‹ Clinique chirurgicaleChapitre 32 sur 47 · AVEC ISSUE DE L'ÉPIPLOON · texte numérisé non relu

AVEC ISSUE DE L'ÉPIPLOON

six Semaines de soins, ce militaire se trouva parfaitement guéri. | Il Observation. — Le nommé Arbette, grenadier au 4" régiment de la garde, âgé de 28 ans, a été traité à l'hôpital du Gros-Caillou d’un COUP de sabre qu'il avait reçu à la région moyenne du bas-ventre, à six lignes au-dessus et à gauche de l'ombilic: la pointe du sabre avait pénétré obliquement de bas en haut à la profondeur d’environ trois pouces , au travers des tégumens, du muscle Sterno-pubien gauche, et avait lésé l'artère épigastrique, et sans doute le bord postérieur du colon transverse, vers la duplicature de son méso-colon. La plaie extérieure donna issue à une portion épiploïque du volume des deux poings, et il y eut une hémorragie très-forte qui fut suivie d’une syncope. Il se manifesta aussi une tuméfaction considérable au bas-ventre, avec fluctuation obscure dans la région ombilicale , et tous les symptômes qui accompagnent ordinairement ces sortes de blessures. L'officier de santé de service remédia très-ingénieusement à ces premiers accidens par la ligature de l'artère épigastrique et de quelquesunes de celles de l’épiploon qu'il fit ensuite rentrer en partie dans la cavité abdominale. L’excédant de cette membrane fut enveloppé, conformé-

ment à nos préceptes, d’un linge fin fenêtré, enduit de cérat, et maintenu par ‘un bandage con-;

tentif; on prescrivit une boisson rafraïchissante mucilagineuse,

h14 PLAIES DU BAS-VENTRE

Le lendemain , à ma visite, l'état du malade ne présentant rien de particulier, on réappliqua ce même appareil; mais dans la nuit suivante des douleurs vives se firent sentir dans toute la région abdominale , la ténsion augmenta, les évacuations alvines se supprimèrent, et un mouvement de fièvre traumatique se déclara. (Ventouses scarifiées sur la région lombaire; plusieurs sangsues dans les mouchetures; embrocations d'huile de camomille camphrée sur l'abdomen, souvent renouvelées; cataplasmes émolliens ; lavemens anodins; situation favorable; boissons mucilagineuses à la glace.)

Les premiers jours furent assez orageux : Cepen* dant aux symptômes d’inflammation succédérent bientôt ceux de la suppuration. La fluctuation se fit sentir au côté externe delatumeur épiploïque sphacélée, et retranchée , par l'instrument , dans une étendue d'environ trois pouces de diametre. Je plongeai mon bistouri dans ce point fluctuant, en divisant les tégumens et le muscle sterno-pubien , quise trouvait très-aminci et comme perdu dans ce foyer: l'ouverture donna issue à environ huit onces d'une matière grisâtre mêlée de caillots de sang, dégageant une odeur très-forte d'hydrogène sulfuré et noircissant les instrumens d'argent, ce qui confirme l'idée de l'ouverture du colon , et d’un épanchement de matières stercorales et de sang qui s'était fait entre l’épiploon et les circonvolutions des intestins grêles , où la nature l'avait isolé

AVEC ISSUËÉ DE L'ÉPIPLOON. 4rf et circonscrit par des points circulaires d’adhérence , ainsi que nous l'avons dit en parlant des in sanguins qui s'établissent dans la cavité abdominale. D’après cette connaissance , lon peut sans crainte , éclairé d’ailleurs par le FH tic de ces uns, plonger le bistouri dans le foyer de la maladie pour donner i issue aux liquides épanchés.

La POrHon d'épiploon boursoufflée et tac au dehors s’est réduite peu à peu, et est rentrée dans la cavité abdominale. Le foyer purulent s'est détergé, les parois se sont agglutinées, la plaie s’est cicatrisée , et le malade est sorti de l'hôpital parfaitement guéri , six semaines après son entrée.

