‹ Clinique chirurgicaleChapitre 33 sur 47 · II · texte numérisé non relu

II

hi8 . DES PLAIES

flammation dans cette membrane, laquelle se serait sans doute ensuite propagée profondément dans la cavité du bas-ventre.

Les plaies qui affectent lhypocondre droit peu: vent exister aveé ou sans pénétration dans l’organe hépatique; mais lon comprend d'avance qu'il n’y a que celles portant atteinte à la propre substance de cet organe qui présentent de: l'intérêt et doivent principalement fixer notre attention. En se rappelant aussi les rapports ariatomiques du foie avec la cavité droite de-la poitrine, c'est-à-dire la saillie considérable que-cet organe détermine dans cette cavité , jusqu’au niveau du bord inférieur de Farc. de la septième côte; l'on concevra également que ces sortes de solutions de continuité, doivent être souvent compliquées de lésions à l'organe pulmonaire , soit que l’armeait marché obliquement de haut en bas; soitqu’elle ait pris une direction contraire. Alorsil peut y avoir épanchement de fluides sanguins: dans les deux ‘cavités où dans l’une d'elles seulement, accidens que lon reconnaîtra aux Rem qui leur sont propres. | | Mais en écartant toute idée-de complication, quels sont les signes particuliers qui peuvent indiquer que le foie a été atteint? Ils seront plus ou moins équivoques ou certains, selon la super-

LE

DU FOIE: 419 ficie ou la profondeur de la plaie dans l'épaisseur de l'organe. Cependant il est une circonstance particulière où le diagnostic peut être très-difficile à établir; c'est le cas où un projectile, quoique étant à la fin de sa course, aurait eu encore là force nécessaire pour traverser d'avant en arrière le côté droit de la poitrine, au niveau de la voûte du diaphragme, et aurait pu frapper ‘sur cette voûte élastique sans la rompre, bien qu'il eùt déterminé, dans la portion du foie située immédiatement au-dessous, une solution de continuité plus ou moins profonde, phénomène toutà-fait semblable à celui: que produit le boulet qui, sur la fin de sa course, rencontre un corps arrondi, tel que la cuisse de l'homme vivant. On sait en effet que , dans ce dernier genre de lésion, la peau reste intacte, et que l’on trouve néanmoins dans l'épaisseur du membre, le fémur rompu en éclats etles muscles déchinéai ou dilacérés, comme les parties les moins élastiques.

Dans tous les cas, et quelque sg sb que soit la lésion du foie, il survient immédiatement dans les fonctions dela vie intérieure un tel trouble, qu'en très-peu de momens le malade paraît être dans le dariger le plus imminent. La peau de la surface du corps se couvre d’une teinte jaunâpre : ; l'œil ést cave, triste et larmoyant; le froid s’empare des extrémités; les nausées , le hoquet et les angoisses se déclarent ; le pouls est petit et fébrile l'urine sanguinolente et rare; les excrétionsalvines

had = DES PLAIFS sont dépourvues de la teinte bilieuse; la voix s’éteint; la respiration est courte, plus ou moins laborieuse , et l'anxiété extrême. Enfin ces accidens s'aggravent rapidement et font périr le sujét, si l'art ne vient au secours de la nature; encore de: vons-nous dire que s'il s’opère, dans la cavité péritonéale, un épanchement des matières bilieuses, il n'est plus aucun moyen de sauver le malade, car cet épanchement est nécessairement mortel !, Danses solutions de continuité de lhypocondre droit, avec lésion de l'organe hépatique, la premiere indication qui se présente est de débrider profondément la plaie, d'extraire avec les précautions convenables les corps étrangers, s’il en existe ; d'appliquer ensuite sur la blessure même, sil y a du sang extravasé dans le tissu cellulaire entamé, une ou deux ventouses sèches; d'en appliquer de scarifiées sur les environs, et enfin de répéter cette opération, lorsque les douleurs locales se manifestent avec un peu d'intensité. Après avoir réduit par tous ces moyens la plaie à toute la simplicité possible , on en rapproche les bords et on les maintient en rapport avec quelques bandelettes agelutinatives, un linge fenêtré trempé dans du vin miellé, etun bandage simplement contentif.

! Les projets que quelques jeunes anatomistes ont commu niqués à l’Académie royale de Médecine , à l’effet de pratiquer une suture Sur une plaie d'arme blanche qui aurait ouvert la

vésicule du fiel, sont inadmissibles et impratiquables chez l’homme.

Les ventouses surtout ont la propriété de faire sortir le sang épanché dans les sinus de la plaie ; de dégorger les vaisseaux affaiblis par l'ébranlement que-leur a fait éprouver action du projectile ; de favoriser la résorption des fluides épanchés , et de prévenir l’inflammation par la révulsion ou lirritation qu’elles produisent à l'extérieur, où tout au moins d'en diminuer les effets. Les saignées générales n’ont pas les mêmes avantages, et doivent être ménagées : elles amenent surtout la faiblesse et disposent à ladynamie. Il faut enfin préserver l’intérieur de la plaie du contact de l'air, faire observer au blessé une diète sévère ,'le mettre à l'usage des boiïssons rafraïchissantes, mucilagineuses et laxatives, selon les circonstances.

Nous aurions pu sans doute donner une plus grande étendue à la description des solutions de continuité qui nous occupent en ce moment, mais nous avons dù nous borner à ce qui précède, parce que les observations suivantes, destinées à appuyer nos principales réflexions, suppléeront suffisamment aux détails que nous avons pu omettre. Si)

1° Observation. — Un jeune officier d'infanterie légère, atteint à la bataille de Dresde, en 1815, d’un coup de balle à l’hypocondre droit, avec fracture de la neuvième côte et lésion au foie, a été conduit. à la guérison. Je me trouvais à l’hôpital des officiers, lorsqu'il y fut transporté ; peu de momens après avoir reçu le coup. La balle, en

träversant d'avant en arrière l’é épaisseur de l’hypocondre, avait fracassé le point le plus saillant dela courbure de la côte précitée, et avait laissé dans les tégumens un pont d'environ deux pouces dé tendue : il y avait eu une assez grande effusion de sang, parce que l'une dés artèresintercostales avait été déchirée.

J'incisai d'abord le lambeau du tégument occupant l'intervalle des deux plaies ; je détachai et emportai plusieurs esquilles de la côte fracturée ; je coupai , avec une tenaille incisive, une pointe saillante de l’un des fragmens de cette côte, qui aurait piqué les parties et gêné les pansemens ; j'étendis lincision inférieure sur la sortie de la balle, en arrière, pour faciliter l'issue des fluides; je rapprochai ensuite les bords de la plaie, laissant cependant un hiatus à la partie déclive , et je les fixai en rapport, au moyen d’un linge fenêtré trempé dans du vin chaud fortement miellé. Le foie avait été superficiellement entamé , ainsi que nous lavons dit, à sa surface convexe, et immédiatement sous les attaches du diaphragme. Des boissons délayantes et acidules furent prescrites, ainsi que le repos et la diète. La douleur locale, les angoisses et Janxiété se calmerent. En général , le malade se trouva soulagé, et il passa les trois premiers Jours sans dééident notes mais à cette époque, ceux de l’inflammation s étant déclarés , je fis appliquer autour de la plaie d’autres ventouses scarifiées, et j'insistai sur l'usage des délayans mucilagineux. Les

= ann

DU FOIE. 423 pansemens se faisaient rarement et avec les précautions indiquées. Ce traitement fut continué assez long-temps et employé avec un succes COInplet, car le malade fut guéri avant le soixante: dixième jour. |

