‹ Clinique chirurgicale de l'Hôpital de la PitiéChapitre 9 sur 31 · PUSTULE MALIGNE · texte numérisé non relu

PUSTULE MALIGNE

La pustule maligne est comme le charbon une maladie essentiellement gangréneuse et fort grave.

Elle est plus commune dans les lieux bas, marécageux, où l’on élève beaucoup de bétail. Les pays où elle se développe le plus communément en France, sont la Franche-Comté, la Lorraine, la Champagne, la Brie,

la Bourgogne, le Gâtinais, le Lyonnais, la Provence, le Dauphiné, le Languedoc et le Forez; elle est rare dans les contrées septentrionales.

La pustule maligne se développe le plus ordinairement sur les parties habituellement découvertes; on la voit plus souvent à la face, au cou, sur les membres thorachiques , et aux jambes, chez les gens du peuple qui ne portent pas de bas. Un boucher dépouillait un bœuf mort de la maladie dont nous nous occupons; il mit son couteau ensanglanté entre ses dents, il fut affecté d une pustule maligne à la langue.

Le plus ordinairement la pustule maligne provient, chez l’homme, d’un principe délétère, qui lui est transmis par des animaux affectés de charbon. Dans les années chaudes et humides , lorsque les pâturages sont alternativement submergés par le débordement d’une rivière et desséchés rapidement par Fardeur du soleil, lorsque les fourrages sont vases, rouillés, chargés d’insectes en putréfaction, les animaux domestiques, surîout les moutons, sont sujets à une fièvre gangréneuse fort aiguë : tantôt la maladie les fait périr rapidement sans qu’il se montre aucun symptôme extérieur; tantôt on voit sur différentes parties du corps des charbons plus ou moins étendus; d’autres fois on trouve la gangrène sur les viscères : le contact de ces bestiaux est pour l’homme un foyer d’infection ; leur chaïr, leur sang , etc., renferment un virus qui , appliqué sur les téguments, y développe toute sa malignité avec

des symptômes particuliers qui caractérisent l’espèce de maladie dont nous traitons; elle attaque plus particulièrement les patres, les laboureurs, les vétérinaires, les bouchers , et généralement tous ceux qui sont en rapport avec les bestiaux.

Les animaux tués après une grande fatigue, ou pendant une fièvre dont le caractère n’est pas bien connu, peuvent communiquer la pustule maligne. Chaussier a vu une personne attaquée de cette maladie au doigt après avoir préparé un lièvre qui avait été poursuivi longtemps par les chasseurs; les dépouilles des animaux morts de charbon , ou qui sont dans les circonstances dont nous venons de parler, peuvent engendrer la pustule maligne : aussi les tanneurs, les corroyeurs, tous ceux qui travaillent les peaux la présentent assez fréquemment. Il est d’observation , que la laine conservée pendant cinq à six ans, exposée même à l’air, teinte et employée à la confection d’un tissu, jouit néanmoins de la propriété de communiquer la maladie. Le cuir, quoique travaillé et enfoui longtemps dans des fosses , peut rester contagieux.

Le principe de la pustule maligne pénètre dans l’économie par plusieurs voies ; la plus ordinaire est celle de l’absorption cutanée, avec ou sans solution de continuité des téguments. Thomassin rapporte l’histoire d’une femme qui pansait son mari : elle s’essuya le visage avec ses doigts imprégnés de la sérosité âcre qui suintait de l’aréole vésiculaire ; elle s’aperçut , deux

heures après, à îa joue, d’une petite tumeur qui fit bientôt des progrès effrayants.

On ne peut pas manger impunément la chair des animaux morts du charbon; elle peut produire la pustule maligne, des taches gangréneuses à îa peau, des inflammations violentes de l’estomac; les observations de Morand et de Thomassin sembleraient prouver le contraire, mais elles ne sont rien moins que concluantes.

