‹ Clinique chirurgicaleChapitre 29 sur 47 · DE L’ESTOMAC · texte numérisé non relu

DE L’ESTOMAC

locales et générales, de ladiète prolongée, des lavemens émolliens et de la position du blessé, que je faisais tenir constamment sur le côté droit, la plaie se cicatrisa, et ce militaire sortit de l'hôpital pour entrer dans les vétérans de la garde. Il a conservé une hernie du poumon, qui se manisfeste sous là cicatrice, et qu'il contient, avec quelque peine, au moyen d'un bandage fait exprès. |

M. de L...., jeune officier, fut apporté à l'hôpital du Gros-Caillou, en août 1815 ; presque expirant, atteint d’une blessure d’arme blanche (un couteau), au bas-ventre, avec hémorragie, issue de l'épiploon, et lésion à l'estomac. L’officier de santé de garde appliqua un premier appareil, et chercha vainement à faire sortir ce blessé de l’état de lipothymie dans lequel il était tombé peu d'instans aprés le coup. Ce danger imminent engagea ce chirurgien à me faire appeler au milieu de la nuit. Apres avoir levé l'appareil, je découvris une plaie longitudinale d’un pouce et demi environ > Située à la partie moyenne et inférieure de lhypocondre droit, à deux travers de doigt du cartilage de la huitième Côte, avec issue d’une portion considérable de l'épiploon, étranglement de cette membrane entre les tégumens détachés des muscies, et une ouverture irrégulière , resserrée, que nous avons trouvée au bord externe de la gaîne aponévrotique du muscle sterno-pubien du même côté.

À cette lésion se joignaient les symptômes suivans : faiblesse du pouls, froid des extrémités, vo-

missemens fréquens, sanguins et bilieux; restriction dans le pharinx avec une grande difficulté d’avaler les liquides, même par gouttes ; anxiété extrême , hoquet, perte totale de la voix et de là parole, angoisses pénibles; enfin tout annonçait une mort prochaine.

Cet état désespérant nous fit suspendre jusqu’au lendemain l'opération qui était indiquée. Le malade pe le reste de la nuit dans un malaise si grand, qu’ on s'attendait à le voir mourir d un moment à l'autre. Cependant, à ma visite du matin, la chaleur et le pouls s'étaient un peu rétablis, mais les douleurs locales étaient devenues très-vives; les vomissemens sanguins et le hoquet se continuaient. Il était facile de reconnaitre les causes de ces deux accidens : pour y remédier, j'agrandis d’abord la plaie des tégumens sans toucher à lépiploon; je débridai ensuite l'ouverture aponévrotique dont j'ai parlé. L' épiploon fut mis en liberté, et les accidens graves qui résultaient de l'étrangle-

ment se dissiperent avec promptitude. Cette opération favorisa aussi l'issue d’une assez grande quantité de sang qui s'étaitépanchée dans la cavité abdominale. ( Lorsque les vaisseaux ouverts dans le bas-ventre par la cause vulnérante ne sont pas considérables, le sang se concentre dans un espace déterminé plus ou moins rapproché de l'ouverture du vaisseau, et se forme une espèce de poche par des concrétions albumineuses qui se développent dans toute la circonférence, et par des adhérences

DE L'ESTOMAC. AR. 373 circulaires qui s'établissent entre le péritoine et les circonvolutions des intestins, ou dans les feuillets de l’épiploon.) ;

Nous crûmes ne devoir faire aucune recherche pour découvrir la lésion de l'estomac, qui nous parut exister à l'un des points élevés de sa face antérieure : la nature pouvait seule en opérer la réunion. Cette lésion se caractérisait d’ailleurs par les Yomissemens de sang, son évacuation par les voies alvines, et le passage par la plaie extérieure d'une petite quantité d’eau vineuse que le blessé avait avalée avant son entrée À l'hôpital.

Mon intention fut principalement attirée par la portion d’épiploon restée au-dehors, et dont le volume égalait déjà presque celui du poing, après les premières vingt-quatre heures. Loin de vouloir en tenter la réduction d’une manière immédiate, Je pris le parti de labandonner aux seuls efforts de la nature, en la secondant uniquement par une pression graduée, que j'exerçai sur cette masse épiploïque , à l’aide d'une compresse épaisse trempée dans un mélange d'huile et de vin chaud k après avoir enveloppé la plaie d’un linge fenêtré. Je mis le malade dans une situation favorable, et Je lui prescrivis des boissons mucilagineuses, acidulées , sucrées, et à faire distiller par gouttes, des lavemens émolliens, des embrocations huileuses sur tout le ventre , et le plus parfait repos.

