RE SE
DE LA POITRINE, | 494 cause; et ces moyens peuvent à peine ralentir momentanément la marche des accidens. La première indication rationnelle est donc de rechercher promptement l'ouverture intercostale qui livre passage à l'air: Si elle est voisine de la plaie extérieure, il faut établir le parallélisme des deux ouvertures au moyen d'incisions convenables.'et après avoir extrait, à l'aide des ventouses sèches, l'air infiltré dans le tissu cellulaire environnant, avec la précaution de faire exercer par les doigts d’un aide une compression immédiate sur l’ouverture propre du thorax, on réunit les lèvres de la plaie des tégumens, et l'on continue la compression d’une manière graduée, pour prévenir une nouvelle issue de l'air pulmonaire, Ayant ainsi rempli l'indication principale , il reste à remédier aux effets de l'infiltration aérienne générale par | des incisions pratiquées sur les points les plus boursoufflés, et spécialement sur la région extérieure du cou, afin de dégager la trachée-artère de l'air qui la comprime. On fait aussi des mouchetures légères aux paupières et aux bourses, et l’on applique sur tous les points de la surface du corps, des ventouses scarifñées, auxquelles on fait succéder le massement ou la pression exercée avec soin sur les mêmes parties, avec des linges trempésdans du fort vinaigre camphré et ammoniacé. Il faut éviter de laisser lemalade dansune atmosphère dont la température serait trop élevée, et de l'approcher des foyers.de chaleur; parce qu'on ferait raréfier l'air épanché
dans le tissu lamelleux, ce qui aggraverait le mal. C’est donc dans des vues contraires, c’est-à-dire pour condenser les fluides aériformes infiltrés , et pour rétablir l’action des parties affaiblies par la distension, que nous conseillons d'appliquer des compresses trempées dans du fort vinaigre camphré et ammoniacé à la glace, surtout pendant les saisons chaudes, et de répéter l'application des ventouses scarifiées.
On doit seconder l'efficacité de ces topiques déplétifs, absorbans, révulsifs et compressifs, par l'usage intérieur des boissons théiformes aromatiques et éthérées. La saignée, que quelques auteurs conseillent, n’est point praticable lorsque l’emphysème est parvenu à un certain degré; elle est d’ailleurs plus nuisible qu’utile. Les molécules de l'air répandu dans le tissu lamelleux qui entoure la veine, peuvent s’introduire dans le bout supérieur en raison de sa rétraction convergente. Les vaisseaux veineux pompent effectivement avec facilité les fluides dans lesquels leurs orifices plongent, et c’est pour cela qu'ils sont plus propres que tous les autres à favoriser les métastases. C’est ce que j'ai fait particulièrement observer en parlant de la gangrène traumatique, et plus tard à T occasion de la peste d'Orient.
Dans les premiers momens, les bulles de l'air transmis par le poumon dans le tissu cellulaire sortent en quantité, non-seulement par les incisions des tégumens , mais encore par les mou-
DE LA POITRINE. mi 193 chetures superficielles des ventouses, en sorte qu'elles opèrent bientôt la chute, de la cucurbite : mais après les vingt-quatre premières heures, cet air se dissout probablement ou se décompose de maniere à se combiner avec les fluides sanguins et séreux, et à circuler avec eux. Enfin, soit qu’on lui donne issue à l’aide des ventouses, soit qu'ilrentre avec ces fluides dans le torrent de la circulation À une portion se réduit probablement en gaz et s'échappe au dehors par les pores exhalans. L’enflure se dissipe par desrés et toutes les parties reprennent leur volume habituel. La circulation et la respiration, d'abord presque nulles lors du plus haut degré de l'enflure, se rétablissent successivement, et toutes les fonctions qui.en dépendent reprennent leur activité première, de ‘sorte que le malade peut arriver graduellement. à une'guérison parfaite, ainsi que.le prouvent les exemples suivans. hi L° Observation. — Pendant la campagne de Russie » en 1812, jJeus occasion de donner mes soins à un officier polonais, blessé depuis vingt-quàtre heures. Son corps était enflé au plus haut degré par un emphysème général : la peau était distendue au point que les membres étaient raides k inflexibles; les plis des articulations effacés , les yeux entièrement recouverts par la bouffissure des paupières; les lèvres étaient d’une grosseur prodigieuse et génaient le passage des liquides dans la bouche; le pouls et la respiration étaient presque IF, 15
gi pes PÉATES bétérkAnTes
pales l'anxiété était ‘extrême; li VoRIfbIé ét en<
trécoupéez enfin il est evident que ét officier était dans le plis Brand danger
Un cop de lance dè Cosaque avait été porté
vübliquément sous l'angle inférieur dé T'omoplate À
gauche ;avèc pénétration dans Tà poitrine et lésion au poumon: Quoique la plaie des tégumens ne fût
point parallèle avec là division des muscles inter:
Costaux, on l'avait réunie exictemeñt au Moyen d'émplitres agglütinatifs. Le Blessé avait été mis
