RAPPORT FAIT A L'INSTITUT PAR M. CHAUSSIER
« L'Académie nous a chargés, MM. Pelletan , Percy et moi, de lui rendre compte d’une observation: qui a été lue, à sa séance du 5 août 1822, par M. le baron Dueys membre de l’Institut d’'Egypte, de l’Académie royale de Médecine, etc.
» Ge rapport, qui a été retardé par ma maladie, aura pour objet de faire connaître à l'Académie le mérite de cette observation, et celui des réflexions qui l’'accompagnent.
» Le sujet de cette observation, qui vous a été présenté à l'une de vos séances, et que nous avons examiné avec le plus grand soin, est un militaire de la garde royale nommé Conrad HE AT ) AU 1° régiment suisse, âgé de 25 à 26 ans, lequel a subi l'opération de AE eme au côté droitet dans son lieu d'élection. Cette opération, suivie d’un succès inattendu et complet, avait été nécessitée par un épanchement : sanguin énorme qui s'était formé dans la cavité borachique. par suite d’une plaie
VAR à
Ce ET a été placé à l’hôtel royal des Invalides, et pré» senté depuis à l’ Académie royale de Médecine.
pénétrante à cette cavité, avec lésion du poumon et de l’artère intercostale, près de son origine à l'artère aorte. Nous nous dispenserons de rapporter ici les détails effrayans, mais fort curieux, de cette blessure faite par la lame d’un sabre qui avait traversé , de part en part, et d'avant en arriére ; tout le côté droit de la poitrine.
» C'est à la méthode, créée et mise en pratique pour la première fois par M. Larrey, bien qu’elle eüt été signalée par Valentin, que ce militaire dut d’abord son salut : replongé ensuite dans un nouveau danger par l'effet de lépanchement sanguin, M. Larrey l’a rappelé à la vie et la rendu à la santé au moyen de l'opération hardie et délicate qu'il pratiqua sur ce sujet dans le mois de décembre 1820, à l’une de ses leçons de clinique, en présence de plusieurs médecins étrangers et de ceux de lhôpital.
» La médication qui ensuite asecondé avantageusement les effets de cette opération, a été dirigée par l'opérateur avec la même sagacité; enfin uné guérison parfaite a couronné le succès de ses Soins, et sous ce rapport M. Larrey a bien mérité de la science et de l’humanité: mais il estun point trèsimportant des travaux de ce professeur sur lequel nous désirons fixer l'attention de l’Académie: c’est la découverte qu’il a faite en donnant , le premier, l'explication des phénomènes qui s’observent chez les sujets atteints d'épanchement de sang ou d'autres fluides dans les cavités de la poitrine, soit
| pendant Fesistence de ces épanchemens y Soit après leur évacuation au-dehors ou leur absorption, et il indique en même temps les moyens propres à seconder le travail de la nature dans ces différens états pour conduire le maladeà la guérison.
» Déjà M. Larrey avait eu l’occasion de présenter à l'Académie plusieurs sujets, ayant subi la même opération, qui avaient recouvré une santé satisfaisante. Des rapports justes et très-honorables ont été faits par l'un de nous:(M. Pelletan) sur les Mémoires relatifs à à ces cures. Celle qui nous occupe maintenant (est. assurément une des plus remarquables dont il est fait mention dans les fastes de la chirurgie, et l'on reste tout étonné des changemens prodigieux qui se sont opérés sur le sujet de l'observation de notre confrère. Ainsi, comme on la vu dans la figure lithographiée que M. Larrey a présentée dans sa séance, tout le côté blessé de ce soldat est réduit dans sa circonférence de plus de la moitié de ses dimensions; les côtes ont perdu une | grande partie de leurs courbureset se sont mises en contact, de manière à s'entretoucher; l'épaule s'est abaissée, le tronc s’est incliné de ce côté; le cœur a suivi le déplacement du médiastin, de gauche à droite; il a passé sous le sternum et fait maintenant sentir ses battemens sous les cartilages des septième et huitième côtes du côté. droit, ce que l’on reconnaît très-distinctement au.«moyen du cylindre acoustique. Le diaphragme s’est aussi indubitablement élevé de ce même côté avec tous:les
viscères suspendus à sa voûte. La portion du poumon, restée saine à la partie supérieure de la poitrine et vers la bronche, s’est certainement hépatisée, en augmentant de volume, pour concourir à l’obturation complète du vide qu'avait laissé le fluide évacué hors de la cavité thorachique, dont la quantité s'élevait environ de treize à quatorze livres ; enfin le bras droit s'est atrophié; la cavité gauche au contraire s’est dilatée dans les mêmes proportions, et le parenchyme du poumon de ce côté parait avoir acquis au moins le double de ses dimensions : aussi ce sujet ne respire-t-il plus que par ce seul poumon.
