‹ Clinique chirurgicale de l'Hôpital de la PitiéChapitre 10 sur 31 · QUI NE SUPPURENT PAS ENCORE · texte numérisé non relu

QUI NE SUPPURENT PAS ENCORE

Dans la Gazette des Hôpitaux , du 18 juin 1840, n° 72, est reproduite une leçon faite a l’Hotel-Dieu , par M. Blandin , sur la levée du premier appareil après les opérations ; ce chirurgien s’exprime en ces ternies : « La levée du premier appareil , à la suite des grandes » opérations chirurgicales, se fait généralement, dans » les hôpitaux de Paris, à une époque qui varie entre » le quatrième et le cinquième jour, terme moyen. » Depuis nombre d’années nous avons vu M. L b ira ne , )) à la Pitié, s’éloigner d’une semblable pratique et )> lever le premier appareil le lendemain de l’opération. » La conduite de M. Lisfranc avait pour but d’éviter )> aux opérés, les douleurs qu’occasionne trop fréquem- » ment la levée de l’appareil, au bout du temps cias- » sique lorsque, ainsi que cela arrive Lien souvent, » les pièces de l’appareil adhèrent à la plaie et n’en ont

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» pas été entièrement détachées par la suppuration. » Telle est du moins la raison que M. Lisfranc donnait » de sa manière d’agir, en 1 833 , Nous ignorons s’il » professe encore la môme doctrine à cet égard. Au )> reste, M. Lisfranc n’avait concilié cette réforme avec » aucun des moyens qui peuvent favoriser la réunion » des plaies récentes par première intention, et c’est )> en cela principalement, exclusivement même, que sa )> méthode diffère de celle de M. Blandin , etc. »

M. Blandin expose ensuite les autres avantages de la levée du premier appareil le lendemain de l’opération ; il croit les avoir découverts. On trouvera ma réponse à de pareilles allégations dans les trois documents qui suivent.

(ci0 Proposition première. Après toute opération » chirurgicale dans laquelle on n’aura pas à craindre )> beaucoup le contact de l’air, il est important, comme » le fait M. Lisfranc , de ne laisser le premier appareil )> que vingt-quatre heures.

» Le précepte que j’émets ici était suivi des anciens; » mais c’était avec la plus grande peine qu’ils parve- )> liaient à détacher les pièces d’appareil , le lendemain » d’une opération, les compresses et la charpie étant » fortement collées aux lèvres de la plaie , par le sang » et les premières exsudations plastiques; aussi fallait-il, » quelque soin que l’on prît, exercer des tiraillements, » des déchirures, causer des hémorrhagies, des irrita -

tions qui par la suite donnaient lieu à des érysipèles

» ou à des inflammations encore plus graves. Les dou- » leurs que l’on produisait dans presque tous les cas, » étaient si vives, et les malades les craignaient tant, » que la levée du premier appareil, en quelque sorte, )> est encore de nos jours, parmi le vulgaire, plus » redoutée que l’opération elle-même. Pour obvier à » ces grands désavantages, les chirurgiens modernes » attendent que la suppuration formée au troisième ou )> quatrième jour chasse les pièces d’appareil. Alors, il » est vrai, tout s’enlève avec la plus grande facilité; )> mais n’a-t-on rien à craindre pendant tout le temps » que cette suppuration met à se former? oui, sans )) doute , et l’on doit s’attendre le plus souvent à des » étranglements, des irritations, des inflammations, » des fusées purulentes, surtout dans les amputations, )> et plus particulièrement encore dans celles que l’on » pratique dans les articulations, et à la suite desquelles » on trouve si fréquemment , à la levée du premier » appareil , des tramées de pus dans les gaines des ten- )> dons.

w Pour suivre le précepte donné et pour éviter les » accidents produits par la levée du premier appareil, » le lendemain de l’opération , et n’avoir rien à redouter » de ceux occasionnés par son séjour , jusqu’à l’époque )) de la sécrétion du pus , M. Lisfranc , au premier pan- » sement ainsi qu’aux pansements suivants, couvre la » totalité de la solution de continuité (réunie par pre- » mière intention ou non) , d’une grande compresse

» fenètrée, enduite de cérat , et qui excède de toutes )) parts les lèvres de la plaie au moins de deux pouces : )> par ce moyen tout s’enlève dès qu’on le veut, avec la )> plus grande facilité et sans la moindre douleur pour » le malade. » (Dissertation sur diverses propositions de chirurgie. Thèse présentée et soutenue à la Faculté de médecine de Paris, le 5 juin 1826, par Philippe Ricord. )

20 <( Le lecteur vient de voir que M. Lisfranc lève le » premier appareil le lendemain de l’opération ; il ap- )> plique cette méthode à toutes les solutions de conti- » nuité. Les anciens la suivaient, mais ils pansaient » d’une autre manière : ils produisaient des douleurs » atroces, et les chirurgiens modernes y avaient re- » noncé. Aujourd’hui qu’il est bien constaté qu’à l’aide » des compresses fenêtrées enduites de cérat, et dispo- » sées comme on l’a vu ci-dessus, la levée du premier » appareil , le lendemain de l’opération, n’est nulle- » ment douloureuse , il est évident qu’on doit y recou- » rir, puisqu’elle a l’avantage :

» i° De ne pas laisser séjourner à la surface de la so- » lution de continuité des pièces d’appareil dures , très- )> résistantes, qui, imperméables au pus, le font sé- )> journer à la surface de la plaie et donnent lieu à des )> fusées purulentes trop souvent mortelles ;