À l’aide de cette médication et des pansemens indiqués, les accidens se dissipèrent, les fonctions

se rétablirent, et l'épiploon se réduisit graduellement, La cicatrice de la plaie qui lui avait livré passage se faisait à mesure quil rentrait dans la cavité abdominale. Enfin cet officier s'est trouvé parfaitement guéri le quarante-cinquième jour de son accident. Il n’a eu d'autre incommodité, encore pendant quelques mois seulement , que celle d'être assujéti à porter un bandage compressif pour prévenir un nouveau déplacement de l'épiploon lui-même, ou d'une portion d'intestin,

. Les plaies pénétrantes du bas-ventre, avec lésion des intestins, ont été en général considérées par tous les auteurs comme très-dangereuses et comme mortelles. Cependant, ainsi que nous avons déjà eu l’occasion de le faire remarquer dans plusieurs articles de nos campagnes, ces lésions, lorsqu'elles ont été même le résultat de coups de feu , sont susceptibles de guérison. En faisant connaître, dans ces cas graves, les ressources de la nature, nous avons indiqué aussi les moyens à mettre en usage, ou les procédés à suivres pour conduire ces plaies à une heureuse terminaison. Supposons qu'un projectile traverse une partie . de l'enceinte du ventre d’un homme adulte, de manière que l’un des points de l'iléon ou du gros intestin ait été entamé dans une portion de son

de DES INTESTINS. 11.37 à tübe, ce projectile occasione nécessairement une attrition plus ou moins violente aux organes frappés, et imprimé à toutes les parties voisines , et à des distances relatives, une commotion accompagnée de stupeur. De ces effets résultent un rétré cissement sensible dans les premiers organes, et un engorgement plus où moins considérable dans. les tissus ambians. Enfin, les matières séchappent au-dehors par la plaie, ou s'accumulent dans le foyer dont j'ai parlé, sans communiquer avee la cavité abdominale; prévoyance admirable de la nature, qui trace parfaitement bien au chirurgien la conduite qu’il doit tenir dans une semblable occurrence. Interprétant ses vues salutaires, je me suis donc donné de garde, dans ces cas, de rechercher la portion blessée de-lintestin, pour l’isoler, la ramener at bord de l'ouverture de Pabdomen , et l’y maintenir au moyen d’une anse de fil passée dans le mésentère, ou pour réunir sa plaie au moyen d’une suture; dans l’un et l’autre cas, on aurait à craindre une série d’accidens graves , tels que l’'épanchement des matières dans la cavité propre du bas-ventre, et l’hémorragie intérieure qui pourrait résulter de la rupture des adhérences ou de la division nouvelle des vaisseaux sanguins (car la dernière opération ne pourrait se faire, si elle était indiquée, qu’autant qu'on aurait rafraîichi les bords de la plaie). Il faut alors respecter les adhérences, et, après avoir débridé seulement les bords de la solution de continuité exté-

rieure jusqu'aux aponévroses inclusivement, se contenter d'appliquer, sur cette solution, un linge fenêtré enduit d’un onguent balsamique, et un appareil approprié.

Nous avons eu loccasion de panser, après “es combats, un assez grand nombre de militaires atteints de blessures de ce genre , et, au moyen de ce procédé, plusieurs ont été conduits à la guérison.

Jusqu'à la chute des escarres , les matières alvines passent en petite quantité par la plaie; mais ensuite, ne trouvant plus d obstacles, elles sortent en abondance, et continuent de passer au dehors jusqu’à son entière détersion. Alorsilfaut favoriser le rapprochement des bords de la plaie des parois abdominales , et celui des lèvres de la plaie de l'intestin, à l'aide de bandelettes agglutinatives appliquées sur la première, et d'un bandage légèrement compressif et concentrique. Les deux solutions se rapprochent en même temps et graduellement; les parties similaires se mettent en rapport, contracitént une adhésion mutuelle, et forment la cicatrice, Celle-ci s'opère d’abord dans laplaie de l'intestin, pour se continuer de l’intérieur à l'extérieur ; mais le tube intestinal éprouve toujours un rétrécissement relatif à la perte de substance.

La plupart des adhérences primitives s’effacent par la suite, et les parties qui avaient éprouvé une transposition, reprennent, avec le jeu de leurs fonctions, leur place respective et naturelle. Nous

ferons remarquer plus particulièrement ce phénomène, en parlant des plaies du ventre, avec issue de l'épiploon.

Les plaies des intestins, faites par une arme blanche, ne suivent pas la même marche, et présentent d'autres particularités. Leur pronostic est aussi plus fâcheux, surtout lorsqu'elles ont une certaine étendue. Enfin elles exigent que les secours les plus prompts leur soient administrés.

Deux procédés principaux sont indiqués pour leur guérison :le premier, qui est sans doute le plus avantageux et le plus facile, consiste à retenir ou plutôtà laissersur les bords dela plaie la portion d’intestin blessé, dans l'intention de prévenir l’épanchement des matières alvines dans la cavité abdominale, et de donner le temps à la nature d'isoler cet intestin ( comme cela arrive dans les plaies d’armes à feu ), jusqu’à ce que les causes d'irritation soient entièrement dissipées, que les parties lésées aient | repris par degrés leur position naturelle, et que les lèvres de la solution de continuité intestinale se soient mises assez en contact pour se cicatriser entre elles, car c’est là le véritable but de la nature.

Le deuxième consiste à réunir immédiatement ces sortes de plaies, au moyen d’une suture simple, ou d’une invagination , aidée ét soutenue par des anses de fil passées dans l'épaisseur des deux bouts de l'intestin coupé, et quelquefois par des

supports intérieurs. Ce procédé est préconisé par John Bell, non-seulement pour les solutions de continuité des intestins , avec perte dé substance, comme celles qui résultent des coups de feu ou de la gangrène , mais mème pour les plaies simples.

Sans entrer dans des détails circonstanciés sur les avantages et les inconvéniens de ces divérses méthodes , nous ferons connaitre en peu de mots celle que nous croyons la plus avantageuse aux plaies d'armes blanches; car nous avons déjà exprimé notre opinion sur les plaies qui sont le résultat d'armes à feu.