Jve Observation. —-Nous avons obtenu un succès semblable à l'occasion d’un coup d'arme blanche que le nommé Tingueli, âgé de 40 ans, sergent au 7" régiment d'infanterie de la garde, reçut le 14 juin 1821. La pointe du sabre dont ce militaire fut frappé, avait produit une lésion au bord inférieur du cartilage de la onzième”côte , et pénétré obliquement à quatre pouces de profondeur, en CO toyant heureusement le bord du foie, et en n’atteignant que Ja superficie de cet organe. Cette blessure, quoique simple en apparence, pouvait , comme dans le cas précédent, à cause des relations sympathiques du foie avec les organes thorachiques et abdominaux, déterminer des accidens consécutifs, plus ou moins graves, et relatifs aux degrés de l'inflammation qui devait inévitablement survenir: aussi, pour empêcher ou pour diminuer, au moins autant que possible , les effets de cette solution de continuité, nous fimes appliquer , immédiatement après l'entrée du blessé à l’hôpital , des ventouses scarifiéesaux environs de la plaie, dont nous avions nous-même opéré le débridement. Ces moyens procurérent au malade un peu de soulagement, et dissipèrent la difficulté de respirer qui déjà s'était manifestée.

Ce caline ne dura que pendant quelques momens ; car, dés le deuxième ou troisième Jour, des signes de gastrite s'annoncèrent, et nous vimes reparaître la difficulté de respirer, résultat évident de lirritation portée par les communications nerveuses au diaphragme et aux parois de la poitrine. Un mouvement fébrile s'établit; une céphalaloie assez intense se déclara; l’hypocondre devint douloureux et fut atteint d’une légère tuméfaction. L’application de quelques ventouses mouchetées , l'usage de boissons mucilagineuses rafraïichissantes, ainsi que l'emploi de quelques lavemens et d’un ou deux pédiluves sinapisés, amenerent une détente favorable.

Mais sans doute linflammation, en abandonnant Îles parties extérieures » S'était portée dans l'intérieur de l'organe hépatique » Puisque vers le

25 du même mois, le malade se plaignit de douleurs sourdes plus profondément situées ,

et éprouva de nouveaux symptômes gastriques , plus intenses que les premiers. Il S'y joignit même bientôt des signes manifestes d'adynamie, qui nous annoncérent une altération profonde des nerfs de la vie intérieure. Heureusement nous apaisämes successivement, quoique avec lenteur, ces accidens , au moyen d’un vomitif préparé à froid, en renouvelant encore, et à diverses reprises, l'application des ventouses, et en mettant en usage d'autres révulsifs, au nombre desquels fut un large vésicatoire modifié que nous fimes poser à la par-

tie latérale droite du thorax. Ces moyens excitèrent probablement un travail salutaire, qui permit la résolution de la maladie, ce dont nous fûmes assurés peu de temps apres par le sédiment épais et purulent des urines, et par la teinte jaunâtre qui se répandit sur tout le corps.

Néanmoins Tingueli ne put sortir de lhôpital que trois mois après son entrée. Sa plaie fut assez ; long-temps à se cicatriser, et lorsque ce malade faisait des mouvemens un peu brusques du corps, il s’opérait encore des impressions douloureuses dans lhypocondre droit , à cause de quelques adhérences sans doute mal depodées qui ne permettaient plus aussi bien le jeu des contractions musculaires.

Quoique les observations, dont il nous reste à tracer l’histoire, aient toutes eu un résultat funeste , elles n’en sont pas moins importantes pour constater et prouver les désordres considérables, qui peuvent être la suite du genre de blessures sur lesquelles mous nous entretenons, et de leur communication avec les cavités thorachique et abdominale.

IT" Observation. — Un soldat du premier régiment d'infanterie de la garde, nommé Michaud (Eloi), âgé de 22 ans, reçut, le 7 mai 1824, en jouant avec un de ses camarades , un coup de feu presque à bout portant, dans la partie latérale droite de la poitrine. L’arme s'était trouvée dirigée de manière que la balle , après avoir frappé l'extré-

426 DES PLAÏIES

mité antérieure de la sixième côte près de son cartilage, s'était portée au tiers postérieur de la courbure de cette côte, dans l’épaisseur du bord du muscle grand dorsal, où elle était sortie. Dans

son trajet , ce projectile avait fracassé et réduit en.

esquilles tout le centre de l'arc de la côte, et traversé une portion du lobe moyen du poumon, en sinclinant, dans sa parabole déjà commencée, vers la voûte du diaphragme, pour sortir, à l'endroit que nous avons indiqué, dans l'intervalle des sixième et septième côtes.

Ce coup de feu ayant été immédiatement suivi de

la chute du blessé et d’une hémorragie considérable, l’infortuné , qui avait involontairement produit cet accident, pousse des cris de désespoir et se fait entendre de tous les soldats de la caserne. On accourt, on relève le blessé, on couvre sa plaie de mouchoirs, et on le transporte aussitôt à l'hôpital, où je le reçus au moment où je venais de finir ma visite; il était presque mourant et privé de toutes ses facultés sensitives. *

Après l'avoir fait déshabiller, réchauffer et coucher dans une chambre particulière, nous procédâmes au pansement de ses plaies. La première était située à trois travers de doigt du sternum, et à une distance à peu près égale du mamelon droit; la deuxième, plus étendue, répondait, à cinq ou six travers de doigt, au bord antérieur du muscle grand dorsal. Ces deux plaies, de forme arrondie, avaient leurs bords déchirés et attrits. Je me hâtai

DU FOIE. 27 d'en opérer le débridement et d’en extraire toutes les esquilles mobiles et isolées, et J'excisai, avec la tenaille incisive, les pointes de l'extrémité antérieure de la côte fracturée, qui auraient déchiré d'autant plus facilement le poumon, qu'au lieu de s'affaisser et de s'éloigner de l'ouverture de la poitrine, cet organe se boursoufflait et faisait hernie au-dehors. Comme la côte avait été fracassée dans une grande étendue, la résection faite et toutes les esquilles mobiles enlevées, il en résulta une ouverture assez considérable, proportionnée à la déperdition de substance. Pendant cette opération, que nous avons faite avec toute la promptitude possible et les précautions nécessaires, pour nous opposer à l'entrée de l'air, il y eut néanmoins une évacuation d’une assez grande quantité de sang noir et écumeux qui s'était accumulé dans la poitrine. Enfin ces plaies furent réunies au moyen de bandelettes agglutinatives et maintenues avec des compresses épaisses et un bandage contentif. Le blessé fut couché sur un plan incliné, et nous prescrivimes des boissons mucilagineuses, nitrées, à la glace, des saignées locales au moyen de ventouses, et une saignée générale, si elle devenait nécessaire. ; -

Ce pansement était à peine fini que notre jeune soldat se trouva soulagé; il reprit l'usage de ses sens; le pouls, la chaleur se développérent graduellement, et la respiration devint beaucoup plus facile. Le reste de la journée fut assez calme; mais

dans la soirée, comme le pouls s'était élevé et qu'il y avait un mouvement de fièvre, le chirurgien de garde fit une large saignée du bras et prescrivit des émulsions anodines.

Le lendemain, le malade nous dit éprouver une douleur profonde extrêmement pénible au côté droit, au-dessous de la plaie; l'oppression avait augmenté, et le sujet était dans une anxiété extrême. Sans toucher aux principales pièces d'appareil, nous levämes le bandage de corps, et nous appliquämes, sur les points douloureux, plusieurs ventouses mouchetées qui parurent procurer au malade beaucoup de soulagement. Nous prescrivimes des lavemens émolliens anodins, et nous insistâmes sur le régime antiphlogistique.