érisnité sur ürie Charrette et transporté a Wina,
oùiléthit arrivé pendant la nuit, L'air qui sortait sans Céssé du pournon s'échappait par l'ouvérturè
de poitrine et *s infiltrait dans le tissu cellu- |
laits doi ilsérépätidait dansl'habitüde du corps, célqui'ataitété ta catisé de cet éhorme'ethiphysème. Mo pfeñier soin fut de lever lés émpltrés aglutinatifs, dedébrider la plaie et de Ja méttre'en
parallèle avec l'ouverture de la poitrine. Dés ven-
+oubés séchées ‘furent appliquées immiédiiténent après sur les bords de la blessure , avec la précaution-defhire férier l'ouvertitré ‘qui livrait passage
à l'dir pulniünaire ; elles’se rémplirent rapidement
de gar'ét de sang. Je rapprochai ensuite les lèvres de la plaie ét les midintins énirapport, au'ioyen d'un linge fenèêtré, trempé dus du vin: froid'catphré. D’autrés veritouses scarifiéés farent sucééssi- -vémént appliquées sur toute la surface du corps, prititipalement au thôrax et'aux CKtrémités. Jefis faire, plusieurs fois par jour, des embrocations
DE LA POITRINE. | .. F95 "de vin camphré et ammoniacé. Je faisais répéter les scarifications aussi souvent qu'il était nécessaire. Je fis de simples mouchetures aux parties où les “ventouses ne pouvaient être appliquées. Te prescrivis pour boisson l’'infusion d'arnica montana, du bon bouillon et du bon vin. DU1 Après le pansement de la plaie, le malade se trouva soulagé ; le danger disparut, et il alla toujours de mieux en mieux. Au moment de notre départ, le corps était désenflé des deux tiers, et tout m'anñonçait une guérison prochaine. A notre retour de Moscou, j'eus occasion de rencontrer cet officier ; il était si bien portant, que je ne FA rais pas reconnu s’il ne se fût annoncé. } Il% Observation. — Le 27 janvier 1818, à deux “heures après midi, dans le bois de Vinéhhes F*%, fusilier au Ge régiment de la garde royale, agé Fe 21 ans, d’une forte constitution, recut ün coup de Modret acéré à l'aisselle droite. La-pointe de l'arme, après avoir sillonné l'épaisseur des muscles pectoraux sur la courbure de la quatrième côte, pénétra dans la cavité de la poitrine, dans l'intervalle qui se trouve entre cette côte et la cinquième, à un pouce environ de distance du sternum; le poumon fut atteint dans cet endroit par l'extrémité trés-aiguëé de l'instrument vulnérant. Cette blessure fut immédiatement suivie d’une légère effusion de sang , et bientôt après de la chute du blessé qui fut transporté au château de Vincennes , où on lui administra les secours que l'on crut
106 DÈs PLAÏES PENÉTRANTES nécessaires. La saignée du bras fut l'un des pre- | miers moyens mis en usage; mais comme l’enflure
faisait des progrès effrayans , le blessé fut envoyé à l'hôpital du Gros-Caillou, où il entra le même jour, à huit heures du soir. Le chirurgien de garde ayant reconnu sur-le-chanp le danger imminent! s'empressa de me faire appeler, et je me rendis à l'instant même près du malade. | À mon arrivée, je le trouvai dans un état d’emphysème général porté à un tel point que toutes îles saillies et toutes les dépressions de la surface du corps avaient presque disparu, et que l'individu ne présentait plus pour ainsi dire que l'aspect d'une énorme masse tendue ; ballonnée, sonore et crépitante *. Le tissu cellulaire et les tégumens du cou étaient si fortement tuméfiés que cette partie sem- | blait se continuer, sans aucune ligne de démarca- | tion, avec les épaules et la face. La bouche, le nez, | les yeux étaient entièrement couverts par le gonfle- | ment des parties environnantes. Les paupières, totalement fermées par leur tuméfaction, empéchaient le passage des rayons lumineux, ce qui con- | tribuait à augmenter le désespoir du blessé. Les membres surtutlessupérieurs, étaient également | boursoufflés ; le scrotum égalait en grosseur la tête | d’un enfant , et formait une tumeur dans laquelle : le pénis avait presque totalement disparu: De vio- | lentes douleufs se faisaient sentir dans les testicules,
. à Voyez la planche.
DE-LA POITRINE. 11 FO et arrachaient de temps en temps des cris au malheureux blessé, qui en éprouvait de non moins insupportables au cou, à la poitrineet à l'abdomen : ; son pouls était vibrant, petit et accéléré. "
Mon premier soin futdereconnaîitrelasituationde la plaie intérieure, afin de pouvoir intercepter avec certitude le passage de l'air. M'étant assuré par un examen attentif qu'elle existait dans le lieu indiqué plus haut, jefis exercer une forte compression à travers l’é APT des muscles péctoraux sur ce point: en même temps je m'empressai de pratiquer une incision parallèle à la trachée-artère, afin de donner issue à l'air épanché dans le tissu cellulaire ambiant, qui, par sa tuméfaction, comprimait le conduit aérien à un tel point que le malade était près de suffoquer, et ne rendait plus que quelques sons rauques et entrecoupés. Une seconde incision fut faite à la partie moyenne de la région sternale, une troisième sur la région pectorale gauche.