Le procédé de Littre pour les solutions de continuité intestinales, quelle que soit leur nature, est sans doute le moins propre à augmenter lirritation des parties lésées ; mais aussi il a l'inconvénient de prolonger la maladie et d'entretenir un anus contre nature, pendant un laps de temps plus où moins long. Quelquefois même, malgré toutes les précautions, et avant que la portion malade de Vintestin aïît contracté des adhérences, celle-ci rentre spontanément dans le bas-ventre , et donne lieu à un épanchement de matières alvines dans éette cavité, lequel devient promptement mortel; quelquefois aussi cette portion d'intestin se boursouffle hors de l'ouverture qui lui a livré le passage , et l’étranglement a lieu avec les accidens qui Paccompagnent.

D'après tous ces motifs, je suis porté à croire que la méthode des anciens , c’est-à-dire celle de la

DES INTESTINS. 399 suture, est préférable , pourvu toutefois qu'elle soit faite immédiatement après l'accident. Il s'agit seulement d'indiquer quel est le mode de suture le plus avantageux, etles moyens qui doivent en seconder les effets salutaires , et prévenir linflammation qui l'accompagne ordinairement. Tel est l'objet principal de nos réflexions.

En la pratiquant à la plaie de l'intestin, il faut avoir en vue:

1° De mettre les bords de la division dans un rapport exact, et de les y maintenir ;

2° De ne comprendre dans les points de la suture que le moins possible du tube intestinal , pour ne pas trop en diminuer le diamètre, afin que les matières ne’ trouvent pas d'obstacles à leur passage; (

3° De préférer la suture à points par-dessus; car, quoi qu'en disent les auteurs, la réunion des solutions de continuité intestinales se fait, comme dans les autres parties du corps, par leurs propres vaisseaux, et l'adhésion mutuelle en sera d'autant plus prompte et d'autant plus facile, qu’on aura mis les bords de ces solutions dans un contact plus exact, et qu'on aura eu l'attention de les y maïntenir au moyen de la suture indiquée. R

Dans intention de parvenir plus sûrement à ce résultat et d'éviter les accidens qui pourraient être causés par la forme de laïguille, on devra, ainsi que nous en avons déja fait la remarque, en parlant des lésions de l'estomac, et pour les raisons

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‘que nous avons données, se servir de préférence d'aiguilles rondes , telles que celles à coudre ordinaires, un peu fines et courbées.

Les expériences que j'avais faites sur les animaux vivans, dans les lecons d'anatomie et de physiologie chirurgicale que j'ai données à Toulon, et au Val-de-Grâce à Paris, expériences qu'il est encore facile de répéter, peuvent servir de preuves aux assertions que je viens d'émettre pour les plaies des intestins. Après en avoir pratiqué une ou plusieurs, en divers sens, sur le tube intestinal mis à découvert par une incision au veñtre , sur des chiens de tout âge, je réunissais ces plaies au moyen de la suture du pelletier, avec la précaution de la faire double en sens opposé par des points alternatifs , et avecdes fils de couleur diftérente. Ces fils doivent être non-seulement cirés, mais enduits d’un cérat doux; il faut avoir aussi la précaution de leur laisser une longueur suffisante pour qu'ils soient retenus hors de l'enceinte du basventre, jusqu’à l’époque deleur extraction , qui ne doit être opérée que le septième ou même le neuvième jour,afin quel’inflammation adhésivesoit par-faitement établie. Pour les extraire ,on lestire doucement en sens inverse, ce qui se fait facilement, puisqu'ils sont de couleur distincte. Enfin lorsque la suture est faite, on doit avoir le soin de remettre dans le bas-ventre l'intestin blessé, de manière à ce qu'il puisse sy mouvoir librement; car, en le retenant au bord de la plaie extérieure, comme

dans le procédé de Littre, on lui fait éprouver des inflexions qui nuisent au cours des matières, et déterminent l’engorgement de ses tuniques. :

Nous proposons de préférence la suture du pelletier, parce que celle à point passé, conseillée par les auteurs, embrasse une plus grande quantité de l'intestin , et favorise le boursoufflement et le renversement des bords de la plaie, ce qui éloigne la nature du but qu'elle veut atteindre, puisque l'adhésion mutuelle ne peut se faire en effet que par les points latéraux des lèvres de la solution de continuité. Sans doute, il se ferait, dans le premier cas, des adhérences avec les parties ambiantes; mais ces adhérences contre nature ne peuvent être que temporaires, quoi qu’on en dise ; la nature les sépare insensiblement par la suite, pour rétablir, dans l'intestin, le mouvement péristaltique , et favoriser ainsi le cours des matières alimentaires. Avant d'avoir remarqué cette disposition dans les adhérences qui ont lieu à l’occasion des plaies où des déplacemens des intestins, nous avions observé ce même phénomène dans les solutions de continuité du ventre qui s’accompagnent de l'issue de l’épiploon. Toujours nous avons vu cette membrane, après avoir été retenue par des brides souvent très - profondes aux bords de la plaie qui lui avait livré passage, se débarrasser de ses liens, rentrer graduellement dans la . cavité abdominale et y reprendre sa situation naturelle et primitive, Si cela n’était pas ainsi, l'individu

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chez qui ces organés sont si importans aux fonctions de la vie intérieure, serait exposé, avec de telles adhérences, aux plus grands dangers. Cette désunion salutaire a même lieu pour les adhérences les plus anciennes des anus contre nature, lorsque les fistules cessent par l'effet de la réunion intestinale, soit qu'elle ait été obtenue au moyen de la méthode de Desault, ou à l’aide du procédé de Dupuytren; à plus forte raison doit-elle s’opérer quand l'anus contre nature n’est point l'effet d’une grande déperdition de substance à l'intestin, et que les adhérences sont récentes. ILest facile de se convaincre de ces vérités physiologiques en répétant mes expériences sur les animaux.