La nuit suivante fut orageuse, et le lendemain ,

à notre visite, nous trouvâmes tous les signes d’un

épanchement considérable : les fluides contenus dans la cavité thorachique commencaient à écarter les pièces de l'appareil. Comme la plaie postérieure correspondait au point déclive de cette cavité ÿ aprés avoir levé tout ce qui la recouvrait, nous en écartàmes les bords, et nous introduisimes dans la poitrine une grosse sonde de gomme élastique, à l'aide de laquelle nous fimes évacuer environ quatre palettes d’un liquide de couleur lie de vin. Le malade se trouva encore soulagé, et nous avions même conçu quelques espérances de salut, lorsque, peu de momens après cette opération, ilse plaignit de nouveau de son point de côté, auquel se joigni-

rent des nausées, des douleurs de colique et une

diarrhée bilieuse, avec ténesme et rétention d’urine.

Le ventre se météorisa, le pouls devint petit,

nerveux, tous les accidens s’aggravèrent, et notre

malade mourut dans les angoisses les plus cruelles,

au milieu de la nuit du deuxième au troisième. jour de l'accident. |

Autopsie. — Le cadavre de ce sujet, examiné vingt-quatre heures après la mort, offrait des formes athlétiques et les deux plaies dont nous avons parlé.

La poitrine ayant été ouverte, on trouva la partie inférieure du lobe moyen du poumon droit percée d’outre en outre dans un trajet d'environ un pouce. Les ouvertures étaient oblitérées’ par des caillots sanguins, et adhérentes au bord correspondant du lobe inférieur. La sixième côte était fracturée dans son milieu, et présentait une perte de substance de deux travers de doigt. La cavité thorachique contenait encore une: palette du même liquide de couleurdie de vin.

Le diaphragme offrait, dans le point le plus saillant de sa convexité, une sorte d’ecchymose “circulaire, avec déchirure de la plevre qui recouvrait cette portion charnue du muscle, tandis que celle-ci n’était pas même entamée, et cependant, à l'ouverture du bas-véntre, nous avons trouvé une crevassé en rayons dans la portion convexe du foie qui correspondait à la contusion du diaphragme, et les rayons de cette crevasse s’étendaient à plus

nn pouce dans l'épaisseur de ce viscère. Une très-grande quantité de matière bilieuse et sanguine était épanchée dans la cavité péritonéale, surtout du côté droit. Tout l'appareil séreux des intestins et des autres viscères du. bas-ventre était enflammé et couvert de villosités vasculaires. Les membranes muqueuses étaient intactes.

C'est certainemént à l'altération profonde du foie et à l'épanchement des matières bilieuses et sanguines dans le bas-ventre qu'est due la mort prompte du sujet; car, malgré le désordre qui existait dans les parois de la poitrine, la blessure n'avait offert encore aucun accident très-grave, et elle était, sous ce rapport, susceptible de guérison. | |

Cette observation prouve aussi, d’une manière bien manifeste, que le projectile avait déterminé, dans l'organe friable du foie, par le choc qu'il avait imprimé au diaphragme sans y produire aucune lésion , les mêmes effets que le boulet de Caron , à la fin de sa course, opère sans entamer la peau, sur l'os ou les os d’un membre. À

IV*® Observation. — Un des premiers canonniers du corps d'artillerie à cheval de la garde royale, -normmé Ribel, fut apporté à l'hôpital le 20mai 1824, pour y être traité d’un coup de sabre qu'il venait de recevoir, dans un combat singulier, au côté droit de la poitrine. Cette blessure, ayant environ un pouce et demi de longueur, se trouvait située à trois travers de doigt au-dessous du ma-

DU FOIE. 43ÿ

melon droit, parallèlement au bord supérieur de la septieme côte, et pénétrait profondément dans l'intérieur de la poitrine, un peu obliquement de droite à gauche et de haut en bas. (Ce canonnier .‘ était fendu sur son adversaire, lorsqu'il reçut lé coup; nous le jugeâmes par la direction de la plaie.)

Le blessé était dans un état de suffocation et de faiblesse extrême; il avait perdu beaucoup de sang , et la plaie en fournissait encore de vermeil ; mêlé . bulles d'air. Ainsi que chez le sujet: es l'observation précédente, le poumon faisait saillie dans l'ouverture de l'intervalle intercostal. Le pouls était presque nul, le visage décoloré; les extrémités étaient fénidés;

Nous opéràmes un léger nent: aux dés angles de la plaie, dont les bords furent rapprochés et maintenus en contact au moyen de bandelettes ag olutinatives et d'un appareil convenable. Ce pansement nous parut suspendre l'issuë» fur neste qui menaçait de très-pres l'existence de ce canonnier, et il Le soulagea en effet d’une manière bien sensible, puisqu'il passa le reste de la journée et la nuit suivante dans un calme favorable: Cependant la chaleur et le pouls s'étant développés! le chirurgien de garde jugea convenable de lui ouvrir la veine du bras à plusieurs reprises.

Le, lendemain, le malade se trouva beaucoup mieux , et l'appareil était à peine humecté d’un peu de sérosité roussâtre. Mais ce canonnier se plaignait d'un point douloureux extrêmement pé-

432 DES PLAIÏES

nible dansle centre de l’hypocondre droit, et qui lui sembläitse prolonger jusqu’à l'épaule dumémecôté. Plusieurs ventouses mouchetées, appliquées au bas de l’hypocondre, n’apaisèrent qu'instantanément la douleur, car elle se reproduisit bientôt après avec des coliques violentes, de l’oppression, de la tension dans le bas-ventre, de la soif, des nausées, etc. La nuit fut tres-orageuse, et le lendemain noustrouvâmes l'appareil entièrement mouillé par une sérosité d’un jaune safrané. Ce phénomène, la dyspnée, l'oppression, l’écartement des fausses côtes et leur immobilité m’assuraient bien un épanchement dans la cavité thorachique. Je ne pouvais cependant en déterminer, d’une manière précise, la nature; mais la couleur jaune du fluide qui avait mouillé l'appareil me fit présumer qu'il était principalement formé par la bile, préjugeant que le foie avait été lésé à travers les parois de la poitrine. Enfin, convaincu de lexistence de l'épanchement, et sachant que Ja plaie occupait Justement le point le plus déclive de la cavité, le lieu d'élection pour l'opération de l’empyème, nous n'hésitâmes point à rouvrir cette blessure, ét à y introduire une grosse sonde de gomme élastique, à l’aide de laquelle nous évacuâmes environ quatre palettes d’un liquide jaune, sanguinolent : nous en fimes analyser une portion, dans laquelle on a tronvé les principes de. la bile. Le malade fut instantanément soulagé ;, mais quelques heures après tous les accidens. allérent en

DU FOIE. … 433 augmentant ; il fallut renouveler le pansement , et nous appliquâmes des cataplasmes émolliens sur le bas-ventre, qui se météorisait par degrés. Néanmoins les douleurs saggrayérent; un flux diar:: rhéique se décla ra, et la sécrétion de l'urine sesuspendit. Nous ne doutämes plus alors del épanchement de la bile dans les deux cavités. Le pronostic devenait en conséquence très-fâcheux. En effet le malade succomba dans la nuit du cinquième au sixième Jour, apres avoir éprouvé des angoisses très-pénibles.