» 20 De permettre de faire abstraction des bande- )) lettes agglutinatives qui deviennent trop contentives, )? et qui aggravent singulièrement une inflammation

» commençante. Il suffit quelquefois, comme nous l’a- » vous vu à l’hôpital de la Pitié, de panser à plat, )> comme le disait Lamothe, de remplacer les emplâ- » très agglutinatifs par un cataplasme émollient, pour » qu’une imminence d inflammation violente dispa- » raisse en vingt-quatre heures ;

» 3° D’attaquer dans son principe un érysipèle ou un » phlegmon érysipélateux , qu’on fait presque toujours )> immédiatement avorter par des évacuations san- » guines locales, tandis qu’il -aurait presque constam- » ment résisté aux memes moyens , et qu’il aurait déjà )> produit une réaction fâcheuse sur les viscères de l’ab- )> clomen , si en levant le premier appareil vers le qua- )> trième ou cinquième jour, on ne l’avait reconnu et )> combattu qu’à cette époque où la phlegmasie , très- » avancée est aussi très- rebelle. » ( Mémoire sur des amputations pratiquées dans des tissus lardacés , revenus à tétât normal à la suite de F opération. — • Clinique de la Pitié , par M. E. Margot.) (Extrait de la Revue médicale, janvier 1827.)

3° Sur la levée des premiers appareils après les opérations . « Les chirurgiens ont fhabitude quand ils » ont appliqué un appareil sur une plaie récente , de ne » renouveler cet appareil que le troisième , le qua- » trième ou le cinquième jour, époque où la suppuration » est déjà formée. Le faire plus tôt, en effet, détermine-

» rait de très-vives souffrances au malade à cause de » l’adhérence dos pièces de l’appareil aux bords de la plaie.

» Cependant ce pansement tardif offre de graves in- » convénients : les linges et la charpie qui recouvrent » la plaie durcissent comme du carton, après s’être » pénétrés de sang , et ils exercent sur les solutions de » continuité une action mécanique irritante; le pus, qui » ne peut pas suinter à travers les pièces de l’appareil , » à cause de leur dureté, se dénature et creuse dans » l’épaisseur des moignons, après les amputations, des » foyers qui s’enflamment et amènent des accidents sé- » rieux. De plus , il se développe souvent autour des » plaies , des inflammations , des érysipèles , qu’il est » urgent de surveiller et de combattre aussitôt. Com- » bien de fois n’arrive-t-il pas que le lendemain d’une » opération les malades se plaignent ; on croit que l’ap- » pareil est trop serré; l’on coupe les bandes et l’on at- » tend quatre ou cinq jours encore pour mettre la plaie » à nu; que trouve-t-on ? une inflammation qu’on » aurait pu arrêter facilement et qui alors est grave et » peut compromettre le succès de l’opération.

» Tous ces inconvénients étant majeurs, pour les )> faire disparaître il fallait pouvoir enlever le premier » appareil le lendemain de l’opération, et cela sans cau- » ser de douleur au malade. M. Lisfranc y est parvenu » par le simple pansement suivant, qu’il a adopté ex- » clusivement : une compresse fenêtrée , dépassant de » trois à quatre pouces les bords de la solution de con- » tinuité, est enduite de cérat jaune qui se dessèche » beaucoup moins que le cérat blanc ; elle est appliquée

)) sur la plaie et par-dessus elle les plumasseaux de » charpie, les compresses, etc. Le lendemain, au lieu » d’enlever pièce par pièce l’appareil, comme on le fait » communément , on soulève les angles d’un des côtés » delà compresse fenêtrée, et avec les deux mains on » enlève en un seul temps tout ce qui recouvre la plaie. )> De cette manière il n’y a jamais aucune douleur; l’on )> voit ainsi l’état des parties, l’action fâcheuse chimique » ou mécanique du pus n’a point lieu, et l’on peut sur- )> veiller et combattre les accidents.

» C’est une idée très- simple; mais ce sont précisé- » ment celles-là qui viennent le plus tard à l’esprit. Du )> reste, il s’agit ici d’un perfectionnement d’autant plus » important pour le praticien, que l’occasion de le mettre )) en usage se présente tous les jours. » ( Bulletin de Thérapeutique médicale et chirurgicale , neuvième livraison, 1 5 novembre 1807.)

Si , comme personne ri en doute, 1826, 1827 et 1837 sont antérieurs à 1840, la question de priorité entre M. Blandin et moi est décidée en ma faveur. Mais je suis d’ailleurs très-malheureux lorsque M. Blandin veut bien s’occuper de mes travaux. Dans un Mémoire lu à l une des séances annuelles de la Société anatomique, et dans le Dictionnaire de Médecine et de Chirurgie pratique en quinze volumes , il me fait avancer gratuitement des erreurs qu’il a ensuite la bonté de blâmer; nous y reviendrons plus tard en citant encore des textes. Et l’on ose dire, après des faits de ce genre, que j’ai

tort de m’élever avec énergie contre de pareils abus !

Mes idées sur 3a levée du premier appareil après les opérations, ayant été exposées dans les textes que j’ai cités, il serait superflu de nous en occuper davantage; ajoutons seulement que Ton doit recouvrir la compresse fenêtrée crime épaisse couche de cérat : que nous n’avons pas discontinué de suivre la même pratique, et que journellemenl encore l’expérience la sanctionne.

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