Néanmoins on a à combattre l’inflammation qui se développe constamment sous l'influence de l'irritation mécanique que la suture doit nécessairement produire : pour obtenir ce résultat, certes, d’après notre expérience, on ne peut employer de moyens plus efficaces que les ventouses mouchetées , dont l'application doit être faite à l’instant de l'apparition des premiers symptômes de linflammation. On-les applique par séries parallèles, de la partie supérieure à la partie inférieure du basventre, en suivant la marche du fluide nerveux du pôle positif au pole négatif. On répète les applications autant de fois qu'on les juge convenables. Les mouchetures doivent être pratiquées avec le scarificateur que nous avons imaginé, etde maniere à parcourir, avec cet instrument, toute la

surface de la peau rubéfiée par la cucurbite (dont ont a raréfié l'air au moyen d’une portion d’étoupe fine qu'on fait brüler dans son fond), comme lorsqu'on veut tirer, avec l’archet, des sons uniformes des cordes d'un violon.

Cette méthode est préférable, ainsi que nous l'avons dit ailleurs, à celle de la ventouse à pompe pneumatique, avec laquelle on se sert d’un scarificateur à ressort, dont les incisions ne se font qu’en pressant, ce qui les rend plus douloureuses, plus dangereuses et plus imparfaites, tandis que nos mouchetures sont uniformes et entièrement soumises à la volonté du chirurgien. À ces topiques déplétifs et dérivatifs on doit faire succéder les embrocations huileuses et les bains tièdes, les lavemens émolliens, les boissons mucilagineuses à la glace, prises en petite quantité et répétées fréquemment : la saignée générale est quelquefois indiquée. ”

Cette médication fait aussi la base du traitement que j'ai établi dans un Mémoire sur la fièvre jaune, que j'ai adressé à l’Académie de Médecine de la Nouvelle-Orléans ; car la fièvre jaune me parait consister principalement dans une inflammation plus ou moins intense des membranes séreuses des viscères abdominaux, ayant pour symptômes principaux les douleurs d’entrailles et les vomissemens, comme dans le choléra-morbus spontané , maladie de laquelle la fièvre jaune ne diffère pas essentiellement, Il en sera parlé ailleurs. Le choléra-mor-

D 384 PLAIES bus qui succède à une irritation mécanique qui agirait directement sur les intestins, présente la même marche, et peut avoir les mêmes résultats: or, l'indication ne peut être différente dans tous ces genres d’affections.

Lorsqu'on a combattu les accidens inflammatoires par les moyens que nous venons de décrire, ce qui se reconnait à la cessation des symptômes qui caractérisent les phleomasies aiguës du système gastrique intestinal, on concourra avantageusement au rétablissement du mouvement péristaltique des intestins, et l'on favorisera les évacuations alvines au moyen du calomel associé à l'huile fraîche de ricin et au sirop de chicorée , donnés à des doses relatives; en faisant faire des embrocations d'huile de camomille camphréesur le bas-ventre, et en administrant des lavemens anodins émolliens : quelquefois on est obligé, surtout lorsque l’engorgement des partiés lésées prend un caractère chronique, d'appliquer sur le ventre des vésicatoires saupoudrés de mouches cantharides et de camphre à parties égales, en ayant le soin de soumêttre préalablementles mouches cantharides à la vapeur de l'eau bouillante, pour leur ôter leurs principes volatils irritans, sans les priver de leur propriété suppurative. Enfin on termine le traite ment par l'usage de légères infusions améres aromatisées avec l'eau de fleurs d'oranger, et par des frictions sèches, où légèrement alcoolisées, sur toute l'habitude du corps.

Il faut tenir le convalescent à un régime sévère, afin de prévenir l'engouement des matières ‘dans la partie cousue, de l'intestin, qui reste. pendant long-temps dans un état de rétrécissement et d' nertie plus ou moins considérable.

Le grand nombre de faits que nous avons recueillis sur les lésions intestinales, et dont nous allons successivement rapporter les plus intéressans, servira sans doute à mieux faire connaître les phénomènes qui accompagnent ces sortes de blessures, et confirmera les préceptes que nous venons d'établir sur le mode de traitement qui leur est le plus convenable. |

I Observation. — Un, jeune officier de la 18" demi-brigade reçut, à l'assaut du Caire (en 1799), un coup de balle au bas-ventre , qui lui coupa les parois musculeuses de cette cavité, du côté droit, et une portion de l'intestin iléon. Transporté à l’ambulance, je lui administrai les premiers secours. La portion coupée de l'intestin était boursoufflée et présentait son ouverture à l'extérieur ; l’un des bords de la plaie était renversé sur luimême, de manière que, comme le prépuce dans le paraphymosis, il formait un bourrelet qui étranglait le tube intestinal, et interceptant ainsi le cours des matières, les forçait de s'accumuler au-dessus de ce rétrécissement. |

Après avoir débridé la plaie du ventre haut et bas avec le bistouri boutonné, je coupai, par quatre petites incisions faites avec les ciseaux évi-