Autopsie. — Nous procédâmes : al ouverture du cadavre vingt-quatre heures après. Voici le résultat que nous en avons obtenu.

1° Une ouverture transversale existait au Lau antérieur du lobe inférieur du poumon, et était obturée par un coagulum sanguin, avec des adhérences profondes , et épanchement, dans la même cavité de la paitr ine, d'environ un demi-litre d’un liquide jaunâtre évidemment bilieux ; 2° le point central de la voûte du diaphragme était incisé dans une étendue d'à peu près un pouce de longueur ; 3° une plaie semblable s ‘observait dans la portion correspondante du foie, et se prolongeait, dans son épaisseur, jusqu’au sinus de la veine porte-hépatique. Le pourtour de cette plaie, d’un bleu foncé, avait contracté des adhérences avec les bords de celle du diaphragme ; :4° le même fluide bilioso-sanguin,, que nous avions trouvé épanché dans la poitrine, l'était FERsFAeRE dans le | IL, 2

43% DE L'HÉPATITIS.

bas-ventre, mais en plus grande quantité; 5° la membrane séreuse était fortement enflammée, et tous les intestins, couverts d’un réseau vasculaire injecté, avaient contracté des adhérences mutuelles. Les membranes muqueuses de tout le canal digestif étaient saines. ee

L'on concevrait difficilément comment larmé vulnérante avait pu léser le foie, surtout aussi profondément , dans la direction perpendiculaire qu’elle semblait avoir prise, étant entrée dans la poitrine par l'intervalle des sixième et septième côtes, si l’on ne savait que cette arme (nommée sabre bancal) a une lame d’environ trente-deux pouces de longueur sur trois quarts de pouce de largeur, et courbe dans toute son étendue; de telle sorte qu’elle a fait son chemin dans la poitrine et dans l'épaisseur du foie, sa courbure en avant et un peu à droite, le sujet sétant trouvé incliné dans cette même direction. Pour compléter , d’après mes observations, l'histoire des lésions du foie , nous allons retracer ce que nous avons dit, dans nos Campagnes , sur l’hépatitis. |

DE L'HÉPATITIS.

M. Péndant la campagne d'Egypte (en 1800), les fatigues, les privations et les chaleurs brülantes que nous àvions essuyées dans les déserts, ayant

DE L'HÉPATITIS. 435

causé, aux individus d’un embonpoint plus ou moins considérable, une altération notable sur la substance adipeuse des omentums et du tissu cellulaire, altération dont les effets s'étaient portés He eMOnE sur l’organe hépatique, bientôt son appareil vasculaire et glanduleux, dont l’extrème divisibilité favorise la stagnation des fluides dans cette masse granuliforme, s'était engorgé et enflammé, et l’inflammation , à raison de son intensité et de sa marche rapide, s'était terminée presque toujours par la SPA surtout lorsque le malade n'avait pas reçu à temps les secours nécessaires. L’irrégularité des symptômes de cette affection et l'insuffisance des remèdes que conseillent les auteurs, me portèrent alors à faire des recherches plus exactes’, afin d’en découvrir les causes et les effets, et d’en arrêter les progrès. Il me fallut même plonger l'instrument tranchant dans le bas- ventre pour parvenir jusqu'aux abcès qu’elle produisait. Ces abcès et l'inflammation qui les prépare font le sujet des réflexions suivantes, déjà publiées dans mes Campagnes.

Yhépatitis commence par un mouvement de fièvre, accompagné de douleurs vagues, d’assoupissement, d’une sorte de dyspnée passagère, et de la perte de l’appétit. Ces symptômes, dont la saison et la chaleur plus ou moins brülante du climat déterminent principalement l'invasion, ont une marche plus ou moins lente, et sont ensuite suivis

436 | DE D'HÉPATINIS.

d'une maigreur générale, dut les progres sont -

FO assez rapides La PE se sèche, le teint prend À

une couleur jaunâtre ; le bas-ventre se tuméfie, et les ‘digestions sont lentes et difficiles. Bientot le malade éprouve ; dans les hypocondres, surtout dans l ‘hypocondre, droit, un oi douloureux qui, dans cette dernière région , s'accompagne d'un sentiment de pesanteur, augmentant lorsqu’i il se couche sur le côté opposé ou lorsqu il est debout. La douleur devient plus intense par Ja pression exercée sur la même région; et elle se propage sou vent, surtout si l inflammation a son siége dans la face convexe du foie, le long du nerf diaphrag matique et du nerf accessoire de Willis, du même cÔtÉ, à raison des communications réciproques do ces branches nerveuses. C’est par cette sympathie qu on explique les douleurs de l'épaule, qui ne sont pas toujours constantes, et qui existent même rarement , lorsque inflammation se borne à à un des points du bord libre du foie ou de sa face concaye. La fièvre prend alors plus d'intensité, et s accompagne ( de chaleur intérieure, de gêne dans la respiration, d angoisses, et souvent d’envies de vomir ; le#foie acquiert un volume si considérable, qu'il il dépasse le rebord des fausses côtes et quil forme une proéminence au-dessous de l'hypocondre. Il y à aussi ordinairement rétention de la bile , à cause. de la sécrétion abondante qui s en est opérée dans les premiers instans de l irritation, et à cause du spasme qui survient aux intestins et au

Pau

DE D'HÉPATIMS. 13) Canal cholédoque par l'effet. de la chaleur et de

la fièvre.

1 Tito

Il en résulte quelquefois, au-dessous br fausses L44 ep £ sa

côtes, une tumeur avec fluctuation , qu on poar-

rail confondre avéc un dépot, hépatique; Mais ) AXE cette tumeur symptoniatique cède ordinairement à

£ \i l'emploi des hoyens indiqués contre Pinlamma-

tion. Enfin lorsque celle-ci fait des progres. , ‘tous ” + RER È À les accidens augmentent successivement pe JU au

| FLO huitième, neuvième ou dixième j jour au pl us cute | IUTeUS Les douleurs deviennent poignantes; a êvre est

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les 1 urines se colorent d’une teinte roussätre ef c u-

lent avec difficulté ; ; quelquefois ï il Y. a diarr 16e , et

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il ne saurait y va avoir jaunisse générale, k puisque E la bile ne peut être reprise par les vaisseaux absorbans , : ni répandue par conséquent à l'exte- AIRE La ja participe is à cette mala à

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couvre d'un enduit blanchâtre ; et auihd le dépôt

s'est formé dans un point du pr libre du foie,

DE L'HÉPATITIS,

ou vers Sa face cOncave; il fait ordinairement sail-

lie sous les fausses côtes, de manière que l’on peut

sentir la fluctuation à travers les parois musculeuses du bas-ventre,

Si le dépôts est ré au contraire à la face convexe de l'organe hépatique, il se développe vers la cavité de la poitrine; il amincit, perfore le diaphragme, et distend la plèvre qu'il pousse vers l'intervalle des côtes, où les deux feuillets correspondans contractent des adhérences. Le pus fuse ensuite à travers les muscles intercostaux, sort de la cavité et se prononce sous les tégumens. Là, le dépôt se manifeste par une tumeur plus ou moins sensible , profonde ou superficielle; il y a fluctuation au centre, et la circonférence reste dure : le changement de couleur à la peau ne survient que par la quantité du pus accumulé , ou par sa mauyaise qualité, qui altère les tégumens. En pressant cette tumeur, surtout si le sujet est irritable, | lon y sent, souvent des pulsations. Ce fait, que j'ai ob-

servé plusieurs fois, pourrait faire prendre cet !