La respiration est encore une voie par laquelle le principe de la pustule maligne peut être introduit dans l’économie animale; on a vu des individus chez lesquels îa maladie se développait pour avoir respiré l’odeur de matières noires et fétides rendues par un malade affecté de charbon.

La pustule maligne peut-elle se développer spontanément? c’est l’opinion de quelques auteurs. Il est difficile d’avoir des idées bien arrêtées sur ce point , car on ne peut pas savoir si le malade n’a pas porté des tissus fabriqués avec les dépouilles ayant appartenu à des animaux affectés de charbon.

Le virus du charbon est-il le même que celui de la pustule maligne? Des auteurs répondent par la négative ; je ne veux pas discuter les raisonnements sur lesquels ils fondent leur opinion : je rappellerai seulement qu’ils ont avancé que la pustule maligne est produite chez l’homme par son contact avec des animaux morts de charbon. J’ai inoculé des chiens avec de Fichor

provenant cle l’une et de l’autre de ces maladies; j’ai produit indistinctement, tantôt le charbon, tantôt la pustule maligne.

D’après Enaux et Chaussier nous divisons 3a pustule maligne en quatre périodes : i°la maladie est placée dans le corps muqueux de la peau; 2° elle affecte le chorion ; 3° elle s’étend clans le tissu cellulaire sous-cutané; 4° elle se propage dans toute l’économie; de là, des symptômes généraux : faisons remarquer quelle peut commencer par ces derniers.

Première période : lorsque les molécules délétères cpii doivent donner naissance à la pustule maligne sont appliquées sur la peau, elles traversent l’épiderme, s’insinuent dans le corps muqueux, s’y étendent et s’y délayent. Il est rare que le malade s’aperçoive du commencement du mal; ce n’est que par des observations réitérées que le praticien peut apprendre à saisir cette première période : il n’existe en effet encore ni rougeur, ni chaleur, ni tension de la peau; seulement une démangeaison incommode mais légère , un picotement vif mais passager, se font sentir; F épiderme se détache, et forme une vésicule séreuse qui d’abord n’excède pas le volume d’un grain de millet; elle croît ensuite peu à peu et devient brunâtre. La démangeaison revient et disparaît alternativement : toujours dans la plus parfaite sécurité, le malade se gratte et rompt la petite pbîyctène , sans l’apercevoir ; il s’en échappe une ou deux gouttes de sérosité roussàtre, brunâtre, ou

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noirâtre : alors la démangeaison cesse pendant quelques heures.

Cette première période est caractérisée par la démangeaison, la formation de la vésicule, et par l’écoulement du fluide brunâtre.

Deuxième période : il se forme d’abord un petit tubercule dur, rénitent , incolore ; il existe sur la peau une tache superficielle : le praticien attentif et expérimenté ne s’y trompe pas comme le vulgaire; le toucher lui fait reconnaître dans l’épaisseur du chorion , une petite tumeur mobile, dure, circonscrite, aplatie, ayant ordinairement le volume et la forme d’une lentille. Sous la vésicule ouverte , et dans son centre , la peau est ordinairement citronnée ou livide : les démangeaisons reviennent, elles sont plus vives, plus fréquentes, plus incommodes; il s’y joint un sentiment de chaleur, d’érosion, de cuisson; alors le tissu de la peau s’engorge; sa surface paraît tendue et luisante; le corps muqueux se gonfle et forme autour du point central une seconde tumeur molle , plus superficielle , que l’on nomme aréole. C’est un cercle plus ou moins large et saillant, tantôt pâle, tantôt rougeâtre ou livide , tantôt orangé ou nuancé de différentes couleurs; il est parsemé de petites phlyctènes d’abord isolées , et se réunissant ensuite; une matière noirâtre et acrimonieuse les remplit ; c’est alors que les malades eux-mêmes demandent des secours. Le tubercule central , que forme la tumeur primitive , devient plus dur et partout gangré-

lieux ; il prend tout à coup un nouvel accroissement.

Cette seconde période est caractérisée par le tubercule, l’aréole vésiculaire et la plus grande fréquence des démangeaisons.

