la 32° demi-brigade. Les résultats de cette blessure furent même plus graves que chez le général Murat; car l'épiglotte , emportée en totalité par la balle, et laissant par conséquent tout-à-fait à découvert la cavité du larynx, ne put permettre à ce militaife, tourmenté par la soif que lui causaient les chaleurs très-fortes de la saison et l’irritation de sa plaie, d’avaler aucun liquide, sans entrer aussitôt dans une toux convulsive et suffocante : les mêmes phénomènes se renouvelant constamment à chaque nouvelle
tentative, il fut contraint de passer quatre jours dans cette pénible position. Lorsqu'enfin j'eusloc-. casion de le voir, il éprouvait déjà de violens maux d'estomac, et une insomnie continuelle; il avait le pouls petit, accéléré, et un état de maigreur commençait à se manifester. )
Ces symptômes, les suffocations qui avaient eu lieu , la cause qui les avait produites , et l’exploration que je fis de l'intérieur de la bouche, me mirent sur la voie pour reconnaître ce genre de blessure remarquable : on ne pouvait d'ailleurs le révoquer en doute, puisque l'é épiglotte, expectoréé immédiatement après l'accident , avait été présen-
tée par le blessé au chirurgien qui lui porta les premiers secours. Le pronostic était ficheux, et il est bien certain que si ce militaire fût. resté abandonné aux seules ressources de la nature, il aurait infailliblement péri. Les indications n’étaient pas moins difficiles à remplir : la plus urgente était d’apaiser la faim et la soif qui tourmentaient cette honorable victime; heureusement je pus, à l'aide d'une sonde de gomme élastique, que J'introduisis avec les précautions nécessaires dans le pharynx, lui faire avaler d’abord une petite quantité de boisson rafraichissante qui le soulagea beaucoup, et successivement d’excellens bouillons. Cette manœuvre ne fut pas toujours répétée, chez le nommé Michel, avec le succès dont elle avait. été constamment suivie chez le général Murat; assez souvent la sonde, au lieu de passer sur la glotte et de descendre dans le pharynx, s’engageait dans la cavité aérienne, probablement parce que, dans cette circonstance, il ne restait plus rien pour recouvrir et protéger encore un peu son ouverture. Cependant ce nétait point par une impression particulière, déterminée par la présence de la sonde dans le larynx, qu'on s’apercevait de la méprise, mais seulement parce qu’à la chute des premières gouttes de liquide, Michel repoussait promptement la main dont il devait recevoir du soulagement, et était saisi d’une toux suffocante qui le mettait dans le plus grand danger; phénomènes bien différens dans l’impression ressentie, et qui IT. 19
Me procurèrent l occasion de me convaincre qu en ‘effet la sensibilité de a membrane müquetise laryngée est relativé, ainsi que nous l'avait fait r'émarquer le célèbre Desault. un Néanmoins, pour éviter cet inconvénient, je dirigeais ‘la sonde horizontalement en arrière, jusqu'à la paroi cervicale, et je la poussais doucement , dans cette même direction, en la forçant dese coûrbér légèrement pour entrer dans le pharynx ; et ‘pour ne pas me tromper, je commençais par. faire passer quelques gouttes de liquide, dont la déglutition n’assurait le passage facile dureste dé la boisson. Dans le cas contraire, E changeais ‘encore la direction de la sonde jusqu’à la réussite, qui devenait certaine lorsqu’à l’aide du doigt je conduisais “cette sonde dans la fosse gutturale.
Enfin ce moyen, long-temps continué } sauva Ja vie à ce militaire ; la plaie se détéreex, fournit tr és-peu de suppuration, et la cicatrice s’en fit aisément ; mais la difficulté d’avaler existait toujours, et la DATE ne s’est rétablie qu'après un laps de temps considérable, et encore d’une manière tresincomplète. D) DA sous le rapport de la locomotion, ce militaire n'a rien présenté de particulier, et nous l'avons toujours vu en exécuter parfaitement, les fonctions, ainsi que toutes celles étrangeres au larynx.
Dans les blessures de tout genre qui peuvent survenir aux différentes parties de la gorge, quelques-uhes des complicationsles plus fächeuses sont
MALADIES DE LA TÊTE. ET. DU COU. 147 . assurément la présence de corps étrangers quelconques, ainsi que leseffets plus ou moins; graves qu’elle détermine. Les phénomènes extrémement “variés qui accompagnent ces espèces de lésions ne : permettent que très- difficilement de poser: des règles fixes et invariables dans l'indication des secours. qui doivent être alors administrés. Nous nous contenterons seulement de donner ici,comme exemples, les observations qui suivent et qui termineront ce que nous avions à dire sur les plaies de la gorge. Nous espérons qu'elles contribueront au moins à faire connaitre combien l'extraction des corps étrangers, sans contredit la partie da plus difficile de la chirurgie, surtout militaire, demande d'attention , de précautions, de connaissances anatomiques et dans combien de circonstances le génie et la sagacité du chirurgien doivent suppléer aux principes qu’il aurait pu puiser dans les livres.
On n’en lira pas moinsavec fruit l'intéressant ouvrage manuel du baron Percy, ancien inspecteurgénéral, chirurgien en chef des armées.
Vi“ Observation. — À la terrible bataille d'Eslingen , le 22 mai 1809, le nommé Bazamon, fusilier-chasseur, reçut, d’assez pres, un coup de feu. Larballe, après avoir frappé et déchiré, avec perte : de substance , la commissure droite de la bouche, etavoir fracturé plusieurs dents molaires de Ja màchoire inférieure , s'était portée obliquement : xtravers le côté droit ei la base de la langue, en dehors <eten arrière , vers lepharynx, pour aller se ficher
et's'enclaver, en passant derrière le muscle sterno- mastoïdien , dans l'espace des apophyses transverses des cinquième et sixième vertèbres cervicales.