abcès pour : un anévyrisme ; mais il sera facile de l'en distinguer , si l’on fait attention, d abord, que les vaisseaux des parois du bas-ventre et de la ‘ci trine sont fort petits, et disposés de manière à ne ‘pouvoir devenir anévrismatiques; ensuite que. les principales artères, répandues dans les cavités, ne pourraient former Nés. tumeurs assez considérables pour devenir proéminentes dans les régions où ces dépôts se prononcent. Lorsque ces pulsations sont

ar

DE L'HÉPATITIS. 439

r légères et permanentes, elles dépendent des artères

qui sont en rapport avec les parois du kyste; mais

celles qui sont excitées par une cause irritante

quelconque, ou par la pression, dépendent d'un mouvement spasmodique qui s'établit dans le kyste et dans les membranes voisines, où la sensibilité est très-forte, à cause de l'état de maladie dans lequel se trouvent ces parties : cela est si vrai que, lorsqu'on cesse de comprimer la tumeur, les pulsations disparaissent et se reproduisent alternativement par les mêmes causes. Il suffit d’ailleurs d'étudier la marche des abcès au foie pour distinguer cette affection de l’anévrisme, qui présente des symptômes d’un tout autre caractère.

Les dépôts qui communiquent dans la poitrine conservent un kyste particulier qui s'oppose ordinairement à l'épanchement du pus dans cette cavité. Quelquefois cependant le lobe inférieur du poumon contracte des adhérences avec le diaphragme dans les points correspondans au dépôt, et lorsque la matière a détruit les cloisons qui séparent, du foyer purulent, le tissu lobulaire de ce viscère, elle passe dans le système bronchique et peut être ‘expulsée par l’expectoration: Ge cas est néanmoins assez rare, et l’on observe plus souvent que le pus, après avoir franchi la cloison du diaphragme, s’épanche dans la cavité de la poitrine, et forme un empyème purulent. Ces accidens particuliers sont accompagnés des signes communs à Ja phthisie et à l'empyème. | ;

4ko D L'HÉPATITIS.

Les dépôts du bas-Vehtre, lorsqu'ils ont même dépassé la périphérie du tés conservent 6 galement un Eh qui agente en étendue x 1e en épaisseur, À à raison de l'accumulation des fluides qui forment tes dépôts; cependant lorsque l’accumulatiün est portée à un très-haut degré, les parois du kyste se rompent , et le | pus s’épanche dans 1à cavité du bas-ventre. La mort suit de prés cet accident, que j'ai vu arriver plusieurs fois; c'est pourquoi il faut se hâtér de faire l'ouverture de l'abcès. Mais il Arrive aussi quelquefois que les parois du dépôt contractant des adhérences avec léstomac, plus Souvent avec l'intestin colon transverse, le pus passe dans leur cavité, et s'évacue par lés éellés: on en à vu plusieurs exemples. L'observation de la maladie de la femme d'un sergent de mineurs est surtout remarquable par cétte hetireuse ‘terminaison. Il en sera païlé plus bas. A;

Il était trop important de connäiître les différentes causes qui ont produit l hépatitis « en Égypte, pour qu’elles pussent être long-temps ignorées des gens dé Part. La chaleur brülante de ce climat, ättiquant avec plus de force les } personnes grasses, tränsmet} à ce ‘qu il paraît, une grande quantité ‘dé MSA dans la graisse , qui se liquéfie et Shÿdrogénifié pour ainsi dire. Le mouvement spasmodique et de rétractiôn qui survient dans le tissu adipeux et dans la pèau , détérmine sans doute une compression uniforme plus ou moins considé-

DE L'HÉPATITIS. Uni rable sur cette humeur renfermée däns lës cellules de son tissu, et y produit un mouvernént SI )0ntané ; ford alors de Aiapper par les voies qui lüi offrént lé moins de résistance, la graisse, principalemerit celle dont les épiploons $ont chargés, se dissipe par l'amaigrissement subit du sujet. Le foie ést le prémier à se ressentir dé te chañgément du système adipeux : en effet il sémble que les principes de la graisse, reportés dans la circulation du sañg, se déposent dans l'organe Hépatique, aux fonctions duquel celles des épiploons 8e rapportent. À l’autopsie des sujets qui meurent préiaturément de cétte maladie, on 4 trouvé dans les branches de la veine porte-ventrale ét hépatique uné süb$tance oléagineuse) miélée au sang noir ét carbonisé que contient ‘ordinairement cétte véihe. Enfin cé viscère s'émbarrasse par l'abord extraordinaire de ces fluides où l’Hydtôgène ét le carbone sont en‘excès, et il éri résulte un foyer de chaleur et d'irritation qui produit nécèssairement son “éngorgement et son inflammation. 1 |

C’est ainsi qué, pour sé procurer de grands foiés

d’oies destinés à la confection des pee où en-

ferme dans dés cagés étroites ces volatiles engraissés , ét qu'on les expose ensuite à üné cRATEU gradual en les privant de toute espèce d'alimens et mène d’eau. Il se déclaré alors un hioüvemeñt fébrile; la graisse éprouvé une sorte’ de fusion ; le foie s'éngorge et acquiert'un Volume énorme ; “8h

h42 DE L'HÉPATITIS,

estime qu'il est au degré que l’on désire quand l’animal est réduit à une extrême maigreur et que la fièvre augmente.

Les vins liquoreux pris en quantité et les li-

queurs spiritueuses sont généralement le fléau de la santé en, Egypte; aussi est-ce avec Juste raison que la loi du Koran en défend l'usage. Ces liqueurs ont beaucoup contribué, de concert avec la chaleur, à déterminer lhépatitis, en agaçant les organes digestifs, dont la sensibilité est extrême dans les climats chauds. Le mouvement systaltique des vaisseaux est augmenté, et il se forme an point d'irritation dans les divers organes, surtout dans le foie, qui est le plus exposé à recevoir l’effet des répulsions de l'huile graisseuse. Trés-souvent encore l'abus de ces liqueurs produit la diarrhée, dont la suppression subite: doune l’hépatitis:

.. L'eau saumâtre, dont les soldats en garnison à Soueys et à Katyeh ont fait usage, a pu contribuer aussi au développement de cette maladie, car les 61% et Go” demi-brigades, qui y sont restées le plus long-temps, sont celles qui ont fourni le plus grand nombre de malades attaqués de dépôts hépatiques. IL paraît que ces eaux, fort insalubres, embarrassent le système biliaire et le disposent à l engorgement.

Enfin à ces causes il faut ajouter la suppression de transpiration, produite par le passage subit du chaud au froid; les fatigues excessives des cam-

DE L' HÉPATITIS. 443

pagnes que nous avions faites dans les déserts de la Lybie ou des frontières de l'Asie; l'usage immodéré des frictions mercurielles pour les affections syphilitiques; les saignées faites mal à propos et les forts purgatifs ou émétiques.

Les personnes tempérantes, d’une constitution sèche, ont été généralement exemptes de cette maladie. |

Le pronostic varie selon le caractère de l'hépatitis, l’état du sujet et la saison : celle du {hamsyn est contraire à toutes les maladies, surtout aux

maladies hépatiques ; les progrès en sont rapides, et celui qui en est attaqué périt he À ment. |

Lorsque l’inflammation n’est pas avancée, on peut'en obtenir la résolution ; mais si l'abcès est formé, il ne reste plus qu’à ci lomilin la maturité et à donner issue à la matière purulente.