III" Observation. — Person, Jean, âgé de 23 ans, fusilier dans l’un des régimens de la garde royale, est entré à lhôpital du. Gros-Caillou le 6 mai 1821, pour y être traité d’un coup de sabre que ce militaire avait recu au bord externe de la ligne blanche, à quatre travers de doigt au-dessous de l'ombilic, avec pénétration dans la cavité abdo: minale. Quoiqu'il n’y eût encore que quelques heures d’écoulées depuis le moment de l'accident, et bien que l'étendue de la blessure ne füt que d'un pouce environ, il s'était cependant déjà échappé au dehors une assez grande quantité d’épiploon, dans la duplicature duquel se trouvait même engagée une petite portion d'intestin grêle. Aucune hémorragie n’avait eu lieu, et il ne s'était encore déclaré ni nausées ni vomissemens.

l16 (pLAIES DU BAS-VENTRE

Je dus profiter de ces heureuses circonstances : en effet, à l’aide du débridement que j'opérai à la plaie des tégumens, la portion intestinale rentra immédiatement dans la cavité du bas-ventre;, et sans qu'on fût dans l'obligation d'opérer sur elle aucun effort. En pratiquant ensuite, et avec ménagement, l'opération du taxis, une partie de la masse épiploïque put être également réduite ; mais le reste ayant présenté de la résistance, loin de froisser cette membrane en continuant des manœuvres inutiles, je la laissai au dehors, abandonnant à la nature le soin de sa réduction. Je me contentai seulement de lenvelopper sur toutes ses faces dans un linge fenêtré, enduit de cérat, afin de l’isoler des parois de l'abdomen, et autant que possible, des bords de la solution de continuité. Quelques compresses, trempées dans du vin chaud et appliquées sur la tumeur épiploïque, des cata plasmes émolliens posés sur les parties environnantes , et un bandage contentif terminèrent l'appareil. Une saignée du bras et des boissons mucilagineuses à la glace furent prescrites. Nous fimes fléchir les cuisses sur le bassin, et au moyen de coussinets placés sous ces parties, nous les maintinmes dans cette position : enfin nous recommandâmes le repos le plus parfait. }

Cependant, malgré ces soins, des douleurs intestinales assez intenses ne tardèrent point à se faire sentir ; un mouvement fébrile eut lieu; les évacuations alvines furent supprimées , et le som-

AVEC ISSUE DE I'ÉPIPLOON. 4x7 meil se perdit. Le pédicule de l'épiploon se boursouffla etégala bientôtle volume du poing. Dans cet état, l'injection des vaisseaux permettait facilement de les voir et de distinguer jusqu'à leur trajet. Heureusement les moyens antiphlogistiques que je Îis continuer avec persévérance, et parmi lesquels les ventouses scarifiées tenaient le premier rang, les lavemens émolliens dont on faisait un fréquent usage, et quelques potions huileuses que jordonnai lorsque la constipation devenait trop opiniâtre, apaisérent ces accidens et rétablirent insensiblement les fonctions intestinales dans leur état habi. tuel. La tumeur épiploïque, après s'être élevée au volume que nous avons désigné, et s'être portée à un degré: d'épaississement sensible’ sous l'in- Îluence du travail inflammatoire dont cette membrane avait été saisie, diminua également de jour en Jour, et rentra, d’une manière assez prompte, dans la cavité abdominale, en opérant: d’elleméme la destruction des adhérences cellulaires momentanées qui s'étaient établies entre la tumeur et les bords de la plaie. Enfin le malade sortit de Thôpital, parfaitement guéri, le 15 Juin suivant.

Le peu d’accidens dont cette blessure à été accompagnée ; et les résultats favorables ‘que nous avons au contraire obtenus, tiennent certainement à ce que, dans cette circonstance ; les secours ont été administrés avec promptitude, et avant que l'étranglement de l'épiploon ait pu se prolonger assez pour déterminer une violente in-

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