Malgré la certitude que ] avais acquise du point où la balle était placée, et de Îa marche qu’elle ‘avait suivie, je crus qu'il était prudent de ne faire aucune tentative pour l'extraire. Je m’occupii d'abord du traitement de la plaie compliquée de la face; jé la réduisis à un état simple, au#moyen de la résection de ses bords, que je mis en rapport et fixai en contact, à l’aide de cinq points de suture entrecoupée et d’un bandage approprié. La réunion de cette plaie se fit promptement, et elle fut en effet guérie en peu de jours, et sans difformité. Cependant le malade se plaignait toujours d'une douleur très-vive qu'il ressentait dans le point où l'on soupconnait le corps étranger. Ilinclinait constamment la tête de ce côté, et l'on ne pouvait toucher les parties du coù correspondant à la bles- ‘sure, sans lui faire jeter des cris perçans. Cet infortuné était déjà en proid au tétanos; il ne pouvait | “écarter la mâchoire; la déglutition était pénible, “et il crachait continuellement des matières sangui- ‘nesécumeuses. Dans cette occurrence difficile, on ne savait quel parti prendre : on appliquait à l’ex- ‘térieur les émolliens et les anodins; quant aux remèdes intérieurs, à peine le blessé pouvait-il avaler le bouillon, et hétoues cuillerées de lait d’aman- “des douces édulcoré , nitré et opiacé.
Mais, aux accidens dont nous venons de parler,
MALADIES DE LA TÊTE ET DU, COU. 149 se joignirent ceux d’un épanchement dans la cavité, correspondante de la poitrine, tels que point de côté, toux stertoreuse, accompagnée d'expectoration sanguinolente, difficulté de respirer et.de'se coucher Fa côté opposé, accélération et petitesse du pouls, chaleur brülante, meriaces fréquentes de
suffocation. Tous les RCE du cou et du bras correspondant à la blessure étaient dans un état de raideur tétanique, avec torsion de la tête à gauche, sans qu'il y eût possibilité, pour, le malade, de la ramener à droite. Il était inquiet, constamment privé de sommeil, et il jetait les hauts cris lorsqu'il était obligé de se mouvoir, | Sans pouvoir déterminer au juste le lieu précis qu'occupait le corps étranger, j'étais persuadé d'ayance, malgré l'opinion de plusieurs chirurgiensmajors qui assistaient régulièrement à mes 4 de chirurgie clinique ,.qu’il n’y avait point « d'épanchement dans le thorax, et queles, accidens graves qui s'étaient déclarés consécutivement dépendaient de l’irritation des paires cervicales; déchirées ct fortement pressées par la balle. dé
… Nous insistàmes sur l'emploi des émolliens ‘appliqués : à l'extérieur, des rafraïichissans et anodins pris intérieurement. Nr vers le quinzième jour, il se manifesta, sur la partie inférieure droite du cou, une rougeur éry sipélateuse )quis'é étendait sur Ja poitrine, avec un point de fluctuation obscure et profonde. Les crachats: étaient devenus puru- Jens ; les. symptômes. qui, pouvaient, faire croire
x Yexisténce d'un épanchement , étaient presque entièrement dissipés ; mais la douleur locale était plus | Jäncinante, et l'affection tétanique allait e en augmentant.
Lu danger imminent où se trouvait ce blesse! et l'existence de divers signes qui me faisaient soup= : çonner Ta balle enclavée dans l'un des espacés des abophysés transverses des dernières vertébres cervicalés, m'engagèrent à plonger le bistouri dans le | point le plus déclive de l’espace triangulaire qui ésuite des bords postérieur du stérno- mastoidien ét'antériéur du trapëze , en dirigeant le tranchant de cet instrument un peu en dehors, pour éviter la lésion des vaisseaux jngulaires et arriver ‘plus sûrement au COrps étrangér. Cette opération fut difficile et laborieuse ; ; eus néanmoins le bonheur dé saisir la balle et de lextraire sans beaucoup d'efforts. Elle était aplatie ét collée à une portion de lapophyse transverse de la sixième NEHepre cervicale, | FRANS
“Aussitôt que l'opération fut achevée , Je la se trouva soulagé et dormit d'un sommeil tranquille pendant trois heures : € était le premier moment de repos dont cet infortuné jouissait depuis l'époque de sa blessure. Les accidens tétaniqués disparurent; enfin tout nous faisait espérer “une prompt guérison, lorsque nous vimes se manifestér, à cette nouvelle plaie, un suintement séreux purulent, Mêlé de: bulles d’air, qui sortaienit éù erande quantité ! à chaqué inspiration. Nous! né pou-
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Du avec qe propre: FAR US del organe. “Éoinor
PEUT 2. et il est probable le qu'une fusée purulente s'était étendue, ; du point de l'irritation produite par la balle , jusque dans le lobe correspondant: du poumon. Nous posämes plusieurs moxas sur le côté correspondant de la poitrine, pour. favoriser la. dérSion et la résolution du foyer. purulent. Cette nes après être restée long-temps fistuleuse, ayait fini p par guérir ; et lorsque j eus occasion de voir. Ce militaire une deuxième fois, dans notre hôpital, à Paris, où il était entré pour ! une maladie étrangère à, ses sr 18 toutes les cicatrices en, ftient parfaitement consolidées . doses 5e gi est. bien évident que si, chez le sujet de cette