…. Danse premier cas on saigne le malade; mais la saignée doit être relative à l'état de pléthore: du sujet, à ses forces et à l'intensité de inflammation. En général, ce moyen est moins indiqué dans les

climats chauds que dans les pays: froids; ainsinil

faut être très-circonspect sur son emploi:Si le:sujet est faible, on peut substituer à la saignée lapplication des sangsues , et:à leur, défaut.cellé des :ventouses héros sur. l’hypocondré;: on calmie ensuite la douleur et on facilitele dégorgemenit par des cataplasmes émolliens. On:fait succéder à ces premiers moyens, des, lavemens..anodins 5: des

44h DE T'HÉPATITIS

émulsions camphrées et nitrées: l'usage d’une tisane acidulée et rafrdichissante, et des lotions d’eau chaude, animée d'un peu de vinaigre, qué Fon fait sur toute l'habitude du corps.

Après deux joursde ce traitement, on fait prendre au malade; le matin, du petit- -lait clarifié; coupé avec la Len ed et birearis: on prescrit Aës lave: mens laxatifs, et on ajoute à la tisane une petité quantité de pbs fraîche de tamärin.

Lorsque la résolution se fait } la fièvre S'apaisé ; la chaleur et la douleur diminuent; lé goniflement extérieur, s’il existe; se Met sraduellement ; ét la sécrétion de labile s’ opère par le relâchement des parties; elle coule dans jé) intestins et rétablit les excrétions alvines.

.Vérsilà fin du traitement ; radthiritéss de légers er préparés avéc les pulpes fraichiés de casse ou de tamarin commun dans le pays. Enfiñ la coritinuation des moyens que nous veñoris{d’ridiquer, lé repos et le régime; conduisaient ordinaäiremieñt le malade à une parfaite guérisoti. Les’ iôxas où autres révulsifs analogues appliqués : sûr Fhypocondre , après qu’on avait calmé la douleur étdiminué la turgescence, accéléraient là résolution. Ces derniers révulsifs doiventiétré éoitfosés dé garot, d'euphorbe ou de touté” autre substance qui pro: duise le: mére effet que’ lé moxa : les mouches cantharides; en excitant les'solides, décomposent les fluides) sürtout: lorsqu’ il y'a diathèse bilieuse. En effet," les muladés’ auxquels on applique dés

yésicatoires eurent plus de peine à guérir; lamala-

die se compliquait d'adynamie, et la convalescence était longue et pénible : ceux au contraire auxquels nous appliquâmes le moxa, l'ammoniaque ; de l'eau bouillante et du garou, furent exempts de ces complications et arrivèrent plus facilement à la guérison. On sait que le célèbre Dumas » professeur de Montpellier, prouve également, ‘par une suite d'observations et d'expériences, que les mouches cantharides sont nuisibles dans toutes

‘les affections bilieuses *.

Si l'inflammation résiste à tous ces ICE sagement administrés, il faut aider la nature à établir promptement la suppuration. A cet effet, on soutient les forces du malade par le régime approprié; on applique des émolliens à l'extérieur, et lon en: tretient le ventre libre par des lavemens.

Si l’abcès s’ouvre dans la cavité du bas-ventre ; le malade est en danger de périr. Il est pourtant

possible, ainsi que nous l'avons dit, que le pus, communiquant avec la cavité de Hifcadehn colon ;

s'écoule au dehors par la voie des selles : dans ce cas, des lavemens répétés, un régime adoucissant et de légers.stomachiques pourront aider le tra: vail de la nature. S'il s'ouvre au contraire dans la cavité de la poitrine, on fera l'opération de l’empyème de nécessité, et l’on se comportera ensuite selon les circonstances.

L Voyez les travaux de la Société philomathique.

Lorsque l’'abcès se manifeste au dehors dans un des points de l'hypocondre, si la fluctüation est sensible et qu’on se soit bien àssuré que la tumeur n’est point formée par la distension de la vésicule du fiel, effet de la rétention de la bile, on doit procéder à son ouverture. Les anciens, craignant de léser les organes ou d’exposer les malades aux hernies consécutives, employaient le cautère actuel ou potentiel pour ouvrir l'abcès : ils avaient en vué de produire une grande perte de substance qui facilität le passage des matiéres, et qui s'opposat néanmoins à l'introduction de l'air extérieur. Ce procédé a ses inconvéniens et ses avantages : on parvient difficilement sans doute avec le fer rouge ou la potasse caustique , à travers les couches plus ou moins épaisses de la peau et des muscles du bas-ventre, dans la paroi de l'abcès hépatique; mais il y ade l'avantage à ouvrir la poche kysteuse de cet abcès avec le fer rouge, tel que le cautère cutullaire; on peut même agrandir l'ouverture s'il est nécessaire avec le même couteau. Pour surmonter le premier obstacle, il faut diviser avec précaution la peau et les bandelettes musculeuses ou aponévrotiques sous-jacentes avec l'instrument tranchant, ainsi que nous le faisons pour les abcès par congestion. La paroi membraneuse du kyste étant mise à nu , on y plonge le fer incandescent auquel on a donné la forme d’un couteau. On aura soin de ne pas entamer inférieurement/l’adhérence contractée entre le kyste et la portion correspon-

DE L'HÉPATITIS. 443 dante du péritoine, afin de prévenir lépanchement des matières dans sa cavité et la sortie des intestins; on peut agrandir cette ouverture supérieurement , autant que les circonstances l’exigent. Il faut établir un parallélisme parfait entre l'incision des tégumens, celle des parties subjacentes et celle des parois du kyste, qu'on à ouvert avec le fer rouge; il ne faut pas craindre de faire une large ouverture ni de donner issue, dès le premier moment s’il est possible, à toute la matière contenue dans l’abcès. La liqueur qui s'écoule est ordinairement de couleur grisätre; cependant elle n'a pas toujours été la même : elle était tantôt plus foncée , tantôt plus claire , et plus ou moins consistante. Pour faciliter l'écoulement des matières, il faut mettre le malade dans une position convenable, et comprimer graduellement le bas-ventre à l’aide d’un bandage de corps. Les pansemens sont simples, et consistent à mettre une pièce de linge fenêtré sur la plaie, de la charpie , des compresses et le bandage approprié. Ces pansemens doivent être renouvelés fréquemment.

IL n'est pas nécessaire de faire des injections, ainsi que le conseillent quelques praticiens : elles pourraient dilacérer le tissu friable et vasculaire du foie, d'ou résulteraient de légères hémorragies, un surcroît d'irritation qui augmenterait les effets de linflammation, et tous les accidens qui en sont la suite. Pendant les premiers jours, la suppuration est abondante; ensuite la couleur des matieres.

448 DE L'HÉPATITIS.

changeant, elle devient louable, et dès lors on peut considérer l’ulcère du foie comme détergé et en voie de guérisane Les pansemens doivent être faits à sec jusqu'à cette époque, et pour empêcher l'adhésion des lèvres de la plaie avant la ciçatrisation des parties intérieures, on introduit une bandelette de linge effilé, trempée dans une liqueur balsamique. On termine le traitement par lusage de quelques préparations aqueuses et légères de quinquina loxa que l'on fait prendre au malade.