» Telssontles principaux phénomènes dont nous: | nous sommes assurés, avec M. Larrey, chez le sujet de son observation. 1l est assurément le premier qui ait éveillé l'attention des praticiens sur les changemens remarquables qui s’opèrent dans les organes et les parois de la poitrine après l'opération de l'empyème. C'est lui qui véritablement a éclairé la science sur Le traitement des plaies pénétrantes à la poitrine, avec lésion des organes ou des vaisseaux. Certes nous pourrions également rappeler à l'Académie un grand nombre d’autres points de la chirurgie qui ont été perfectionnés par cet habile chirurgien; mais, en nous bornant à l'objet spécial de notre rapport, nous pensons qu'on doit donner une grande approbation au travail de M. Larrey, que nous recommandons à la bienveillance de l'Académie, et nous lui pro:
posons d'insérer son observation dans le prochain volume des Mémoires des savans étrangers. 4Y 4
» StOnÉ, PELLETAN, Percy, et CHAUSSIER, 7apporteur. »
Presque tous les auteurs ont considéré les plaies du péricarde et du cœur comme essentiellement mortelles, et dans ce sens plusieurs d’entre eux prétendent qu'elles n’appartiennent plus au domaine de la chirurgie, jusqu’à notre maitre, Pillustre Sabatier, qui avait cru pouvoir se dispenser de décrire ces sortes de plaies; aussi n’en a-t-il fait aucune mention dans sa Médecine Opératoire publiée en 1810.
C'est aussi sans doute d’après de telles idées que quelques médecins célèbres, qui ont écrit au commencement de ce siècle sur les maladies du péricarde, ont contesté la vérité des faits que j'ai rapportés dans l'Histoire de mes campagnes, recueillis chez un militaire à qui J'avais fait la paracenthèse ou l'opération de lempyème pour donner issue à un épanchement sanguin établi dans le sac du péricarde. Nous reviendrons incessamment sur l’observation qui a été l’objet de cette critique ; mais nous osons dire que tous les médecins se sont alarmés sans motifs réels sur les effets des blessures de cetteenveloppe fibro-séreuse, et peut-être pourraitan leur faire lemême reproche pour certaines plaies
du cœur : car si l’on examine attentivement les rapports de ces organes dans la cavité de la poitrine, si l'on étudie avec soin leur structure et leurs propriétés chez l'animal vivant ou chez l’homme’ lorsque des circonstances pathologiques le permettent, on se convaincra, avec le célèbre Sennac, que de tous les organes de la vie intérieure, le cœur et le péricarde sont les moins sensibles, bien qu'ils soient plus accessibles aux causes d'irritation mécanique qu’on peut leur imprimer : le péricarde surtout est tout-à-fait insensible au toucher chez l'animal vivant » et il éprouve trèspeu de rétractilité sous l’action des corps irritans; mais les piqûres faites au cœur dépourvu de son péricarde, sans causer, des douleurs évidentes au même animal, déterminent des contractions plus ou moins fortes dans les points piqués, et une grande précipitation dans les battemens de cet organe. Ainsi, par exemple, si après en avoir coupé la pointe au niveau du cul-de-sac du ventricule gauche on met à l'instant même le doigt dans cette ouverture (avec la précaution de ne point laisser échapper le sang), il est fortement serré. Une contraction analogue a lieu, et dans des proportions relatives, lorsqu'on perce les parois des ventricules avec un instrument. Dans toutes ces blessures , l'animal ne manifeste que très-peu ou point de douleur. D'ailleurs tous les médecins connaissent les observations de Galien et d'Harvey, dont les sujets avaient eu le cœur mis-a découvert
par l'exfoliation d’une ou de plusieurs pièces du sternum et des côtes nécrosées. Nous râpporterons dans nos observations ce que nous avons remarqué nous-mêmes sur la sensibilité de ce dernier organe. En effet les nerfs qui se rendent au cœur, presque tous fournis par le grand sympathique si bien décrit par le célèbre Scarpa, semblent être exclusivement destinés à la stimulation des fibres motrices qui le composent. Ceux du.péricarde sont peu nombreux, etils se distribuent, principalement à sa base, vers lés points d’adhérence que cette membrane contracte avec les gros vaisseanx du cœur. |
Avant de parler des lésions de cet orgarie, il nous à paru nécessaire de retracer ici d’une manière succincte et précise ses rapports avec le péricarde, et ceux de cette poche membraneuse avec les parties ambiantes de la cavité thorachique.
Le péricarde se compose de deux feuillets, l’un très-dense et fibreux qui en forme toute la périphé: rie; l'autre interne, plus mince etséreux, qui forme sa cavité et fournit au cœur une capsule immédiate également séreuse. C’est de ces deux surfaces que s’exhale sans cesse une liqueur aqueuse limpide, propre à favoriser les mouvemens du cœur, à entretenir sa souplesse, l’élasticité de ses fibres motrices, la fluidité et une égale température dans le sang qui passe dans ses cavités.
