‹ Clinique chirurgicale de l'Hôpital de la PitiéChapitre 18 sur 31 · DANS L’ÉPAISSEUR DES PAUPIÈRES · texte numérisé non relu

DANS L’ÉPAISSEUR DES PAUPIÈRES

Ces tumeurs sont plus communes dans l’adolescence, sur les adultes et chez les vieillards; elles m’ont paru également fréquentes sur l’une et sur l’autre paupière. L’induration est le plus ordinairement unique ; d’autres fois, elle esc multiple. Dans certaines circonstances assez rares, ces tumeurs sont au nombre de trois; j’en ai vu quatre et meme cinq exister en même temps. Les deux paupières peuvent en être affectées à la fois; on les rencontre des deux côtés; quelquefois juxtaposées , elles sont aussi à une plus ou moins grande distance les unes des autres; très-petites dans le principe, ellesparviennentsouventau volume d’unharicot,qu’ellespeuvent dépasser. Les femmes m’ont paru y être plus sujettes que les hommes.

L’orgeolet qui passe à l’état chronique , les inflammations fréquentes des paupières, le tempérament lymphatique, les ulcérations de la conjonctive sont les causes les plus ordinaires de la maladie qui nous occupe.

Les indurations dont nous traitons sont dures , tantôt mobiles et tantôt adhérentes et bosselées; elles n’offrent ni la fluctuation du melicéris, ni l’état mou et en quelque sorte pultacé de Fathérôme; placées ordinairement près du bord libre des paupières, il est assez rare qu elles l’envahissent et qu’ elles s’élèvent surtout au-dessus de lui ; la peau qui les recouvre est saine ou enflammée ; à mesure que le tissu induré suppure ou dégénère , on la voit s’ulcérer. Si l’on examine la membrane muqueuse palpébrale, on observe, sur le point qui correspond à l’induration , une rougeur foncée ou une ulcération ; on y aperçoit quelquefois l’orifice d’une cavité étroite qui pénètre à une profondeur variée. Gêne des paupières , injection facile de ces organes, rarement de la douleur.

Anatomie pathologique . Tumeur ordinairement formée par le tissu cellulaire induré et pouvant envahir les tissus voisins : lisse ou bosselée, elle est rouge et parcourue par des vaisseaux sanguins , quand elle est le siège d’une phlegmasie. On rencontre parfois, dans son épaisseur, une petite cavité qui vient s’ouvrir sur la membrane muqueuse rouge ou ulcérée, comme nous l’avons dit : lorsqu’il n’existe pas d’inflammation, le tissu induré est de couleur jaune ou blanche*

Traitement . On a conseillé les résolutifs et les fondants. Boyer a mis en usage avec succès l’hydrochlorate d’ammoniaque, F emplâtre de savon ou de diachylon gommé : ces moyens ne conviennent pas, lorsque l’inflammation est un peu prononcée ; ils ont assez souvent d’ailleurs , même dans les cas les plus simples , l’inconvénient de rougir la peau.

Demours cite quelques observations dans lesquelles il a obtenu la guérison par l’acupuncture ; en général , ce moyen est infidèle.

L’état inflammatoire doit être traité par les antiphlogistiques : ils dissipent rarement la tumeur.

Lorsque l’inflammation a disparu , ou quand elle est très-légère , on emploie les frictions avec la pommade d’iodure de plomb , préférable à celle d’hydriodate de potasse qui, plus irritante, enflamme fréquemment la peau et y fait développer des boutons nombreux. On ne négligera pas l’usage de l’onguent napolitain , etc.

La tumeur suppure; on donne issue à la matière purulente par une très-petite incision faite perpendiculairement à l’axe de la face. Le reste de l’induration est combattu parles moyens appropriés.

Mais , lorsque la subinflammation n’est pas trèsdéveloppée, j’ai proposé et mis en usage la cautérisation faite avec le nitrate d’argent fondu taillé en forme de crayon. Je la pratique tous les six ou huit jours environ, suivant les indications, sur le point

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rouge foncé ou sur F ulcération de la membrane muqueuse qui siège contre la tumeur. Ai-je besoin d’indiquer la précaution de renverser la paupière et de la maintenir dans cette position pendant la petite opération et jusqu’au moment où les tissus cautérisés ont été lavés à grande eau? Le malade éprouve peu de douleur; il n’est pas rare de voir l’induration diminuer immédiatement ; alors on ne fait sur l’œil aucune application : d’autres fois au contraire elle augmente de volume pour décroître bientôt ; la membrane muqueuse s’enflamme même légèrement ; si , après la cautérisation , l’œil rougit, si le malade éprouve la sensation que donnerait un corps étranger à la surface du globe oculaire , l’application d’une compresse imbibée d’eau trèsfroide, ou mieux encore d’eau à la glace, serait continuée au moins une heure; on la renouvellerait aussitôt qu’on sentirait sa température s’élever; on tiendrait ensuite l’œil couvert; on pourrait alors employer une compresse imbibée d’eau de guimauve et mettre en usage un collyre émollient.

La cautérisation est légère ; elle ne s’étend que sur l’ulcération ; l’irritation un peu trop forte qu’elle occasionne quelquefois exige qu’on la répète moins souvent : on y revient , dans les cas ordinaires , quand la tumeur cesse de diminuer.

S’il existe une petite cavité , un petit canal dans l’épaisseur de l’induration , on fait pénétrer, jusque dans le fond de sa capacité , le nitrate d’argent fondu taillé

très -fin. Je préfère inciser le trajet fistuleux sur un stylet cannelé ; cette petite opération suffit ordinairement : au besoin on cautérise plus tard suivant les règles déjà indiquées.

J’ai guéri quelques sujets par une seule cautérisation; la maladie en exige presque toujours trois ou quatre ; quand elle est très-développ.ée , on est obligé d’en pratiquer un plus grand nombre.

Beaucoup de personnes viennent me consultera l’hôpital de la Pitié pour des tumeurs indurées et circonscrites, siégeant dans l’épaisseur des paupières; ma pratique particulière m’en a fourni aussi un grand nombre d’exemples. J’ai toujours vu réussir, jusqu’aujourd’hui, la cautérisation que je propose : c’est le seul moyen que j’emploie quand l’inflammation a cédé au traitement destiné à la combattre. Ma méthode a été adoptée par la plupart des praticiens ; je la mets en usage depuis 1826 : la Gazette médicale de Paris l’a indiquée en 1 833.

Il est possible que la tumeur ne soit pas susceptible de résolution : il faut alors l’extirper et suivre les préceptes établis par la médecine opératoire.

RÈGLES GÉNÉRALES

pour l’extirpation et pour l’amputation

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