Troisième période : le mal ne se borne pas à l’épaisseur de la peau , il pénètre peu à peu dans le tissu cellulaire; sa marche est alors alarmante et rapide; d’abord le centre de la tumeur devient encore plus dur, plus profond et entièrement noir; l’escarre s’étend peu à peu , l’aréole vésiculaire qui la borde annonce et précède les progrès de la mortification des tissus. On voit cette aréole s’avancer, s’élargir par degrés; quelquefois elle s’élève beaucoup et forme, autour du noyau primitif de la maladie , une sorte de bourrelet qui rend sa dépression encore plus marquée.

Il survient un gonflement considérable qui occupe souvent une grande étendue et qui offre toujours un caractère particulier qu’il est important de bien saisir : il n’est ni inflammatoire ni œdémateux, il tient du météorisme ; le tissu cellulaire paraît distendu par fair et par des humeurs visqueuses : la surface des téguments est luisante, l’enflure élastique, rénitente; le malade, après avoir ressenti une chaleur âcre, une douleur cuisante, n’éprouve plus qu’un sentiment de stupeur, d’étranglement et de pesanteur dans la partie ; la tumeur primitive est un foyer d’infection qui se propage peu à peu et se répand dans tous les sens; le centre de la maladie est entièrement frappé de mort ; les parties envi-

ronnantes paraissent encore saines et cependant elles sont déjà dans un état prochain de mortification qui bientôt s’étendra au loin.

Cette troisième période est caractérisée par l’accrois« sement de tous les accidents locaux, et surtout par la tension et par l’enflure élastique et rénitente de la partie.

Quatrième période : après avoir attaqué successivement le corps muqueux, le chorion delà peau et le tissu cellulaire sous-cutané , l’altération morbide , si rien n’arrête son cours , va retentir sur les organes internes; l’on voit paraître alors tous les accidents qui démontrent une affection profonde du principe vital. Le pouls se concentre, devient petit; il est souvent inégal et fréquent, La peau est sèche, la langue aride et brunâtre; la chaleur paraît modérée et cependant le malade sent un feu intérieur qui le dévore; rien ne peut calmer sa soif; i! est dans un état d’accablement et d’affaissement marqués; il éprouve des faiblesses, des cardiaîgies, des anxiétés continuelles ; quelquefois il se plaint de douleurs aiguës ; d’autres fois la respiration est courte , entrecoupée par des sanglots et des soupirs; les urines sont rares, épaisses, fréquentes ou nulles; on voit rarement survenir des diarrhées, des sueurs coiliquatives , des hémorrhagies. Si la maladie parvient à son dernier terme, 3a raison s’égare, un délire obscur survient, tous les accidents locaux augmentent d’intensité , l’enflure devient énorme, la gangrène s’étend très-profon-

clément , il semble que toute l’économie animale soit en décomposition, le malade succombe, il répand autour de lui l’odeur la plus fétide.

La pustule maligne présente dans sa marche un grand nombre de variétés : la première période dure ordinairement vingt-quatre ou quarante-huit heures; d’autres fois elle est infiniment plus courte.

La seconde période se fait observer pendant deux, trois et même quatre jours; dans d’autres cas, elle est terminée en quelques heures.'*

Souvent on peut suivre la troisième période durant quatre jours , chez les sujets robustes dont le traitement méthodique a été entrepris de bonne heure; il est des circonstances dans lesquelles elle est très-courte.

Lorsque la pustule maligne s’arrête dans sa marche, quand elle rétrograde , le pouls se développe ; il existe quelquefois un mouvement fébrile salutaire assez prononcé • une chaleur halitueuse se manifeste sur la peau, des sueurs critiques abondantes peuvent avoir lieu. L’enflure perd peu ci peu l’état de météorisme et d’emphysème qui la caractérise; l’aréole vésiculaire s’anime; on y reconnaît les symptômes de l’inflammation vraie, le malade y ressent une chaleur douce et des pulsations réitérées; la gangrène se borne et un cercle rouge borde la tumeur; il s’établit une suppuration abondante qui dégorge le tissu cellulaire, détache l’escarre et termine ainsi la maladie; mais chez les sujets faibles, cacochymes, lorsque les forces delà nature sont insuffl-

santés ou quand îe traitement échoue, la pustule maligne fait rapidement des progrès et passe presque aussitôt à la quatrième période.

