SUR L’ANÉVRISME FAUX PRIMITIF
J’ai vu a l’Hôtel-Dieu un malade dont la jambe avait été fracturée; la tibiale antérieure était ouverte : tous les signes du sang artériel abondamment infiltré dans l’épaisseur du membre, existaient; des battements trèsfaciles à percevoir, siégeaient sur le trajet de l’artère et sur le point correspondant à la fracture ; on incise sur ce point pour mettre le vaisseau à découvert et pour en pratiquer la ligature : le bistouri pénètre dans une poche contenant du sang et un petit caillot ; elle avait été formée peut être par l’irruption de la colonne sanguine sortant de l’artère blessée en cet endroit , ou mieux encore par les fragments qui avaient déchiré les parties molles : il est probable aussi que ces deux causes avaient pu agir simultanément et concourir à produire le même effet : l’anévrisme par diffusion offre donc quelquefois des pulsations, quoi qu’en aient dit un grand nombre d’auteurs.
L’anévrisme faux primitif ne se forme pas toujours immédiatement après la blessure de l’artère ; on a vu
des vaisseaux volumineux ouverts ne produire des hémorrhagies que quelques jours après leur lésion ; si alors le sang s’épanche à l’extérieur, pourquoi le défaut de parallélisme entre des ouvertures pratiquées sur les parties molles ne lui permettrait-il pas aussi de s’infiltrer dans l’épaisseur des tissus ? On a dit peut - être avec raison qu’un muscle appliqué exactement sur une petite plaie artérielle expliquait l’absence momentanée de l’écoulement du sang dans le cas qui nous occupe.
Une halle a violemment froissé les parois d’une artère ; elles s’enflamment , elles peuvent se rompre : il est possible que le sang éprouvant de la difficulté ou même de l’impossibilité à se porter à l’extérieur, occasionne consécutivement l’anévrisme faux primitif : nous supposons que la plaie est récente , et que son trajet n’offre pas encore les conditions propres à résister à l’effort du liquide : j’ai été témoin de deux faits de ce genre.
Les parois du vaisseau sont quelquefois frappées de mort par une violente contusion ; c’est seulement à l’époque où l’escarre se détache que le sang coule : si la plaie présente la disposition que j’ai indiquée , Fanévrisme consécutif par diffusion pourra encore se montrer. J’ai observé ce cas remarquable sur un sujet dont j’ai fait l’autopsie. D’après ces données , on a tort d’avancer dans beaucoup de livres que la tuméfaction du membre, survenue quelque temps après la blessure , est due à l’inflammation ; la très-grande rapidité
avec laquelle elle se fait, n’importe à quelle époque, est le signe pathognomonique de la maladie.
Une balle a pénétré profondément dans les tissus; elle a labouré, par exemple, le côté interne du bras dans une grande étendue ; il survient une hémorrhagie ; les artères situées au-dessous de la plaie offrent des pulsations normales : les moyens hémostatiques ordinaires ont échoué : faut-il lier la branchiale au-dessus de la solution de continuité? J’ai vu suivre plusieurs fois ce précepte et j’ai vu f écoulement du sang se reproduire peu de temps après. Si la blessure n’est pas trop récente, si elle date de plusieurs jours, si des bourgeons charnus sont développés à sa surface , si elle est le siège d’une inflammation qui s’étend plus ou moins loin , je conseille déboucher ses orifices; ainsi le sang ne pourra très-probablement pas s’infiltrer dans les tissus, à cause des circonstances que nous venons d’indiquer; il s’accumulera dans le trajet de la plaie; il deviendra lui-même un moyen de compression capable d’arrêter l’effusion sanguine. Après le premier septénaire environ, on débouchera la plaie; le lendemain, on évacuera une partie des caillots à l’aide de légères pressions ; un peu plus tard , si besoin est , on portera dans le foyer qui renferme encore du sang coagulé une sonde de femme , afin d’en faciliter l’expulsion. J’ai plusieurs fois employé ce moyen ; jusqu’aujourd’hui il m’a toujours réussi.