Je vais citer maintenant quelques exemples de guérisons obtenues à l’aide de ces moyens. |

1° Observation. — Un sergent de la 22"° demibr rigade d'infanterie légère étant entré à l'hôpitalde la ferme d'Ibrahim-Bey, au Caire, présentait tous les symptômes d’un hépatitis : douleur fixe dans lhypocondre, sécheresse de la peau, maigreur générale, fièvre, insomnie, tension des parois abdominales , constipation et évacuation d'urine de couleur orangée. Le sujet avait été affaibli par Pusage des émétiques et des purgatifs. La suppuration se forma promptement, malgré les moyens que jemployai pour l'empêcher, et une tumeur fluctuante se manifesta au-dessous du cartilage de la dernière vraie côte, près du muscle droit. +

Après avoir mis en usage, pendant deux jours,

les émolliens appliqués à l'extérieur et les boissons adoucissantes prises intérieurement, je procédai à l'ouverture de l’abcès. Je coupai les tégumens etle

DE L'IÉPATITIS. | ‘449

tissu cellulaire par une incision oblique qui s’étendait de lattache du muscle droit au cartilage de la côte, au bas de la tumeur en dehors. Cette première incision ayant mis à découvert le muscle grand oblique, je le coupai également avec les muscles subjacens , parallèlement à ses fibres, et je parvins ainsi à découvrir la tumeur, qu'on aurait d'abord prise pour un anévrisme, à raison des battemens qu’elle donna pendant l'opération. Ces battemens m’arrétèrent un moment; mais lorsqu'ils furent apaisés et que j'eus reconnu leur caractère, différent de celui des battemens de l’anévrisme Je me décidai à plonger un couteau incandescent dans l’abcès. L'ouverture qui en résulta fut suivie de la sortie d’une très-grande quantité de matières couleur lie de vin, mêlées de flocons blanchâtres purulens; j'agrandis enfin cette ouverture haut etbas, et, aprésavoirportéledoigtdanslefoyerdela maladie, je trouvai une érosion superficielle assez étendue dans le lobe moyen du foie, près du ligament suspenseur. Dès ce moment le malade se trouva soulagé; la suppuration fut, les premiers jours, très-abondante et de la même nature; ensuite sa quantité diminua graduellement et changea de couleur en tres-peu de temps. Les parois du foyer purulent se détergèrent; des bourgeons charnus se développérent et nous parurent remplir graduellement le vide qu'avait laissé le fluide évacué, et la plaie, aprés être restée fistuleuse pendant une quaran-

taine de jours , finit par se cicatriser.

450 DE L'HÉPATITIS.

11" Observation. — Un soldat de la 69° se présenta, dans le même hôpital, avec une maladie semblable. L’abcès fut ouvert de la même manière, et la guérison eut lieu à la fin du troisième mois.

rte Observation. — Chez un grenadier de la 88, l’abcès hépatique, qui s'était formé à la face convexe du foie, se manifesta dans l'intervalle des

côtes , au bas de l’hypocondre, où lon sentait la

fluctuation ; j'en fis l'ouverture, et elle me permit de reconnaître le trajet purulent qui passait du foie dans la poitrine, en traversant le diaphragme, queje trouvai perforé vis-à-vis l'intervalle de la septième à la sixième côte. Ce malade, chez lequel Ia marche de l'abcès a été la même que celle des précédens , a été conduit à la guérison par les moyens que nous avons précédemment indiqués.

IV” Observation. — Cette observation est particulièrement intéressante en ce qu'elle nous offre Pexemple d’une guérison spontanée, obtenue par les seuls secours de la nature. La femme d'un sergent de mineurs portait, au bas de l’hypocondre droit, une tumeur faisant une saillie très-sensible au-dessous du rebord des fausses côtes; elle était fluctuante dans le centre, plus ou moins rénitente, et très-douloureuse dans la circonférence. Depuis quelques jours, la malade éprouvait des douleurs de coliques qui paraissaient partir de cette tumeur, et se propageaient vers le bassin. Cette irritation générale me fitsuspendre l’ouverturede l'abcès; je prescrivis Seulement l'usage de lavemens

DE L'HÉPATITIS. A5x émolliens qui la soulageaient beaucoup, de boïssons rafraichissantes et anodines, et de cataplasmes aromatiques appliqués sur la tumeur. Après deux jours de ce traitement , la malade éprouva toutà coup de violentes douleurs vers le fond du dépôt, qui furent suivies de selles copieuses et fréquentes, composées presque entièrement d'une matière purulente et analogue à celle qui était sortie des abcès ouverts chez les malades dont nous venons de rapporter les observations, ce qui‘procura aussitôt du soulagement. La tumeur de lhypocondre diminua sensiblement, les douleurs dispararent, et les matières purulentes continuèrent des’écouler par les selles : on seconda la nature à l'aide de lavemens émolliens, du régime et de légers toniques amers pris intérieurement. Néanmoins cette circonstance , quoique très-favorable, ne doit pas éloigner le chirurgien des préceptes que nous avons indiqués pour labcès hépatique, lorsqu'il est à la portée des secours de l’art, car ilest extrémement rare qu'ils sapin des crises aussi 4vantageuses. | J

V*: Observation. — Un caporal de mn ge PARTS brigade d'infanterie légere ; affecté d’un ‘dépôt h6patique, resta longtemps dans les casernes , où cette maladie fut méconnue , etil n’arriva au grand hôpital qu’à la dernière extrémité. {Les tircon- Stances qui avaient précédé, et les symptômes d uñ épanchement purulent dans là poitrine, me déterminérent à pratiquer l'opération de l'empyème

entre la sixième et la septième côte, en comptant de bas en haut. Je rencontra le foyer purulent, et à la faveur de cette ouverture, il sortit une grande quantité de pus de couleur brunâtre, mêlé de flocons blanchâtres et celluleux. Le malade, qui était près de suffoquer, respira plus librement; l'oppression füt moindre, maisla prostration resta la même; enfin, après plusieurs jours de calme et d'une suppuration abondante, il mourut dans un état d’épuisement. | À l'ouverture du cadavre, je trouvai ulcérées la plèvre et une petite portion du poumon, lequel était réduit à un trés-petit volume. Une ouverture, de la grandeur d’une pièce de quinze sous environ, se rencontrait au-dessus du trèfle tendineux du diaphragme, du côté droit, et communiquait avec la partie moyenne de la face convexe du foie, profondément ulcéré. Si l'on eät fait cette opération dès le moment où le pus s'était épanché dans la poitrine, on aurait pusauver la vie à ce militaire, avec d'autant plus de raison que , suivant le rapport qu'il nous fit, il s'était manifesté, quelques jours avant son entrée à l'hôpital, une tumeur avec, fluctuation de la grosseur d’un œuf de poule, dans l'intervalle des côtes où l'opération fut faite. . Plusieurs individus s'étant refusés à laisser ou- -vrir ces dépôts hépatiques, sont morts par suite des effets de la maladie. L'ouverture de leurs cadavres a présenté le pus épanché dans la partie supérieure du ventre, et borné par le mésocolon.

DE L'HÉPATITIS. 453, Ceux qui au contraire avaient été opérés à temps ont été conduits à la guérison. | VI Observation. — Pierre Cinna , Canonnier du 4" régiment d'artillerie à pied, entra à lhôpital de la ferme d’Ibrahim-Bey pour y être traité d’une dyssenterie opiniâtre, que les astringens , dont on lui avait fait faire usage , avaient arrêtée tout à coup. Il se fit aussitôt une métastase sur le foie , Caractérisée par un malaise général, par une difficulté de respirer, et des douleurs vives et profondes dans l'hypocondre droit. En trés-peu de jours enfin, il parut au-dessous du rebord cartilagineux des fausses côtes, et très-près du cartilage xiphoïde , une tumeur dure, rénitente, douloureuse, sans changement de couleur à la peau, présentant, vingtquatre heures après, un point de fluctuation vers le centre.