Dans certains cas , les quatre périodes de la maladie se suivent avec une rapidité telle quelles se confondent pour ainsi dire ; elles peuvent produire la mort en vingtquatre heures.

Si la pustule maligne siège sur les paupières, elle peut les détruire entièrement et l’œil se trouve ainsi sacrifié. Elle occasionne souvent au cou une tuméfaction profonde qui s’oppose à l’accès de Fair dans les poumons , au cours des aliments dans Fésophage ; la gangrène détruit quelquefois toute l’épaisseur des parois de l’abdomen ou de la poitrine et pénètre sur les organes renfermés dans ces grandes cavités.

On dit que la pustule maligne est plus dangereuse pendant les températures très-froides et très-humides. L’hôpital de la Pitié est voisin d’un grand nombre d’établissements dans lesquels on s’occupe de la confection des cuirs; nous avons aussi , près de nous, plusieurs manufactures où l’on travaille la laine; j’ai vu souvent venir de ces établissements des malades affectés de charbon ou de pustule maligne; le froid était quelquefois trèsrigoureux ; je n’ai pas observé que toutes choses égales d’ailleurs , le mal résistât davantage à nos moyens : plus tôt on l’attaque, plus facilement il cède.

On a avancé avec raison que, chez les femmes enceintes, la maladie offrait de très-grands dangers. Sui-

vaut l’état des forces, suivant l’idiosyncrasie, le pronostic de la maladie qui nous occupe présente beaucoup de variétés.

Occupons-nous du traitement de la pustule maligne : il se divise en interne et en externe; mais, avant tout, établissons aussi des distinctions qui serviront de bases solides à notre thérapeutique : sans ces distinctions, nous tomberions dans l’aveugle empirisme si commun de nos jours.

Pour soutenir ou relever les forces , pour diminuer l’action du principe septique de la maladie, les toniques, les excitants doivent être mis en usage dés le début delà pustule maligne. On attendrait à tort le développement des phénomènes morbides généraux ; car alors il serait peut-être trop tard, ou bien encore les médicaments réussiraient moins facilement; il est cependant des malades chez lesquels la langue est sèche et rouge, le ventre tendu et très-douloureux; non-seulement ici les toniques ne seront pas digérés, mais encore ils produiront sur le canal intestinal une irritation fort dangereuse : il faut renoncer à leur emploi et se retrancher sur les tisanes acidulées. S’il existe un embarras gastrique, l’ipécacuanha est souvent très-avantageux; dans les cas où l’état de l’estomac que nous venons d’indiquer s’étend au canal intestinal, les laxatifs sont très-utiles : les symptômes généraux de la fièvre typhoïde ressemblent singulièrement à ceux que produit la pustule maligne; on connaît les brillants succès

que M. Delà roque a obtenus contre cette fièvre en employant ce moyen ; je fai vu produire d’excellents effets à l’hôpital de la Pitié.

Userait inutile de dire que le quinquina tantôt seul, tantôt associé au camphre, que le poligala et la serpentaire de Virginie sont les toniques auxquels ordinairement on donne la préférence : on insiste d’autant plus sur ces moyens que les malades sont d’une constitution plus faible et que la pustule maligne est plus grave. On administre jusqu’à vingt-cinq ou trente décigrammes (cinquante ou soixante grains) de sulfate de quinine par jour; cette dose peut même être portée plus loin; quelques praticiens ont conseillé l’ammoniaque liquide à l’intérieur ; on peut en obtenir de très-bons effets : on l’administre dans une légère infusion de véronique, de scabieuse ou de sureau.