Par son feuillet externe, le péricarde est en rapport, vers l'axe du corps, avec la duplicature du médiastin à laquelle il est intimement uni par sa
| ET DU COEUR. : 187 partie inférieure, avec tout le côté gauche du trèfle tendineux ou fibreux du diaphragme avec les fibres duquel celles du péricarde se confondent par des adhérences très-étendues, en sorte que ce sac membraneux fait saillie, le sujet étant debout (et surtout lorsqu'il y a de la sérosité accumulée) , entre le cartilage xyphoïde et les extrémités réunies des septième et huitième côtes. Il importe de se rappeler ces rapports pour mieux apprécier les conséquences qui en seront déduites et développées dansle cours de ce Mémoire. En dehors
et en arrière , la surface du péricarde et la base du :
cœur correspondent au sillon ou à la scissure profonde qui sépare les deux lobes du poumon gauche, et vers la partie supérieure, aux gros vaisseaux du cœur, aux interstices desquels il four: nitdes cloisons. Il contracte ensuite des adhérences avec leurs propres tuniques, et se confond avec le feuillet interne de la plèvre pulmonaire vers la racine de ce poumon. Au total, ce sac membraneux, d’une forme conoïde, mais dont la base est très-élargie sur le diaphragme, a beaucoup plus de capacité qu'il ne doit en avoir au juste pour contenir le cœur; aussi existe-t-il constamment, surtout à la partie déclive, vers le cartilage xyphoïde et du côté du médiastin, un espace plus ou moins grand occupé par de la sérosité qui flotte autour de cet organe dans les diverses attitudes du sujet. Ce liquide est en plus où moins grande quantité dans le péticarde, selon certaines
288 DES PLAIES DU PÉRICARDE circonstances de la vie; variation qui sobserve aussi dans la sécrétion de la sérosité de la nique vaginale de lorgane générateur. (Il en sera parlé : à l'article Hyprocèzr.)
Le péricarde est pourvu d’une grande qua de vaisseaux qui ne sont rendus SD que par les inflammations aiguës ou les injections fines; cependant de grosses branches artérielles rampent à sa surface et pénètrent dans l'épaisseur de ses feuillets membraneux, en sorte que les lésions faites dans le tissu de ce sac peuvent être suivies d’hémorragies plus ou moins considérables.
Le nerf diaphragmatique gauche passe sur la basedu péricarde, qu’ilcontourne un peuen dehors, en descendant pour se rendre au côté correspondant du trèfle tendineux du diaphragme.
Maintenant que nous nous sommes représenté les principaux rapports du péricarde avec le cœur et les autres parties qui l'entourent dans l'intérieur de la poitrine et dans ses parois, nous pourrons mieux suivre la marche des solutions de continuité qui lèsent ces organes , et mieux apprécier leurs effets.
Nous commencerons par celles qui sont le résultat d’un instrument piquant, ou d’un instrument piquant.et tranchant. ;
Tousles points du péricardene sontpas également accessibles à l'action de ces instrumens; il enest qui ne peuvent étre lésés sans porter atteinte au cœur. Ainsi toute la paroi antérieure etsupérieure de cette
poche qui touche à cet organe depuis sa pointe jusqu’à l'oreillette droite, ne pourrait être entamée ou le serait difficilement sans qu'il fut luimême lésé. Dans cette supposition , la lésion peut être assez superficielle pour ne point pénétrer dans ses cavités et n'être accompagnée d’aucun accident grave, du moins sensible ou primitif. Combien de fois peut-être n’a-t-on pas méconnu des blessures de ce genre chez les sujets qui les avaient reçues!, | je
Dans les cas où cette portion du péricarde serait entamée sans lésion profonde au cœur; et qu'il y aurait hémorragie par les artérioles qui rampent dans l'épaisseur de cette membrane , le sang peut s'épancher dans sa cavité, dans celle de la poitrine, ou s'échapper au dehors par la plaie.
Sans pouvoir toujours assigner au juste les parties qui sont lésées, on peut présumer l'ouverture du péricarde d’après les signes suivans :
1° Si la plaie est dirigée à travers l'intervalle des côtes dans la région précordiale, et si elle pénètre dans la cavité thorachique vers le cœur (bien entendu que l’investigation doit être faite avec le plus grand soin et la plus grande prudence);
2° Si le sang qui sort par la plaie est lancé par, jets isochrones au pouls, et s’il est vermeil sans mélange de bulles aériennes;
3° Si les battemens du cœur sont accélérés, et si le blessé éprouve des frissons avec resserrement du pouls, qui est également accéléré.