Il, 25

386 PLAIES dés , le collet de l'intestin qui se trouvait étranglé, et sans détruire les adhérences intérieures, je dégageai la portion resserrée à l'ouverture de là plaie de cette anse intestinale dont je rapprochai les bouts coupés, que je couvris d’un linge fin fenétré, trempé dans un mélange d'huile etde vin chaud: de la charpie mollette , des compresses et un bandage de corps terminèrent ce premier pansement. , Le blessé fut placé convenablement dans son lit. Les premiers jours furent orageux, mais enfin les accidens inflammatoires se dissipèrent ; un anus contre nature s'établit, et après avoir fourni des matières bilieuses alimentaires pendant quelques semaines, la quantité s’en réduisit journéllement ; les bords de la petite plaie intestinale se détergerent et se rapprochérent graduellement; après s'être mis spontanément en contact, ils finirent par contracter une adhésion mutuelle, et ce militaire quitta les ambulances avant la fin dù troisième mois, parfaitement guéri. On avaït secondé la nature par des pansemens simples lésèrement com- -pressifs, et par une diète rigoureuse.

Parmi quelques militaires atteints de blessures graves dans le bas-ventre, au siége de Saïnt-Jeand’Acre et à la prise du Caire, lors de sa révolte, je

Giterai l’un de mos illustres généraux , le comte Belliard ”, chez qui une balle, en traversant d'a- . vant €n arriére tout le flanc gauche, entama lS

1 Aujourd’hui pair de France,

DES INTESTINS. 387 romaine du colon. Les deux plaies de ce coup de feu, malgré leur gravité, se cicatrisérént: après avoir laissé échapper pendant les premiers jours une partie des matières alvines. Enfin cet! officier-général obtint une guérison complète.

II* Observation. — Étienne Belloé. ; âgé de dix: sept ans, fusilier-chasseur de l’ex-garde, reçut, à

1* avril 18 ï , un coup de sabre au bas-ventre , à

deux travers de doigt au-dessus dé l'ombilic, et au côté droit de la ligne blanche. Transporté à l'hôpital , le chirurgien de service lui appliqua, en m'attendant, un premier appareil sple et contentif. Le lendemain, à ma visite, j'examinai là

plaie, qui donnait issue à une portion de l'épie

ploon, Le muscle sterno-pubien droit et sa gaîne aponévrotique étaient coupés dans toute leur lar: geur , et l'instrument paraissait avoir pénétré

profondément dans une direction transversale À

d'avant en arrière, entré la grande courburé de l'estomac et arc di colon.

Le blessé était frappé de la pâleur de là mort ;il était tourmenté par des angoisses pénibles, des nausées et de fréquentes envies de vomir, par le hoquet, une soif ardente, uné douleur piquante dans le fond de la plaie et une anxiété extrême; le pouls était petit, misérable, la voix éteinte , et les extrémités étaient froides ; enfin nous avions lieu de croire que ce jeune homme n'avait plus que quelques momens d'existence. Cependant je lui donnaitousmes soins, A la faveur du doigt que j'in:

Fr

388 PLAIES troduisis dans la plaie, en écartant l’épiploon, je reconnus d’abord que l'instrument s'était glissé entre l'estomac et le gros intestin; mais je ne pus déterminerau juste les points où il s’était arrêté. Je laissai au dehors la portion de l’épiploon qui s'était boursoufflée, et après l'avoir entourée d’un linge fin fenêtré, trempé dans le vin chaud, j'appliquai un appareil convenable; quelques embrocations d'huile de camomillecamphréefurentfaites surlebas-ventre, que je fis couvrir avec une flanelle très-chaude. Je prescrivis des boissons rafraïchissantes mucilagineuses à prendre par petites cuillerées, des lavemens émolliens, la position et le repos le plus parfait. Le malade éprouva très-peu de soulagement de l'emploi de tous ces moyens. La prostration était toujours la même. le pouls petit, concentré; l'anxiété, les nausées et la tristesse étaient au même degré. Ce jeune homme n'avait pu goûter un seul instant de calme. Dans la nuit du deuxième au troisième jour de l'accident , il se déclara des vomissemens , accompagnés d'efforts considérables et suivis de sueurs froides et de syncopes effrayantes : ils furent d’abord formés des matières contenues dans l’estomac, puis de matières bilieuses , mêlées de quelques caillots sanguins, et le quatrième jour d’un sang épais et noirâtre très-abondant. Le cinquième, une évacuation considérable de ce même liquide, précédée de coliques violentes et d’une douleur vive dans le trajet de la blessure, eut également lieu par les voies alvines. Néanmoins le ventre

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restait constamment affaissé, et sans aucun signe d'épanchement dans son intérieur. Enfin une Syncope effrayante, qui survint dansla nuit du 6 au 7) succéda à ces évacuations, et fit croire aux camarades de Belloc qu'il était mort.. |