La saignée doit être à tout jamais proscrite; elle diminuerait les forces que la nature oppose au principe essentiellement septique que nous avons à combattre. J’ai vu mettre en usage, une seule fois, ce moyen sur un jeune homme d’une forte constitution, chez lequel la maladie était à sa première période , sans symptômes généraux; les morsures des sangsues avaient à peine cessé de fournir du sang qu’ils se manifestèrent avec une effroyable intensité; le malade succomba le lendemain.

Boyer rapporte que, sur cinq personnes affectées de pustule maligne , deux furent saignées et périrent, tandis

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que les trois autres, traitées par la méthode ordinaire , guérirent.

Afin déconcentrer le principe septique delà pustule maligne sur le point où il siège , afin de faire naître autour de lui un cercle inflammatoire qui lui oppose une barrière insurmontable, afin de l’enchaîner et de le neutraliser, on pratique la cautérisation sur l’escarre incisée et sur les tissus qui l’environnent à une petite distance; elle échoue dans un grand nombre de cas, surtout

lorsque la maladie est parvenue à un certain degré de développement; la réaction qu’elle détermine n’est pas assez forte pour atteindre le but que nous venons d’indiquer : les parties molles qui siègent autour de l’escarre ne sont pas encore , il est vrai , frappées de mort ; mais la vie est presque éteinte sur les unes, sur les autres elle est beaucoup affaiblie; souvent il est difficile et même impossible de lui donner l’énergie nécessaire pour arrêter les progrès du virus. Ces idées m’avaient souvent frappé, pendant que je déplorais la perte douloureuse que j’avais faite de beaucoup de mes malades amenés assez tard à l’hôpital de la Pitié.

Après avoir cautérisé, comme on le conseille, j’imaginai de porter la cautérisation , suivant la gravité des cas, à six, neuf, doyze centimètres (deux, trois, quatre pouces), et même davantage, autour de l’escarre. Je conseillai d’employer le cautère actuel avec lequel on déterminerait une brûlure du second degré; j’espérais qu’en pratiquant ainsi la cautérisation transcur-

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rente , dans une grande étendue , elle serait plus efficace celle agit en effet sur une plus large surface, elle détermine une plus forte irritation; j’espérais qu’en cautérisant loin de la maladie, le feu exciterait d’autant plus les parties molles , quelles auraient été davantage épargnées par le principe septique de la pustule maligne, et quelles seraient douées d’une plus grande énergie vitale. Un succès complet couronna mes espérances, sur le malade chez lequel je fis le premier essai cle l’application de mes idées; il portait cependant sur la face une large pustule maligne : l’espèce d’emphysème, de météorisme, d’enflure, en quelque sorte élastique qui l’entourait, s’étendait à la région antérieure du cou, et jusque sur la partie supérieure de la poitrine; les symptômes généraux étaient déjà assez développés; il existait un commencement de délire. J’ai montré publiquement, à l’hôpital de la Pitié, beaucoup de sujets sur lesquels j’ai obtenu des résultats aussi heureux. Mes élèves en ont publié plusieurs dans les journaux de médecine. Ces principes s’appliquent à toutes les plaies envenimées. Après la cautérisation actuelle, les pansements seront faits avec des topiques excitants.

Quelque importantes que puissent nous paraître les données que nous venons d’établir, nous n'avons la prétention de les imposer à personne ; nous allons donc, comme si elles étaient non-avenues, continuer à nous occuper delà thérapeutique de la pustule maligne.