Après avoir reconnu l'existence de l’abcès, je me bâtai d'en faire l'ouverture, pour prévenir la rupture du kyste dans la cavité abdominale. Les battemens légers qu’offrait la tumeur ne m’arrétèrent point , par les raisons que j'ai données plus haut. Je plongeai mon bistouri dans le point le plus fluctuant, et je prolongeai l'incision à environ deux pouces et demi d’étendue, haut et bas. Cette ouverture fut immédiatement suivie de la sortie d’une grande quantité de matières grisâtres, tirant sur le brun, et mélées de flocons celluleux et blanchâtres. Je parcourus avec le doigt une partie du foyer de la maladie : il s'étendait supérieurement

VAT DE L'HÉPATITIS.

jusqu’au lobe moyen du foie , dont une portion du bord libre étaitulcérée à quelques lignes de profondeur. Dansles premiers pansemens , lasuppuration futtrès-abondanteetdemême couleur; maisensuite elle changea de nature, et peu à peu sa quantité diminua. On seconda, par des boissons délayantes, l'action des topiques simples dont on faisait usage. Les forces du malade se rétablirent, lulcère se détergea, les parois du kyste s'exfolièrent, les bords de la plaie s'affaissèrent , et après trois mois de traitement, ce canonnier fut en état de sortir de l'hôpital.

Vliw Observation. -- Cependant des médecins célèbres, tels que Bianchi et autres, prétendent que ces dépôts ne se forment jamais dans la propre substance du foie, sans causer la mort des individus qui en sont attaqués, quels que soient les moyens qu'on mette en usage pour seconder la nature; et ils ne les regardent comme susceptibles de guérison, que lorsqu'ils s'établissent dans les portions membraneuses qui recouvrent cetorgane, ou dans le tissu cellulaire environnant. Malgré cétte opinion, nous croyons avoir acquis la certi-

tude que les abcès que nous avons traités avaient

réellement établi leur siége dans la substance même du foie: à la vérité nous convenons que, lorsqu'ils pénètrent profondément dans son parenchyme, ils sont nécessairement mortels. L’observation suivante peut faire résoudre cette double question.

DE L'HÉPATITIS. | 455

Joseph Fath, musicien du corps des grenadiers de la garde des consuls, après avoir fait toutes les campagnes de l’armée d'Orient, fut frappé ; avant son passage en France, de tous les symptômes d’un hépatitis chronique, qui ne l’empêcha pas d'arriver à Paris : cependant l’état de malaise, de faiblesse et de maigreur où il était réduit le cons traignit d'entrer à l'hôpital de la garde. M. le médecin en chef Sue lui administra un traitement approprié qui le soulagea et le mit dansle cas d’obtenir quelques mois de convalescence ; mais son état ayant considérablement empiré, il se fit ramener à l'hôpital le 6 octobre 180».

Consulté par mon collègue, pour prendre avec lui connaisaance du caractère de la maladie , et les symptômes que J'avais sous les yeux m'ayant mis sur la voie, jexaminai avec attention ce malade. L’hypocondre droit était très-élevé, et les cartilages des fausses côtes fortement courbés; dans leur intervalle, se faisait sentir une fluctuation faible et à peine apparente. Au-dessous du rebord cartilagineux des fausses côtes du même côté, se remarquait une tumeur oblongue, laquelle nous

Jaissait apercevoir une fluetuation profonde et assez étendue, qui nous assurait de la présence d’un fluide, accumulé dans un point de la substance du foie ou dans quelques parties voisines.

Malheureusement le malade était dans une situation extrémement désavantageuse. Le pouls était faible et lent, les extrémités , froides; les urines,

A 56 | DE L'HÉPATITIS.

jaunâtres et abondantes, les selles, très-rares, inodores et décolorées ; mais il y avait des vomissemens fréquens de matières décomposées, de couleur et d’odeur stercorales. Le malade n'avait point d’appétit, prenait peu d'alimens, et les vomissait presque aussitôt; il était dans un état d’insomnie continuelle , et constamment couché à droite ou sur le dos; il avait des syncopes fréquentes, et sa respiration était courte et laborieuse ; enfin tout annonçait une mort prochaine,

Malgré la presque certitude de cette terminaison funeste, nous convinmes qu’il était indispensable d'ouvrir le dépôt qui paraissait exister dans la région du foie, et de l'existence duquel je ne pouvais même douter, à cause du grand nombre de sujets que j'avais vus attaqués de cette maladie. En conséquence, je procédai à son ouverture en présence du médecin et des élèves de lhôpital. Je coupai d’abord les tégumens et les muscles sur le pointle plusfluctuant, dansune direction oblique, à partir du cartilage dela huitième côte, en bas et à droite, dans l'étendue d'environ deux pouces. Parvenu à la dernière couche des muscles, je distinguai plus facilement la fluctuation. Une petite ouverture, faite à la paroi externe du dépôt, ayant donné immédiatement issue à un jet de pus assez liquide, et d’un gris terne, j'en facilitai la sortie, en agrandissant la plaie, haut et bas, avec un fer rouge plat J'eus l'attention de ne point étendre la cautérisation au-delà des adhérences du kyste,

car le pus se serait épanché dans la cavité du bas-ventre. J'évalue à un litre et demi la quantité qui en sortit.

Le malade, malgré son état de faiblesse et de marasme, supporta trés-bièen l'opération, et elle lui fit éprouver un bien-être inexprimable. On lui fit prendre d’excellent bouillon, avec quelques cuillerées de vin de Bourgogne qu’il digéra parfaitement; on lui prescrivit quelques potions cordiales , et de l’eau de camomille pour boisson; mais l'épuisement où l'avaient amené la gravité et la longueur de sa maladie, qui datait de son départ d'Égypte, le fit périr. Si ce militaire n’eût pas négligé cette affection aussi long-temps, et qu on l'eût opéré plus tôt, il est probable qu'il eût été conduit à la guérison.

À l'ouverture du cadavre, nous avons trouvé, comme Je l'avais prédit, une très-grande partie du grand lobe du foie profondément ulcérée à sa surface convexe. Du pourtour de cette cavité naissait une substance membraneuse qui formait les parois du kyste, dont la supérieure avait déprimé le diaphragme du côté de la poitrine et déterminé une adhérence de cette cloison avec le poumon, tandis que l'inférieure , dépassant un peu le rebord des fausses côtes , se trouvait en rapport avec le colon transverse , et que la postérieure comprimait fortement le pylore, gênait le passage des alimens, et déterminait les vomissemens de matières noiràtres qui eurent lieu quelques jours avant la mort.

Le bord libre du foie était de couleur bleuâtre et comme squirreux ; la vésicule du fiel contenait très-peu de bile; les viscères du bas-ventre étaient appauvris et réduits à un plus petit volume.

Tai détaché le foie dans son entier , pour le conserver dans l'alcool. Cette pièce pathologique est déposée dans le Muséum anatomique de l'École de Médecine, à Paris.

Enfin on se préserve en Égypte de cette maladie, commune dans tous les climats chauds, en évitant, pendant le jour, l'impression du soleil, et pendant la nuit, le contact de l'air froid et humide; en n’usant pas immodérément des femmes, du vin et des liqueurs; en faisant des lotions savonneuses sur l'habitude du corps; en prenant quelques infusions amères le matin, et des boissons acides dans la journée; en modérant l'exercice à pied, et surtout en éloignant de soi les affections morales, dont les effets portent principalement sur l'organe hépatique.

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