Arrivé à l'hôpital de très-grand matin pour faire ma visite, Je trouvai cet infortuné la face cou: verte du drap de son lit, et pouvant à peine ouvrir les paupières; il était sans pouls, et froid comme le marbre. Je m'empressai de lui faire avaler un peu de vin chaud sucré, et de le réchauffer au moyen de frictions d'huile de camomille camphrée trés-chaude, et des flanelles dans lesquelles je l’enveloppai. Peu de momens après, il sortit de cet état d’asthénie, et recouvra, par degrés, l'usage de ses seus. Les douleurs de colique ne se faisaient plus sentir , et dès ce moment, si j’en excepte l'extrême faiblesse, le malade se trouva mieux. Je lui prescrivis une tisane mucilagineuse, à laquelle j'ajoutai de l'alcool nitrique jusqu’à agréable acidité, le sirop d'althéa et l’eau de fleurs d'oranger, des lavemens émolliens et la continuation des embrocations huileuses camphrées sur le ventre. Les vomis semens avaient entièrement cessé, mais dans la Journée du 9, des selles sangumolentes reparurent, et se continuérent jusqu'au 12 avril, époque où elles cessèrent entièrement ; néanmoins le blessé conserva long-temps un point douloureux dans le fond du bas-ventre, correspondant à la plaie. Les forces se rétablirent par degrés, et dès le seizième

jour Je jugeai qu'il était hors de danger. On put lui permettre des alimens légers; la plaie, pansée simplement, se cicatrisa; enfin le malade fut guéri vers le trente-cinquième jour. La convalescence fut longue et pénible.

Un phénomène assez singulier dont j'ai déjà eu l'occasion de parler, en rapportant une observation de blessure à l’éstomac, s’est offert pendant la cicatrisation de cette solution de continuité. L'épiploon, qui formait d’abord à son extérieur une tu meur du volume d'une pomme de rainette, s'est réduit graduellement , et est rentré de luismême dans la cavité abdominale, sans contracter aucune adhérence avec la plaie, dont les bords se réunissaient à mesure que cette. membrane s'échappait de leur intervalle. Aussi ce phénomène et la situation de la blessure justifient-ils le précepte du professeur Sabatier, qui prescrit de laisser l'épiploon hors les plaies du bas-ventre qui ne se trouvent pas au-dessous de la ligne ombilicale. Mais nous r'eviendrons nécessairement sur ce sujet, à l’article où nous nous occuperons d’une manière spéciale | des solutions de continuité de l'abdomen, avec issue de l’épiploon.

‘Examinons maintenant quelle portion du tube intestinal a pu être lésée chez le sujet de cette observation. Ce ne peut être l'estomac, puisque le malade na vomi de sang que long-temps après avoir rendu les liquides que cet organe contenait, et des matières bilieuses , puisque d’ailleurs la

DES ANTESTINS. 39r pointe de l'instrument vulnérant était passée audessous de sa grande courbure. Aucune dés portions des intestins gréles, flottant dans la cavité du bas-ventre,n’apuétreégalementlésée: car, dan$ cette supposition , le sang trouvant moins de résistance à s'épancher dans la: cavité ‘abdominale, n'aurait pu remplir le tube intestinal, et Pépanchement du bas-ventre :se serait caractérisé par tous les signes qui lui sont propres; tandis qu'il ne s’en est jamais offert un seul ; aucune des portions des gros intestins ne me parait non plus avoir été blessée, parce que le sang aurait paru avec les prémieres selles rendues par le malade , ce qui n’est point arrivé. Tout me porte alors à croire que c'est la deuxième courbure du duodénum , enveloppée par le méso-colon , quia été atteinte par l'arme; et il Par raît que la pointe de cet instrument avait percé, avec Fintestin, ce lien membraneux, lors de sa plus grande tension, et pendant que Belloc était

en garde et dans toute son action. La chute qu'il a

faite, à Finstant du coup a changé la situation des parties; l’ouverturede l'intestin ne s’est plus trouvée en rapport avec celle du méso-colon ; un point d’adhérences’estsans doute établi presque aussitôtentre les deux portions membranéuses, et le sang fourni par. les artérioles intestinalés s'est épanché dans la cavité du duonénum, où il a pu séjourner quelques jours. L’irritation que ce fluide a déterminée dans cet intestin, en outre de la douleur fixe et permanente , a produit d'abord des vomissemens

Pt

Re . | PLAIES

sympathiques des matières contenues dans l’estomac, et une partie du sang qu'il contenait a été encore expulsée par: les vomissemens , et lautre par les voies alvines. En portant un peu d'attention à la direction, à. la profondeur de la plaie, et à tous les symptômes qui l'ont accompagnée, on sera Sans doute persuadé avec moi que cet intes-

tin est le seul qui ait pu être blessé.

SR à IT Observation. — Le nommé Golin ( Jean- Baptiste ), âgé de 23 ans, fusilier dans le 6" régiment de la garde, étant à jouer, le 27 avril 1820, avec un de ses camarades, dans les campagnes voisines de la caserne de Courbevoie, tomba par mégarde sur la pointe de son sabre, qu’iltenait nu dans sa main, et se fit une plaie profonde au bas-ventre. Transporté sur-le-champ à Puteau, village voisin, il y reçut les premiers secours du médecin,M. Carré. . “Ce militaire, me dit ce médecin, dans une » lettre qu'ilm’écrivit après la guérison du malade, » avait une plaie transversale d'environ un demi: » pouce d'étendue, à la partie latérale droite ét'in- ».férieure du,ventre, avec issue d’uneforte portion . »de l’intéstin iléon » qui était déjà tuméfié. Le #5 » blessé éprouvait des: nausées $ans vomissemens. 43 » J'examinai la portion sortiede l'intestin; et jyre- » Connus une plaie assez grande , qui donnait issue

» à des matières stercorales, ce qui m'obligea d'y » faire une suture à point par-dessus, et je fis ren- ». trer aussitôtapres l'intestin dans Jacavitéabdomi-