Un grand nombre de praticiens donnent la préférence en général au cautère potentiel ; ils pensent qu’il est moins effrayant, qu’il agit plus profondément. La première de ces propositions est vraie , il est même des sujets qui ne veulent pas consentir à l’application du feu. Mais avec le fer rouge on produira autant d’irritation qu’avec les caustiques , et quand on prolongera la cautérisation, et qu’on la multipliera , la désorganisation des tissus, occasionnée par le calorique , pénétrera à la profondeur exigée par la maladie. Or, abstraction faite des individus trop timides pour permettre l’usage du cautère actuel , nous donnons la préférence à ce moyen. Quand on l’emploie on connaît mieux l’étendue des escarres qu’il produit; il est d’ailleurs conseillé par tous les chirurgiens, lorsque la pustule maligne siège sur les paupières , les joues, les lèvres , les parties antérieures et latérales du cou, les parois de la poitrine, de l’abdomen , les organes de la génération chez l’homme, le trajet des vaisseaux d’un grand calibre, des nerfs volumineux , et les articulations recouvertes par des parties molles peu épaisses.

Yeut-on employer les caustiques, leur application est soumise aux règles suivantes.

Dans la première période de la maladie on coupe la vésicule, on essuie pour enlever la sérosité; on a soin de ne pas la toucher avec les doigts dans la crainte de l’infection; on place sur le centre du mal un

morceau de potasse caustique, on l’assujettit avec du

diachylon , ou bien le chirurgien roule entre ses doigts un peu de charpie, et en fait un petit tampon serré du volume d’un pois ; il l’imbibe d’un caustique liquide, tel que le beurre d’antimoine, et le maintient en l’entourant de charpie, d’une compresse et d’un bandage approprié.

Lorsqu’on juge que le caustique a produit son effet, c’est ordinairement après cinq ou six heures , on lève l’appareil : on trouve une escarre dure et sèche; elle doit s’étendre à toute l’épaisseur de la peau. On panse avec un plumasseau enduit d’un digestif animé ; quelques heures après qu’il a été mis , il faut voir ce qui se passe sous cet appareil. S’il n’y a point de dureté, point d’aréole vésiculaire , si le malade n’éprouve qu’une douleur légère sans chaleur âcre , si un cercle inflammatoire est formé , on a la certitude que le caustique a compris toute l’étendue du mal et qu’il suffit pour en arrêter les progrès ; alors on continue le même pansement jusqu’à la chute de f escarre, qui se fait ordinairement dn cinquième au huitième jour. Pour hâter la cicatrisation on panse avec de la charpie sèche , et quelquefois trempée, suivant l’indication, dans une légère solution d’alun ou dans de l’eau de chaux, ou bien encore dans quelque eau vulnéraire ou spiritueuse.

Si, après l’application du caustique , on voyait se former autour de l’escarre une tumeur dure, s’il s’élevait une aréole vésiculaire , s’il survenait de la tuméfaction constituant l’espèce d’enflure élastique dont nous avons

JÆ LA PITIE.

parlé, il faudrait recourir à un nouveau cautère. Mais il existe une escarre, il faut l’inciser crucialement ; quelquefois même on l’enlève avec la précaution de ménageries parties vivantes qui pourraient fournir un écoulement de sang dangereux, et qui, entamées, permettraient aussi peut-être au virus de s’étendre avec plus de facilité.

Le pansement est le même que celui indiqué plus liant; seulement, pour exciter encore les tissus, on emploie le collyre de Lanfran ; on peut le remplacer par une légère solution de sel marin animé avec un peu d’eau-de-vie. La poudre de quinquina est souvent trèsutile. Nous rejetons les cataplasmes faits avec les plantes aromatiques ; la pression lente qu’ils exercent sur les parties molles douées d’une très-faible vitalité est dan¬

gereuse.

Le traitement local tel que nous venons de l’exposer convient dans la seconde , et même au commencement de la troisième période de la maladie; si l’on est appelé à la fin de celle-ci , s’il existe une tuméfaction considérable, il faut proscrire les émollients et les médicaments onctueux et relâchants; ils auraient l’inconvénient de favoriser les progrès de la gangrène. On doit employer surtout ici les résolutifs, les aromatiques aiguisés avec quelque substance saline ou spiritueuse; ainsi les décoctions de fleurs de sureau , d’hypericum , etc., auxquelles ori ajoutera un sel neutre et de l’eau-de-vie, conviennent. Le camphre, le quinquina sont ajuste titre beaucoup recommandés.