Un grand nombre de ventouses furent successivement appliquées sur ces incisions et sur toutes les parties du corps : elles tombaient presque im- -médiatement après leur application, tant la sortie de l'air infiltré dans le tissu cellulaire était abondante et rapide. Les bulles qu'il formait avec la petite quantité de sang fournie par les vaisseaux divisés par les incisions et les scarifications, se succédaient avec rapidité, cômme celles que l'on formé: en soufflant avec un tube dans une dissolution aqueuse de savon. Le volame du corps diminua
Po d
109. DES PHAIRS PÉNÉTRANTES considérablement par l'emploi de ces moyens : deux heures après, il. y avait une amélioration
sensible, etlors de mon départ, la génede la res. piration était moins intense, les fonctions: avaient
repris en partie leur activité, et l’on n'avait plus à craindre la suffocation.
Le lendemain on appliqua de nouveau des ven-. touses sur les régions les plus tuméfiées : lemphy-.
sème a graduellement diminué et le malade s’est complétement rétabli.
La compression exercée sur l'ouverture de la poitrine a été permanente depuis l'application du
premier appareil; on l’a pratiquée à l’aide de.
compresses graduées, maintenues par un bandage roulé à deux globes, appliqué méthodiquement. Pour topique, on a employé le vinaigre camphré, ammoniacé à la glace , et fréquemment renouvelé.
Le malade a été mis d’abord à la diète et à l’usage de l’infusion d’arnica miellée et des potions antispasmodiques légères, auxquelles on ajoutait l'esprit de Mindererus ; puis on lui a donné des bouillons, du bon vin, et graduellement il a repris son régime ordinaire.
Plaïes PR de la poitrine avec hernie du poumon.
. 4 Lorsqu'un instrument tranchant a divisé dans
une assez grande étendue, avec les tégumens, les
muscles intercostaux jusqu'à la plèvre, sans avoir
entamé le poumon, ou ne l'ayant touché que super-
ficiellement; cet organe fait ordinairement hernie
DE LA POITRINE. 199 àttravers cette division. On trouve Tespliéation de la formation de cette hernie dans la différence de condensation {de l'air renfermé dans les vésicules pulmonaires, et de celui de l'atmosphère. Le pre: mier, étant He léger et plus raréfié, tend sans cesse x s'échapper, etentraine alors au-devant de lui ses enveloppes membraneuses avec d'autant plus de facilité qu'il n’éprouve aucune résistance. Les moyens de remédier à cet accident, sant, après avoir débridé la plaie et fait rentrer avec prudence et douceur les portions sorties du poumon, de fermer hermétiquement cette solution de continuité à l’aide de bandelettes agglutinatives ef d'un ‘bandage légèrement compressif. On n'a plus ensuite qu’à prévenir l'inflammation de lorgane pulmonaire au moyen des antiphlogistiques, des saienées générales et locales. |
Plaies pénétiantes de la poitrine avec complication de ! P PF P q présence des corps étrangers.
b° Il est rare que les plaies pénétrantes deda poitrine qui ont été produites par des armes blanches soient accompagnées de la présence de corps étrangers : cependant on conçoit facilement que ces armes peuvent se rompre dans leur passage à travers les parois de la poitrine, de manière à être implantées dans l'épaisseur de quelques-uns des os quien forment l'enceinte, ou às’enclaver dans leurs intervalles. Leur présence cause alors des ac-
200 DES PLAITES PÉNÉTRANTES
cidens plus ou moins graves , selon la nature et la forme de ces armes; mais comme cette complication ne diffère point essentiellement de celle qui est Le résultat des plaies d'armes à feu, et que les indications sont les mêmes, nous renvoyons aux
préceptes que nous allons établir pour ce dernier
genre de solutions de continuité compliqué de la présence des projectiles.
Si la plaie a été produite par une arme à feu, ses effets seront relatifs aux parties lésées et à la mar. che du projectile dans le thorax, soit qu'il le tra-
verse dans une plus ou moins grande épaisseur,
soit quil reste dans son intérieur. Quelquefois aussi ce projectile peut s’enclaver ou s'arrêter dans l'épaisseur même des parois de la poitrine, ou enfin être expulsé au dehors par l'expectoration ou les voies bronchiques; on en a vu des exemples. Dans tous les cas, il est rare que ces corps étran- -gers, à moins qu'ils ne soient très-petits, pénètrent dans la poitrine sans fracturer quelquesuns des os qui en forment les parois. Les indications qui se présentent ici sont d’abord de débrider convenablement la plaie extérieure et jusque sur le point de la fracture, et d'extraire ensuite les esquilles mobiles séparées du périoste, s’il en existe à avec les précautions requises pourne point couper
oufaire déchirerlesartères correspondantes. Sielles
sont ouvertes, il faut faire en sorte d’en pratiquer la ligature. Dans quelques cas, on est obligé de coupér avec les tenailles incisives,; ou même une
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