» nale.J étais dépourvu de filetd’aiguille; ce futune

» femmé qui me préta la sienne, garnie d’un bout | » de fil noir. On pansa le blessé, eton l'envoya à l’hô- » pital de la garde, à Paris. » Pendant le voyage, qui fut très-pénible , il y eut plusieurs vomissemens copieux et une évacuation alvine sanguinolente. À son entrée à l'hôpital, le blessé se trou . vant dans un état de faiblesse extrême, ne put donner au chirurgien de garde aucun renseignement sur ce qui s'était passé; aussi, aprés avoir levé l'appareil et mis à découvert une portion boursoufflée de Fintestin grêle, ce chirurgien n'ayant vu sur elle aucune apparence de solution

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de continuité , crut devoir la faire rentrer dans la cavité abdominale » Par l'opération du taxis; il appliqua ensuite un appareil contentif, et il prescrivit des boissons mucilagineuses et des lavemens émolliens.: mais le malade ne se trouva point soulagé ; il passa le reste.de la nuit dans un état permanent d'anxiété , et il eut plusieurs vomissemens de maüéres bilieuses, accompagnés de douleurs violentes de colique, de ténesme, et de légères fusées alvines sanguinolentes.

À ma visite du matin, je vis la plaie qui a été désignée plus haut, mais sans issue d'aucune des parties contenues dans le bas-ventre. Je ne pus également rien apprendre de positif de la part du blessé. Il me dit seulement que le chirurgien qui l'avait pansé à Puteau avait demandé à une femme présente à son opération une aiguille et du fil,qu'il avait vus dans la main de ce médecin; mais il ne se

er rappelait pas l'asage qui en avait été fait, parce qu'il n'avait rien senti. he 2 À Cependant je débridai, conformémentàm préceptes, la plaie des tégumens, ainsi que l'ouverture faite par le sabre à l’aponévrose du muscle grand oblique, et je découvris par ce moyen, à travers un foyer sanguin considérable, établi derrière la plaie et dans fa cavité péritonéale, plusieurs circonvolutions d’intestin qui, déjà, avaient contracté des adhérences entre elles. Bien que les symptômes d'un étranglement intérieur persistassent toujours, je n'osai rompre ces adhérences pour rechercher et mettre à découvert la portion étranglée du tube intestinal, dansla crainte d'étendre lépanchement et dé faire ouvrir de nouveau les vaisseaux artériels qui pouvaient se trouver dans les points de réunion. Ainsi je me contentai de fairé évacuer le sang épanché dans cette espèce de réservoir, et de panser la plaie avec un linge fenêtré, enduit d’onguent styrax, de la charpie, et un bandage conve-

nable. Une petite branche de l'artère iléo-lombaire ayant été ouverte dans l'incision , jen fis la ligature, ét l’hémorragie s'arrêta. 1 | Cependant il ne s’opéra aucun amendement dans les symptômes désignés; les nausées , les vomissemens les déjectionssanguinolentes, et les douleurs e colique se succédaient toujours à de courts intervalles ; le pouls du blessé était petit, accéléré ; il avait le visage pâle, les yeux ternes, lrmoyans, et les extrémités froides.

DES ANTESTINS. 2! 395

Cet état alarmant m'inquiétait beaucoup, et je désespérais de pouvoir sortir le malade du danger ouilétait ; néanmoins, avant de tenter de nouvelles recherchés pour mettre à découvert lanse étranglée de l’intestin, je voulus employer les ventousesmouchetées, qui, dans les cas de volvulus spontané, m'avaient miraculeusement réussi. À peine eus-je appliqué les trois ou quatre premières, qu’en effet le météorisme du ventre diminua sensiblement ; lé malade éprouva un soulagement marqué , et il eut, peu d’instans après, des évacuations par l'anus, de matières bilieuses méléés de caillots de sang noirâtre. Ce succès m'engagea à répéter Fapplication de ce topique dérivatif, de mahnière à en couvrir toute la surface de l'abdomen. * Enfin aux ventouses je fis succéder des émbrocations huileuses camphrées, de légers cataplasmes émolliens anodins, et des lavémens de même nature, qui furent encore accompagnés de déjections bilieuses mêlées de quelques caillots de sang noir.

La nuit suivante fut assez calme; maïs des le

lendemain matin les douleurs de colique se renouvelèrent avec force, et s’accompagnèrent dé nausées et de quelques vomissemenis. Je mis de nouveau les ventouses en usage, et j'insistai sur Pemploi des embrocations émollientes, des boissons mucilagineuses anodines à la glace à prendre par de très-petites cuillerées, et sur lés lavemens émolliens. à

Une nouvelle amélioration fut obtenue : tous les

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accidens cessèrent, et le malade fut dans le repos | pendant huit ou dix heures. Néanmoins ils se reproduisirent encore, et à peu près à la même heure. Pendant leur durée, le ventre se météorisait, les évacuations alvines se supprimaient , lurine devenait rare et limpide, les douleurs de colique étaient plus ou moins vives, et le pouls éprouvaitdes variations analogues. Enfin j'aitrouvé plusieurs fois le malade dans un tel danger, qu’on s'attendait à le voir mourir d’un instant à l’autre.