Dans la quatrième période , les escarres sont ordinairement molles; elles contiennent une assez grande quantité de liquide qui peut neutraliser Faction du beurre d’antimoine, auquel on préfère alors le nitrate d’argent fondu ou le cautère actuel, qui, suivant nous, nous le répétons, est beaucoup plus avantageux. On panse surtout clans cette période avec les excitants, les toniques et les aromatiques dont nous avons parlé. Dans la crainte de favoriser les progrès de la gangrène, on emploie des appareils légers; on les serre le moins possible. On matelasse avec de la charpie, ou avec tout autre tissu de ce genre, les points sur lesquels a Heu le décubitus des parties malades, afin de diminuer sur eux les effets désavantageux de la pression lente longtemps continuée.

De tous les moyens propres à favoriser Faction des cautères, le chlorure d’oxyde de sodium dont on imbibe une masse épaisse de charpie, est sans contredit le plus avantageux : on l’emploie à dix ou quinze degrés, et même davantage. Je Fai vu produire les plus heureux effets à l’hôpital de la l3itié. On a soin de faire arroser l’appareil avec ce médicament au moins toutes les heures. Dans la quatrième période de la pustule maligne, on renouvelle la cautérisation si besoin est, comme dans les autres.

Pour faciliter la chute des escarres, on continue l’usage des médicaments excitants, toniques et anti-septiques, parmi lesquels le chlorure d’oxyde de sodium, ordinai-

rement à trois degrés ( bertlioli mètre de Decroizilles) , tient encore le premier rang.

Lorsque les escarres sont tombées , le cachet de faiblesse que la gangrène a imprimé aux tissus qui l’environnaient persiste; les ulcères ainsi frappés d’atonie languissent; les bourgeons charnus qui se développent à leur surface sont blafards, mollasses, et, toutes choses égales d’ailleurs, ces ulcères se cicatrisent avec beaucoup plus de lenteur que dans les circonstances ordinaires. On panse d’abord avec de la charpie sèche qu’on imbibe ensuite de vin aromatique; plus tard, quand la cicatrice commence à se former, on a recours au chlorure de sodium à trois degrés, qui la fait marcher avec plus de rapidité.

Lorsque la pustule maligne est précédée par les symptômes généraux que nous avons indiqués , il n’est pas possible, avant son apparition, d’en établir le diagnostic; mais s’il existe une épidémie charbonneuse chez les animaux, si le malade a été en rapport avec eux, il faut se tenir sur ses gardes ; et dans le cas où il semble qu’une phlegmasie siège sur le canal intestinal , on doit s’abstenir des évacuations sanguines dont nous avons signalé les funestes effets, jusqu’au moment où l’on a acquis la certitude que la maladie dont nous nous occupons ne se développera pas.

Quand la pustule maligne est dans sa première période, qu’il n’existe pas de lièvre, que le canal intestinal est en bon état, il faut nourrir le malade pour en-

tretenir ses forces : le régime peut devenir plus tard celui des maladies graves.

La pustule maligne étant presque toujours produite par le contact immédiat des animaux affectés de charbon, il serait inutile d’indiquer les précautions nécessaires pour s’en garantir. Le chirurgien évitera surtout l’iehor produit par la maladie; après le pansement il lavera ses mains avec de l’eau de savon, ou avec un mélange d’eau et de vinaigre; le lait de chaux, une lessive de cendres, ou mieux encore le chlorure d’oxyde de sodium ou de calcium, sont aussi très-avantageux; non-seulement ces lotions délayent , neutralisent ou entraînent le virus, mais encore elles donnent du ton à la peau et la rendent plus propre à résister à l’introduction du principe contagieux.

M’omettons pas de rappeler que si la pustule maligne a été cautérisée avec le feu, les pansements seront les mêmes que si on a mis en usage le cautère potentiel.

Pour nous, le traitement de la pustule maligne est applicable au charbon.

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