Cependant, après avoir répété, et à plusieurs reprises, l'application des ventouses sèches et'scarifiées; après avoir insisté sur l’usage des sédatifs et des doux purgatifs, administrés en lavemens , J'obtins une amélioration sensible, et de tels succès que je conçus dès lors l'espérance de sauver ce militaire. Pour arriver plus promptement à cet heureux résultat, j’appliquai sur toute la surface du bas-ventre un vésicatoire saupoudré de parties égales de camphre et de mouches cantharides, passées à la vapeur de l’eau bouillante. On était parvenu au onzième jour de l'accident, lorsque, la même nuit, la maladie se jugea par deux engorgemens phlegmoneux, qui se formèrent aux régions parotidiennes. En effet, dès ce moment, tous les symptômes inflammatoires du bas-ventre disparurent presque tout à coup, et le malade eut, dans la journée du 13, des évacuations copieuses de matières stercorales, préparées sans doute par quelques grains de calomel que j'avais administrés

STAR APT à LE“ CHE

la veille dans une mixture d'huile douce de ricin et de sirop de chicorée. Je favorisai la suppuration des tumeurs parotidiennes au moyen de cataplasmes maturatifs, et aussitôt que la suppuration s’y manifesta, j'appliquai la potasse caustique, qui accéléra le travail de la SUppuration, et donna issue à une grande quantité de matière purulente, qui s'était formée dans le tissu cellulaire des régions que j'ai indiquées. Cette crise salutaire fut suivie immédiatement de la sortie , par la plaie du ventre, d'un cordonnet d'environ six pouces et demi, formé d’un bout de fil noir et simple, noué à l'extrémité qui, la première, s'était présentée à la plaie, et par laquelle j’opérai son extraction en présence des jeunes médecins qui suivent mes leçons de chirurgie clinique,

L'évulsion inattendue de ce cordonnet de fil me donna la preuve, comme le blessé me l'avait à peu pres annoncé, qu'une suture à l'intestin avait été réellement faite, et il me fut facile alors de me rendre compte de la cause des phénomènes que J'avais observés pendant le cours de cette maladie traumatique; c’est aussi ce qui m'engagea à écrire au médecin qui avait donné les premiers secours à ce blessé, pour savoir de lui ce qui s'était passé à l'instant de ce premier pansement : j'ai rapporté plus haut la réponse qu'il m'adressa.

Enfin le malade alla de mieux en mieux, mais sa convalescence fut longue et pénible : la plaie du bas-ventre secicatrisa d'ailleurs assez promptement.

398 PLAIES Ce militaire sortit parfaitement guéri de. dbépil tal, le soixante-dixième |] jour de l'accident.

Tout. annonce que les adhérences queijayais d'abord reconnues dans les circonvolutions..de l'intestin blessé se sont détachées spontanément, que les causes d'irritation se sont: dissipées, à mesure que le mouvement péristaltique, s'y est reproduit, et que la cicatrisation intestinale, a eu lieu d’une manière complète. Sans doute aussi l'intestin quiaété cousua perdu les adhérences extérieures qu'il avait contractées, etestdevenu libre et flottant dans la cavité du bas-ventre, ainsi que les autres portions de Fintestin grêle, ce qui.le fait se présenter souventau point de la cicatrice, comme pour former une éventration, que l'on empêche par l'application d’un bandage élastique.

Il est bien évident encore que l'hémorragie qui a eu lieu, dans les premiers momens, para plaie extérieure et par le tube intestinal, était l'effet de la division du grand nombre d'artérioles coupées par l'instrument vulnérant dans les parois du ventre et de l'intestin, et qu’enfin l'inflammation qui a envahi tous les viscères membraneux de cette cavité a été avantageusement combattue par l'application réitérée des ventouses sèches et.scarifiées. Au reste, on ne saurait assez recommandér l'emploi de ce moyen thérapeutique dans les phlegmasies aiguës du bas-ventre, commedans celles'de la poitrine. Effectivement, dans cette circonstance, on ne peut disconvenir qu'il n'ait puissamment

fu

DES INTESTINS. 399 contribué au salut de ce blessé *, dont lacure est remarquable, et à l’heureuse términaison dé laquelle nous avouons aussi que la nature de l'ai. guille etle mode desuture ont eu beaucoup de part.

Pour terminer l'histoire des lésions des intestiné dont nous venons de parler, nous rapporterons l'observation suivante :

Un jeune soldat du 4" régiment d'infanterie de la garde royale, d’un embonpoint assez considéra ble, nommé Mestre (Pierre), revenant de l'exercice le 6 juin 1827, fut tout À Coup surpris, avec la troupe, au moment où elle allait rentrer dans là caserne de Courbevoie , par un orage violent ac: compagné de pluie battante et de grêle. En traversant à la course la cour de cette caserne pour gagner l’un de ses pavillons, Mestre rencontre l'un de ses camarades courant en sens oblique pour se rendre à un autre pavillon, et portant sous le bras son fusil armé desa baïonnette : c’est dans cét entrecroisement inattendu, et sous cette averse effrayante , que le premier, se retournant vers son compagnon pour léviter, se trouve àü même iris: tanttraversé par sa baïonnette. La résistance qu'oppose le blessé et les cris qu'il jette aussitôt font échapper l’arme de la main du soldat qui a fait la blessure; il tombe à la renverse frappé de terreur, mais il se relève sur-le-champ , et sans chercher à

‘ Ce militaire a été présenté à la Société de Médecine de la Faculté , et je l'ai vu plusieurs fois depuis cette époque Jouis— sant d’une parfaite santé, |

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